Le changement, c’est au Parlement

Par Mario. Billet d’humeur.

Il s’agit certes d’un parti pris, celui qu’Edwy Plenel publie ce 08 juin 2012, quelques heures avant l’interdiction légale de toute propagande, articles et autres documents qui seraient de nature à influencer le vote de quelque citoyen qui soit. Un parti pris que certains goûteront avec enthousiasme, d’autres peut-être avec plus d’amertume, et pourtant …

Voter est un droit et un devoir, voter aujourd’hui dans ce monde en crise est essentiel, mais voter pour qui, pour quoi, quel programme, quelle démocratie, quelle Europe, quel monde pour demain et qui commencerait dès aujourd’hui ? Chacun répondra à l’aune de ses convictions les plus profondes. C’est néanmoins un appel à la réflexion qu’on peut saisir à travers ce parti pris d’Edwy Plenel. N’étant pas autorisé à en publier l’intégralité, je tenais cependant à partager ces quelques extraits.

« S’il faut une énième preuve des déséquilibres démocratiques du présidentialisme français et des renoncements auxquels ils nous ont habitués, l’actuelle campagne électorale législative nous la fournit. L’enjeu des scrutins des 10 et 17 juin est réduit à la confirmation parlementaire de la victoire du président élu, François Hollande. Or, plutôt qu’une majorité présidentielle dominée par le PS, c’est une majorité du changement, pluraliste et diverse, qui garantira son approfondissement par le rééquilibrage du pouvoir.

(…) Depuis bientôt un demi-siècle – très précisément, le référendum du 28 octobre 1962 instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel direct –, nous n’avons cessé de nous habituer à une anormalité croissante : la prépondérance de l’institution présidentielle sur l’institution parlementaire. Pourtant, l’enjeu du changement démocratique qu’ont appelé de leurs vœux une majorité de Français le 6 mai, en mettant fin à l’hyperprésidence sarkozyste pour lui préférer les engagements d’un président « normal », c’est d’inverser ce cours, en rééquilibrant notre démocratie au profit des propositions et des délibérations des assemblées élues, et au détriment de cette dérive qui n’a cessé d’aligner leurs majorités sur la volonté d’un seul, le locataire provisoire de l’Élysée.

(…) C’est donc une démocratie de basse intensité que celle qui dépend des seules limites que se fixent les hommes, au lieu de s’en remettre à des pouvoirs institués qui arrêtent le pouvoir, l’équilibrent ou le contrôlent. Telle est la fragilité foncière du défi politique que s’est lancé le pays en élisant un président qui revendique sa normalité comme ligne de conduite, promesse d’un retour sur la terre ferme d’une démocratie rendue à tout un peuple après l’hystérie de sa confiscation au profit d’un seul et du clan oligarchique dont il défendait les intérêts. Si les premiers pas du nouveau pouvoir attestent plutôt de la sincérité de cet engagement, nous ne saurions, collectivement, nous satisfaire de ces signaux de bon augure. Le changement ne se réduit pas à une délégation de pouvoir à d’autres, mais suppose, pour réussir, une volonté partagée, par tous.

(…) Le garantir et l’approfondir passe par l’élection à l’Assemblée nationale dominée d’une majorité du changement, pluraliste et diverse, plutôt que d’une majorité présidentielle dominée par le seul Parti socialiste. Le paradoxe n’est qu’apparent, mais c’est, sans doute, le meilleur service à rendre à François Hollande pour qu’il soit au rendez-vous non seulement de ses propres engagements de campagne mais des défis immenses qui l’attendent. Une majorité absolue du PS, c’est le risque de ces majorités automatiques, sans délibération véritable ni invention originale, qui n’obligent plus le pouvoir à convaincre, à rassembler, à mobiliser.

(…) L’ensemble des forces politiques qui, peu ou prou, ont apporté leur contribution à la victoire de François Hollande doivent pouvoir peser sur le changement, y apporter leurs contributions, leurs nuances ou leurs exigences.

Aux députés socialistes, inévitablement les plus nombreux à gauche, il nous faut ajouter des députés écologistes d’EELV, mais sans pour autant laisser le PS dans cette union solitaire. Et donc aussi des députés du Front de gauche, dans la diversité de ses composantes. »

J’ajouterai pour ma part, en regard de cette diversité, qu’il ne peut être qu’un seul vote utile, c’est celui des convictions. Celui qui oublie les siennes en entrant dans l’isoloir ne doit pas s’étonner de ne pas les retrouver en sortant.

Et comme c’est le weekend, je me permets de vous emmener au cinéma pour 11 minutes d’un film qu’on peut voir ou revoir, qui parle d’un type de gouvernement qu’on aimerait bien ne plus voir. Il s’agit de l’interprétation du « Président » par Jean Gabin, un film tourné en 1960 par Henri Verneuil. Plus de 50 ans nous séparent de cette vision de l’Assemblée et de l’Europe… autant dire que l’actualité a la peau dure, même si on peut se dire que, là au moins, c’est du cinéma.

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