Réflexions à partir de Toulouse et Montauban

Par Mario, billet d’humeur, et même de sale humeur. Ce sera néanmoins ma revue de presse du jour sur cette tuerie de Toulouse qui nous fait saigner le cœur et nous prend aux tripes. Certes il y a un coupable et nous savons malheureusement son nom (je dis ça (malheureusement) en référence aux quelques mots de JL Mélenchon ci-après). Mais saurons-nous faire la différence entre coupable et responsable ? Saurons-nous tirer leçon une bonne fois pour toutes? Saurons-nous faire que notre minute de silence compassionnel ne soit que le début d’une profonde réflexion de chacun pour chacun et pour tous ? En bref, qu’allons-nous pouvoir construire à partir de ce qui nous détruit tant ou tente de le faire ?

Je ne commenterai pas au-delà de la décence cette photo ci-contre qui a fait le tour des unes de journaux, presse étrangère comprise. Une fois de plus elle renvoie à cette détestable manière lapidaire que les médias choisissent pour véhiculer l’info. Les chiens de garde de l’éditocratie n’en ratent jamais une pour ajouter de l’horreur à l’ignoble, ou l’inverse, qu’importe ! Confrontés à cette photo éditoriale, bon nombre de lecteurs et internautes n’auront vu que l’enfant juif. Les réactions primaires, celles qui nous sont arrachées face à l’horreur, auront soulevé bien des questions dès lors que l’actualité place en exergue tel événement et met en veilleuse tels autres, pour ne pas dire tant d’autres. Et les jeunes manouches virées du train par un contrôleur de train efficace ? ont demandé certains. Et les enfants syriens, afghans, palestiniens qui tombent sous les balles ? surenchérissent d’autres. Et leur humanité n’est pas moins à fleur de peau. Mais quelles questions restent-elles encore légitimes quand leur point de naissance n’est que la folie meurtrière des hommes ?  S’il y a lieu, urgence même, à cesser les amalgames et ouvrir une profonde réflexion sur le tumulte de notre époque, allons-nous pouvoir compter sur nos hommes politiques, eux sensés éclairer le chemin ?

Dans les heures suivant l’horreur toulousaine, Rue 89 lâchait ce titre brûlant : Les politiques face à la tuerie : le premier qui dérape a perdu. Et de poursuivre avec raison : « Ne pas être accusé de récupération tout en étant présent : c’est le dilemme des candidats à la présidentielle. Le drame de Toulouse bouleverse la campagne. ». C’est à cette question de la présence des politiques sur les lieux du drame que Daniel Schneidermann (Arrêt sur Image) répond par d’autres questions qui interpellent, et que je fais volontiers miennes, surtout la dernière : Avons-nous fait si peu de chemin depuis le Moyen-âge ?

« Question faussement naïve, hier, dans notre petite équipe : mais au fond, pourquoi les candidats se précipitent-ils à Toulouse ? Pourquoi ce besoin de courir se faire voir sur les lieux, avec leurs gros sabots et leurs lourdes escortes, entravant le travail des policiers ou des psychologues, eux qui ne sont ni l’un ni l’autre ? Pourquoi ? C’est tout simple. Parce qu’un gros, très gros paquet d’électeurs sont encore informés par le 20 Heures. Et en langage 20 Heures, la seule manière d’exprimer une compassion particulière, une mobilisation, ou même simplement une réaction par rapport à un événement, est d’inscrire pour quelques secondes son image dans le décor de cet événement.

Et s’ils n’y étaient pas allés ? Et s’ils n’avaient pas sacrifié à la suspension-spectacle ? Et s’ils avaient fait exactement les mêmes discours, montré la même émotion, mais dans leurs bureaux, à Paris ? Ah, on peut entendre d’avance les éditos politiques, sur le thème « ils ont manqué le coche, ils n’ont pas pris la mesure de l’émotion populaire », etc. Oui, ils se seraient heurtés de front à l’éditocratie. Mais le peuple ? La foule ? Croit-on que le peuple attende vraiment du Roi, ou des prétendants, ces images thaumaturges ? Avons-nous fait si peu de chemin depuis le Moyen-âge ? »  Daniel Schneidermann

Enfin, au risque assumé d’apparaître sectaire ou partisan, j’invite le lecteur (-trice) à lire les deux témoignages qui termineront ce billet. Le premier provient du blog de Jean-Luc Mélenchon et je le signale aussi à l’ami Schneidermann pour lui dire (ce qu’il sait déjà) que, non, tous les hommes et femmes politiques ne se ressemblent pas, tous n’ont pas jugé nécessaire un déplacement à Toulouse et leur cœur n’en saigne pas moins. Le second est à lire intégralement sur Mediapart pour les abonnés, je ne suis autorisé qu’à en donner quelques extraits, merci Edwy Plenel et merci Jean-Luc pour ces lignes d’humanité. Puissent-elles n’être que des premières pierres pour cette réflexion que nous appelons de tout notre cœur car il est des choses auxquelles il faut savoir mettre un terme. Non seulement ça urge, mais faire l’économie d’une analyse sérieuse de ces tristes événements retirerait tout intérêt à une campagne présidentielle qui voudrait ne changer que la tête du président. L’heure est plus que jamais à la fraternité, encore faut-il que certains et certaine cesse de mettre en exergue l’origine, la couleur de peau ou la religion de nos frères et sœurs. A bon entendeur ! Car si nous devons être sans pitié pour ces monstres qui peuvent tuer des enfants, nous saurons l’être aussi pour ceux qui arment leurs bras.

« Ce matin la fête est finie, déjà. L’idée de nos pauvres petits assassinés et de ce criminel qui court nous déchire le ventre. En une seconde, sitôt qu’on sait, on s’identifie. Nous sommes tous les parents foudroyés, ce sont nos petits qui nous ont été arrachés ! De toute part on m’assaille pour que je fasse je ne sais quoi. J’écris. C’est le mieux. Un communiqué. Rien ne serait plus obscène, selon ma manière d’être, que d’imposer le fracas et les bousculades de la campagne présidentielle aux familles et aux enfants qui vivent cette horreur. Chacun choisit sa façon de dire. Mais le plus urgent du point de vue de la vie commune que nous menons ensemble dans notre pays est de se sentir et de se montrer unis étroitement dans la compassion. Aucun criminel ne doit s’attendre à autre chose qu’à un mépris universel. A l’antique, il ne faut pas prononcer leur nom propre pour qu’ils n’aient pas droit à la renommée que l’ignominie peut donner. On dira le « fou », le « criminel », le « détraqué », pour que les autres dérangés qui errent n’aillent pas se rêver une part de notoriété au prix du sang. Si la suite montre qu’il y a une motivation, en réalité un prétexte et une croûte sur la démence, on aura soin de ne pas la mettre en scène. Ces enfants, comme ces militaires assassinés, sont nos enfants à tous. Un point c’est tout ! Je suis certain que la police et la justice vont rattraper le criminel sous peu. Citoyens policiers, vous n’avez pas besoin qu’on vous le dise, mais quand même je le fais : mettez les bouchées doubles. On compte sur vous. On a besoin pour la paix civile que vous régliez ça très vite. Pour l’heure, nos cœurs saignent. » Jean-Luc Mélenchon

 

« La tuerie antisémite de Toulouse est peut-être l’œuvre d’un fou. Mais, dans ce cas, sa folie est d’époque. D’une époque où l’on s’habitue à diviser l’humanité plutôt qu’à la rassembler, où l’on attise les violences plutôt que d’apaiser la société. Et c’est cette folie qu’il importe de conjurer d’urgence, en convoquant la raison contre la peur et la fraternité contre la haine.

Ce tueur est peut-être un fou solitaire, sans autre motivation que la folie criminelle qui l’habite. Mais peut-être est-il aussi un fou d’idéologie, un fou saisi par ces passions meurtrières qui, ces dernières années, n’ont cessé de travailler notre modernité, diffusées et alimentées par les tenants des guerres d’identités, chocs de civilisations et affrontements de religions.

Il est temps de nous ressaisir et, sous le choc de l’émotion, de retrouver le chemin d’une concorde républicaine en lieu et place de cette guerre de tous contre tous qui fermente sous l’aigreur de la déraison politique à l’œuvre ces temps derniers – identité nationale contre origine étrangère, civilisations supérieures contre religions inférieures, racines chrétiennes contre invasion musulmane, etc. Oui, temps de nous rappeler, en lui donnant une nouvelle jeunesse, ardente et communicative, que la République, dans son idéal d’égalité démocratique et sociale, est supposée ne faire aucune distinction selon l’origine, l’apparence ou la religion.

Cette réflexion à voix haute est un appel à toutes les forces de la société – politiques, syndicales, associatives, culturelles, intellectuelles, confessionnelles, etc. – qui n’ont pas cédé au langage de la xénophobie et du racisme, pour qu’elles se rassemblent autour de nos fraternités contre la haine. Sous le choc des tueries de Toulouse et Montauban, ne pourrait-on pas imaginer une initiative commune qui, par sa dynamique unitaire et sa solidarité communicative, se dresse contre toutes les idéologies qui exploitent la peur de l’Autre ? »  Edwy Plenel

Les victimes des tueries sont Gabriel Sandler, 4 ans, Arieh Sandler, 5 ans, Jonathan Sandler, 30 ans, Myriam Monsonego, 7 ans (à Toulouse, le 19 mars); Abel Chennouf, 25 ans, Mohamed Legouad, 24 ans (à Montauban, le 15 mars); Imad Ibn Ziaten, 30 ans (à Toulouse, le 11 mars).


[UNCUT] Réaction de Jean-Luc Mélenchon aux… par PlaceauPeuple

Une réflexion au sujet de « Réflexions à partir de Toulouse et Montauban »

  1. Assez !
    Qu’ils se taisent tous maintenant et une bonne fois pour toute !
    Durant tout l’épisode qu’a duré cette tragédie chacun y est allé de sa réflexion, de son sentiment, de sa prise de position.
    Les médias tournaient en boucle, avide et à vide, dans l’attente d’un scoop ! Tant de temps d’antenne pour ne rien dire, de fausses suppositions. Les vautours de l’info ont dégainé tous leurs envoyés spéciaux afin de ne pas rater une miette de ce drame.
    Des commentaires et des images jusqu’au dégout !
    Les politiques n’ont pas été en reste, ils se devaient de figurer dans l’histoire et sur les photos qui se déroulaient sous les yeux de la France et même du monde entier. Ce drame n’était pas encore achevé que le front national lâchait déjà sa haine de l’autre en accusant l’islam une fois de plus.
    Des enfants et des hommes sont morts, peu importe qu’ils soient juifs, musulmans, catholiques ou je ne sais quoi.
    La décence envers ces crimes horribles méritait seulement le silence et la compassion avec ceux qui ont perdu des êtres chers.
    A stigmatiser les uns ou les autre contre ceux ci ou ceux là voilà où on en arrive et personne n’est innocent.
    Hélas, certains et certaines ne manqueront pas d’instrumentaliser cette tragédie a leur profit, ajoutant l’horreur à l’horreur.

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