Vous reprendrez bien un peu de changement européen, non ?

D’une certaine manière, sitôt créée l’Europe était à changer. Qui dirait le contraire ? Sans doute personne à part les tenants de l’UPR de François Asselineau (Union populaire républicaine) pour qui cette volonté de changement européen ne serait qu’un enfumage. Soyons clairs, ce billet n’a nulle intention de prôner une sortie de l’Europe, à l’instar des propositions d’Asselineau. Que l’Europe soit éloignée des désirs des peuples qui la constituent est un fait que nul ne peut plus nier (à part la finance et les banksters). Mais elle reste la possible construction de tous, et nous y tenons comme la seule solution d’avenir apte à nous protéger d’un retour aux nationalismes. N’empêche que cette suite d’affiches et d’images proposée ci-après (source UPR) est de nature à interpeller. Nous n’en tirons aucune analyse, juste un constat du temps qui passe, et d’une idée qui semble bien tourner en boucle. Chacun jugera.

En 1979, une affiche de Folon nous dit « L’Europe, c’est l’espoir », suivi d’un deuxième slogan : « Choisissez votre Europe ! »

  Toujours en 1979, ça fait 34 ans, le PS appelait aux élections européennes pour « CHANGER L’EUROPE »

Notons qu’en 1997, il n’y a plus que 15 ans, le PS promettait toujours de «  CHANGER D’EUROPE »

 « Il faut changer d’Europe et mettre en œuvre une politique économique et monétaire au service de la croissance et de l’emploi, pour une Europe plus démocratique, plus sociale, plus respectueuse de l’environnement ».

Déclaration du Parti Socialiste à l’Assemblée nationale, faite le 12 juin 1997 au moment de la formation du gouvernement Jospin.

En l’an 2000 c’est le président Chirac qui promet une « EUROPE PLUS EFFICACE, PLUS DÉMOCRATIQUE ET PLUS PROCHE DES CITOYENS »   

« Nous voulons une Europe plus efficace, une Europe plus démocratique, une Europe plus proche des problèmes qui concernent l’ensemble des Européens, notamment ceux qui touchent au travail, c’est-à-dire à l’emploi, [….] Il nous faut construire une Europe plus proche des citoyens.  »

Jacques Chirac, Président de la République, présentant le programme de la Présidence française de l’Union européenne devant le Parlement européen. Strasbourg le mardi 4 juillet 2000.

La même année, le « Collectif pour une Autre Europe » annonce l’arrivée d’une « AUTRE EUROPE DANS UN AUTRE MONDE »

« Tandis que les gouvernements construisent sans les citoyens et contre eux une Europe dominée par la logique néolibérale, une autre Europe se dessine à travers les luttes des « sans » (sans domicile, sans travail, sans revenu, sans papiers, sans droits), les mobilisations citoyennes, les luttes des salarié(e) s, les luttes des femmes contre les violences et la pauvreté. […] Il est possible de construire une autre Europe, dans un autre Monde. Cette Europe doit se faire entendre à Nice ».

C’était à l’occasion du sommet européen de Nice de décembre 2000, action soutenue par les associations AC ! – agir contre le chômage, APEIS, ATTAC, CCCOMC, CDSL, Collectif national pour les droits des femmes-Marche mondiale des femmes, DAL – Droit au Logement, Droits Devants !, FASTI, FTCR, Marches Européennes, MNCP, Observatoire de la Mondialisation, RAJFIRE, « Souriez, vous êtes filmés ! » par les syndicats Confédération Paysanne, CGT-Correcteurs, FGTE-CFDT, FSU, Union syndicale-G10 Solidaires et par les organisations politiques Alternative Libertaire, les Alternatifs, Chiche !, JCR-Red, LCR, PCF, Socialisme par en bas, et Les Verts.

En 2001, c’est l’éternel revenant Jean-Pierre Chevènement qui réclame une « AUTRE EUROPE » 

« Il est temps, Monsieur le Premier ministre, d’organiser le retour de l’État républicain et de faire en sorte que la France pèse à Bruxelles pour qu’une réponse, si possible coordonnée, soit apportée à la crise qui vient. Nous avons besoin d’une autre Europe. ».

Jean-Pierre Chevènement, Discours à l’Assemblée Nationale, le 3 octobre 2001.

En 2003, entre deux fondues béarnaises, c’est notre Bayrou national qui annonce qu’ « IL FAUT CHANGER D’EUROPE » !

« Tout le monde voit bien qu’il faut changer d’Europe et le sommet de Bruxelles vendredi montre à l’évidence qu’une certaine Europe c’est fini. Il faut en bâtir une autre enfin digne de ce nom, c’est-à-dire un jour capable, elle aussi, de faire preuve de la puissance dont les Américains font preuve sur le terrain ». 

François BAYROU, Dépêche AFP du 15 mars 2003, 15h12.

En 2003, le PCF veut aussi « CONSTRUIRE UNE AUTRE EUROPE ». 

« Les communistes ne veulent pas être pris pour des anti-européens, et ils affirment leur volonté de construire « une autre Europe. Nous ne devons pas céder à la facilité du rejet ou de l’abandon de l’Europe parce que nous rejetons sa construction actuelle. La question d’une autre Europe est bien essentielle dans le projet communiste ». 

Marie-George Buffet Secrétaire nationale du PCF – Dépêche AFP du 27/06/2003 17h44 – Le PCF dénonce les « bases libérales » du projet de Constitution européenne.

En 2004, Philippe de Villiers appelle à voter MPF aux européennes pour « CHANGER D’EUROPE », usant d’un superbe oxymore : « Oui à l’Europe, Non à Bruxelles »

Arrive 2005 et ce sont les Verts qui appellent à voter OUI au référendum sur la Constitution Européenne « POUR QU’UNE AUTRE EUROPE SOIT POSSIBLE ».

Affiche des Verts pour le référendum du 29 mai 2005.

La même année, Olivier Besancenot appelle à voter NON « POUR QU’UNE AUTRE EUROPE SOIT POSSIBLE » !

« C’est un encouragement formidable pour les forces, nombreuses, qui elles aussi pensent qu’une autre Europe est possible à condition de défaire cette Europe libérale et capitaliste. À nous qui venons de refuser cette Constitution de proposer des initiatives européennes dessinant une autre Europe. » 

Olivier BESANCENOT, Article « Écrasante victoire du « non » avec 55 % en juin 2005″ sur le site de la LCR.

De son côté, Nicolas Sarkozy appelle au OUI, devinez pour quelle raison… pour « CHANGER D’EUROPE »

« Si vous votez “non”, ça ne vous fera même pas plaisir.Vous allez garder l’Europe telle qu’elle est, et vous allez continuer à mourir. Alors votez “oui”. De toute façon, ça ne peut pas être pire qu’aujourd’hui… Vous voulez changer d’Europe ?  Votez “oui” ! »

Nicolas SARKOZY, repris par Thomas Lebègue dans Libération du 22 avril 2005.

Et le PCF appelle au NON, toujours pour « UNE AUTRE EUROPE ».

Du côté de la gauche extrême on ne se prononce pas moins « POUR UNE AUTRE EUROPE ». Exemple ce titre de « La Voix du Peuple » (de Touraine).

En 2006, il y a six ans, oh surprise, le Front National appelle à rester dans l’euro mais à changer d’Europe pour bâtir une « EUROPE DES PATRIES » !

« On m’accuse d’être contre l’Europe, c’est absurde ! La France est la plus vieille nation d’Europe mais je ne suis pas pour n’importe quelle Europe. C’est l’Europe des patries que nous voulons ».

Jean-Marie LE PEN – Dépêche AFP du 16 juin 2006 –  Le Front national cherche à nuancer son discours sur l’Europe

« Si Jean-Marie Le Pen est élu à la présidence de la République, il ne proposera pas la sortie de l’euro, mais il proposera en échange de récupérer des pouvoirs fondamentaux en matière fiscale ou en matière de frontières ».

Bruno GOLLNISCH – Dépêche AFP du 16 juin 2006 – Le Front national cherche à nuancer son discours sur l’Europe.

La même année (2006), François Hollande et le PS expriment encore  « LEURS SOUHAITS D’UNE AUTRE EUROPE ».

« L’Europe est en panne. Une panne économique et sociale, chacun reconnaissant l’échec du bilan de la stratégie de Lisbonne à mi-parcours, mais aussi budgétaire. Passé ce constat commun à tous les participants, la salle s’est surtout attachée à exprimer ses souhaits d’une autre Europe et les façons de la relancer ».

François HOLLANDE –  États généraux du PS tenus à Strasbourg le 3 juin 2006 : « l’Europe, un choix pour la France », animés par Benoît Hamon.

En 2008, l’extrême gauche explique toujours qu’ « UNE AUTRE EUROPE EST POSSIBLE ».

Puis, en 2009, le président Sarkozy appelle à voter UMP aux européennes car « C’EST LE MOMENT DE CONSTRUIRE UNE AUTRE EUROPE ».

Pour sa part, Nicolas Dupont-Aignan appelle à voter DLR pour « CHANGER D’EUROPE » et pour « CONSTRUIRE UNE AUTRE EUROPE ». 

Article de Valérie Sitnikow dans La Dépêche du Midi du 12 mai 2009

Imperturbable, le PS appelle à voter PS pour « CHANGER D’EUROPE ». Ne riez pas, c’est pas fini.

On remarquera que le slogan du PS pour les élections européennes de 2009 était donc un copié-collé du slogan du même PS pour les élections européennes de 1979. A 30 ans de distance, le PS est passé de « CHANGER L’EUROPE » à « CHANGER D’EUROPE.FR ».

Nous voici en 2012, et le dernier né Front de Gauche adopte aussi le slogan « POUR CHANGER D’EUROPE ».

Alors ? Qui a dit qu’il n’y avait pas de consensus ?

Et si l’on ne peut y joindre la voix de l’UPR qui a inspiré ce billet, on peut quand même apprécier le graphisme étonnant ou détonnant de la dernière affiche qui le clôt.

 

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