Alarme, citoyens !

Très bel édito d’Edwy Plenel en ligne depuis mardi 24 et dommage pour ceux qui ne sont pas encore abonnés à Mediapart, l’un des très rares organes d’une presse encore libre et indépendante. Ne pouvant reproduire l’intégralité de l’article, en voici néanmoins les lignes de force.

Commençons par bien noter ce titre de l’auteur « Alarme, citoyens ! », car le défi qui attend la Gauche est immense : relever la France d’une déchéance politique annoncée, en refondant une République authentiquement démocratique et sociale. Pour le patron de Mediapart, il est clair que « ce premier tour de l’élection présidentielle résonne donc comme un avertissement pour François Hollande : une victoire à la Pyrrhus le guette s’il ne prend pas suffisamment la mesure du sursaut politique qu’appelle la crise française. »

Force est de remonter à quelques trente ans en arrière, d’abord en septembre 1983 lors de la première percée municipale du Front national à Dreux, puis du premier succès aux élections européennes de 1984 où la liste de Jean-Marie Le Pen avait obtenu plus de 2 millions de voix (10,95 % des suffrages). Déjà à l’époque, des élections locales témoignaient de la renaissance de l’extrême droite française et la classe politique se rassurait à bon compte, sans doute confortée par le très petit nombre de journalistes et d’intellectuels qui osaient pointer cette logique du bouc émissaire qui, tout en prenant ses marques, marquait déjà des points.  Aujourd’hui, relève Edwy Plenel, elle a droit de cité officiel sous un pouvoir de droite – « identité nationale », « civilisation supérieure », « musulman d’apparence », « étrangers trop nombreux », etc.

Et de souligner cette exception française, ce « bonapartisme césariste qui inspire notre présidentialisme (et qui) est d’une dangerosité foncière que la gauche oublie trop souvent à force de s’être résignée à le subir dans l’espoir d’en être parfois bénéficiaire. »

« Dangereuses avant moi, elles le seront toujours après » disait François Mitterrand à propos de nos institutions comme une mise en garde à l’adresse de ses successeurs de gauche.

Par ailleurs, note encore Edwy, alors que « les engagements du Conseil national de la Résistance sont piétinés et que la Constitution républicaine elle-même est bafouée, on aurait pu s’attendre à ce que quelques voix fortes s’élèvent dans cette droite dont le bonapartisme foncier a toujours flatté l’esprit grognard. En prétendant attendre, pour se déterminer d’ici le second tour, les réponses de Nicolas Sarkozy et de François Hollande à ses interpellations, le chef du Modem est à mille lieues de la posture principielle qu’il avait affichée dans sa critique constante de la présidence sortante, et plus près du marchandage politicien. »

Quand à Jean-François Kahn, qui fit pourtant campagne pour François Bayrou, nous ne pouvons que rapporter également son appel : « Pour la première fois depuis des lustres, on entend un discours ouvertement pétainiste sortir de la bouche d’un président de la République encore en place. Quoi qu’on pense de son challenger social-démocrate, l’hésitation n’est plus possible, plus tolérable : tous les républicains, tous les démocrates qui refusent, par patriotisme, le discours de guerre civile et de lacération de notre nation commune, qu’ils se réclament de Jaurès, de Clemenceau, de De Gaulle, de Mendes France ou de Robert Schuman, doivent voter de façon à barrer la route à l’apprenti sorcier et à permettre qu’on tourne cette page ».

Car la politique ne se réduit pas à l’expertise ou à la compétence, comme l’ont trop longtemps imposé les vulgates économiques et financières afin de l’éloigner du contrôle populaire.

L’élection présidentielle est un moyen, et non pas une fin. Aucun chèque en blanc, aucun état de grâce n’attend François Hollande s’il l’emporte. Voter pour lui, utiliser massivement le bulletin de vote à son nom, est le moyen aujourd’hui à notre portée pour rendre possible l’avènement des fins démocratiques et sociales qu’exige la crise française. Et ces fins-là dépendront de nous autant que de lui : de nos exigences, de nos vigilances, de nos mobilisations.

Et Edwy Plenel de clore son édito en rappelant qu’en 1944 Albert Camus écrivait dans le journal Combat : « Élever ce pays en élevant son langage. » L’exact opposé du « Casse toi, pauv’ con », cette insulte qui résume la présidence sortante, son style et son projet.

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