Pour ne surtout pas en finir avec l’affaire Cahuzac

Par Mario, billet de mauvaise humeur

On entend souvent cette expression : « On ne tire pas sur l’ambulance ». Eh bien, dut-il ne rester qu’un seul franc-tireur, je serai celui-là. Par économie de balles, je respecte toujours le corbillard, mais l’ambulance… ça dépend qui se trouve à l’intérieur ! En l’occurrence, il ne faudrait plus toucher à Jérôme Cahuzac. Ben voyons, on va se gêner alors que le gugusse songeait encore il y a quelques jours à se présenter aux législatives partielles sur sa ville ! Et l’on apprend qu’il ne le fera pas, uniquement parce qu’un sondage commandé par le PS annonce qu’il ne récolterait que 11 % des voix ! Et l’on apprend aussi (interviewé hier sur RTL par le triste sire Jean-Michel Aphatie) qu’il prépare actuellement un livre sur son affaire qui devrait sortir avant l’été. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne pourra pas l’appeler « Mémoires d’un tricheur », c’est déjà pris par Sacha Guitry. Je préfère signaler un autre bouquin qui, lui, est déjà sorti : celui signé par Fabrice Arfi « L’affaire Cahuzac, en bloc et en détail », disponible en librairie et sur Mediapart, pour moins de 10 euros en version électronique.

Mais soyons clairs. Si je pense qu’il ne faut pas cesser de tirer sur l’ambulance, ce n’est pas pour cribler un homme déjà à terre. Il ne s’agit pas d’une affaire de « personne », quand bien même les responsabilités de Cahuzac n’étaient et ne sont toujours pas celle d’un quidam. Il est parfaitement légitime de se demander qui il continue de couvrir, et je ne suis pas sûr que son bouquin annoncé contiendra les déflagrantes révélations dont nous avons besoin. L’affaire Cahuzac n’est pas celle d’un homme mais d’un système complètement défaillant à ses plus hauts niveaux, sur le triple plan de la démocratie, des institutions et de la Constitution.

Hier mardi 21 mai s’est tenue la première séance de la commission d’enquête relative à ce que l’affaire Cahuzac a mis à jour, à savoir les « éventuels dysfonctionnements dans l’action du gouvernement et des services de l’État, notamment ceux des ministères de l’économie et des finances, de l’intérieur et de la justice, dans la gestion d’une affaire qui a conduit à la démission d’un membre du gouvernement ».

Étaient entendus tout au long de la matinée Edwy Plenel et Fabrice Arfi, qui ont clairement devancé tout le monde en sortant l’affaire, tandis qu’un grande part de l’après-midi était consacrée à l’audition de Michel Gonelle (avocat, ex député-maire de Villeneuve-sur-Lot), détenteur de l’enregistrement qui a mis le feu aux poudres. Le compte-rendu minutes par minutes de cette journée est disponible ici : http://www.mediapart.fr/journal/france/210513/affaire-cahuzac-les-auditions-de-la-commission-denquete

Les auditions sont disponibles sur le site LCP de l’Assemblée Nationale et sans doute sur Dailymotion. Chacun pourra se faire son idée.

Ce qui motive ce billet de mauvaise humeur est l’attitude affichée par la plupart des parlementaires PS qui composent ladite commission d’enquête. Sous couvert de vouloir comprendre tel ou tel détail de l’affaire, ils n’ont eu de cesse de vouloir transformer la commission en tribunal où les accusés seraient précisément Plenel, Arfi et Gonelle. Les deux premiers pour n’avoir en quelque sorte pas assez enquêté, le dernier pour avoir conservé trop longtemps par-devers lui un enregistrement d’intérêt public et tardé à se saisir de la justice. J’ai cru rêver, mais non !  A de très rares exceptions près, ces  députés n’ont pas compris l’objet même de la commission à laquelle ils participent. Plutôt que réfléchir aux « éventuels » (c’est quand même un sacré cadeau qu’on leur fait en ne les considérant que comme « éventuels ») dysfonctionnements dans l’action du gouvernement et des services de l’État, ils ont préféré chercher les dysfonctionnements possibles chez Mediapart ou chez Gonelle.  Lamentables ! Les pauvres ! Ils sont tellement préoccupés à vouloir sauver le soldat Hollande, et la tête de Pierre Moscovici, voire celle de Manuel Vals, qu’ils n’hésitent pas à se faire accusateurs des seuls qui ont bien fait leur boulot !

Ce qui est lamentable, c’est que la police ait été mise en branle pour surveiller les rapports téléphoniques entre Edwy Plenel et l’un des protagonistes de l’affaire. Ce qui est lamentable c’est la manœuvre de Bercy pour tenter de blanchir Jérôme Cahuzac. Ce qui est lamentable (oui, moi aussi je sais faire des anaphores…), c’est que Bercy obtienne une réponse négative de la Suisse, tandis que le parquet de Paris obtient une réponse positive. Ce qui est lamentable __et il a fallu que Michel Gonelle demande à la commission le droit d’être « impertinent » pour pouvoir le rappeler__ c’est que la quasi totalité de la classe politique et des médias a pris la défense de Jérôme Cahuzac jusqu’à ce qu’il y aille de ses aveux.

Et même si Fabrice Arfi souligne que Mediapart a fait l’objet de moins de pressions sous la présidence de François Hollande qu’au moment des révélations sur l’affaire Bettencourt, sous Nicolas Sarkozy, cela ne m’apparaît pas suffisant au vu des erreurs commises et de tout ce qui est encore maintenu dans l’ombre. Messieurs les députés PS, on espère que vous ferez montre du même acharnement lors de la prochaine séance où vous entendrez cet autre triste sire qu’est le juge Bruguière

(note : Jean-Louis Bruguière a été en possession d’un double de l’enregistrement, qui lui a été remis en 2006 par M.Gonelle en personne. Il dit avoir détruit ce mini CD. Destruction de preuve ? Par un magistrat de renom ? L’affaire Cahuzac est loin d’être finie car nous ne lâcherons rien !).

addendum jeudi 23 mai

Rectificatif et mea culpa relatif à l’intervention supposée des services de police pour « traquer » les sources de Mediapart. Sur ce point, on peut dire qu’Edwy Plenel et Fabrice Arfi y sont un peu allés de leur parano. (Faut dire qu’ils avaient été échaudés sous la Sarkozie). Comment la connaissance du coup de fil entre Plenel et Gonelle est-elle remontée jusqu’au ministère ? Il suffit d’écouter Gonelle raconter ce qui s’est passé. Ça commence avec une simple panne de batterie de téléphone, puis tout s’enchaîne et c’est finalement assez rigolo, tout en en disant long sur le « principe de précaution ».

Gonelle demande à un policier qu’il connait de lui prêter son portable pour rappeler le patron de Mediapart. N’arrivant pas à le joindre, Gonelle a ensuite rendu son portable au policier, lequel a reçu un peu plus tard un appel de Plenel… croyant joindre Michel Gonelle.

« à ce moment là, le policier a pris peur (…) il s’est dit : « ouh là là, je vais avoir des ennuis, il faut que je fasse trois lignes de rapport à mon chef de service. Il a donc fait trois lignes de rapport à son chef de service, lequel a dit, semble-t-il : « ouh là là, ouh là là, ouh là là, il faut que j’avise monsieur le préfet. Lequel a dit « ouh là là, ouh là là, ouh là là, il faut que j’avise le cabinet du ministre ».


gonelle-flics par asi

Laisser un commentaire