dossier cannabis_ complément d’actu

Dans notre article sur le cannabis (que vous pouvez retrouver ici) nous citions les avancées de trois états américains qui ont choisi la dépénalisation voire la légalisation de l’herbe. Dans l’Oregon, par exemple, la mesure 80 du programme s’est accompagnée d’une campagne publicitaire à grande échelle. Voici une des affiches.

Note pour les non anglophones, il est écrit : “Vous avez le choix : les policiers peuvent poursuivre les fumeurs d’herbe. Ou les criminels.”

C’est en effet un choix, et la question se pose de la même façon en France ou ailleurs, celle de l’hypocrisie des politiques aussi.

En 1992, le baby-boomer héritier des sixties, Bill Clinton, s’était dégonflé en expliquant qu’il avait bien un jour tiré sur un joint, mais « sans inhaler ». George W. Bush lui, n’avait jamais caché avoir été alcoolique, mais il restait extrêmement discret sur l’usage d’autres drogues (sa consommation de cocaïne durant sa jeunesse est un secret de Polichinelle, mais l’herbe ne faisait pas partie de sa panoplie récréative). Quant à Barack Obama, il a admis dans son autobiographie avoir consommé régulièrement de la marijuana et expérimenté d’autres substances.

Dans le Colorado, c’est l’amendement 64 qui a bénéficié d’une campagne de pub similaire, avec des affiches aussi parlantes. “Dans quel marché a-t-on plus de chance de tomber sur des drogues dures ?»

Cette attitude de plus en plus décomplexée des politiciens américains (Michael Bloomberg, Al Gore, Sarah Palin ou Arnold Schwarzenegger reconnaissent également avoir fumé) ne s’est pas pour autant traduite dans les discours ou la législation. « La question de la drogue est toujours traitée comme le test de la qualité morale d’un candidat », explique l’universitaire et spécialiste des drogues Mark Kleiman. « Le résultat, c’est que le discours au niveau national est terriblement en retard sur l’attitude générale des Américains et ce qui se passe au niveau local. »

Et en France ? C’est quand que le discours national se met au diapason de l’attitude générale des français ? Bien sûr, on va pas compter sur Copé. Mais il est intéressant de mettre ses intox en rapport avec une étude qui avait été demandée par le gouvernement en 98. Et puis vous constaterez sur la photo que s’il ne fume pas le pétard à table, le Jean-François ne fait pas que sucer les glaçons. Mais bon, ce n’est pas nous qui dirons le contraire, chacun ses choix.

À propos de glaçons, ça nous rappelle cette vieille pub Ricard dont l’argument semble prévenir toute tentative de prohibition : Le vrai pastis de Marseille, autorisé sur demande des débitants Marseillais !

S’il suffit de demander …

 

Sommets, Congrès, Paroles, paroles…

Ce ne sont que quelques glanes pour notre florilège de ces belles paroles lâchées tout au long de l’année par nos dirigeants. Ne riez pas, ils sont grassement payés pour dire ça, même s’ils ne le sont pas tous à la hauteur de Sarko pour donner des conférences à l’étranger.

Les sommets, dont nos hommes politiques sont si friands, sont souvent l’occasion d’atteindre d’autres sommets. Celui de la novlangue des eurocrâtes est régulièrement atteint par l’inénarrable Barroso, l’homme qui parle huit langues pour ne rien dire. Sic :

« Le sommet a été un moment charnière pour accepter de discuter des difficultés que nous voulons surmonter ».

Waouh ! C’est sûr qu’avec des analyses aussi fines on sent qu’on va progresser. Mais il est aussi sûr que si nous n’en sommes qu’aux tentatives d’accepter de discuter, ça risque de prendre un peu de temps. Or le temps, chacun sait que c’est de l’argent, même les partisans de la formule qui voudrait qu’on laisse du temps au temps. Encore faut-il en avoir, du temps !

Par exemple, le 15 octobre dernier, Monsieur Moscovici s’adressait aux membres de l’Union Européenne en ces termes (il s’agissait de traiter de la taxe sur les transactions financières) :

« La conférence des présidents a décidé d’organiser ce débat en trois phases. Dans un instant, je donnerai la parole à nos invités qui auront chacun dix minutes. Les présidents de commission et le rapporteur général de la commission des finances pourront ensuite poser des questions pendant cinq minutes chacun. Les premiers orateurs des groupes pourront alors interroger nos invités ; la durée des questions comme des réponses ne devra pas excéder deux minutes. Nous passerons enfin à une phase de questions spontanées. »

Ben dis donc, on a intérêt d’avoir la science infuse ou sérieusement potassé le dossier ! Viendra peut-être le temps où il faudra donner des réponses avant que les questions ne soient posées.

Mais il arrive aussi que des paroles soient tronquées, allez savoir pourquoi. Par exemple lors du dernier congrès du PS à Toulouse. En hommage à cet autre partisan de laisser du temps au temps, François Mitterrand pour ne pas le nommer, le parti socialiste a choisi d’exhumer un extrait du discours prononcé à Épinay en 1971. S’appuyer sur l’Histoire c’est bien, mais attention à la censure, elle est si vite proche du révisionnisme. La suite en images, nous la devons au veilleur Michel Soudais, journaliste politique à Politis, qui a retrouvé la version originale. (Source : http://www.politis.fr/Quand-le-PS-censure-Mitterrand,19856.html.)

Et puisque nous en sommes à exhumer des archives, c’est l’occasion de se souvenir d’un autre congrès du PS  (c’était le 18 juin 1977), ne serait-ce que pour mesurer combien nous en sommes loin ! Ce congrès se tenait à Nantes, on avait demandé à Mikis Théodorakis de composer un nouvel hymne pour le parti, dont acte, et il l’interprétait sur la scène avec Herbert Pagani.

Enfin, manière de ne pas terminer ce billet sur une mauvaise humeur, partageons quelques paroles plus récentes qui ont le mérite de repositionner les choses.

Face au vote du Front de Gauche concernant la loi énergie, le député socialiste Guillaume Bachelay (et n°2 du PS) a cru bon de faire part de sa déception en ces termes :

« Je le dis en amitié et en responsabilité : quand on est à gauche, on vote avec la gauche, pas avec l’UMP. »

Ce à quoi, profitant de ce que l’anaphore soit redevenue à la mode, le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, a répondu :

« Quand on est de gauche, on ne s’attaque pas à la péréquation tarifaire de l’énergie qui garantit un traitement égalitaire entre les Français.

Quand on est de gauche, on ne propose pas une loi élaborée sans aucune concertation avec les différents acteurs que sont les usagers et leurs associations, les élus, les organisations syndicales.

Quand on est de gauche, on s’attaque aux hausses incessantes du prix du gaz qui provoquent un niveau de précarité énergétique jamais atteint.

Quand on est de gauche, on ne court pas après le patronat en abandonnant l’engagement de campagne du candidat Hollande concernant une grande réforme fiscale.

Quand on est de gauche, on propose en urgence un projet de loi pour protéger les salariés licenciés ou menacés de l’être.

Quand on est de gauche, après 10 années de droite, on commence par s’occuper des salaires, du pouvoir d’achat, des services publics.

Enfin, à l’argument qui vise à sous-entendre que les sénateurs Front de gauche ont voté main dans la main avec la droite, je ne résiste pas à répondre que ce sont bien les parlementaires socialistes qui ont voté avec l’UMP le traité budgétaire européen qui promet l’austérité au peuple. »

 

l’AyrautPort et Notre Drame d’holLandes

Répression en cours à Notre Dame des Landes… Silence radio ou presque des grands médias censés nous informer…

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Aéroport Notre-Dame des Landes : la violence doit cesser

Communiqué EELV du 30 octobre 2012

Alors que l’État poursuit avec violence ce qu’il appelle une opération de « nettoyage » sur le site de Notre-Dame-des-Landes, Europe Écologie Les Verts exige l’arrêt immédiat des opérations de destructions en cours et appelle au retour à la raison. L’avis de la commission d’enquête paru vendredi dernier est en fait un véritable coup d’arrêt au projet.

EELV condamne l’évacuation de personnes, la destruction de maisons, la dégradation de cultures et les atteintes à l’environnement. L’entêtement irraisonné du gouvernement à poursuivre cette démonstration de force ne pouvait que produire l’escalade de violence à laquelle nous assistons et qui a ce matin encore provoqué des blessés.

La Commission d’enquête interdit le démarrage des travaux

Pour qui sait le lire, l’« avis favorable » de la Commission d’enquête en charge de l’examen des dossiers d’autorisation relatifs à la Loi sur l’Eau porte en fait un véritable coup d’arrêt au projet de nouvel aéroport. La Commission a en effet émis deux réserves de taille à la poursuite des procédures, et demande expressément que les travaux ne commencent pas avant que celles-ci n’aient été levées.

La première réserve concerne la méthodologie proposée pour compenser les préjudices écologiques générés par la construction du nouvel aéroport. La Commission d’enquête souligne son caractère « très expérimental » et demande qu’un comité scientifique puisse étudier de près ce qui est proposé par le maître d’ouvrage.

La seconde réserve met le doigt sur l’absence de maîtrise foncière des porteurs de projet : sans un accord clair avec la profession agricole, elle souligne qu’aucune garantie n’est apportée à la mise en œuvre des mesures compensatoires annoncées.

Et la Commission d’enquête insiste sur l’urgence de lever ces deux réserves avant le début des travaux, qui entraineraient des dommages irréversibles.

Un passage en force

Pour Europe Écologie Les Verts, l’avis de la Commission d’enquête doit ouvrir les yeux aux porteurs du projet. L’État doit cesser immédiatement les destructions en cours, qui créent la situation irréversible que craint la Commission d’enquête, dans un processus de passage en force mis au service d’un projet inacceptable.

Assuré que les réserves émises par la Commission d’enquête ne pourront être levées dans la situation actuelle, Europe Écologie Les Verts lance un appel à la raison et à la réflexion collective sur un projet alternatif et sensé !
Appel à une grande mobilisation de terrain

D’ores et déjà, Europe Écologie Les Verts appelle à la poursuite de la mobilisation contre ce projet inutile sur le terrain et invite toutes les organisations associatives, syndicales et partis politiques à s’unir pour une action de plus grande ampleur.

Elise LOWY, Jean-Philippe MAGNEN, Porte-parole EELV

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Notre Dame des Landes : c’est « l’Ayraultport » qu’il faut expulser !

Publié le 30 octobre 2012 – 17:43 communiqué d’ ATTAC France

Ce matin, depuis 8 h, des centaines de gardes mobiles tentent d’expulser les habitants du lieu-dit La Saulce à Notre Dame des Landes et continuent de détruire des maisons occupées. Ils rencontrent une résistance déterminée de la part des habitants et des citoyens venus les soutenir. Attac France condamne la répression employée face à cette résistance légitime. Elle soutient la lutte des opposants face aux appétits dévastateurs de la multinationale Vinci et exige l’arrêt immédiat des expulsions et des destructions.

Les forces de l’ordre mobilisées sont disproportionnées et n’hésitent pas à utiliser la violence, en témoigne ce qui est arrivé à Geneviève Coiffard-Grosdoy militante d’Attac, dangereuse « anarchiste » de 65 ans pour 1m50 ! Le 24 octobre dernier elle tentait de filmer la destruction du toit de la maison de la Gaîté. Elle s’est fait « maîtriser », puis violemment arracher son caméscope au prix d’une fracture du doigt et de 21 jours d’ITT (interruption totale de travail).

Malgré cette violence, les opposants à l’aéroport sont de plus en plus nombreux à se mobiliser. La solidarité s’organise : depuis plusieurs jours, des centaines de personnes apportent nourriture, vêtements, et matériel, pour participer à cette lutte. Des gens du coin, mais également des gens venus de loin, car la mobilisation face à ce projet d’aéroport, écologiquement désastreux, budgétairement stupide et socialement injuste prend une dimension nationale.

Cette lutte exemplaire, vieille de plusieurs dizaines d’années, devient jour après jour un symbole de la résistance à un modèle de développement destructeur de la nature et des liens sociaux. Un modèle au service de la rentabilité des capitaux, puisque c’est pour installer « l’Ayraultport de Vinci » que des centaines de personnes vont être expulsées, des paysans mis sur la paille et des milliers d’hectares de bocage massacrés.

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Voici le témoignage de Geneviève, militante d’Attac citée dans leur communiqué :

Chers amis
vers 16h sur la zone, un couple de paysans chez qui j’envoyais des mails a reçu un appel d’un voisin : il a été témoin du fait que les gendarmes avaient cisaillé des barbelés et barrières, et dispersé des génisses (ils font volontairement des dégâts pour en accuser ensuite les ’squatters’) J’y suis allée avec les copains pour regrouper les bêtes et prendre des images.

Je fais court sur les circonstances, mais je me suis fait arracher mon caméscope, et fracturé la main gauche (je ne voulais pas lâcher l’appareil). Nous avons, non sans mal, récupéré le caméscope. Je suis ensuite allée voir le toubib pour constatations (il était alors presque 19h), avec des radios à faire ensuite.

Étonnant tout de même que ces gros ‘poulets’ aux hormones, soi-disant formés au maintien de l’ordre et à assurer notre ’sécurité’, soient incapables de maîtriser sans dégâts une nana de 65 ans, 1,53 m de haut et parfaitement non-violente…

En attendant, je ne suis plus sur la zone, et je tape avec la main droite et un doigt de la gauche.
Je vais bien… dans ma tête et mes pompes… ni héroïne…, ni martyre… juste (très légère) victime conjoncturelle de la répression policière.

La solidarité continue.

PS. j’ai une fracture, et 21 jours d’interruption temporaire de travail, et bien sur je vais porter plainte, à 21 jours, ils auront du mal à classer sans suite ; la nouvelle peut circuler.

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Pour rappel : Une vidéo du 7 septembre 2012, à NDDL, avec la participation de Pascal Durand.


Pascal Durand NDDL 7 septembre 2012 V2 par JeanMichelBraud

Quelques éléments économiques, par Jean Gadrey, professeur émérite d’économie à l’Université Lille :

L’AyrautPort de NDDL ou la destructrice folie des grandeurs des barons locaux

Tout est à jeter dans ce projet démesuré et destructeur, qui a débuté en… 1963, à l’époque du Concorde. Un projet auquel Jean-Marc Ayrault entend, depuis les années 1990, voir son nom attaché. Veut-il entrer dans l’histoire à reculons en imposant par une occupation policière un projet largement rejeté, sauf par le « business as usual » ? Il existe d’autres façons de marquer son temps.

1) L’avenir du transport aérien dans un contexte de pic du pétrole et de montée inéluctable de politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre est sombre, ce que veulent ignorer les avocats du projet, qui croient à l’avenir radieux du low cost (des champions du travail low quality) en fermant les yeux sur ces arguments.

Pour être à la hauteur des données du GIEC, ce qui n’éviterait pas un réchauffement déjà très marqué, mais pourrait permettre de ne pas franchir des seuils catastrophiques pour l’humanité, la France et l’Europe devraient diminuer leurs émissions de GES de 40 % d’ici 2020 et de 90 % d’ici 2050. Il faudra donc planifier une décroissance nette du transport aérien, énorme émetteur par kilomètre et par passager : en gros, un kilomètre en avion émet, par passager, autant qu’un kilomètre en voiture si vous êtes seul à bord.

2) Les aéroports surdimensionnés qui fonctionnent avec un trafic insuffisant sont légion en Espagne et dans les pays du Maghreb. Mais il en existe en France aussi, par exemple celui d’Angers, qui fonctionne à 15 % de sa capacité, à 36 minutes de Nantes en TGV. Quant à l’aéroport actuel, il n’est pas saturé. Oui, il engendre des nuisances sonores. Mais les opposants au projet proposent une très raisonnable réorientation de la piste de l’aéroport actuel, supprimant le survol de Nantes. Et puis il y aura de moins en moins de vols aériens dans les décennies qui viennent… si on mène une vraie politique de transition écologique et sociale, réductrice d’innombrables autres nuisances.

3) La population régionale n’en veut pas. Avec toutes les limites des sondages en ligne, Presse Océan a obtenu récemment 60 % de contre et 37 % de pour, sur 4000 votants, chiffres arrêtés au 17 octobre 2012. D’autres sondages d’années précédentes indiquent une semblable opposition. Par ailleurs, au niveau national, un sondage BVA du début 2010 montrait qu’une large majorité de Français (71%) estimait en général « inopportun » de construire de nouveaux aéroports en France. Quant au défunt Grenelle de l’environnement, ses conclusions prévoyaient de ne pas augmenter les capacités aéroportuaires en France.

4) Le coût du projet est notoirement sous-estimé. Si l’on y met vraiment tout, les dessertes et autres infrastructures (ferroviaires, etc.), c’est peut-être à l’arrivée un projet coûtant entre 2 et 3 milliards d’euros (4 milliards selon le Canard enchaîné), dans un contexte d’endettement à risque des collectivités. N’ont-elles pas mieux à faire de que financer de grands projets largement nuisibles ?

5) Ce sera, dit-on un aéroport écologique ! Cela me fait penser à Rama Yade, alors Secrétaire d’État aux sports, qui voulait promouvoir un circuit de Formule 1 « vert »…

Les Amis de la Terre ont décerné les 4ème Prix Pinocchio du développement durable le 17 novembre 2011. Près de 13 000 internautes se sont exprimés. Vinci a obtenu 43 % des votes pour ses efforts de « verdissement » du projet d’aéroport de NDDL. Afin de compenser la destruction massive de terres agricoles, Vinci se contente de créer un observatoire agricole, une ferme de démonstration en face des parkings et une AMAP afin d’« encourager l’agriculture durable » …

6) En fait, plus de 2000 ha de terrains agricoles seraient sacrifiés, au moment où il faudrait rapprocher les zones de production maraîchère des grands centres urbains.

7) Un collectif d’élu-e-s opposé-e-s au projet a été créé en juin 2009. Il réunit actuellement près de 1000 élu-e-s de familles politiques diverses. Ce collectif a financé une étude économique réalisée par un cabinet d’étude indépendant dont la conclusion est sans appel : le projet ne se justifie pas non plus économiquement.

Voici juste quelques extraits (vous pouvez télécharger le fichier pdf via ce lien etudenddl.pdf, il fait 50 pages) :

« Tous les scénarios sur lesquels les projections sont fondées supposent que les coûts de l’aviation vont continuer à décroître dans les prochaines décennies. »

« Une analyse des données de trafic des aéroports européens montre que le nombre de passagers par vol à Nantes Atlantique est plutôt faible pour un aéroport de cette taille. »

« En corrigeant la valeur extrêmement élevée donnée au temps et en tenant compte des projections sur le prix du pétrole et de l’introduction de l’aviation dans le marché européen des quotas d’émissions (ETS), LES COUTS D’UN NOUVEL AEROPORT A NOTRE DAME DES LANDES SONT SUPERIEURS AUX BENEFICES… Si, en outre, les coûts de construction sont 40 % plus élevés que prévu, ce qui est la moyenne des dépassements de coûts pour ces travaux d’infrastructures importantes, les coûts excèdent très largement les bénéfices. »

« En résumé, sur la base de cette étude, l’optimisation de Nantes Atlantique apparaît plus génératrice de richesses pour la France que la construction d’un nouvel aéroport à Notre Dame des Landes. »

8) Preuve de plus du déni de démocratie, il y a quelques jours, plus de 1 000 gendarmes et CRS ont été déployés pour expulser violemment quelques dizaines de personnes, détruire quelques maisons occupées, saccageant bocage et zones humides.

9) Et pourtant, sur place, ce ne sont pas les « petits projets utiles » qui manquent, ni les bras et les têtes pour les faire vivre : agroécologie, AMAP, circuits courts, relocalisation d’activités économiques et sociales, monnaies locales, expérimentations et transitions énergétiques, habitats groupés et écologiques, préservation des semences paysannes…

Source : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/ayrautport-de-nddl-ou-la-destructrice-folie-des-grandeurs-des-barons-locaux/

Autre blog intéressant et documenté : http://www.superno.com/blog/2012/10/assourdissant-silence-mediatique-sur-la-guerre-civile-contre-lecologie-a-layraultport-de-notre-dame-des-landes/

de belles lettres_5

De la part de Patrick Warin, ancien élève de l’ENA, Promotion Voltaire, ancien Directeur à la Caisse des Dépôts et Consignations, Professeur associé aux Universités, membre de Démocratie 2012.

Monsieur le Président, mon cher camarade, cher François,

J’ai décidé de vous adresser cette lettre, écrite ce matin du 30 octobre, alors qu’une nouvelle opération de police de grande envergure se déroule à quelques dizaines de kilomètres d’Angers, mon lieu de résidence, ville et région qui vous sont également familières.

Sur le territoire prévu pour accueillir le futur aéroport de Nantes/Grand Ouest des hommes et des femmes qui, pour l’écrasante majorité d’entre eux ont voté pour vous, doivent se confronter une nouvelle fois à un déploiement de forces de police dépêchées par un gouvernement de gauche, dirigé par l’ancien maire de Nantes. Alors que depuis des années ces femmes et ces hommes, tous non violents, tous soutenus par une solidarité locale, régionale et nationale demandent simplement à être entendus au-delà des procédures légales et formelles dont ils estiment à juste titre qu’elles ont été menées de manière tronquées, et trompeuses, la seule réponse que votre gouvernement leur apporte est celle de l’emploi de la force. Cette attitude, Monsieur le Président, cher camarade est inacceptable.

Le PS est en train de s’isoler

Parmi bien d’autres, je me suis engagé pour assurer votre élection, puis vous garantir une majorité solide. Dans notre circonscription du Maine et Loire tenue par la droite depuis plusieurs dizaines d’années nous avons failli à 86 voix près envoyer l’ancien ministre Marc Laffineur à une retraite bienvenue. Nous sommes fiers d’avoir mené ce combat et de nous retrouver dans cet Ouest déjà largement conquis par la gauche en terre de futures conquêtes en compagnie de nos alliés écologistes.

Cher François, la manière dont le pouvoir que vous incarnez gère le projet Notre Dame des Landes va totalement bouleverser ces positions politiques chèrement acquises car vous n’imaginez pas l’immense potentiel de sympathie, de soutien militant, de soutiens politiques à la base dont bénéficient ces personnes en lutte, alors que la technostructure du Parti socialiste et des grands élus régionaux est en train de s’isoler.

Vous êtes face à un nouveau Larzac !

Monsieur le Président je vous l’affirme avec la conviction d’un sympathisant socialiste de longue date, de tradition enracinée auprès de mes proches, mon père Jacques Warin, qui collabora avec Pierre Mauroy au moment de l’alternance en 1981, vous êtes face à un nouveau Larzac !

Déjà au moment de votre élection je vous avais alerté discrètement, par l’intermédiaire de nos amis communs de Démocratie 2012, dont Pierre René Lemas, pour éviter qu’en pleine campagne la situation ne provoque des conséquences électorales néfastes. Il me semblait avoir, avec bien d’autres qui avaient intercédé, été entendu.

Aujourd’hui il est temps que vous ne vous contentiez plus de répondre aux lettres qui vous sont adressées à ce sujet par des formules standards qui renvoient à votre ministre Monsieur Cuvillier le soin de traiter le dossier. Outre que cette attitude peu respectueuse de l’écoute citoyenne ne vous ressemble pas, vous êtes face à une situation qui exige une attitude d’homme d’État.

Provocations dont vous porterez seul la responsabilité

La révision du Schéma national des infrastructures de transport, l’emploi parcimonieux de la dépense publique, le souci de la transition écologique, l’application loyale de la Loi sur l’Eau, dans sa dimension universelle et a fortiori européenne, sont autant de motifs pour rouvrir le dialogue et éviter que votre quinquennat ne soit entaché par un abcès de fixation politiquement désastreux. Cela vous fait courir, compte tenu de la manière utilisée aujourd’hui, des risques sérieux de dérapages, de provocations dont vous porterez seul la responsabilité face à des personnes dont la conviction s’exprime de manière pacifique, non violente, respectueuse de la loi républicaine dès lors que celle-ci s’exerce elle aussi dans le respect du dialogue citoyen.

Monsieur le Président, cher camarade, j’ai eu le privilège de vivre un parcours professionnel dont tous ceux qui furent mes supérieurs, collaborateurs, collègues, partenaires s’accordent à dire qu’il fut toujours ouvert à l’innovation, à l’adaptation au monde changeant, à la recherche de nouveaux paradigmes et à la réalité de la concurrence globalisée. Je continue en tant qu’enseignant universitaire à stimuler la créativité de mes étudiants, dans le monde entier, tout en leur transmettant mon expérience de dirigeant du service public puis d’homme d’entreprise. Je ne suis pas un nostalgique, ni un tenant de la décroissance, ni un « illuminé anti progrès ». Ces traits de caractère sont partagés par les personnes que je côtoie lors des réunions d’information sur le projet Notre Dame des Landes. En vérité, c’est nous qui incarnons la modernité et l’ouverture au 21éme siècle.

Mégalomanie ridicule

En effet, qui peut croire que les opérateurs aériens vont implanter dans le Grand Ouest des infrastructures aéroportuaires renforcées et surdimensionnées, au moment où nous atteignons le pic de l’énergie fossile, et alors que leur modèle économique est de ramener les passagers vers quelques hubs majeurs soit par des avions qui rallient Nantes à Orly, ou Charles De Gaulle, ou Francfort ou Londres, ou Amsterdam ou Madrid ? A partir de ces plateformes le modèle est alors de procéder au remplissage maximum de très gros porteurs économes en carburant. Sauf à souffrir d’une mégalomanie ridicule, qui peut croire qu’un Grand Ouest aujourd’hui déjà bien relié par TGV aux plates formes parisiennes en cours de modernisation a besoin d’un équipement nouveau, coûteux, détruisant plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, déracinant au propre et au figuré paysages et hommes attachés à leur territoire ?

Nantes a déjà 2 aéroports qui figurent dans les codes internationaux de l’IATA, Nantes Atlantique qui croît sans que cela permette de justifier le transfert coûteux et… la gare SNCF de Nantes qui est utilisée dans la tarification aérienne pour acheminer les passagers vers les plateformes parisiennes et retour. Nantes Atlantique va devoir de toute façon être conservé pour les besoins logistiques de la fabrication d’Airbus sur l’usine nantaise, et la gare de Nantes me parait être une bonne solution pour les voyageurs de notre région pour leur transfert vers les hubs parisiens. Posons donc la question à Air France sur sa vision du transport aérien au 21ème siècle et remettons-nous autour d’une table pour réexaminer les prévisions de trafic utilisées pour justifier le transfert !

Je vous conjure d’écouter ce qui se vit

Monsieur le Président, cher camarade, vous qui êtes aujourd’hui soucieux que vos hautes fonctions et votre agenda ne vous coupent pas de la réalité que vivent nos concitoyens, vous qui vous entourez des avis et opinions issus de la société civile, comme en témoigne la mission confiée à votre proche Bernard Poignant (qu’en dit-on à Quimper ?), je vous conjure d’écouter ce qui se vit dans notre région auprès de personnes qui vous soutiennent, qui partagent vos valeurs, qui se mobiliseront autant qu’il le faudra et aussi longtemps qu’il le faudra pour que leurs argument soient écoutés une fois que les gaz lacrymogènes de ce matin se seront dissipés.

Cher François, le Larzac a rencontré son homme d’État, le magnifique film qui a retracé cette lutte rend hommage à des Français ordinaires, femmes et hommes de conviction mais aussi à l’homme d’État qui les a entendus.

Ceux de Notre Dame des Landes et ceux du Larzac sont de la même trempe de Français, nous serons des millions à les soutenir pour qu’on les écoute.

Monsieur le Président, cher François Hollande, nous attendons de vous que vous soyez à notre rendez-vous citoyen comme l’a été François Mitterrand.

Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux et de mon cordial souvenir,

Patrick Warin, ENA Promotion Voltaire

Copie : Monsieur Jean Marc Ayrault, Monsieur Pierre René Lemas, Monsieur Michel Sapin, Monsieur Jean Pierre Jouyet, Monsieur Bernard Poignant, Monsieur le Préfet de la Région Pays de la Loire.

Copies adressées par courrier électronique : élus de la région Pays de la Loire, divers collectifs au sein d’ACIPA