la grande menace

Ainsi que le rappelle le site pétitionnaire Avaaz, la Une du magazine américain Newsweek illustre parfaitement le message ressassé par les médias ces quinze derniers jours: le monde musulman s’embraserait d’une colère anti-occidentaux en réaction à un film islamophobe, et des hordes de protestataires violents nous menaceraient tous…
De l’Égypte au Pakistan en passant par le Yémen, l’Iran, l’Irak, etc., onze pays auraient manifesté leur rage contre le film en particulier et l’occident en général.

Il aura fallu près de quinze jours pour que les médias commencent à rapporter que la grande majorité des manifestants étaient pacifiques. Un rapport établi le 20 septembre chiffrait à zéro le nombre de victimes tuées par les manifestants. Quant à leur nombre, une estimation qui circule sur Internet l’évalue à une dizaine de milliers pour toute la planète. Une évaluation apparemment plus circonstanciée a été avancée dans la dernière émission d’Arrêt sur Image consacrée au sujet, et pousse le nombre global à 150 000 manifestants, toujours pour la planète entière.
Quel que soit le nombre retenu, sachant qu’un milliard et demi d’individus se réclament de l’islam, c’est au maximum 0,001 % qui ont pris sur eux d’aller manifester à juste titre leur indignation, au demeurant soutenus par la quasi totalité des dirigeants mondiaux qui ont condamné le film, qu’ils soient musulmans ou occidentaux.
Mais qu’en est-il vraiment de cette prétendue mise à feu du monde musulman ? Proposée par un site anglais, voici quelques extraits d’un reportage photographique témoignant bien de ces quinze jours de rage (note: les commentaires sous les photos sont de Sémaphores)

Le Caire, Égypte. Manifestation des faiseurs de bulles en colère devant la mosquée Al-Hussein

 

Le Caire. Des manifestants enragés vérifient les stocks de tomates bombardières

Un fondu mentaliste s’énerve tout seul en apprenant la nouvelle par le journal.

Excédé, un couple iranien tente de prendre de la hauteur avant de reprendre le combat

Irak, Bagdad. Pour tenter d’échapper aux débordements, certains n’hésitent pas à se jeter du haut des immeubles

Pakistan. D’autres préfèrent carrément l’exode sur des routes incertaines

Bangladesh. Les jeunes aussi sont touchés, certains préfèrent se noyer par paire plutôt que perdre leur innocence

Plus sérieusement, une autre presse a noté combien ce non-événement a occulté plus ou moins des infos de toute autre importance. Ainsi ces musulmans “énervés” ont-ils relégué aux brèves ces dizaines de milliers d’autres « énervés » qui manifestaient en Russie contre le président Vladimir Poutine. Combien de minutes ou de pages consacrées à ces centaines de milliers de Portugais et d’Espagnols indignados lors de rassemblements anti-austérité ? et le million de Catalans qui réclament l’indépendance ? Et les 1 000 personnes tuées en Syrie en une seule semaine ? A-t-on parlé des véritables mobilisations en Tunisie et en Égypte ? A-t-on dit que les courants de l’islam politique en Libye n’ont obtenu à travers les premières élections libres du pays que 17 sièges sur les 200 qui forment la constituante ?
Voilà bien encore une fois posé le problème d’une presse entre les mains des chiens de garde, une presse obnubilée par son chiffre d’affaire ou son audimat, mais de plus en plus exempte de déontologie, d’éthique, et qui n’hésite plus à mettre de l’huile sur des feux quasi inexistants tout en prétendant informer.
Dans son n°82 (septembre-octobre 2012) la revue Nexus rapporte comment des fondamentalistes musulmans ont récemment utilisé une photo du tremblement de terre de Gyegu en Chine, en y accolant une fausse légende pour accréditer leur cause. On y voit des moines tibétains préparer les crémations pour le millier de victimes de la catastrophe. Des corps nus et entassés qui renvoient aux heures les plus sombres de l’Histoire. L’image retouchée et commentée par ces islamistes est devenue sur les réseaux une sorte de pièce à conviction sur un prétendu massacre de musulmans en Birmanie, commis par des moines tibétains. Le problème est que cela est intervenu au moment où des tensions confessionnelles et raciales s’accentuaient en Assam et dans les régions frontalières entre l’Inde et la Birmanie, fin juillet 2012. Malgré les communiqués des gouvernements indien et du Tibet, le feu de la haine s’est propagé sans trêve. Depuis le début août les représailles s’enchaînent. Les tentatives d’apaisement n’ont pas encore été suffisantes pour stopper l’exil de masse des populations originaires du Sikkim, du Népal, de Birmanie ou d’autres ethnies des Himalayas.
Cet exemple parmi d’autres montre comment, grâce aux réseaux planétaires, le détournement d’une seule image peut désormais facilement provoquer la terreur et l’exode d’ethnies ciblées.
Internet est sans conteste un très bel outil, sans doute aussi un des plus dangereux. Usagers de blogs, de tweets et autres réseaux dits sociaux, il appartient plus que jamais à chacun de nous d’être en responsabilité et conscience à chaque utilisation.

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