Affaire Cahuzac et au-delà : le suspense continue

photo Reuters

« Ambiance surréaliste », digne d’un « roman d’espionnage ». C’est en ces termes que Challenges.fr a rapporté l’audition de Pierre Condamin-Gerbier, un banquier de Genève, par la commission d’enquête sénatoriale sur l’évasion fiscale mercredi 12 juin. Il assure qu’il existe « d’autres Cahuzac », « dont des ministres de la précédente et de l’actuelle majorité ».

« Je n’ai pas fourni de noms de fraudeurs aux enquêteurs pour des raisons de sécurité. Mais mes documents et mes notes sont consignés auprès d’une partie tierce et ils seront dévoilés quand mon environnement sera plus sûr. Il y a eu des menaces écrites et orales sur mon intégrité physique ainsi que celle de ma famille ».


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« Il y a des Cahuzac à droite, il y a d’autres Cahuzac à gauche. Il y a des Cahuzac sur l’ensemble de l’échiquier politique. Il y a des Cahuzac qui sont liés non pas simplement à un « simple » enrichissement personnel, mais il y a aussi des Cahuzac qui ont été utilisés par des systèmes, par des partis, par des réseaux. À gauche comme à droite »


temoin-france2 par asi

L’occasion de citer cette brève de Mediapart : une note de la DCRI intrigue les députés

le socialiste Alain Claeys, a officiellement réclamé, mercredi 12 juin, au ministre de l’intérieur Manuel Valls la déclassification d’une note rédigée par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), mi-décembre, au plus fort de l’affaire Cahuzac. Patron de la DCRI, Patrick Calvar, qui a révélé l’existence de cette note mais a refusé de la transmettre aux membres de la commission d’enquête.

Cette note indiquerait, selon plusieurs députés cités par le quotidien, que le nom de Jérôme Cahuzac n’apparaissait pas dans les fichiers de la DCRI avant la révélation de son compte suisse par Mediapart, le 4 décembre 2012.

Et alors, monsieur Valls ? Trop occupé par la chasse aux Roms ?

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Par ailleurs Mediapart publie depuis hier la saga d’un autre volet de l’affaire Cahuzac et c’est du lourd : « Il n’est en effet plus seulement question de la fraude fiscale d’un ministre du budget qui n’a pas déclaré en France l’ensemble de ses revenus. Mais d’une possible corruption au sein d’un gouvernement, à une époque, de 1988 à 1991, où Jérôme Cahuzac travaillait pour le ministre de la santé, sous la direction de Michel Rocard à Matignon. »

« Des dessous-de-table auraient été versés à l’époque pour obtenir des décisions favorables du ministère dans l’attribution de scanners et d’IRM (appareils d’imagerie par résonance magnétique) à des établissements de santé. »

« De quoi s’agit-il ? À l’époque, les hôpitaux, les cliniques et les cabinets de radiologie qui souhaitent s’équiper d’un scanner (environ 5 millions de francs pièce) ou d’une IRM (10 à 12 millions) doivent obtenir l’autorisation du ministre de la santé. Seulement, une carte sanitaire limite l’installation de ces machines, que tous rêvent d’acquérir. Pas plus de 50 à 100 autorisations sont délivrées chaque année pour bien plus de demandes »

Comment ? En versant des pots-de-vin.

Un ancien dirigeant de la société Elscint raconte que le jeune conseiller Jérôme Cahuzac lui a demandé un jour de lui souffler une liste d’établissements prêts à payer : « Un matin, six ou huit mois après son arrivée, j’arrive dans son bureau. Je pensais qu’on allait éplucher les dossiers. Mais il se lève, prend une feuille blanche, la pose devant moi, met un stylo dessus et me dit : “Mettez-moi les noms des hôpitaux ou cliniques privées qui, selon vous, accepteraient de verser une commission pour avoir leur autorisation.” Je me suis levé et je suis parti, parce que c’était un appel à la délation. C’est autre chose que de demander qu’Elscint paye directement. Il m’a regardé dans les yeux, et il m’a dit : “Écoutez, dans ce cas, vous pouvez annoncer à votre direction en Israël que vous ne vendrez pas de scanners et d’IRM en France.” »

« Les pots-de-vin à verser étaient de l’ordre de 200 000 francs pour un scanner, de 500 000 francs pour une IRM. Que voulez-vous ? Des gens ont eu du pouvoir et ils ont profité du système. Ils ont extorqué, prévariqué. »

On apprend aussi qu’un conseiller de l’époque à la cour d’appel de Rennes avait mené une enquête très précise : il avait établi que pendant la campagne législative de Georgina Dufoix dans le Gard, à l’occasion de l’acquisition d’une IRMN par l’hôpital de Nîmes, un intermédiaire clandestin, René Trager, avait touché et reversé des commissions en provenance d’une société américaine.

René Trager a reconnu les faits. « Pendant toutes ces années, les attributions de scanners et d’IRM se faisaient en fonction de critères de copinage »

Voyez un peu de quoi peut dépendre notre santé ! De ripoux encore en liberté, et qui plus est perçoivent encore leurs indemnités de ministres ou de députés ! Ne lâchons rien, c’est loin d’être fini !

Article entier sur Mediapart (pour les abonnés sans doute. Mais si vous ne l’êtes pas qu’attendez-vous ? Qu’on ferme les chaînes publiques comme en Grèce ?)

http://www.mediapart.fr/journal/france/110613/affaire-cahuzac-la-piste-de-la-corruption

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