une réponse à la montebourde

extrait d’un article de Corinne Lepage, présidente de Cap 21, paru sur Rue 89 (voir nos liens favoris pour lire l’article intégral)

M. Montebourg, soyez logique et arrêtez de faire la promotion du nucléaire !

1

L’efficacité énergétique

Commençons par l’efficacité et la sobriété énergétique dont l’Etat parle d’autant plus qu’il les combat dans les faits. Le chauffage électrique continue à être favorisé alors qu’il est l’ennemi de l’efficacité pour la bonne et simple raison qu’il est indispensable à la vente de la production d’électricité de base.

Dans ces conditions, les objectifs d’isolation et de très basse consommation ne peuvent être tenus. De plus, le bas coût relatif du prix de l’électricité n’encourage pas à l’économie d’énergie.

La logique voudrait donc que soit abandonné le chauffage électrique de bâtiments, ce qui n’apparaît pas vraiment à l’ordre du jour… De la même manière, le prix de l’électricité devrait être revisité de manière à ce que les besoins de base puissent être satisfaits à des tarifs très faibles, qui augmenteraient en fonction de l’importance de la consommation. Sauf qu’une telle politique est impossible dans un pays qui a dopé et continue à doper le chauffage électrique.

Or, la base de la troisième révolution industrielle et de la ville durable s’appuie sur des habitats a minima peu consommateurs d’énergie, puis producteur, voire exportateurs de l’énergie produite.

2

Les compteurs intelligents

Continuons avec les réseaux. Les « smarts grids » sont à la mode… sauf que les seuls compteurs aujourd’hui proposés aux Français, à savoir le compteur Linky, sont une escroquerie dans la mesure où leur objectif n’est pas du tout de réduire la consommation énergétique des usagers mais de faciliter la gestion de pointe d’EDF.

De plus, ces compteurs, qui devaient être pris en charge par EDF à l’origine, seront en réalité payés par les usagers. Les compteurs intelligents reliés à des réseaux qui le sont également ne sont pas pour demain en France. En effet, ils nécessitent des investissements très importants qui ne sont pas programmés et surtout ne sont pas souhaités car ils s’inscrivent dans la décentralisation énergétique que l’Etat jacobin rejette.

3

Le nucléaire ou les renouvelables

Poursuivons avec la source de la production électrique. Même si le président Hollande s’est engagé à réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique à 50% d’ici 2025, à l’horizon 2017, il n’y a en réalité aucun changement d’orientation. En effet, la fermeture de Fessenheim promise par le Président apparaît davantage comme un symbole fort que comme un changement d’orientation.

L’abandon de Plogoff n’a-t-il pas été la contrepartie de la réalisation de la totalité du programme nucléaire prévu en 1973 ? Il en est d’autant plus ainsi que la poursuite d’Astrid démontre à l’évidence la volonté du gouvernement de s’engager dans la voie du quatrième générateur et donc de continuer le programme nucléaire, cependant que la poursuite de Flamanville lance l’EPR en France alors même qu’un seul EPR n’a aucun sens sur le plan industriel et économique.

Dès lors, même si le gouvernement semble vouloir se montrer plus favorable aux énergies renouvelables, il reste largement improbable que l’engagement de la France de produire 23% de son énergie à partir des renouvelables en 2020 puisse être tenu.

Dans le même temps, l’Allemagne vise 40% avec le développement industriel y afférent. Or, la troisième révolution industrielle repose sur l’envol de l’industrie des renouvelables et le stockage de l’électricité notamment produite de manière intermittente.

4

Et les gaz de schiste ?

Finissons ce rapide panorama avec les énergies productrices de gaz à effet de serre. Le fait que la question des gaz de schiste, malgré les engagements courageux de madame Batho, reste ouverte après les déclarations du ministre Montebourg est symptomatique d’une croyance dans une croissance fondée sur les gaz de schiste comme dans le modèle américain. Il est évident que cette orientation tourne le dos à la troisième révolution industrielle qui permet de sortir de la dépendance pétrolière comme de la dépendance nucléaire.

Alors, monsieur le ministre, chiche pour la troisième révolution industrielle ! Mais dans la vraie vie. Pas dans l’incantation. Dans la cohérence. Pas dans les choix contreproductifs.

Laisser un commentaire