Cannabis : oui, on doit ouvrir le débat !

Pour la deuxième fois depuis le début de l’année, des politiques ont essayé d’ouvrir le débat sur la dépénalisation, voire la légalisation du cannabis. En vain, tant la pression est forte devant toute tentative d’y voir plus clair sur un sujet qui, n’en déplaise à certains, pose un véritable problème de société qu’il convient de traiter autrement que par la politique de l’autruche.

A commencer, on ne voit pas pourquoi Cécile Duflot ou Vincent Peillon devraient se taire (hormis un rappel aux ordres par le patron mais ça les regarde…) se taire devant le baigneur Jean François Copé. Nous avons tous encore en tête (et en archives) une photo témoin de sa macération dans la piscine du sieur Takkiedine, qui comme chacun sait (affaire Karachi entre autres affaires) n’est pas spécialement connu pour vendre de la dentelle ou des fruits et légumes.

Car par delà le premier problème de santé publique que pourrait poser le cannabis, il y a ces autres problèmes bien connus de tous (c’est pour ça qu’on suppose que M.Copé ne doit pas les ignorer non plus), qui sont que le joint est une réalité socialement bien ancrée  ( 1,3 millions de fumeurs-fumeuses en France, estiment certains officiels mais ils sont largement en dessous), une réalité qui a ses réseaux, son chiffre d’affaire, ses frais et dommages collatéraux… Une nébuleuse (pas pour tout le monde) qui passe par d’autres drogues et des trafics d’armes, avec un chouilla de prostitution par-ci et une bonne dose de blanchiments fiscaux par là. Une hydre qui, outre ses propres acteurs de première ligne, implique par force des services de police, de santé, de justice, de prévention, d’éducation… Et l’on voudrait encore une fois empêcher le débat ? Il n’en est plus question, il faut cesser l’hypocrisie !

La première des vigilances est d’ailleurs de ne pas se faire confisquer le débat, ce qui est le cas avec la majeure partie des grands médias. Qui invite-t-on à donner son avis « autorisé » ou « avisé » sur le cannabis ? Soit des politiques de tous bords, de préférence pour faire s’affronter les « pour » et les « contre », soit des médecins et autres chercheurs, en bref des têtes qu’on dit savantes, mais qui vont tous jurer par leurs grands dieux qu’ils n’ont jamais touché au produit, pas plus qu’ils ne toucheraient d’ailleurs à d’autres stupéfiants. On peut dès lors se demander légitimement s’ils savent de quoi ils parlent, d’où ils en parlent et pourquoi ils le font. Pour autant que leur parole soit bien évidemment légitime dans certains cas (s’ils ont un vrai savoir sur le sujet ou s’ils sont en charge de responsabilité politique, par exemple) mais ras-le-bol de ces études faites sur des rats et des souris de labos dont on voudrait souligner la similitude avec l’homme sous prétexte de code ADN quasi identique. La réaction physiologique des uns et des autres au produit n’est qu’une infime partie de l’iceberg représenté par les drogues et il ne nous est pas apparu que 25 % des souriceaux aillent d’eux-mêmes se ravitailler chez des rats dealers, ou profiter de leurs reventes pour acquérir des armes. Le problème est humain et sociétal, sa part « médicale » doit être ramenée à sa juste proportion. Elle le doit d’autant plus que la plupart des recherches (en théorie illégales puisque le produit l’est) se révèlent souvent contradictoires, que leurs analyses sont comme les sondages et qu’il s’agit toujours d’interprétations, quand elles ne sont pas purement et simplement des commandes de lobbies.

Soyons clairs ! Il ne s’agit pas de réclamer une action prioritaire du gouvernement. Dans la situation actuelle, nous partageons qu’il y ait d’autres priorités à traiter que le statut du cannabis. Mais qu’il n’y ait pas le feu au lac au point de devoir légaliser ou dépénaliser en urgence ne doit pas empêcher le débat. Si ce débat ne peut jamais commencer à cause d’un manque de liberté d’expression il reviendra sans cesse sur le tapis, comme il le fait depuis déjà 75 ans selon les pays. Si ce n’est qu’en 75 ans le monde a changé plusieurs fois de visage, ce qu’ignorent les autruches qui, tête enfouie, ne reconnaissent jamais le visage du présent.

Cannabis : le changement c’est maintenant ?


Cannabis: le changement c’est maintenant? par lesinrocks

En vrac, voici quelques éléments de dossier (à la mode sémaphorienne), manière d’aborder le sujet par d’autres biais et en donnant la parole à d’autres interlocuteurs afin que chacun puisse étayer ses propres convictions en connaissance de cause.

75 ans de contrôle racial : joyeux anniversaire à la prohibition de la marijuana

Ce titre d’article trouvé sur le site de Sensiseeds positionne d’emblée la situation. L’herbe à pétards, voilà une plante dont l’usage est attesté par des milliers d’années et de civilisations, soudainement dans la lorgnette du législateur à l’aube du troisième millénaire ! 6 000 ans ! C’est à désespérer de la prétendue intelligence humaine (chercheurs et médecins compris) s’il nous faut six mille années pour comprendre la toxicité ou pas d’une plante, qui plus est parmi tant d’autres plantes possibles. Un point de départ pour comprendre l’impact actuel du cannabis sur le plan politique et social est de savoir que ce sont nos amis amerlocains qui ont les premiers légiféré contre la fumette. C’était il y a 75 ans, mais pour des raisons qu’on ne connait pas toujours. Celle avancée par Harry Anslinger, véritable McCarthy de la drogue dans les années 30 et suivantes, était assez explicite (et le bougre a sévi pendant 32 ans !) :

« Il y a au total 100 000 fumeurs de marijuana aux États-Unis, dont la plupart sont des nègres, des latinos, des Philippins et des saltimbanques. Leur musique satanique, le jazz et le swing, est le fruit de la consommation de marijuana. Cette marijuana qui pousse les femmes blanches à rechercher des relations sexuelles avec des nègres, des saltimbanques et autres. » Harry Anslinger

En fait, les lois sur la marijuana n’ont pas été conçues pour contrôler la marijuana, mais pour contrôler les immigrants mexicains qui avaient introduit avec eux cette plante aux États-Unis. Aujourd’hui dans ces mêmes États-Unis, une personne est arrêtée pour un motif lié à la marijuana toutes les 38 secondes.

Mais on peut savoir que des Amerlocains réfléchissent aussi et cherchent la meilleure solution. L’Oregon, le Colorado et l’état de Washington envisagent une approche plus sensible et humaine de la marijuana. Ces trois états ont inscrit des initiatives de fiscalité et de réglementation à leur bulletin de vote en ce mois de novembre prochain.

Sources : http://fr.sensiseeds.com/75-ans-de-controle-racial-joyeux-anniversaire-a-la-prohibition-de-la-marijuana-2/

Et (en anglais) The Huffington Post, par Amanda Reimann, directrice de la politique pour la Drug Policy Alliance.

Pour savoir qui, du gouvernement français, est pour ou contre la dépénalisation c’est chez les Inrocks qu’il faut aller voir. (Lien et article entier en fin de dossier) mais voici l’expression de trois voix « contre » :

– Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication. La ministre évacue la question d’un revers en expliquant que “ce sujet n’est pas la préoccupation principale des Français“.“La position de François Hollande, de Jean-Marc Ayrault et du gouvernement est très claire : c’est le maintien de l’interdit, nécessaire pour toutes les formes de drogue”, conclut-elle.

– Manuel Valls, ministre de l’Intérieur. Est-il besoin de le préciser, Valls s’affiche comme un farouche opposant à la dépénalisation. Interrogé sur le cannabis lors du premier débat des primaires socialistes organisé par France 2 en septembre 2011, Valls s’était dit “fermement opposé, au nom même des valeurs de gauche (…), à toute concession dans ce domaine“.

(ndlr : au passage nous prions monsieur le ministre de bien vouloir ne pas s’approprier l’ensemble des « valeurs de gauche » tant qu’il n’a pas fait montre de savoir de quoi il parle. Merci)

– François Hollande. Le 6 juin 2011, lors d’un débat organisé par le “Collectif du 21 avril”, François Hollande, candidat aux primaires du PS s’était dit prêt à ouvrir le débat sur la dépénalisation du cannabis à l’échelle européenne : “Il va falloir réunir une commission à l’échelle de l’Europe, comme celle qui vient d’avoir lieu aux États-Unis. Le Portugal est dans la dépénalisation, mais pas tout à fait dans la légalisation. Ça mérite qu’on regarde ce qui se passe au Portugal. Ça mérite qu’on fasse une proposition pour l’Europe entière.

En attendant d’agir, selon la loi de 1970 qui condamne « la présentation sous un jour favorable » des stupéfiants à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, il est impossible de dire du bien du cannabis dans les médias. Autrement dit, si telle était l’envie ou la conviction d’un journaliste, il est gentiment invité à fermer sa gueule.

La France, qui possède l’une des législations les plus répressives d’Europe, figure au cinquième rang européen au niveau de la consommation de cannabis. Cinquième rang européen en ce qui concerne sa population globale mais première pour l’addiction de sa jeunesse. Les jeunes français sont les plus en pétards de toute l’Europe et même du monde ! Ici, comme pour sa consommation de médocs et anti-dépresseurs, la France affiche de tristes records.

Petite histoire : L’appel du 18 joint.

L’appel du 18 joint est initialement un manifeste publié le 18 juin 1976 dans Libération.

En 1993, le CIRC, Collectif d’information et de recherche cannabique, ressort ce texte de l’appel pour en faire une pétition, régulièrement réitérée depuis. En porte-parole du MLC, Mouvement pour la Légalisation Contrôlée, l’avocat Francis Caballero démontre avec maestria l’évidence sociale, économique et éthique de la « Légalisation contrôlée » ! Le document suivant a été réalisé le 15 juin 1993. Depuis, si tous les chiffres cités dans la conférence ont explosés, qu’il s’agisse des saisies, des condamnations comme des violences, la justesse de cette analyse s’impose encore. Et voilà pour le moins quelqu’un qui connaît son sujet.


Mouvement pour la Légalisation Contrôlée par Giorgiocham

652 CANNABIS_FAITES TOURNER LE BOUQUIN

A LaTéléLibre on aime bien Bruno Blum, un des journalistes symbole de la culture rock des années 70-80. Cet ancien gros fumeur de chanvre, qui a arrêté d’en consommer depuis vingt ans, sort un nouveau livre « Culture Cannabis ». Il y raconte son expérience (franchement désastreuse sur la fin : son livre n’est donc pas prosélyte) de façon très vivante, puis fait le tour de la question avec une enquête approfondie : aspects botaniques, culturels, musicaux, légaux, historiques, politiques (il a contacté tous les candidats aux présidentielles), géopolitiques, rituels, spirituels, ludiques, agricoles, financiers mais aussi applications thérapeutiques, surpopulation carcérale, désintoxication, chiffres, guide des DVD… comme il le dit lui-même, « pas besoin d’être pour ou contre pour apprécier ce livre ».

John Paul Lepers, Caroline Lançon. Réalisation: Antoine Heidler


652 CANNABIS: FAITES TOURNER LE BOUQUIN par latelelibre

pour des articles sur les aspects médicaux et les liens vers les études sur le cannabis, c’est par ici : http://www.cannabis-med.org/french/bulletin/ww_fr_db_cannabis_artikel.php?id=116

Les “cannabis social clubs” arrivent en France

Article paru le 19 juin 2012 dans Les Inrocks.

 Des militants antiprohibitionnistes ont annoncé leur intention de se déclarer en préfecture comme producteurs de cannabis dans le cadre de ces associations dont le modèle est venu d’Espagne.

Si PS et UMP pensaient avoir enterré le débat sur le cannabis avec la fin de la campagne des législatives, ils se sont trompés. Des militants viennent en effet d’afficher leur détermination à faire évoluer la législation en annonçant, lors d’un Appel du 18 Joint anticipé à Tours, la création de nombreux “Cannabis social club” un peu partout en France.

Un “cannabis social club” (CSC), c’est une coopérative de consommateurs réguliers de marijuana qui cultivent la plante pour satisfaire leurs propres besoins. Le but est de leur permettre de se fournir sans alimenter le trafic. Pour cela, les plantes poussent dans les jardins, les balcons et les placards des membres. A but non lucratif, ces associations prônent une “autoproduction contrôlée”. Elles visent également à couvrir les besoins “thérapeutiques”.

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Ces structures ont vu le jour de manière formelle en Espagne et commencent à apparaître en Belgique, des pays où la détention, la consommation et la production de cannabis à usage personnel ne constituent pas un délit pénal. Interrogée par des élus espagnols en 2005, la Commission de Bruxelles avait estimé que ces clubs, assimilés à de l’autoproduction, étaient hors des compétences de l’Union et dépendaient donc uniquement du bon vouloir des autorités nationales.

Peu importe, en France, la situation est différente. La loi y interdit “toute présentation sous un jour favorable” de la substance, ainsi que sa production, sa détention et sa simple consommation sous peine de longs séjours en prison.

Illégaux dans l’Hexagone, ces “clubs” n’en resteront donc, pour l’instant, qu’au stade de groupes informels d’amateurs d’herbe ne réunissant chacun pas plus d’une dizaine de membres, selon les initiateurs du projet.

Comme dans les clubs espagnols, l’herbe sera répartie gratuitement entre tous, à condition de s’acquitter d’une adhésion d’environ 25€ à l’année et de participer aux frais de production (éclairage, engrais, entretien des plants). Ces structures s’appuieront sur le réseau existant de ceux qui font déjà pousser la plante chez eux. Des cannabiculteurs qui seraient déjà près de 200 000, selon une enquête de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies datant de 2007.

“Ceux qui prennent ce risque à titre personnel ne seront désormais plus tout seuls face à la Justice”, clame Dominique Broc, l’un des représentants du Collectif d’information et de recherche cannabique (mouvement réclamant la fin de la prohibition du cannabis), et porteur du projet de ces clubs sociaux du cannabis à la française.

Ce militant de longue date, passé par la case prison après avoir tenté de ramener de l’herbe des Pays-Bas pour sa consommation personnelle, en a eu assez de la “pression” exercée sur lui et les autres fumeurs. “C’est aberrant de savoir qu’on peut se faire envoyer en prison pour ça”, renchérit Farid Ghehiouech, candidat aux législatives en 2012 en Essonne sous l’étiquette “Cannabis santé libertés justice”.

A lire: les ados français sont les plus gros fumeurs de pétards d’Europe

Si ces clubs apparaissent en France, ce n’est pas “pour avoir plus à fumer” selon Dominique Broc, mais dans une “volonté de collaborer avec les autorités en toute transparence” :

“Nous voulons être crédibles et irréprochables, confie-t-il aux Inrocks. Nous ferons de la prévention, en incitant par exemple les gens à utiliser des filtres en fumant leurs joints. On ne cherche pas à se cacher de la police. La semaine prochaine, j’irai signaler à la préfecture que je fais pousser de la Ganja dans mon jardin.

Ce qui risque bien de ne pas se passer aussi simplement qu’en Espagne. Sur la page Facebook du Cannabis social club français, les militants affirment ne pas craindre les procès à venir :

Aussi, avons-nous décidé, consommateurs et jardiniers en herbe, de nous engager collectivement et solidairement afin d’imposer par un acte de désobéissance civile les changements nécessaires à la mise en place du Cannabis Social Club à la française.

Si par hasard on décidait de nous poursuivre, nous exigerions de l’être collectivement et demanderions à être jugés, en tant que producteurs de stupéfiants en bande organisée par la Cour d’assise spéciale prévue à cet effet.

Cette transparence a pourtant un prix. L’article 222-35 du Code pénal stipule que la production ou la fabrication illicites sont punies de vingt ans de prison et de 750 000 € d’amende. Mais lorsque les faits sont commis en bande organisée, la peine grimpe à trente ans de réclusion criminelle et à 7,5 millions d’euros d’amende.

On est prêt pour un éventuel procès. Mieux : on ne demande qu’à être jugés, affirme Dominique Broc. Avec les autres militants actifs, il compte se baser sur deux arguments “chocs” pour éviter des poursuites judiciaires : l’urgence thérapeutique pour les personnes gravement malades, et le rejet du trafic alimentant les organisations criminelles. Ce n’est pas que de la provoc’, l’ambition est d’être solidaires, précise Farid Ghehiouech.

150 clubs en France

Les deux hommes espèrent que le mouvement prendra de l’ampleur partout en France, jusqu’à arriver, pour Dominique Broc, à “un représentant dans chaque département”. 150 structures seraient selon lui déjà en place ou sur le point de démarrer la production. Elles s’inspirent d’une expérience menée à Tours depuis deux ans, où soixante consommateurs répartis dans une dizaine de “social clubs” font déjà pousser illégalement des pieds de cannabis. Un “mouvement citoyen qui vise à se légaliser”, selon les mots de Farid Ghehioueche, qui devait annoncer hier la création d’un Cannabis social club francilien.

“La meilleure chose à faire avec le cannabis c’est de ne pas le consommer, mais la pire, c’est de le prohiber”

“La meilleure chose à faire avec le cannabis c’est de ne pas le consommer, mais la pire, c’est de le prohiber”, lance Dominique Broc. Si la France possède l’une des législation les plus sévères d’Europe envers la marijuana, elle est le pays européen où les adolescents fument le plus de pétards.

Voilà une étude qui devrait donner à réfléchir au nouveau président de la République et à son responsable de la lutte antidrogues. Car s’il fallait une preuve supplémentaire que la répression ne fonctionne pas en la matière, l’enquête européenne Espad (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs), publiée ce jeudi, en est une.

En effet, selon les résultats de cette étude menée auprès de 100 000 jeunes âgés de 15 et 16 ans issus 36 pays européens, les Français sont à nouveau les plus gros fumeurs de pétards du continent. A nouveau, car ils avaient été dépassés, lors de la dernière étude en 2007, par les Tchèques.

Ainsi, 24% des jeunes Français interrogés auraient fumé du cannabis au cours des 30 derniers jours, contre 21% des jeunes Monégasques (Monaco arrive en seconde position !), 9% des jeunes Portugais (où toutes les drogues sont pourtant dépénalisées depuis dix ans) ou encore 7% des jeunes Européens en moyenne.

Un sérieux revers, donc, pour l’un des pays européens les plus répressifs en matière de consommation de cannabis. La France est en effet l’un des derniers pays du continent à prévoir des peines de prison pour les simples fumeurs de joints. Tout en étant celui où les jeunes fument le plus !

Pire, alors que la répression n’a cessé de croître -au nom même de la protection de la jeunesse- durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la France est le pays européen où la consommation de cannabis a également connu la plus forte croissance sur la même période. Ainsi, tandis que les interpellations pour usage de cannabis passaient de 97 460 en 2007 à 122 439 en 2010 (dernière année pour laquelle les statistiques sont disponibles), le pourcentage de jeunes de 15-16 ans ayant fumé un pétard au cours des trente derniers jours passait de 15 à 24%.

A titre de comparaison, la République tchèque, jusque-là en tête du classement des fumeurs de pétards, a connu la plus forte baisse de consommation… alors que ce pays a dépénalisé l’usage de plusieurs drogues fin 2009. Pour la Fédération addiction, principale association française d’intervenants en toxicomanie:

“Ces chiffres, après ceux d’ESCAPAD, signent les limites de la politique mise en œuvre avec obstination et méthode depuis 5 ans. Refusant de prendre en compte l’aspect addictogène de notre société, elle a délaissé l’éducation préventive et l’intervention précoce pour faire reposer la responsabilité des usages sur les seuls usagers et familles.”

Et ce n’est pas franchement mieux pour les autres drogues. Avec la Belgique, la Lituanie et le Royaume-Uni, la France se situe en tête de peloton toutes drogues confondues, avec environ 10% des jeunes de 15 à 16 ans ayant déjà essayé au moins une drogue illicite autre que le cannabis. Parmi ces drogues illicites, l’ecstasy et les amphétamines sont les plus consommées, devant la cocaïne.

Idem pour les drogues licites. Les jeunes Français sont, juste derrière les Bulgares, les plus gros fumeurs de cigarettes et se situent en neuvième place pour l’alcool (données sur la consommation au cours des trente derniers jours). Pour la Fédération addictions :

“Centrée sur les drogues illicites, [la politique menée depuis cinq ans] a ouvert une brèche pour les consommations d’alcool et de tabac, alors que la stabilisation d’usage de cannabis, amorcée en 2002, semble s’achever. Privilégiant la réponse pénale, cette politique a limité les accès précédemment ouverts vers la prévention, l’éducation et les soins, complétés par les actions de réduction des risques qu’elle s’est refusée à conforter.”

Dans n’importe quel autre domaine, une politique donnant des résultats si catastrophiques serait immédiatement réévaluée, spécialement à la faveur d’un changement de gouvernement. Pourtant, en France, un consensus se dégage de droite à gauche pour louer les mérites de la répression, considérée comme la meilleure manière de protéger la jeunesse du fléau de la drogue. Et à en croire les dernières déclarations de François Hollande, rien ne devrait changer en la matière dans les années à venir.

Arnaud Aubron

Lire l’intégralité de l’enquête européenne Espad (format PDF)

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