Sommets, Congrès, Paroles, paroles…

Ce ne sont que quelques glanes pour notre florilège de ces belles paroles lâchées tout au long de l’année par nos dirigeants. Ne riez pas, ils sont grassement payés pour dire ça, même s’ils ne le sont pas tous à la hauteur de Sarko pour donner des conférences à l’étranger.

Les sommets, dont nos hommes politiques sont si friands, sont souvent l’occasion d’atteindre d’autres sommets. Celui de la novlangue des eurocrâtes est régulièrement atteint par l’inénarrable Barroso, l’homme qui parle huit langues pour ne rien dire. Sic :

« Le sommet a été un moment charnière pour accepter de discuter des difficultés que nous voulons surmonter ».

Waouh ! C’est sûr qu’avec des analyses aussi fines on sent qu’on va progresser. Mais il est aussi sûr que si nous n’en sommes qu’aux tentatives d’accepter de discuter, ça risque de prendre un peu de temps. Or le temps, chacun sait que c’est de l’argent, même les partisans de la formule qui voudrait qu’on laisse du temps au temps. Encore faut-il en avoir, du temps !

Par exemple, le 15 octobre dernier, Monsieur Moscovici s’adressait aux membres de l’Union Européenne en ces termes (il s’agissait de traiter de la taxe sur les transactions financières) :

« La conférence des présidents a décidé d’organiser ce débat en trois phases. Dans un instant, je donnerai la parole à nos invités qui auront chacun dix minutes. Les présidents de commission et le rapporteur général de la commission des finances pourront ensuite poser des questions pendant cinq minutes chacun. Les premiers orateurs des groupes pourront alors interroger nos invités ; la durée des questions comme des réponses ne devra pas excéder deux minutes. Nous passerons enfin à une phase de questions spontanées. »

Ben dis donc, on a intérêt d’avoir la science infuse ou sérieusement potassé le dossier ! Viendra peut-être le temps où il faudra donner des réponses avant que les questions ne soient posées.

Mais il arrive aussi que des paroles soient tronquées, allez savoir pourquoi. Par exemple lors du dernier congrès du PS à Toulouse. En hommage à cet autre partisan de laisser du temps au temps, François Mitterrand pour ne pas le nommer, le parti socialiste a choisi d’exhumer un extrait du discours prononcé à Épinay en 1971. S’appuyer sur l’Histoire c’est bien, mais attention à la censure, elle est si vite proche du révisionnisme. La suite en images, nous la devons au veilleur Michel Soudais, journaliste politique à Politis, qui a retrouvé la version originale. (Source : http://www.politis.fr/Quand-le-PS-censure-Mitterrand,19856.html.)

Et puisque nous en sommes à exhumer des archives, c’est l’occasion de se souvenir d’un autre congrès du PS  (c’était le 18 juin 1977), ne serait-ce que pour mesurer combien nous en sommes loin ! Ce congrès se tenait à Nantes, on avait demandé à Mikis Théodorakis de composer un nouvel hymne pour le parti, dont acte, et il l’interprétait sur la scène avec Herbert Pagani.

Enfin, manière de ne pas terminer ce billet sur une mauvaise humeur, partageons quelques paroles plus récentes qui ont le mérite de repositionner les choses.

Face au vote du Front de Gauche concernant la loi énergie, le député socialiste Guillaume Bachelay (et n°2 du PS) a cru bon de faire part de sa déception en ces termes :

« Je le dis en amitié et en responsabilité : quand on est à gauche, on vote avec la gauche, pas avec l’UMP. »

Ce à quoi, profitant de ce que l’anaphore soit redevenue à la mode, le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, a répondu :

« Quand on est de gauche, on ne s’attaque pas à la péréquation tarifaire de l’énergie qui garantit un traitement égalitaire entre les Français.

Quand on est de gauche, on ne propose pas une loi élaborée sans aucune concertation avec les différents acteurs que sont les usagers et leurs associations, les élus, les organisations syndicales.

Quand on est de gauche, on s’attaque aux hausses incessantes du prix du gaz qui provoquent un niveau de précarité énergétique jamais atteint.

Quand on est de gauche, on ne court pas après le patronat en abandonnant l’engagement de campagne du candidat Hollande concernant une grande réforme fiscale.

Quand on est de gauche, on propose en urgence un projet de loi pour protéger les salariés licenciés ou menacés de l’être.

Quand on est de gauche, après 10 années de droite, on commence par s’occuper des salaires, du pouvoir d’achat, des services publics.

Enfin, à l’argument qui vise à sous-entendre que les sénateurs Front de gauche ont voté main dans la main avec la droite, je ne résiste pas à répondre que ce sont bien les parlementaires socialistes qui ont voté avec l’UMP le traité budgétaire européen qui promet l’austérité au peuple. »

 

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