Carton rouge vif pour gouvernement rose pâle

« Je suis pour que la Grèce reste dans la zone euro mais les Grecs doivent savoir que cela suppose qu’il y ait une relation de confiance », a osé affirmer François Hollande mercredi dernier, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision grecque Mega Channel

« Il appartient aux Grecs de se prononcer souverainement. Mais leur choix est aussi de savoir s’ils veulent rester ou non dans la zone euro. Ce qui suppose le respect des disciplines budgétaires et des mesures concrètes pour la croissance », a expliqué Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux affaires européennes. Disant cela il ne faisait que remettre une couche d’intox aux propos déjà tenus par ses patrons Fabius et Moscovici qui rabâchent depuis une semaine que « Différer tous les engagements revient à sortir mécaniquement de la zone euro. Ce qui est négociable, c’est la croissance, ce n’est pas le respect des disciplines budgétaires. »

Que la honte soit donc sur ces messieurs du social-libéralisme qui n’osent même pas prononcer le nom de Syriza, qui se sont autorisé sans vergogne une ingérence dans la politique d’un pays étranger tout en feignant de souligner sa souveraineté, et tentent de faire croire aux Français que le vote grec peut entraîner mécaniquement une sortie de la zone euro.

Mensonge ! Où ce mécanisme serait-il inscrit et acté dans le Traité de Lisbonne ou le mémorandum ?  Non messieurs les socialo-libéraux, personne ne peut sortir la Grèce de l’euro sauf à le faire en toute illégalité. Alors à quoi riment ces menaces et cette intimidation ? Et combien de fois faudra-t-il répéter que Syriza n’a JAMAIS souhaité sortir de l’euro contrairement au mensonge que vous voulez imposer, pas plus que ne le souhaitent les fronts de gauche français, allemand ou espagnol ? Ainsi que le rappelle Pierre Laurent, secrétaire national du PCF : « La France ne doit pas appuyer le chantage de Mme Merkel et des tenants du consensus libéral. La question n’est pas la sortie de la zone euro ou non, mais sa refonte ».

On peut comprendre qu’il ne soit pas aisé pour le gouvernement Hollande de rassurer de rassurer à la fois Mme Merkel et les marchés financiers tout en soutenant un parti de gauche tel que Syriza. C’est néanmoins une position claire qu’attendent dans les jours à venir les quatre millions d’électeurs français qui ont permis aux socialistes et à quelques Verts de devenir le gouvernement actuel. Et ne nous y trompons pas en ce temps où toutes les digues semblent se rompre, la vraie question posée en filigrane de cette attente est : le PS est-il toujours un parti de gauche ?

Car la victoire présidentielle française, confirmée par les législatives, ne doit pas faire oublier qu’elle est due à l’ensemble des forces de gauche. Rapportée au scrutin grec de ce dimanche 17 juin, et si l’on peut se permettre de « traduire » en français le résultat grec malgré les quelques différences d’un parti à l’autre, la situation est grosso mode celle-là : UMP (Nouvelle Démocratie) = 30%, FRONT de GAUCHE (Syriza) = 27%, PS (Pasok) = 12%.

Or, sous la pression des marchés (mais semblant aussi réjouir les socialistes français), le bruit court d’une possible alliance entre le Pasok et ND, une Démocratie Nouvelle qui, il faut le savoir, n’existe que parce qu’elle a déjà rallié en son sein d’anciens dirigeants du parti LAOS, qui était un équivalent du FN français, distinct en Grèce du parti néo-nazi Aube Dorée.

Ainsi, si la nouvelle majorité grecque devait être un UMPS extrême-droitisé dans le seul but d’écarter un Front de Gauche et que ce choix soit entériné par le PS français, notre question « Le PS est-il encore à gauche ? » n’en serait que davantage légitimée. Les réponses à la question appartiennent donc encore à un futur bien proche qu’il serait injuste ou précipité d’hypothéquer. Nous croisons juste les doigts, sachant que l’Histoire aime bien bégayer, pour que nul ne soit tenté de répéter : « Plutôt Hitler que le Front populaire ! »

Ne reste pas moins que ces manipulations déplacées du gouvernement Hollande, arrivant de surcroît après un refus de recevoir Alexis Tsipras (voir notre article précédent) méritaient tout de même ce carton rouge, ne serait-ce que pour ouvrir le nécessaire débat.

 

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