Sale temps pour les lanceurs d’alerte

Bradley Manning

La justice militaire américaine a reconnu le soldat Manning coupable d’espionnage mais l’a acquitté de la charge de collusion avec l’ennemi. Ce verdict, même s’il exonère le jeune soldat Manning de la peine de mort ou d’un emprisonnement de plusieurs centaines d’années ( !), ne doit pas nous masquer le signal qui est ainsi envoyé aux lanceurs d’alerte. Plus que jamais il doit relancer le débat sur le droit à l’information contre les secrets d’État.

Pour rappel, ce soldat de 25 ans est accusé d’être la source d’une fuite gigantesque, la plus grande de l’histoire de l’armée américaine, avec 700.000 documents militaires et câbles diplomatiques transmis à l’organisation WikiLeaks. Parmi ces documents : la vidéo « Colateral Murder » tournée par la caméra interne d’un hélicoptère US Apache en mission à Bagdad en 2007 et faisant un carton sur des civils, dont enfants et journalistes. (la vidéo est toujours visible ici : http://www.youtube.com/watch?v=5rXPrfnU3G0 )

Écœuré, Bradley Manning décida de rendre public ces documents de façon à dénoncer des crimes de guerre. Lors de son procès, il a notamment déclaré que le public américain devait connaître le véritable coût de la guerre.

Manning a été arrêté en Irak en mai 2010 et emprisonné sur une base militaire de Quantico, en Virginie, réduit à l’isolement maximum pendant onze mois. Ses conditions de détention ont été décrites comme inhumaines par Amnesty International et ont suscité l’inquiétude du rapporteur de l’ONU sur la torture.

Reporters sans frontières n’hésite pas à déclarer que « le verdict sert d’avertissement à tous les lanceurs d’alerte, contre lesquels l’administration Obama est en train de mener une offensive sans précédent, en ignorant l’intérêt public de leurs révélations ».

D’où il est légitime de se demander quel va être le sort réservé à Julien Assange, dirigeant de WikiLeaks, toujours réfugié dans l’ambassade d’Équateur à Londres, et celui qui attend Edward Snowden, toujours bloqué dans la zone de transit de l’aéroport Cheremetievo à Moscou.

Par ailleurs, bien que ne relevant pas du secret militaire mais du domaine fiscal, peut-on accepter que le repenti Pierre Condamin-Gerbier soit emprisonné en Suisse pour ses révélations sur les malversations des banques Reyl ou UBS, pendant que le sieur Cahuzac fanfaronne librement de micro en micro ?

Autres petits rappels en vrac :

**Mediapart est partenaire de WikiLeaks, à la suite du partenariat signé le 31 janvier 2011 en Grande-Bretagne par Julian Assange pour WikiLeaks et Edwy Plenel pour Mediapart.

**L’affaire du licenciement de Michèle Viot, responsable du laboratoire hospitalier à Nice, qui dénonce une contamination bactérienne dans le circuit d’eau de l’Institut universitaire de la Face et du Cou (affaire détaillée par Mediapart) me semble significative.

**Samuel Claude, le dentiste qui a dénoncé le risque de contamination par des aérosols. Il a dû s’exiler au Québec tant il était persécuté en France et son épouse en est décédée.

**Jean-Jacques Melet, médecin mort en 2005 par suicide. Il avait dénoncé les amalgames dentaires au mercure. Il a été pourchassé par l’ordre des médecins, victime d’un acharnement administratif et juridique qui l’a fait s’achever lui-même dans la misère.

**Que dire du sort de François Dufour, qui casque pour les faucheurs d’OGM après la victoire de Monsanto ?

Il semblerait que Mediapart prépare un dossier spécial sur tous ces lanceurs d’alerte et d’autres sur lesquels la presse passe un peu trop rapidement, comme en une rubrique de simples chiens écrasés, comme si ce qui était en jeu et en danger n’était pas précisément ce droit de savoir de tout citoyen et celui de la liberté de la presse, protection des sources incluse.

Pendant ce temps, de l’autre côté du Rhin, l’affaire Prism/Snowden ne cesse depuis sept semaines de tourmenter la vie politique. Que les États-Unis espionnent les citoyens à la barbe des services allemands et du gouvernement a provoqué un scandale.

Non seulement le pays aurait été une des principales cibles du programme d’espionnage de son pourtant proche allié américain mais, d’après le Bild Zeitung, l’armée aurait pris connaissance de l’existence de PRISM il y a deux ans à l’occasion d’opérations conjointes en Afghanistan. Mieux, le service de renseignement extérieur (Bundesnachrichtendienst, BND) collaborait étroitement avec la NSA. À tel point que l’agence américaine a mis à disposition du service de renseignement intérieur allemand un logiciel de surveillance, XKeyscore, qui permet de collecter les recherches effectuées par un internaute ciblé et d’enregistrer une partie de ses communications. Il s’agit d’un des principaux outils permettant à la NSA d’intercepter quelque 500 millions de communications en Allemagne.

Les intellectuels se sont emparés du sujet. Une soixantaine d’écrivains allemands ont publié le 25 juillet une lettre ouverte à Angela Merkel intitulée « L’Allemagne est un État policier », dans laquelle il est demandé des comptes à la chancelière : « Pendant que notre vie privée est rendue transparente, les services secrets prétendent à un droit à l’opacité sur leurs méthodes. En d’autres termes : nous vivons une attaque historique sur notre État de droit démocratique, en l’occurrence le retournement du principe de présomption d’innocence en un soupçon généralisé. (…) C’est pourquoi nous vous demandons : la surveillance des citoyens allemands par la NSA, qui est interdite par la loi fondamentale et la Cour constitutionnelle aux autorités allemandes, répond-elle à une volonté politique ? »

En France, il existe une loi, toute récente, qui protège les lanceurs d’alerte en matière de santé et d’environnement. En revanche rien qui protège les lanceurs d’alerte au sein des entreprises. Un amendement pour corriger cela a été voté à l’Assemblée lors de l’examen du projet de loi sur la lutte contre la fraude fiscale. Mais pour le moment, il n’a pas été adopté au Sénat. Un amendement (source Le Figaro) a aussi été adopté dans le cadre de l’examen à l’Assemblée de la loi sur la transparence de la vie publique.

Jusqu’où irons-nous dans l’application réelle de la faible loi existante, saurons-nous la renforcer au-delà d’un simple amendement ? Suite au prochain épisode.

en relisant Ruy Blas_2

         Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
– Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur,
Tout s’en va. (…)
Quel remède à cela ? – l’État est indigent,
L’état est épuisé de troupes et d’argent ;
(…)
Comme si c’était peu de la guerre des princes,
Guerre entre les couvents, guerre entre les provinces,
Tous voulant dévorer leur voisin éperdu,
Morsures d’affamés sur un vaisseau perdu !
Notre église en ruine est pleine de couleuvres ;
L’herbe y croît. Quant aux grands, des aïeux, mais pas d’œuvres.
Tout se fait par intrigue et rien par loyauté.
(…)
Aussi d’un régiment toute bande se double.
Sitôt que la nuit tombe, il est une heure trouble
Où le soldat douteux se transforme en larron.
Matalobos a plus de troupes qu’un baron.
Un voleur fait chez lui la guerre au roi d’Espagne.
Hélas ! Les paysans qui sont dans la campagne
Insultent en passant la voiture du roi.
Et lui, votre seigneur, plein de deuil et d’effroi,
Seul, dans l’Escurial, avec les morts qu’il foule,
Courbe son front pensif sur qui l’empire croule !
– Voilà ! – l’Europe, hélas ! Écrase du talon
Ce pays qui fut pourpre et n’est plus que haillon.
L’état s’est ruiné dans ce siècle funeste,
Et vous vous disputez à qui prendra le reste !
Ce grand peuple espagnol aux membres énervés,
Qui s’est couché dans l’ombre et sur qui vous vivez,
Expire dans cet antre où son sort se termine,
Triste comme un lion mangé par la vermine !

Victor Hugo – Ruy Blas

pourquoi la gauche en rouge et la droite en bleu ?

C’est l’été, la saison où l’on prend des couleurs. Alors pourquoi ne pas s’occuper du rouge et du bleu, par exemple ? C’est juste pour le plaisir d’un bon moment… et ça n’empêche pas de s’instruire un peu.

Pourquoi la gauche est-elle toujours représentée par du rouge, et la droite par du bleu ?

graphique paru dans Libération le 24 avril 2012

Pour répondre à la question, prévenait Alain Korkos à qui l’on doit cette version spécialement adaptée à Sémaphores, « il va falloir faire un peu beaucoup d’Histoire. Avec moult rapprochements hâtifs, sauts spatio-temporels, omissions gravissimes, voire insupportables approximations. Parce que le sujet ne s’épuise pas en une chronique, loin de là. »

Commençons quand même par le bleu.

Bien des artistes peintres vous diront que le plus beau bleu qui soit est le bleu outremer. Par le passé, c’est-à-dire avant que la chimie ne nous fabrique des couleurs synthétiques, on l’obtenait en broyant du lapis-lazuli. Les grands gisements se trouvaient en Afghanistan, la roche était difficile à extraire, si bien qu’on ne pouvait payer le bleu outremer qu’avec les yeux de la tête ou la peau des fesses, certes pas en monnaie de singe. Quelques fortunés l’emploient donc dès le XIIe siècle, mais il ne se répandra guère qu’à partir des XIIIe-XIVe siècles dans la peinture, exemple :

Vierge à l’enfant avec saint Pierre et saint Jean l’Évangéliste
par Nardo di Cione, vers 1360

À l’époque, les quantités de bleu outremer sont rigoureusement précisées sur les contrats que passent les commanditaires avec les peintres, comme le sont les quantités d’un autre bleu, à peine moins cher, l’azurite minérale. L’azurite est sombre lorsqu’elle est grossièrement broyée, tandis qu’elle s’éclaircit lorsqu’on a la patience d’en faire une poudre fine. On peut donc peindre avec deux bleus différents, ce que l’on fit, par exemple, sur le retable du maître de saint Barthélémy conservé à la National Gallery de Londres. Le manteau de saint Pierre est peint en bleu outremer, le col et les poignets le sont en bleu azur.

Saint Pierre et sainte Dorothée
par le Maître du retable de saint Barthélémy, vers 1505-1510

Ce n’est pourtant pas saint Pierre mais le culte à la Vierge Marie qui va faire que se développe l’utilisation du bleu, comme on peut le voir dans cette « Descente de croix » peinte vers 1435.

Descente de croix par Rogier van der Weyden, vers 1435

Mais, comme au XIIe siècle il n’aurait pas été de bon ton de ne pas adhérer au culte marial, la royauté française alors représentée par les Capétiens porte le bleu à ses armoiries, tant pour la Vierge elle-même que pour signifier qu’elle est la couleur du ciel. Dès lors les rois s’en pareront, à l’instar de celui qui ne nous est pas inconnu dans la région, et particulièrement des Aigues-Mortais qui le saluent tous les jours en traversant la place, parlons de Saint-Louis qui, à force de rendre la justice sous des chaînes, la rendait comme un gland.

Saint-Louis, illustration extraite du Recueil des rois de France
de Jean du Tillet, XVIe siècle

Vous ne serez pas sans remarquer la fleur de lys que le roi tient dans sa main droite, mais si vous avez déjà vu, en vrai, un lys qui ressemble à ça, faudra nous dire sur quelle planète, ça nous intéresse. N’empêche que cette fleur qu’on va semer partout dans les champs d’azur de la royauté est aussi un élément emprunté à la Vierge Marie. Sa blancheur en a fait un symbole de pureté et de chasteté, qu’on retrouvera pratiquement dans tous les tableaux représentant l’Annonciation.

Et, à propos d’annonce, on ne se souvient pas de celle qui fut faite lorsqu’il fallut expliquer le drapeau qui allait représenter l’Europe des Douze. (Sans compter que lors de la création du drapeau des Douze, les États de la communauté étaient déjà quinze.)

Toutefois, ceux qui auront lu le Nouveau Testament jusqu’à la fin se souviendront peut-être de la description de la Vierge dans l’Apocalypse de saint Jean : « Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds, et douze étoiles couronnent sa tête ».

Vierge en gloire par Carlo Dolci, vers 1670

Outre que ce bleu des Capétiens va s’étendre à tous les rois de France, ne voilà-t’y pas que même le mythique roi Arthur (certes dans des illustrations tardives du XVe siècle) arbore un écu d’azur à trois couronnes d’or.

Le roi Arthur en arrière-plan, extrait d’un manuscrit de 1440

Et le bleu s’emballe !

Au XIIIe siècle, démarre l’industrie d’une plante, la guède, qui contient une substance colorante bleue. Les feuilles broyées sont réduites en une pâte appelée… pastel. On en fait des espèces de tourteaux aussi baptisés coques ou cocagnes, qui sont ensuite vendues aux teinturiers. Le Lauraguais, qui est alors en France le premier producteur de pastel, est désormais appelé pays de cocagne. C’est ce nom qu’on donnera aux contrées croulant sous les richesses car le commerce des coques rapporte beaucoup d’argent, c’est l’or bleu de l’époque.

Toutefois, alors que se pointe la Réforme protestante, c’est-à-dire l’arrivée de ceux qui détestent toute vulgarité colorée, le bleu se fait moins vif pour s’approcher du gris de référence porté par les protestants, et pas seulement eux. Adieu le blanc, adieu l’or, ne parlons pas du rouge…

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L’affaire Bettencourt/Mediapart

Jusqu’au 20 juillet en cours, telle page de Mediapart pouvait ressembler à ça :

Depuis aujourd’hui, voici ce qu’il en est :

En une semaine, les signataires de l’appel « Nous avons le droit de savoir » lancé par Mediapart sont passés de 18 000 à plus de 43 000 personnes. Bon signe, certes, au vu de la qualité et de la diversité des signataires, mais ce ne peut être une raison de s’en contenter. L’affaire Mediapart/Bettencourt est beaucoup plus grave que ce qu’ont l’air d’en penser les non signataires . L’insidieuse et odieuse censure qui est en train de revenir par le biais d’une certaine justice sous un gouvernement dit « de gauche » est proprement inacceptable.

Parmi les 43 000 premiers signataires, on peut ne pas s’étonner de l’absence des noms de ceux qui assument leur ancrage à droite ou à la ligne extrême Bleu Marine. À vrai dire, il serait plutôt stupide de vouloir les y trouver. La liberté de la presse n’a jamais été leur tasse de thé, les preuves abondent depuis que la presse existe. Aussi, si l’on ne peut que se réjouir des signatures de la plupart des dirigeants d’EELV, du Front de Gauche, d’Attac, du Collectif Roosevelt (pardon de ne pas les citer tous mais vous pouvez consulter la liste complète et signer ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/la-redaction-de-mediapart/110713/plus-de-43000-personnes-ont-signe-lappel-nous-avons-le-droit-de-savoir ), il y a lieu de s’inquiéter de la faible (c’est un euphémisme) représentation du PS. Une quinzaine d’élus alors que leur parti détient tous les pouvoirs ? Sauf l’honneur de celles et ceux-là qui ont eu le courage de signer, c’est presque tout dire !  C’est en tout cas suffisant pour témoigner d’à quel point la défense du droit de savoir des citoyens et de la démocratie qui en découle n’est pas un objectif clairement défendu par ceux qui prétendaient pourtant le faire lorsqu’il s’agissait de s’attirer des bulletins dans les urnes.

Sémaphores rappelle qu’il n’est nul besoin d’être lecteur de Mediapart pour s’opposer à la censure. Et s’il faut le dire en d’autres langues, voici deux liens :

‘We have the right to know’ – join the Appeal

Firma el manifiesto «Tenemos derecho a saber»

Merci de faire circuler le lien de ces billets de blog (évidemment en accès libre) auprès de vos contacts.

Pour résumer, à partir de lundi 22 juillet 2003, Mediapart (et le journal Le Point) sont tenus de supprimer de leurs pages la totalité des articles parus depuis plusieurs années concernant l’affaire Bettencourt. On pourrait déjà noter l’ineptie de cette décision de justice qui n’étend pas son verdict à l’ensemble de la presse qui n’a parlé de cette affaire que sur les éléments révélés par Mediapart. Il est d’autant plus clair que c’est ce journal qui est particulièrement visé, qu’il est impossible, à l’ère Internet, de faire disparaître quelque texte que ce soit de l’ensemble du Web. Preuve s’il le fallait, de l’inadaptation à notre époque de cette justice versaillaise dont la présidente de Chambre à la Cour d’Appel, à savoir Mme Marie-Gabrielle Magueur, épouse Riquin (car il y en a marre de ne pas citer les noms de responsables qui n’auraient pas de visage…), vit dans son monde (elle en a le droit) au point de ne pas avoir d’ordinateur, ni peut-être même savoir comment ça fonctionne.

C’est pourquoi, dans un élan de solidarité, Sémaphores rappelle à cette dame que si jamais elle a besoin d’éléments manquant à son enquête, elle pourra toujours les trouver sur des centaines, voire des milliers de sites. Par exemple en téléchargeant « Mediapart – Dossier Bettencourt » sur The Pirate Bay où elle trouvera 95 articles au format HTML, 82 sons au format mp3, 79 images et 14 pages aux formats PDF et JPG. Ou, encore plus simple, un seul clic sur http://cubox.me/mediapart/

L’occasion de rappeler qu’en guise de soutien, Arrêt sur Image met en ligne tous les articles supprimés de Mediapart. « Ils sont téléchargeables ici. Par ailleurs, nous mettons notre émission Bettencourt en accès libre. Vous pourrez notamment écouter deux extraits des enregistrements sonores dans lesquels on entend notamment Patrice de Maistre, à l’époque gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, expliquer à la milliardaire qu’il a embauché la femme d’Éric Woerth à sa demande. »

Pour les non abonnés qui n’ont pu suivre l’affaire en temps réel, nous reproduisons en fin de page le dernier article de Michel Deléan, qui établit un premier bilan de ce que l’affaire Bettencourt a permis de réaliser. Nous y laissons les liens d’origine, sans savoir s’ils fonctionneront encore à l’heure où vous lirez ces lignes. Mais juste une petite info avant cela, manière de témoigner que Mediapart ne gêne pas que la justice versaillaise…

Le Front national, tente d’empêcher Mediapart d’exercer son droit d’informer ses lecteurs, en attaquant le journal en diffamation. 

 Jeudi 18 juillet Mediapart publiait un article intitulé : « Marine Le Pen en plein conflit d’intérêts au Parlement européen » 

Ceux qui ne pourraient accéder à ce lien peuvent quand même savoir que, dans cet article, le journal en ligne explique, contrat de travail à l’appui, que Louis Alliot, le compagnon de Marine Le Pen, est embauché pour 5 006,95 euros brut. Une somme particulièrement généreuse pour un temps partiel de 17,5 heures par semaine.

Dans un courrier daté du 25 juillet 2012, les services financiers de l’hémicycle avaient demandé des explications sur le contrat à la présidente du FN, en s’appuyant sur l’article 43 d’un règlement du Parlement européen entré en vigueur en juillet 2009. Celui-ci stipule que l’enveloppe mise à disposition par le parlement, pour chaque eurodéputé, ne peut pas « financer les contrats permettant l’emploi ou l’utilisation des services des conjoints des députés ou de leurs partenaires stables non matrimoniaux ».

Louis ALLIOT a décidé de porter plainte pour diffamation, Marine Le Pen a aussi l’intention de porter plainte, jugeant les « accusations calomnieuses ».

Signons cet appel et diffusons-le pour soutenir Mediapart contre le Front National.

http://soutenonsmediapartcontrelefrontnational.wesign.it/fr

 

 

Le bilan considérable de l’affaire Bettencourt

21 juillet 2013 |  Par Michel Deléan

Les tentatives d’étouffer l’affaire, menées de concert par l’Élysée de Sarkozy, les conseillers de la milliardaire et l’ancien procureur de Nanterre, ont échoué. Aujourd’hui, les prédateurs et autres courtisans qui profitaient de la générosité et de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt ont été écartés un à un. L’île d’Arros, que ses conseillers faisaient louer à l’octogénaire alors qu’elle en était propriétaire, a été réintégrée à son patrimoine, enfin déclarée au fisc, puis vendue. Une bonne partie des biens du photographe François-Marie Banier a été saisie à titre conservatoire par la justice.

Sur le plan du respect de la morale publique et du bon fonctionnement des institutions, le bilan est peut-être plus impressionnant encore. Un ancien président de la République est aujourd’hui mis en examen pour « abus de faiblesse » sur la femme la plus riche de France. Son ancien trésorier et ministre du budget est renvoyé en correctionnelle pour « trafic d’influence », dans une affaire de Légion d’honneur remise dans des conditions plus que troubles. Un redressement fiscal record, de plusieurs dizaines de millions d’euros pour l’héritière de L’Oréal, est allé dans les caisses de l’État. Un procureur de la République a été désavoué publiquement, et finalement muté avec l’accord du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Surtout, l’affaire Bettencourt a permis de découvrir une série d’anomalies et de turpitudes politiques soigneusement cachées jusque là. Les effets concrets, pour les riches, du bouclier fiscal mis en place par Sarkozy. Les renvois d’ascenseur au sein du Premier cercle de l’UMP. Le financement public des « partis de poche ». L’instrumentalisation de la justice par l’Élysée. Tout cela a été exposé en plein jour grâce à l‘affaire Bettencourt. Sans oublier la mise en place de la « Commission de réflexion pour la prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique ».

Sur le plan judiciaire, pas moins de six procédures sont en cours. Dans le volet principal de l’affaire, celui qui concerne les abus de faiblesse, les malversations et les financements politiques, quelque douze personnes sont mises en examen pour différent délits : Nicolas Sarkozy, Éric Woerth, l’ex-gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, le photographe François-Marie Banier, son compagnon Martin d’Orgeval, les notaires Jean-Michel Normand et Patrice Bonduelle, du gestionnaire de l’île d’Arros Carlos Vejarano, les avocats fiscalistes Pascal Wilhelm et Fabrice Goguel, l’homme d’affaires Stéphane Courbit, et l’infirmier Alain Thurin.

D’une prudence extrême dans cette affaire, le parquet de Bordeaux a, le 28 juin, requis un non-lieu en faveur de Nicolas Sarkozy, Éric Woerth, Stéphane Courbit,  Patrice Bonduelle, Pascal Wilhelm et Alain Thurin (lire notre article ici). Les juges d’instruction (Valérie Noël, Cécile Ramonatxo et Jean-Michel Gentil) sont libres de suivre ou non ces réquisitions. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux doit encore se prononcer le 24 septembre sur la validité de ces mises en examen (lire notre article ici).

Dans une procédure connexe, Éric Woerth et Patrice de Maistre viennent, le 4 juillet, d’être renvoyés devant le tribunal correctionnel pour « trafic d’influence » par les trois juges d’instruction bordelais dans l’affaire de la légion d’honneur, cela contre l’avis du parquet (lire notre article ici). Patrice de Maistre avait reçu sa médaille des mains d’Éric Woerth en personne au mois de janvier 2008, soit deux mois après avoir embauché son épouse, Florence Woerth, au service de l’héritière de l’empire L’Oréal.

Malgré les dénégations des uns et des autres, un courrier d’Éric Woerth à Nicolas Sarkozy de mars 2007, pendant la campagne présidentielle, atteste que Patrice de Maistre, généreux donateur et membre du Premier cercle de l’UMP, avait réclamé sa décoration à son ami Woerth. C’est également à cette époque que le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt est fortement soupçonné d’avoir fait rapatrier des fonds depuis la Suisse pour les remettre à Éric Woerth, afin de financer la campagne de Nicolas Sarkozy. Les magistrats instructeurs estiment que l’octroi de cette décoration à Patrice de Maistre était bien lié à l’embauche par celui-ci de Florence Woerth, l’épouse du ministre du budget, au sein de la société Clymène qui gère les investissements de Liliane Bettencourt.

Une troisième procédure judiciaire pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » suit son cours parallèle. L’ex-majordome de Liliane Bettencourt, Pascal Bonnefoy et cinq journalistes ont été mis en examen en mars et avril 2012 dans ce volet de l’affaire, après la publication, en juin 2010, dans Le Point et sur Mediapart, d’extraits de conversations enregistrées clandestinement par Pascal Bonnefoy, entre mi-2009 et mi-2010, au domicile de l’héritière de L’Oréal.

Les journalistes concernés sont Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, Hervé Gattegno, alors rédacteur-en-chef à l’hebdomadaire, Edwy Plenel et Fabrice Arfi, respectivement président et journaliste à Mediapart, ainsi que Fabrice Lhomme, à l’époque journaliste à Mediapart et désormais au Monde. Le parquet de Bordeaux a, le 9 juillet, requis le renvoi en correctionnelle du majordome et des cinq journalistes.

Dans un quatrième volet, annexe à l’affaire elle-même, la magistrate Isabelle Prévost-Desprez est mise en examen depuis juillet 2012 pour « violation du secret professionnel ». Le juge d’instruction bordelais Philippe Darphin soupçonne la présidente de la XVe chambre correctionnelle de Nanterre d’avoir divulgué des informations sur le dossier Bettencourt à deux journalistes du Monde. Le parquet de Bordeaux a, fin juin, requis le renvoi en correctionnelle d’Isabelle Prévost-Desprez.

Une cinquième affaire a été lancée par Le Monde, qui a porté plainte après l’espionnage de ses journalistes travaillant sur l’affaire Bettencourt par l’examen de leurs “fadettes” téléphoniques. L’ancien procureur de Nanterre Philippe Courroye et son adjointe, Marie-Christine Daubigney, ont d’abord été mis en examen par une juge d’instruction de Paris, avant que la cour d’appel annule ces poursuites pour des motifs de procédure en mars dernier, une décison confirmée par la Cour de cassation le 25 juin. L’affaire n’est cependant pas encore close et peut éventuellement donner lieu à de nouvelles mises en examen.

Enfin, l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire et modérée) a porté plainte le 9 avril dernier contre le député UMP Henri Guaino, après ses sorties virulentes contre les juges d’instruction de Bordeaux ayant osé mettre Sarkozy en examen. Deux infractions sont visées par le syndicat : « l’outrage à magistrat » (passible d’un an de prison et 15 000 euros d’amende), et le « discrédit sur un acte ou une décision juridictionnelle » (passible de six mois de prison et 7 500 euros d’amende). Cette affaire-là suit, elle aussi, son cours, dans le cadre d’une enquête préliminaire dirigée par le parquet de Paris (lire notre article ici).

Le vénérable professeur Mehlang Chang et le syndrome du larbin

Il s’agit d’un détournement à caractère « politique » que ne désapprouveraient pas des situationnistes tels que Guy Debord ou René Vienet, auteur en 1973 de « La Dialectique peut-elle casser des briques ? » L’idée était de doubler un film chinois avec des sous titres qui exprimaient la lutte anticapitaliste sous forme de comédie. Cette version récente en reprend le mécanisme, pour un moment de rire mais, chinoiseries obligent, un rire parfois jaune.

Interview du professeur Mehlang Chang qui nous explique les raisons du déclin de la France.
Information Importante : Le professeur Mehlang Chang nous informe qu’il nous fera parvenir un discours inédit lorsque le compteur de visites aura dépassé le million. Alors n’hésitez pas à diffuser cette vidéo autour de vous 😉

Si les auteurs de ce professeur Mehlang Chang ont pu inclure dans leur titre le fameux syndrome du larbin, sans doute le doivent-ils au petit dessin animé qui en portait déjà le titre en 2008. Voici le début du texte pour se mettre dans le bain, la vidéo vous dira le reste.

« Chez un individu, le syndrome du larbin est un comportement pathologique visant à prendre systématiquement la défense des classes les plus favorisées au détriment de celles dont il est issu. Ce syndrome diminue les capacités d’analyse du larbin et se traduit par un blocage psychologique l’incitant à agir préférentiellement contre ses propres intérêts au profit de ceux qui l’exploitent.
L’amour démesuré qu’affiche le larbin à l’égard des patrons, des rentiers ou des milliardaires, est l’acte de foi qui structure son discours. Le larbin agit sans discernement de ce qui pourrait être bon pour lui, il intellectualise le débat pour tenter de nous convaincre que piocher chez les riches est toujours la pire des solutions, quand bien même il en serait bénéficiaire. »

Le texte du syndrome du larbin est disponible à cette adresse : http://www.agoravox.fr/actualites/pol…

Voir aussi :
http://www.youtube.com/watch?v=UOadag…

Le pic de Hubert

dans la série « Petits contes politiques et autres récits non autorisés. »

« Le pétrole n’est pas un problème, c’est LE problème. Pas celui des générations futures mais NOTRE problème. Pour combien de temps pouvons-nous encore nous permettre l’insouciance ? Pour les experts du pétrole en retraite, c’est déjà trop tard. Pour les compagnies pétrolières, nous avons encore 10 ans, 20 ans au mieux. »

Sémaphores a déjà présenté la scop Le Pavé à l’occasion de présenter Frank Lepage et ses « conférences gesticulées ». Dans le cadre de cette autre histoire du militantisme qui prône et fait avancer l’éducation populaire, nous proposons cette autre conférence, enregistrée le 3 mars 2010, sur le thème du pétrole et de la société de consommation qui en a découlé. C’est vrai, cela nécessite d’y consacrer une partie de la soirée, ça dure deux heures mais avec un entracte au milieu si on souhaite voir la conférence en deux fois. Mais il serait dommage de ne pas prendre ce temps-là. Il permet de se coucher moins bête et de mieux lutter contre les enfumages dès le réveil. Et puis de réfléchir à ce que sont nos luttes. Ça ne substitue pas aux nécessaires luttes de la rue, des syndicats et des associations bienveillantes. Ça s’additionne et ça peut donner des idées sur ces petits plus qu’il va falloir trouver pour vivre lorsque la crise va réellement montrer un plus que le bout de son nez, ce qui est assez inévitable sous l’emprise des politiques actuelles de l’Europe et des États-Unis.

Celui qui nous parle dans cette conférence gesticulée, Anthony Brault, y est tour à tour psychiatre, jeune rasta, expert pétrolier, organisateur communautaire, adepte du développement personnel… Il répond aux questions ci-après.

Le plein d’énergie

…ou comment changer le monde, en toute humilité.

Du point de vue d’un militant, il y a deux catégories de personnes : les militants et les non-convaincus. Moi, je suis militant : j’ai organisé des débats, des stages, des expos, des chantiers, des festivals, des soirées, des goûters, des week-ends. Pour construire ensemble un monde meilleur.

Plus précisément, pour expliquer aux non-convaincus comment construire un monde meilleur. Mais comme ils ne sont pas très assidus, ni très nombreux dans nos actions, partout les mêmes questions se posent : comment susciter l’envie de nous rejoindre ? Comment augmenter notre pouvoir d’agir ?

Et il y a urgence, parce que notre modèle de civilisation va bientôt s’effondrer. Chaque Français a 120 esclaves à son service pour maintenir son niveau de vie actuel. Ce sont des esclaves énergétiques – sous forme de pétrole. On est tous accros au pétrole, et on va bientôt être en manque.

Comment ça va se passer ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? Qui va s’en sortir ? On va changer de monde et le monde s’en fout. Il a tort. Il y aura bientôt deux types de personnes : celles qui ont vu cette conférence gesticulée et les autres.

Pour d’autres conférences : http://www.scoplepave.org/

Affaire Snowden et déclaration de Cochabamba

Une info annoncée certes par tous les médias mais rapidement passée sous silence, comme si un très grave incident diplomatique n’avait aucune importance selon qui est le pays humilié. Nous avons pourtant été nombreux, par delà ce scandale politique, à verser des larmes tant notre honte était grande d’être Français dans un moment pareil.

Dans la nuit du 2 au 3 juillet, quatre pays européens, la France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal interdirent leur espace aérien à l’avion présidentiel du président légitimement élu de la Bolivie, Évo Morales. Mais une fois à l’aéroport de Vienne, l’ambassadeur d’Espagne en Autriche est intervenu pour demander, à l’encontre du droit international et contre la volonté du Président, une fouille complète de l’avion. Ce dernier sera retenu plus de 13 heures à cet aéroport comme le serait un délinquant de droit commun.

Il faut imaginer un seul instant un scénario semblable impliquant cette fois l’avion présidentiel du président des États-Unis à qui serait interdit l’espace aérien de la Bolivie, du Venezuela, de l’Équateur, de l’Argentine et du Brésil pour faire le plein de carburant. Déjà là ce serait une mobilisation de tous les médias et institutions internationales pour dénoncer et justifier des interventions militaires musclées dans ces pays.

Cette honte, que nous supportons encore tant le silence des médias de révérence a occulté la suite de l’événement, n’est pas prêt de s’éteindre pour ceux d’entre nous qui auraient à voyager prochainement dans les pays d’Amérique Latine. Quelques preuves en images.

Le 4 juillet, les pays membres d’UNASUR se sont réunis d’urgence à Cochabamba, en Bolivie, pour exprimer leur solidarité au président Evo Morales, mais aussi pour condamner de la manière la plus forte ces quatre pays européens ainsi que ceux qui en tirent les ficelles.

déclaration de Cochabamba

« Nous dénonçons la flagrante violation des Traités internationaux qui régissent la vie pacifique, la solidarité et la coopération entre nos États, qui constitue un acte insolite, inamical et hostile, constituant un fait illicite qui affecte la liberté de déplacement d’un Chef d’État et de sa délégation officielle.

Nous appuyons la Dénonciation présentée par l’État plurinational de Bolivie devant le Haut commissariat des Nations Unies pour le non-respect des Droits Humains et pour avoir mis en danger la vie du président Évo Morales. De la même manière, nous appuyons toutes les actions jugées nécessaires devant les Tribunaux et instances compétentes. »

  • Le gouvernement du Chili a lancé un appel à éclaircir ce qui s’est passé. Le gouvernement chilien a demandé en outre que les normes du droit international soient respectées, ainsi que le traitement dû à l’avion d’un chef d’État.
  • À Buenos Aires, la présidente argentine Cristina Kirchner a estimé qu’ « un avion disposant d’une immunité absolue a été illégalement détenu dans la vieille Europe, ce qui constitue un vestige du colonialisme que nous pensions totalement dépassé. Ça n’a pas été seulement une humiliation pour la Bolivie, mais pour toute l’Amérique du Sud », a-t-elle déclaré lors d’une cérémonie officielle.
  • Au Brésil, la présidente Dilma Rousseff a signalé dans un communiqué l’indignation de son gouvernement. Réclamant des excuses des pays concernés, dont la France, elle a estimé que cet incident compromettait le dialogue entre les deux continents et les possibles négociations entre eux.
  • L’Union des nations sud-américaines (Unasur, qui regroupe 12 pays), a fait part de « sa solidarité et de son indignation face à des actes qui ont mis en danger la sécurité de M. Morales et de son entourage », indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères du Pérou, qui exerce la présidence tournante de l’organisation.
  • Depuis Caracas, l’Alba (Alliance bolivarienne pour les peuples, qui compte huit membres autour du Venezuela) a critiqué « une situation grave due à l’impérialisme nord-américain et ses alliés européens. »
  • Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Elias Jaua a dénoncé « un attentat contre la vie du président Morales et son homologue équatorien Ricardo Patiño, une terrible offense ».
  • Le vice-président bolivien Alvaro Garcia a annoncé lors d’une conférence de presse que plusieurs présidents latino-américains se réuniraient jeudi sur ce sujet à Cochabamba (centre).

Source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/evo-morales-prive-de-son-immunite-138293

Sur le même site d’Agoravox, et toujours relativement à l’affaire Snowden, vous pouvez trouver un appel à tous les magistrats, par lequel il apparait que sur le plan purement légal (Code Pénal et Code de la Défense), le président Hollande et le ministre de l’Intérieur violent ou laissent violer un grand nombre de lois frôlant la haute trahison.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/appel-a-tous-les-magistrats-le-138322

Libertés: l’esprit de clôture et le monde

11 juillet 2013 |  Par gilles sainati

C’est dans l’esprit du texte éponyme de Walter Benjamin, « Avertissement d’incendie », écrit peu avant son suicide en 1940 alors qu’il était « minuit dans le siècle » que nous voulons consacrer cette édition à un ensemble d’informations  de réflexions et de débats prenant acte d’une situation qui nous paraît dramatique pour les libertés en France et dans le monde en 2013.
Nous pensons que les libertés individuelles et collectives sont depuis le début du siècle de plus en plus violemment attaquées de toutes parts et se réduisent en peau de chagrin.  Elles sont plus que jamais en péril face à l’évolution de moyens technologiques toujours plus efficaces, actifs et  omniprésents aux mains des pouvoirs de toutes natures, de tous ordres et de toutes obédiences politiques religieuses et corporatistes.

Souriez, vous êtes filmés

L’actualité a parfois des accélérations qui sont autant de révélateurs de l’état d’une opinion ou plutôt d’un état d’esprit.

Depuis le 11 septembre 2001, les professionnels de la guerre froide se sont recyclés dans la guerre au terrorisme et «l’on sait bien» que tout être humain est un potentiellement un dangereux terroriste. Les braves gens, eux, ne se plaignent pas de cette surveillance généralisée car « ils n’ont rien à se reprocher». Mais alors évidemment quand l’empire surveille ses alliés ça fait mauvais genre… Mais tout le monde le savait déjà.

Cette méthode de surveillance globale est de toute évidence un mode d’expression d’un pouvoir qui n’accepte aucun aléa y compris dans des négociations internationales.

C’est aussi une méthode frauduleuse, anticiper sur les positions de son interlocuteur en connaissant ses faiblesses mais surtout ses délibérations internes…

Bien sûr il s’agit de l’affaire Prism. Mais ce qui est le plus surprenant (pas vraiment diront certains) c’est le refus catégorique de la France d’accorder l’asile politique à Edward SNOWDEN, la raison selon Manuel VALLS se sont «les liens forts de la France avec les États-Unis.». Autant dire en l’espèce les liens forts entre le bourreau et victime et aveu que dans le concert international des nations, il n’y a plus de débat initié par la France quand les intérêts des USA lui causent tort….

Plus de contre pouvoir au niveau international, et plus de mansuétude pour les intrépides qui voudraient braver cet ordre établi.

Cette inclinaison que l’on nommera l’esprit de clôture des libertés s’attaque principalement à l’existence de contre pouvoirs qu’ils soient individuels avec Snowden mais aussi publics soit la liberté de la presse quand elle dérange, ou bien on le verra à l’encontre du contre pouvoir judiciaire.

Dans l’actualité récente, c’est bien entendu l’arrêt de la Cour d’Appel de Versailles du 4 juillet 2013 qui doit retenir notre attention puisqu’il aboutit à censurer un travail d’investigation de journalistes dans un dossier qui est une affaire d’État.

(…)Le constat immédiat est que la justice civile est donc définitivement dépassée à l’heure de l’internet mondial, mais peut clôturer une liberté sur un plan national. 

Mais par un feedback redoutable, c’est le contre pouvoir de la justice qui est aussi clôturé par l’action des parlementaires. Le 4 juillet 2013, le gouvernement annonçait qu’il suspendait la réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature devant l’impossibilité d’avoir une majorité des 2/3 du congrès. Si la Ministre de la justice indiquait que la réforme sera réengagée « dans le processus parlementaire dès la rentrée », réforme qui allait aboutir a donner un statut protecteur de nomination aux Procureurs de la République risque de ne jamais voir le jour. Mais là, une autre décision de justice supranationale émanant de la Cour Européenne des Droits de l’Homme du 27 juin 2013 (http://www.huyette.net/article-la-cedh-confirme-son-point-de-vue-sur-le-statut-du-ministere-public-fran-ais-118940174.html) confirmait que : « le ministère public,( en France)  ne remplissait pas, au regard de l’article 5 § 3 de la Convention, les garanties d’indépendance exigées par la jurisprudence pour être qualifié, au sens de cette disposition, de « juge ou (…) autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires».

Notre équilibre des pouvoirs est mauvais, c’est constaté de multiples fois par une cour supra nationale, mais les parlementaires (de droit, du centre) s’en satisfont. Là c’est une volonté représentative nationale qui bride l’état de droit.

Fermer le ban : En France l’esprit de clôture a frappé trois fois ces derniers temps : contre les libertés des citoyens dans leur conversation privées au bénéfice des USA, contre la presse d’investigation, contre le pouvoir judiciaire…

Reste une seule question anecdotique, mais pas si éloignée du sujet : le programme PRISM a dû permettre aux autorités américaines de détenir les propos enregistrés par le majordome de la milliardaire. A quand une procédure contre l’oncle Sam pour violation de la vie privée ?

ajout  Sémaphores_13 juillet

Un éditorial du New York Times apportait récemment un soutien inattendu à Snowden en estimant qu’il avait agi au nom de « la désobéissance civile » : « Quels que soient ses délits – et il en a clairement commis plusieurs – Mr Snowden n’est pas coupable de trahison, même si ceux qui ont longuement gardé le secret sur ce qu’il vient de révéler explosent de rage. »

Snowden a dévoilé des documents top secret qui montrent que la NSA, avec le FBI, a utilisé depuis 2007 un programme appelé Prism pour collecter massivement des données sur les serveurs des grandes compagnies du web dont Google, Facebook, Microsoft, et six autres.

L’agence a récolté 97 milliards d’éléments d’information sur les réseaux informatiques mondiaux. En clair, les services de renseignement des États-Unis ont aujourd’hui les moyens de surveiller une part significative du trafic Internet mondial.

Autrement dit, on n’est plus dans la théorie du complot, mais on se trouve face à une redoutable collusion entre les agences d’État et des sociétés privées, dans un mélange de genres nuisible à la démocratie.

Pour gérer cette masse vertigineuse d’informations secrètes, les agences publiques sont obligées de faire appel à une nuée d’organismes privés et de consultants extérieurs. Aujourd’hui, plus d’un million de personnes ont accès à des informations relevant de la sécurité nationale. Cela pose de graves questions de transparence et de responsabilité, et c’est potentiellement une source de fuites.

Une étude américaine a montré qu’un jeune sur dix s’était vu refuser un emploi à cause de son profil sur un réseau social (photo compromettante, mauvaise blague, etc.).

Mais de ce côté-ci de l’Atlantique, on peut développer une autre politique industrielle, qui épouse des principes de conception respectueux des données. L’idée est de mettre en œuvre des principes architecturaux qui prémunissent contre la concentration excessive des pouvoirs, ce qui implique une prise de conscience et une reprise en main de la technologie par les citoyens.

bonus : Extrait du film Will Hunting_de Gus Van Sant_1997

Le pape à Lampedusa: retour sur la «mondialisation de l’indifférence»

Une fois n’est pas coutume, et il en faut vraiment pour que Sémaphores répercute un article en faveur du Pape. Disons que c’est par rebond car le sujet traite de l’immigration, mais sous l’angle rarement abordé de l’humain plutôt que du nationalisme ou des comptabilités frontalières. On le doit à  Carine Fouteau qui l’a publié le 10 juillet sur son blog et suit régulièrement le sujet. Et si nous partageons quelque chose avec Carine, c’est bien notre déception de ne pas entendre ces paroles reprises, voire devancées par les politiques.

photo extraite du film Terre Ferma

En visite à Lampedusa, le pape a dénoncé la «mondialisation de l’indifférence» à l’égard des migrants. Cela fait écho aux propos de l’un d’entre eux, filmé aux abords de Melilla, fustigeant le silence de l’Europe et des médias, alors qu’il porte sur son dos un ami en train de mourir.

Face caméra, il dit : «Nos frères meurent chaque jour qui passe, le Maroc garde le silence, l’Europe garde le silence, l’Espagne garde le silence, chaque jour qui passe on tue nos frères (…). Personne ne fait un signe, les journalistes viennent ici prendre les photos comme vous prenez les photos, mais rien, ça n’aboutit à rien». Ces paroles ont été enregistrées ce printemps dans une forêt à proximité de l’enclave espagnole au Maroc, porte d’entrée dans l’Union européenne. Clément, un Camerounais qui comme lui a tenté de franchir les clôtures barbelées, décèdera quelques heures plus tard.

Clément, un migrant camerounais, décédé au Maroc des suites de ses blessures.© Sara Creta

Ce silence mortel dont il est question semble avoir inspiré le nouveau pape. Lors de sa première visite hors de Rome, ce dernier s’est rendu à Lampedusa, petite île italienne de 6.000 habitants située à quelques kilomètres des côtes tunisiennes, sur laquelle accostent chaque année des milliers d’exilés africains. Depuis 1999, ils seraient environ 200.000 à avoir transité par ce bout de terre, avant d’être rapatriés sur le continent où leur statut est examiné par les autorités. Le matin même de sa venue, une embarcation transportant 166 personnes était arrivée au port.

Dans un discours politique, prononcé le 8 juillet 2013, le premier pape du Sud s’est aventuré au-delà des pleurs et de l’indignation. Rappelant les drames répétés en mer Méditerranée, il a évoqué le sort de ces «immigrés morts en mer, dans ces bateaux, qui au lieu d’être un chemin d’espérance ont été un chemin de mort». Il n’a certes pas parlé de droits, mais il a cherché des responsabilités. «Qui est responsable de ce sang?», a-t-il lancé, pointant la «cruauté» de «ceux qui dans l’anonymat prennent les décisions socio-économiques qui ouvrent la voie à des drames comme celui-ci». En Italie, plusieurs représentants politiques se sont sentis visés. À l’inverse, le pape a salué la «solidarité» des habitants de l’île – et notamment de la maire Giusi Nicolini – pour lesquels l’accueil des migrants, réalité quotidienne, n’est pas un vain mot (lire notre reportage réalisé à l’été 2012).

Mais ces gestes de soutien sont l’exception. «Aujourd’hui, personne dans le monde ne se sent responsable de cela (…); nous regardons le frère à demi mort sur le bord de la route, peut-être pensons-nous “le pauvre”, et continuons notre route», a-t-il regretté. «Dans ce monde de la mondialisation, nous sommes tombés dans la mondialisation de l’indifférence. Nous sommes habitués à la souffrance de l’autre, cela ne nous regarde pas, ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire», a-t-il insisté, appelant de ses vœux un «réveil des consciences» et des «changements concrets».

Cette «indifférence» généralisée se traduit aussi par de l’invisibilité. C’est ce qu’a récemment décrit un conseiller d’État français, Thierry Tuot, auquel le premier ministre avait demandé de dresser le bilan de trente années de politique d’intégration des immigrés dans l’Hexagone. Dans son rapport au vitriol, il a fustigé l’oscillation des pouvoirs publics entre stigmatisation et inaction. «On peut mesurer la conspiration du silence en observant le nombre de débats parlementaires consacrés à l’intégration depuis 1945 (zéro) ou le grand texte de loi auquel un ministre attaché son nom en la matière (zéro)», tonne-t-il. Ce silence «assourdissant» a pour conséquence, selon lui, l’«effondrement» et le «repli». «Échec scolaire, chômage, insalubrité du logement, ségrégation spatiale, fermeture de l’accès à la culture, déstructuration familiale, atteinte aux libertés, notamment de conscience, santé chancelante, espérance de vie moindre, discours violent et accusatoire des pouvoirs publics: alors on se tait, on souffre entre soi, on attend», observe-t-il avant de s’interroger: «Il est permis de se demander si le projet n’est pas, ici ou là, de faire que les indésirables deviennent aussi des invisibles.»

Ces propos sont d’autant plus dérangeants qu’ils sont issus du cœur de l’institution (Vatican, conseil d’État). Mais il n’est pas certain qu’ils soient audibles par des gouvernants pour lesquels la frontière entre respect des droits et «angélisme» est flou, ou plutôt utilitaire.

Transition ou illusion énergétique ?

paru le 10 juillet 2013 |  Par Les invités de Mediapart

Energie nette, Peak Oil et découplage : trois notions malheureusement absentes du débat sur la transition énergétique, regrette Yves Cochet, député européen EELV et ancien ministre de l’environnement : « De quoi s’agit-il et comment expliquer l’ignorance ou la dissimulation de ces questions très politiques au cours des centaines d’heures de discussion (…) depuis six mois ? »

Le débat national sur la transition énergétique s’achève sans que certaines questions fondamentales aient été résolues ni même évoquées. Je pense à trois paramètres d’apparence technique et aux intitulés énigmatiques : l’énergie nette, le Peak Oil, le découplage. De quoi s’agit-il et comment expliquer l’ignorance ou la dissimulation de ces questions très politiques au cours des centaines d’heures de discussion au sein des groupes de travail et du Conseil national du débat sur la transition énergétique depuis six mois ?

L’énergie nette – ou ce que les anglophones appellent Energy Return on Energy Invested (ERoEI) – d’une filière est la quantité d’énergie finalement utilisable une fois retranchée l’énergie nécessaire à la produire et à la rendre disponible. Par exemple, pour injecter quinze litre de SP95 dans le réservoir d’une automobile, combien faut-il de litre-équivalents en amont, depuis l’extraction du pétrole brut jusqu’à la fourniture d’essence à la station-service, en passant par le transport et le raffinage de l’or noir initial ? Aujourd’hui, en moyenne, un litre. Il y a cinquante ans, vingt centilitres auraient suffi. En effet, à cette époque, les champs pétroliers étaient plus facilement opérables, le brut de meilleure qualité, et la chaîne d’approvisionnement moins dispendieuse. Dans toutes les filières, on observe ainsi une baisse tendancielle de l’énergie nette au cours du temps. Jusqu’au point où certaines d’entre elles n’exhibent plus ou pas d’énergie nette et deviennent alors des “ puits d’énergie ” inutilisables. Telles sont souvent les filières des biocarburants qui, pourtant, sont doublement subventionnées par la France et par l’Union européenne, sous la pression des lobbies céréaliers et betteraviers. Quelle déraison ! Bref, la notion d’énergie nette est un outil des plus pertinents pour comparer les filières énergétiques et considérer leurs évolutions. Alors qu’il apparaît indispensable dans toute panoplie de politique énergétique, cet outil est totalement absent des centaines de pages du débat sur la transition énergétique.

Le Peak Oil – ou pic de production pétrolière mondiale – est très controversé. Certains experts nient même que ce phénomène puisse un jour advenir, arguant que la raréfaction géologique peut être compensée par des investissements supplémentaires ou par substitution au pétrole d’un autre fluide énergétique. D’autres experts, au contraire, estiment que le pic de production de pétrole conventionnel est déjà passé depuis sept ans, et que la légère hausse de la production mondiale est due aux huiles non-conventionnelles (sables bitumineux de l’Alberta, huiles extra-lourdes de l’Orénoque, pétroles off-shore profonds…). S’y ajoutent récemment les “ huiles de schiste ” étasunienness (Dakota du nord, Texas) dont on peut pourtant anticiper la décrue prochaine pour cause de non-rentabilité économique et de dévastation environnementale. En outre, certaines institutions observatrices du monde pétrolier incluent abusivement, dans cette addition, les biocarburants, qui ne sont pas des hydrocarbures. Les plus avisées des estimations concernant le passage du pic de production mondial, tous liquides confondus, évoquent les années 2015-2018, suivies d’un déclin continu de l’ordre de 5% par an. Ainsi, dans un rapport récent financé par le Parlement européen, on peut lire : « La probabilité est très forte de voir l’offre pétrolière se réduire avant 2020 » ; puis « l’Europe est très vulnérable à un choc énergétique ». En mars 2013, l’Energy Watch Group, formé d’universitaires allemands, décrit le Peak Oil et la déplétion consécutive en ces termes : « La production mondiale totale d’énergie fossile est proche de son pic. Le déclin imminent de l’offre pétrolière créera un écart grandissant avec la demande que les autres combustibles fossiles (charbon, gaz) seront incapables de compenser ». L’armée américaine et certaines compagnies de réassurance, qui ne sont pas connues pour leur humour ou leur militantisme décroissantiste, ont récemment publié des études alarmistes sur les conséquences politiques d’un Peak Oil proche.

Enfin, on emploie le terme “ découplage ” pour indiquer la possibilité d’une croissance du PIB sans croissance de la consommation d’énergie. Cependant, en moyenne depuis 1970, chaque augmentation de 1% du PIB mondial a été accompagnée d’une augmentation de 0,6% de la consommation d’énergie primaire. Autrement dit, malgré les progrès techniques et l’amélioration de l’efficacité énergétique, il y a une corrélation positive entre activité économique et énergie depuis quarante-trois ans. Or, dans tous les scénarios examinés lors du débat sur la transition énergétique, le contraire est affirmé pour les trente-sept ans à venir. Il est ainsi écrit que, à l’horizon 2050, la France réussira le tour de force inédit dans l’histoire de diviser par deux sa consommation d’énergie tout en multipliant par deux son activité économique. Consommation d’énergie -50%, PIB +100% ! Je suis disposé à écouter longuement tout économiste, politicien ou autre expert, susceptible de me démontrer la plausibilité de ce scénario. Plus sérieusement, je crains que cette dernière fantaisie, ajoutée aux précédents oublis de l’énergie nette et sous-estimation du pic, ne discrédite complètement la transition énergétique et le prochain projet de loi afférent.

 Ignorance ou dissimulation de ces trois paramètres nécessaires à la compréhension du monde énergétique et, au-delà, à l’analyse de la catastrophe multiforme de laquelle s’approche la planète ? Dans les deux cas, hélas, le volontarisme politique féliciste du gouvernement se heurtera à l’inévitable réalité des lois de la thermodynamique.

Un appel contre la censure

ajout samedi 13

Communiqué de presse du Syndicat de la Magistrature du 5 juillet 2013

Liberté de la presse

Le Syndicat de la magistrature a pris connaissance de la décision de la cour d’appel de Versailles et de l’obligation faite à Mediapart de retirer de son site « toute publication de tout ou partie de la retranscription des enregistrements illicites réalisés au domicile de Liliane Bettencourt ».

Il tient à rappeler que la liberté de la presse est une garantie fondamentale dans une société démocratique, et que cette liberté est essentielle pour que la presse puisse jouer son rôle de « lanceur d’alerte ».

Si un équilibre doit être trouvé entre cette liberté et la protection d’autres intérêts comme le respect de la vie privée, il ne doit pas conduire à porter une atteinte démesurée à un média qui a fait preuve depuis sa création de sérieux et d’indépendance.

A l’heure où les dérives de certains États conduisent à une mise sous écoute généralisée et où les scandales politico financiers se multiplient, le Syndicat de la magistrature rappelle qu’il est indispensable de protéger ceux qui prennent le risque de nous alerter.

Ci-dessous la conférence de presse du lancement de l’appel

Appel « Nous avons le droit de savoir » par Mediapart

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ajout jeudi 11 juillet_12h30

La liberté de l’information n’est pas un privilège des journalistes mais un droit des citoyens.

Signez l’appel «Nous avons le droit de savoir»

Signez ici l’appel lancé avec Mediapart par plus de quarante titres de presse, associations de défense des libertés et syndicats, et dizaines de personnalités politiques et de la société civile, en faveur de la liberté de l’information.

http://blogs.mediapart.fr/blog/la-redaction-de-mediapart/110713/signez-lappel-nous-avons-le-droit-de-savoir

Premiers signataires

Hebdomadaires. Charlie HebdoL’ExpressLes InrockuptiblesMarianneLe Nouvel ObservateurPolitis.

Quotidiens. Le Courrier (Suisse), L’HumanitéLibérationLe Soir (Belgique).

Sites d’information. Aqui! Presse, Aqui.fr, Arrêt sur images, ArteRadio, Basta !, Le Courrier des Balkans, Edito+Klartext (Suisse), Electron Libre, Factuel.info, Infolibre (Espagne), lexpress.fr, Marsactu, Mediapart, Reflets, Rue89, Le Télescope d’Amiens.

Radio. Radio Nova.

Mensuels et trimestriels. CausetteLyon CapitaleMensuel Le Ravi, Polka Magazine, RegardsTerra Eco.

Associations et syndicats. Association Anticor, Association de la presse judiciaire, Attac, Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (Cadac), Déclaration de Berne (association pour un développement solidaire, Lausanne, Suisse), Ligue des droits de l’Homme, The National Union of Journalists (branche française), La Quadrature du Net, Syndicat de la magistrature, Syndicat national des journalistes (SNJ), Syndicat national des journalistes SNJ CGT, SNESUP-FSU Alsace, Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil), Reporters sans frontières.

Responsables politiques.  

Paul Alliès, universitaire, secrétaire national du PS
Pouria Amirshahi, député PS des Français de l’étranger
Kalliopi Ango Ela, sénatrice EELV
Clémentine Autain, Front de gauche
Guillaume Balas, président du groupe PS de la région Ile-de-France
Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée nationale, député EELV de Paris
Sandrine Bélier, eurodéputée EELV
Esther Benbassa, sénatrice EELV
Marie-Christine Blandin, sénatrice EELV
Corinne Bouchoux, sénatrice EELV
José Bové, député européen EELV
Marie-George Buffet, députée PCF de Seine-Saint-Denis
Nathalie Chabanne, députée PS des Pyrénées-Atlantiques
André Chassaigne, président du groupe Front de gauche à l’Assemblée nationale
Sergio Coronado, député EELV des Français de l’étranger
Jean Desessard, sénateur EELV
André Gattolin, sénateur EELV
Sylvie Guillaume, eurodéputée PS
Razzy Hammadi, député PS de Seine-Saint-Denis
Mathieu Hanotin, député PS de Seine-Saint-Denis
Liêm Hoang-Ngoc, eurodéputé PS
Yannick Jadot, député européen EELV
Eva Joly, députée européenne Europe Écologie-Les Verts
Régis Juanico, député PS de la Loire
Chaynesse Khirouni, députée PS de Meurthe-et-Moselle
Joël Labbé, sénateur EELV
Pierre Laurent, secrétaire national du PCF
Patrick Le Hyaric, député européen PCF
Arnaud Leroy, député PS des Français de l’étranger
Hélène Lipietz, sénatrice EELV
Sandrine Mazetier, députée PS de Paris, vice-présidente de l’Assemblée nationale
Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV au Sénat
Barbara Pompili, coprésidente du groupe EELV à l’Assemblée nationale
François Rebsamen, sénateur maire de Dijon, président du groupe socialiste du Sénat
Barbara Romagnan, députée PS du Doubs
François de Rugy, coprésident du groupe EELV à l’Assemblée nationale
Catherine Trautmann, eurodéputée PS
Marie-Christine Vergiat, eurodéputée Front de gauche
Michel Vergnier, député PS de la Creuse
Yann Werhling, Modem

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Cachez ces preuves que la « justice » ne saurait voir !

Nous voulons témoigner de notre incompréhension et de notre indignation à l’égard de la décision de la cour d’appel de Versailles du 4 juillet 2013 : Mediapart est censuré pour avoir publié les enregistrements d’intérêt public effectués au domicile de Madame Bettencourt, documents qui, depuis lors, ont été utilisés par la justice comme éléments de preuve dans diverses procédures.

En 2010, cette diffusion avait été autorisée par le tribunal de grande instance de Paris, puis par la cour d’appel : quelle est donc cette institution garante des libertés fondamentales qui dit oui un jour, puis non le lendemain ?

Une « justice » qui s’efforce de faire taire un organe de presse indépendant en lui imposant des astreintes financières considérables et d’extravagants dommages et intérêts à verser à …une milliardaire ? Une « justice » qui muselle Mediapart en lui interdisant à l’avenir de mentionner des pièces à conviction qui continuent par ailleurs à être utilisées par les tribunaux ? Une justice qui interdit désormais à Mediapart de rendre compte des procès en cours de l’affaire dite « Bettencourt » ? Une justice qui ne protège pas la liberté d’informer et qui n’a de considération ni pour l’intérêt général ni pour le débat démocratique ?

Nous, collectif d’abonnés de Médiapart, radicalement attachés à la liberté de la presse, affirmons notre entière solidarité avec la rédaction du journal dans cette affaire.

CAMédia

 

Bettencourt-Mediapart: un appel contre la censure

Quarante titres de presse, associations de défense des libertés et syndicats doivent lancer jeudi  11 Juillet un appel « Nous avons le droit de savoir ». Ils protestent ainsi contre l’arrêt de la cour d’appel de Versailles ordonnant à Mediapart et au Point de supprimer toute citation des enregistrements Bettencourt.

Il n’est pas question d’accepter l’arrêt de la cour d’appel de Versailles, rendu le 4 juillet et ordonnant à deux titres de presse, Mediapart et Le Point, de supprimer toute citation des fameux « enregistrements Bettencourt ». Vous êtes très nombreux, depuis maintenant une semaine, à nous faire connaître votre solidarité, à nous proposer d’héberger sons et articles relatifs à l’affaire Bettencourt. Et nous vous en remercions vivement.

Au-delà de nos lecteurs et abonnés, une large partie de la profession, des associations de défense des libertés, des syndicats professionnels s’inquiètent des lourdes conséquences de cette décision versaillaise sur la liberté d’informer. Ils s’inquiètent tout autant du flou des « considérants » – des explications – des magistrats de la cour d’appel, qui semblent tout ignorer des dynamiques propres à Internet, de la dimension participative de notre site, des enjeux de la révolution numérique.

Quarante titres de presse, associations et syndicats, ont ainsi décidé de lancer un appel intitulé « Nous avons le droit de savoir ». Cet appel sera rendu public jeudi 11 juillet, lors d’une conférence de presse qui se tiendra au siège de l’association Reporters sans frontières, à Paris. Seront également rendus publiques à cette occasion la liste complète des médias signataires (ils sont déjà 28 ce mercredi à 16 heures) et celle des associations ou syndicats (une douzaine à cette heure). Contacté par nos soins, Le Point, qui s’était gardé de réagir à cet arrêt, nous a précisé qu’il ne souhaitait pas s’associer à cette démarche, ce que nous regrettons.

Cette mobilisation exceptionnelle de la communauté journalistique est également accompagnée d’un soutien de nombreux responsables politiques et de personnalités, chercheurs, artistes, intellectuels. Une première liste de ces soutiens et signataires de notre appel sera également rendue publique jeudi à 11 h 30. Mediapart, comme d’autres titres, proposera cet appel à une grande campagne citoyenne de signatures. L’objectif est de clairement signifier, par notre nombre, que la ligne jaune a été franchie en matière de droit à l’information, un droit fondamental de tout citoyen. (…)

Pour rappel, cette décision nous ordonne, dans un délai de huit jours après que l’arrêt nous a été signifié, de supprimer toute citation, tout extrait des enregistrements clandestins réalisés par le majordome des Bettencourt, Pascal Bonnefoy. L’amende sera ensuite de 10 000 euros par infraction constatée. Par ailleurs, Mediapart est condamné à verser 20 000 euros de dommages et intérêts à Liliane Bettencourt et 1 000 à son ancien gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre.

Patrice de Maistre_photo Reuters

De Maistre a choisi d’enclencher le processus

(…) À ce jour, Patrice de Maistre a effectivement décidé – à l’inverse de la famille Bettencourt – d’engager ce processus en procédant à la première étape : une « signification à avocat », c’est-à-dire que l’arrêt a été transmis à l’avocat de Versailles, correspondant des conseils de Mediapart. Mais cette décision ne nous a pas encore été signifiée, ce qui veut dire que le « compte à rebours » n’a pas encore débuté mais que ce peut être le cas à tout moment. (…)

L’exécution de ce jugement se heurte à de multiples autres difficultés. Concerne-t-elle tout ou partie des 800 articles de Mediapart faisant mention de ces enregistrements ? S’agit-il de supprimer également les près de 2 000 billets de blogs écrits par nos abonnés ? S’agit-il de supprimer les dizaines de milliers de commentaires ? À ce stade, l’arrêt de la cour d’appel ne le dit pas et un épais brouillard accompagne ces questions. « La généralité de l’obligation faite à Mediapart pose quantité de questions juridiques que nous entendons soumettre aux juges », précise Emmanuel Tordjman.

Ce n’est pas la seule absurdité de cette décision de Versailles qui nous ordonne, ainsi qu’au Point, de supprimer ces citations d’enregistrements quand tous les autres titres de presse, blogs, sites, etc., pourront continuer librement à les exploiter… Car comme l’a expliqué notre collègue Jérôme Hourdeaux (son article «Effet Streisand et Datalove» est à lire ici), le Web s’est d’ores et déjà emparé de la totalité du « dossier Bettencourt », désormais accessible sur de multiples sites de partage.

La présidente de la cour d’appel de Versailles, Marie-Gabrielle Magueur, a-t-elle pris la mesure des multiples disproportions, et incohérences, de cet arrêt qui fait régresser nos libertés ? C’est aussi ce que veulent souligner fortement les signataires de l’Appel « Nous avons le droit de savoir ». Et c’est pour toutes ces raisons que nous vous encourageons à le signer dès ce jeudi à partir de 11 h 30.

de l’incontournable Sarkozy

 

Par Passifou (source : Le Club Mediapart)

On peut dire qu’avec Sarkozy, on se trouve en face d’un phénomène extraordinaire, le déni total, définitif, et jamais interrompu de toute vérité à l’évènement.

Sarkozy existe d’abord par les médias.

Ce qu’il fait et dit, est amplifié, amélioré, asséné jusqu’à faire partie des meubles. Sarkozy est incontournable parce qu’on vous le dit, et parce que partout, on entend parler de lui et on le voit mis en situation d’être vanté, approuvé ou soutenu.

C’est le compagnon de votre quotidien, du lever à la radio, au coucher avec le dernier journal télévisé.

Que fait-il ? Rien, ce sont les médias qui vous diront ce qu’il a fait de bien, ce qu’il a empêché de mal, c’est à eux de trouver.

Lui s’enferme dans ses refuges élyséens ou partisans avec des copains, évacue tout ce qui peut ressembler à un cadre contraignant officiel, pour ne faire exactement que ce qu’il veut, aux autres de récupérer le coup.

Les lieutenants se contorsionnent pour essuyer la dernière lubie, les médias pour étouffer la dernière vilénie.

On a de l’Hitler et de ses proches avec Sarko et l’état-major Ump, il perd sans cesse chaque bataille, mais personne n’ose s’en débarrasser.

C’est qu’il terrorise.

Parce que le bonhomme est vindicatif jusqu’à l’obsession, méchant comme une teigne et qu’il n’oublie rien, faisant d’un manque de flagornerie et de soumission veule, une attaque personnelle.

Le type est visiblement givré. Tout le monde le sait. Alors pourquoi lui laissent-ils donc autant de pouvoir ?

C’est que les amis de Sarkozy sont propriétaires d’immenses champs de blé variété dollar, et qu’il les a aidés sans jamais hésiter. 600 milliards de déficit, principalement en raison de la gestion de la fiscalité. Cela a une signification.

On fait porter l’essentiel du poids de l’État sur ceux qui n’en profitent pas, les classes moyennes.

Sarkozy a besoin de serfs.

Et nous on a besoin de lui casser sa gueule médiatique enfarinée, encore et encore, jusqu’à ce que la simple idée de revenir plastronner devant les caméras, en France ou ailleurs, lui donne la nausée.

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Par ailleurs, Christophe Geugnot a placé depuis hier (lundi 8 juillet) sur Mediapart une note de veille qui récapitule les principaux éléments d’une Sarkosie cernée de toutes parts  par la justice.

Extraits :

Édouard Balladur

Premier ministre quand fut signé en 1994 le contrat de vente de sous-marins au Pakistan et de frégates à l’Arabie saoudite. Au vu de l’avancée de l’enquête menée par le juge Renaud Van Ruymbeke, il devrait logiquement être auditionné dans les mois à venir, d’autant que placé en détention depuis plus d’un mois, Ziad Takieddine a reconnu le 20 juin 2013 avoir financé la campagne de l’ancien premier ministre.

Nicolas Bazire

Proche de Nicolas Sarkozy dont il a été témoin de mariage avec Carla Bruni, ancien directeur de cabinet d’Édouard Balladur et directeur de la campagne de ce dernier en 1995, Nicolas Bazire, 54 ans, a été mis en examen le 22 septembre 2011 pour « complicité d’abus de biens sociaux » dans le cadre de l’affaire Karachi.

 

Philippe Courroye

Le procureur de Nanterre, proche notoire de Nicolas Sarkozy, a été mis en examen le 17 janvier pour « atteinte au secret des correspondances par personne dépositaire de l’autorité publique » et « collecte de données à caractère personnel par moyen frauduleux, déloyal ou illicite ». Une décision par la suite annulée par la chambre de l’instruction car au moment de la mise en examen du procureur, le caractère illégal de la procédure engagée contre les journalistes n’était pas établi (ce ne sera établi qu’en décembre 2011). L’instruction va donc pouvoir reprendre.

En charge de l’affaire Bettencourt, le procureur Courroye était nommément cité dans les enregistrements publiés par Mediapart, lorsque, le 21 juillet 2009, Patrice de Maistre, le gestionnaire de Liliane Bettencourt, expliquait à sa cliente que Patrick Ouart, à l’époque conseiller juridique de Nicolas Sarkozy, lui avait assuré que le procureur Courroye allait annoncer le 3 septembre que la demande de sa fille était irrecevable, avant que le procureur rejette effectivement la plainte le 3 septembre 2009.

Renaud Donnedieu de Vabres

Renaud Donnedieu de Vabres a été mis en examen en décembre 2011 pour « complicité d’abus de biens sociaux » dans l’affaire des ventes d’armes au Pakistan et à l’Arabie saoudite. Il est soupçonné d’avoir participé à la mise en place, au sein du gouvernement Balladur, d’un système de détournement de fonds.

 

Thierry Gaubert

Thierry Gaubert, 60 ans, proche de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui conseiller du président du groupe Banques populaires-Caisse d’épargne, est interpellé et placé en garde à vue en septembre 2011. Mis en examen deux jours plus tard pour « recel d’abus de biens sociaux », il est laissé en liberté.

Thierry Gaubert est également mis en examen pour « subornation de témoin » le 22 novembre 2011.

En mai 2012, Thierry Gaubert a annoncé lui-même avoir à nouveau été mis en examen, cette fois pour blanchiment aggravé.

Claude Guéant

L’ancien ministre de l’intérieur et ancien secrétaire général de l’Élysée a reçu Bernard Tapie en mai 2009 et interféré dans la négociation fiscale que l’ex-homme d’affaires avait avec le directeur de cabinet d’Éric Woerth et qui ne prenait pas la tournure qu’il souhaitait.

Mis en cause par Ziad Takieddine, dans l’affaire du financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy.

Claude Guéant est également mis en cause pour avoir bénéficié de sommes d’argent en liquide pour environ 250 000 euros, provenant selon lui de « primes de cabinet », « non déclarées ». Le parquet de Paris a cependant ouvert, le 14 juin 2013, une enquête préliminaire pour de possibles « détournements de fonds publics » et « recel » visant ces primes.

Brice Hortefeux

L’ex-ministre de l’intérieur a appelé son ami Gaubert pour le prévenir que sa femme, Hélène de Yougoslavie, « balançait beaucoup » au juge Van Ruymbeke. L’échange entre les deux hommes laisse penser que M. Hortefeux a eu accès au dossier d’instruction.

L’avocat des familles des victimes de l’attentat de Karachi a déposé plainte contre Brice Hortefeux pour « complicité de subornation de témoin »« violation du secret de l’enquête » et « entrave au déroulement des investigations ou à la manifestation de la vérité ».

L’enquête pour violation du secret professionnel a été classée sans suite.

Brice Hortefeux est également mis en cause dans l’affaire Kadhafi concernant le financement de la campagne présidentielle de 2007.

Christine Lagarde

mise en cause dans le cadre d’une enquête de la CJR, ouverte le 4 août, pour « complicité de faux » et « complicité de détournement de fonds publics ». Le 25 mai 2013, elle a été placée sous le statut de témoin assisté par la Cour de justice de la République.

La Cour de justice de la République estime que l’ex-ministre de l’économie s’est impliquée « personnellement » dans un processus comportant « de nombreuses anomalies et irrégularités », qui a abouti à un dédommagement de Bernard Tapie de centaines de millions d’euros sur fonds publics.

François Léotard

Il est celui qui a signé les contrats de l’affaire de Karachi. L’ancien ministre de la défense, François Léotard, est au cœur de l’enquête du juge Van Ruymbeke sur les ventes d’armes du gouvernement Balladur avec le Pakistan et l’Arabie saoudite.

À la clé : plus de 80 millions d’euros de commissions occultes. Avec les derniers rebondissements de l’affaire, une audition de François Léotard devrait intervenir prochainement.

Stéphane Richard

Stéphane Richard, ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde, est convoqué le 10 juin 2013 devant la Cour de justice de la République (CJR) dans le cadre de l’arbitrage rendu en 2008, favorable à Bernard Tapie, qui avait touché 403 millions d’euros dans l’affaire l’opposant au Crédit lyonnais sur la vente d’Adidas.

 

Bernard Squarcini

Le 17 octobre 2011, alors qu’il est toujours directeur de la DCRI, Bernard Squarcini est mis en examen pour « atteinte au secret des correspondances », « collecte illicite de données » et « recel du secret professionnel », dans le cadre de l“affaire des fadettes” des journalistes du Monde en pleine affaire Bettencourt. Le 12 décembre 2012, la cour d’appel de Paris annule deux des trois chefs de mise en examen. Il reste mis en examen pour « collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite ». En juin 2013, il est renvoyé en correctionnelle pour ce dernier chef d’accusation.

Ziad Takieddine

L’homme d’affaires franco-libanais, soupçonné d’avoir voulu prendre la fuite à l’étranger alors qu’il fait l’objet d’un contrôle judiciaire, a été mis en examen le 1er juin 2013 et écroué à la prison de la Santé.

Au cœur de l’affaire Karachi, Ziad Takieddine est mis en examen trois fois dans ce dossier : d’abord pour complicité et recel d’abus de biens sociaux et faux témoignage, puis pour blanchiment et recel d’abus de biens sociaux.

De septembre à décembre 2005, Ziad Takieddine aura été l’organisateur des visites à Tripoli du ministre Sarkozy, de Claude Guéant, son directeur de cabinet, et même de Brice Hortefeux, ministre délégué… aux collectivités territoriales. Officiellement, il s’agit de parler d’immigration et de lutte contre le terrorisme. En coulisses, le cabinet Sarkozy et Ziad Takieddine négocient en secret des contrats commerciaux, plus ou moins avouables.

Bernard Tapie

Le 28 juin 2013, Bernard Tapie et son avocat Maurice Lantourne sont mis en examen pour « escroquerie en bande organisée » dans l’affaire Tapie-Crédit lyonnais.

Bernard Tapie a fini par admettre avoir participé à une réunion à la présidence de la République, en juillet 2007, en vue de mettre en place le processus d’arbitrage qui, un an plus tard, lui accordera 403 millions de dommages et intérêts.

Éric Woerth

Accusé par l’ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, d’avoir reçu début 2007, alors qu’il était ministre du budget et trésorier de l’UMP, 150 000 euros de Patrice de Maistre, l’ex-gestionnaire de fortune de la milliardaire, Éric Woerth a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse.

Le 8 février 2012, il est mis en examen pour trafic d’influence passif, et le lendemain pour recel de financement illicite de parti politique. Le 4 juillet 2013, Éric Woerth est renvoyé en correctionnelle pour ce dernier volet du dossier.

La justice détient une lettre de l’ancien ministre du budget adressée aux avocats de Bernard Tapie. Datée d’avril 2009, elle fixerait le montant d’impôt dû par l’ex-homme d’affaires au terme de l’arbitrage à environ 12 millions d’euros alors que d’autres modes de calcul auraient pu aboutir à… 120 millions d’euros.

Il est par ailleurs sous le coup d’une enquête de la Cour de justice de la République (CJR) pour « prise illégale d’intérêts » dans la vente de l’hippodrome de Compiègne.

 

Et dire qu’on manque de place dans les prisons !… A moins que…

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extrait de l’Humanité (9 juillet)

Jean-Luc Mélenchon: face aux affaires, « les citoyens doivent réécrire la règle du jeu »

Entretien exclusif HD.  Tapie, Cahuzac, retrocommissions de Balladur, financement de la campagne de Sarkozy par la Libye de Kadhafi… Interrogé sur les «affaires», le coprésident du Parti de gauche dénonce un système qui «organise l’irresponsabilité à tous les étages». Il appelle à nouveau à l’élection d’une Assemblée constituante «pour rédiger la Constitution d’une VIe République».

HD. Affaire Cahuzac, affaire Tapie, nouvelles révélations sur l’affaire Karachi et le financement de la campagne de Balladur. Comment réagissez-vous à ce grand déballage?

Jean-Luc Mélenchon. Même si elles sont différentes, ces affaires ne sont pas des cas particuliers. Ce sont des symptômes du pourrissement de la Ve République. En concentrant tous les pouvoirs sur un seul homme, ce système organise l’irresponsabilité à tous les étages. Il rend ainsi les institutions perméables avec la finance: une technocratie irresponsable navigue des banques et du commerce vers la politique via l’administration et par le copinage. L’UMP, le PS participent de cette oligarchie par leur politique autant que par leurs connivences de personnes. Mais l’affaire Cahuzac a montré aussi que la chaîne du mensonge commence au PS pour finir au FN.

Ce pourrissement des institutions par l’argent fait reculer le consentement à l’autorité dans l’ensemble de la société. Le peuple est systématiquement écarté du pouvoir au profit d’une oligarchie insubmersible, qui survit à toute alternance. Dans ces conditions, l’abstention de masse est une forme d’insurrection civique froide contre un système jugé illégitime. Face à une crise d’une telle ampleur, le changement ne peut pas être cosmétique. Les institutions doivent être entièrement refondées. Les citoyens doivent pouvoir réécrire la règle du jeu institutionnel et social, grâce à l’élection d’une Assemblée constituante pour rédiger la Constitution d’une VIe République. De la cité à l’entreprise et comme être humain responsable de l’écosystème, il s’agit de répondre à un objectif principal: assurer partout et tout le temps la souveraineté politique complète du peuple! Et imposer l’intérêt général de l’humanité face aux intérêts mercantiles en coupant tous les liens possibles entre finance et politique.

HD. Vous avez récemment pris la défense de Jérôme Kerviel contre la Société générale. Pourquoi? Selon vous, est-ce une nouvelle affaire d’État qui se profile?

J.-L. M. Cette affaire illustre à nouveau la collusion entre les financiers voyous et le gouvernement UMP qui a couvert à l’époque les méfaits de la Société générale par l’intermédiaire de Christine Lagarde, en faisant payer le contribuable pour des pertes dont le montant et l’origine restent obscurs. Pour maquiller les pertes abyssales de cette banque dans les subprimes aux États-Unis, ses dirigeants ont chargé un homme qui spéculait hors norme comme la banque le lui avait appris. Kerviel n’est pas responsable de ce dont on l’accable. Cette affaire révèle que les grandes banques représentent désormais en France un danger pour l’économie réelle et la démocratie. Nous affrontons un cancer financier. Une stricte séparation des activités de banque de détail et de banque de marché permettrait de commencer à briser ces monstres. On en est très loin avec la loi Hollande-Moscovici sur les banques, qui est la plus favorable à la finance de toute l’Europe. La création d’un pôle financier public, y compris à partir de la nationalisation des activités de détail des deux plus grandes banques françaises, permettrait de réorienter radicalement le financement de l’économie. Et de tourner le dos à l’économie de casino dont ces banques sont devenues les principaux moteurs.

HD. Dans cette ambiance, la crise politique semble plus qu’acquise. Jugez-vous que la montée du FN en fait partie?

J.-L. M. Le FN n’est pas seulement un bénéficiaire indu de cette crise. Il est directement lié aux causes de la crise. Voyez avec l’affaire Cahuzac: les Le Pen et leurs amis participent directement de cette oligarchie du fric, au point que c’est un proche de Mme Le Pen qui a ouvert le compte en Suisse de Cahuzac. Sans oublier que Jean-Marie Le Pen lui-même a déjà été condamné pour fraude fiscale. Et que Marion Le Pen a défendu les LBO (système qui permet le rachat à crédit des entreprises ou de leurs dettes) à l’assemblée. Le FN profite d’une crise car il est utilisé par le système politique UMP-PS et les médiacrates comme un chien de garde pour figer tout le paysage démocratique et empêcher l’émergence majoritaire d’autres forces politiques. Le PS utilise ainsi la menace du FN comme une assurance-vie. La principale machine à faire monter le FN est l’Élysée, où se décide une politique désespérante, et dans les directions de nombreux médias qui ont méthodiquement dédiabolisé le FN et m’ont couvert d’injures. Les médiacrates distillent des ingrédients qui alimentent directement le vote FN. D’abord, le déclinisme des experts et d’une grande partie des cadres PS et UMP qui installe un sentiment de décadence et d’impuissance. Ensuite, la recherche de boucs émissaires, arabes, juifs ou francs-maçons, que de nombreux médias, à commencer par de grands hebdomadaires, pointent du doigt, les uns pour leur pouvoir présumé, les autres pour la menace qu’ils représenteraient pour le pays. J’appelle à la résistance systématique face à ce lepénisme médiatique et à l’insurrection des consciences des journalistes eux-mêmes.

 

Dess(e)ins de sable

Le « coup-de cœur » de la semaine sera musico-visuel avec Kseniya Simonova, une Ukrainienne de 28 ans, révélée en 2009 par l’émission « l’Ukraine a un incroyable talent ».

Kseniya Simonova est l’une de ces artistes qui dessinent avec du sable, illustrations parfois accrochables comme tous les tableaux, mais parfois réalisées sur scène et en direct. L’histoire présentée dans la première vidéo proposée est celle d’un jeune couple séparé par la guerre. La seconde est un signe de solidarité au Japon de Fukushima et s’appelle « La vie gagne toujours ».

En participant à l’émission qui l’a révélée, son espoir était d’être reconnue comme artiste. La réponse n’a pas tardé. En un seul jour les vidéos de l’émission ont été visionnées plus qu’un million de fois ; en un an, elles ont été visionnées plus de 25 millions de fois. Depuis, Kseniya Simonova a présenté plus de 200 animations de sable.

Life always wins

Asile politique à la française…

De par ses relations privilégiées avec cette « grande démocratie » que seraient les États-Unis d’Amérique, la France ne peut se permettre d’accorder l’asile politique à Edward Snowden, quitte à malmener la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention de Genève. Bien des réactions se font déjà entendre à travers diverses rédactions, Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International…

Peut-on pour autant voir dans l’attitude de l’actuel ministère de l’Intérieur une ligne de « fermeté » à laquelle on ne saurait déroger ? Fermeté ou fermeture ? Ligne de conduite ou alignement ? Oui, nous aimerions penser que le gouvernement Hollande se distingue du gouvernement Sarkozy. Mais à quel prix de renoncement à ce qui avait fait de la France le pays des Lumières, le guide de toutes les démocraties dans le monde, pays du respect des libertés, des droits et des devoirs du citoyen, et promoteur d’une humanité universelle ?

S’abriter derrière l’impossibilité de s’opposer à une demande d’extradition ne saurait suffire, et ce d’autant qu’elle émane d’un pays aux grandes oreilles qui n’a pas grand chose à faire valoir en termes de respect des droits de l’homme et dont l’exemple civilisationnel est hautement responsable de la mise à sac de la planète.

Non, nous n’aimerions pas que les deux exemples ci-après se reproduisent. Mais nous les rappelons en guise d’avertissement pour ce qui pourrait être interprété comme un signe de faiblesse, un aveu d’impuissance qui nous éviterait de commencer à réfléchir à une nécessaire révision de nos relations avec les États-Unis face aux dérives à répétition d’une démocratie « à l’américaine ».

On ne peut pas protéger un lanceur d’alerte, mais on a pu faire ça, et indépendamment d’un pouvoir de droite ou de gauche :

 

Bachir Saleh, ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, soupçonné d’avoir financé la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, a bénéficié dès 2008 d’un passe-droit de l’Élysée. Son épouse a obtenu la nationalité française en un temps record – moins de 3 mois -, après intervention directe de l’Élysée. (Carine Fouteau et Michaël Hajdenberg. Mediapart_15 mai 2012)

 

« Président à vie » d’Haïti à 19 ans, Jean-Claude Duvalier (Bébé Doc) avait fait massacrer 60 000 personnes, dont des écoliers, avant de s’enfuir en 1986 avec le trésor de la nation, une fortune estimée à 600/800 millions de dollars.

Le gouvernement français l’accueillit gentiment. Cependant, l’opinion protesta et le Premier ministre de l’époque, Laurent Fabius, expert dans l’art de déterminer quels chefs d’États méritent « d’être sur cette terre », jura qu’il y resterait 8 jours. Il y a passé 25 ans, allant de palaces en boutiques de luxe, de grands restaurants en concessionnaires Mercedes, achetant château et résidences.

Mediapart censuré par la justice Versaillaise !

Dans un arrêt rendu jeudi 04 juillet, la 1re chambre civile de la cour d’appel de Versailles a condamné Mediapart pour atteinte à l’intimité de la vie privée.

Cet arrêt ordonne en premier lieu que : dans les huit jours suivant la notification officielle du jugement, « le retrait du site, sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard et par infraction constatée, de toute publication de tout ou partie de la retranscription des enregistrements illicites réalisés au domicile de Liliane Bettencourt ».

Étrange paradoxe, ce même 04 juillet dans une autre cour, les juges de Bordeaux prennent la décision de renvoyer devant le tribunal correctionnel Éric Woerth et Patrice de Maistre pour trafic d’influence, un jugement qu’ils ne peuvent prendre en conscience QUE parce que les fameux enregistrements illicites ont été portés à leur connaissance.

Qu’est-ce qui déconne donc dans la justice Versaillaise ? Et qu’est-ce qui se profile derrière son verdict qui ordonne de retirer « tout ou partie de la retranscription des enregistrements », sinon une censure inique et hors d’âge, une tentative de discréditer Mediapart, voire de couler le journal qui dérange.

Car dans le langage de la justice, ce tout ou partie n’engage pas seulement le journal à retirer ses articles concernant l’affaire Bettencourt mais tout ce qui a pu y être relié à travers les commentaires ou les blogs. L’équipe de Mediapart a calculé que : « Une simple requête « affaire Bettencourt » dans notre moteur de recherche signale 894 articles et 1 615 billets de blogs. Petit calcul : 894+1 615 × 10 000 euros d’amende = 25 090 000 euros par jour. 752 millions d’euros par mois ! Marie-Hélène Smiejan, directrice générale de Mediapart, nous l’a confirmé : « Nous ne les avons pas ! »

« Autre recherche, cette fois par Google avec la requête « site mediapart.fr bettencourt+enregistrement ». 2 490 résultats, indique Google. 2 490 × 10 000 euros d’amende = 24 900 000 euros par jour. 747 millions d’euros par mois !

Une somme qui pourrait donc atteindre au bas mot plus d’un milliard et demi d’euros par mois !

Certes, Mediapart va se pourvoir en cassation mais comme ce pourvoi n’est pas suspensif, la loi veut que le journal ne dispose que de huit jours pour se mettre en conformité avec l’inique jugement. Mais que cette justice n’imagine pas qu’aucune résistance ne viendra en soutien d’un des derniers grands journaux indépendants français. Hier déjà le site Arrêt sur Image se disait « prêt à héberger (en accès libre) les documents Bettencourt de Mediapart. » Le journal en ligne Rue 89 proposerait la même chose.

Un appel sera probablement lancé par Mediapart aujourd’hui ou dans les jours à venir mais en attendant et à son modeste niveau, Sémaphores.info republie des fragments mis à jour par les enregistrements incriminés car nous ne pensons pas, contrairement à une certaine justice, que la notion d’atteinte à la vie privée puisse prévaloir sur une information par ailleurs déjà reconnue par une autre cour de justice « d’intérêt public ». Il s’agit tout de même d’un abus de faiblesse sur une dame âgée par une bande d’aigrefins dont certains au service de l’État, de dysfonctionnement de services fiscaux, d’évasion fiscale… Non, messieurs les Versaillais, ça ne passera pas comme ça !

Au demeurant, les notes que nous reproduisons ci-après ne proviennent pas de Mediapart mais d’un article du journal Le Point.fr publié le 16/06/2010 à 11h 38 _Modifié à 17h 34. Cette partie relatait essentiellement la partie « Banier ».

 

Puzzle

Au fil des dialogues, de fait, les révélations s’accumulent. La plupart des rendez-vous ont lieu avant le déjeuner. Le plus souvent, ils réunissent l’héritière de L’Oréal et son homme de confiance, Patrice de Maistre, expert-comptable promu directeur général de son holding, Tethys, et de la fondation qu’elle a créée. De suggestions insistantes en sollicitations personnelles, celui-ci reconstitue sans le savoir le puzzle d’une fortune à moitié cachée – et partiellement dilapidée.

On découvre ainsi que l’île d’Arros, aux Seychelles, sur laquelle Liliane Bettencourt séjourne plusieurs fois par an avec sa suite – officiellement en location -, lui a appartenu grâce à un montage financier, invisible, au Liechtenstein. Achetée en 1999 à la famille du chah d’Iran, elle serait devenue la propriété de François-Marie Banier à la faveur d’un tour de passe-passe juridique dont tout indique que Mme Bettencourt fut tenue à l’écart. Le 11 mai 2010, la vieille dame semble découvrir avec étonnement (lire les extraits) que son île n’est plus qu’un paradis perdu – mais pas pour tout le monde…

 » Vous lui avez donné assez d’argent comme ça « 

Le 12 mars précédent, un entretien avec son notaire, Jean-Michel Normand, lui enseigne qu’un testament signé par elle en 2007 a fait du photographe son  » légataire universel « . Or les poursuites engagées contre le photographe font craindre à l’entourage la découverte de ce fait stupéfiant. Les enregistrements attestent que Banier lui-même réclame que son nom soit retiré :  » Il ne veut plus apparaître « , souffle le notaire.  » Vous lui avez donné assez d’argent comme ça « , répètent à l’unisson conseillers et avocats – même s’ils proclament l’inverse devant les tribunaux…

Par instants, Liliane Bettencourt semble mesurer ce qu’elle fait – ou ce qu’on lui fait faire. Il lui arrive même de temporiser.  » C’est très agréable d’avoir de l’argent, dit-elle enjouée à l’un de ses visiteurs ; mais il ne faut pas se laisser trop faire, sinon on devient maboule.  » Elle connaît les excès de Banier :  » Il va venir me demander quelque chose « , prévient-elle.  » Pas encore de l’argent ! » répond de Maistre. Mais la lucidité de la vieille dame est à éclipses – or ce point est au cœur de l’enquête sur les dons consentis à Banier. Autrement dit : elle finit toujours par céder à ses solliciteurs.

« Si on ramène cet argent en France, ça va être compliqué… »

Cernée. Aussi apparaît-elle cernée par les profiteurs. Un chauffeur s’est vu offrir un appartement, un garde du corps est couché sur son testament, un médecin qui l’a accompagnée en vacances reçoit 55 000 euros en espèces – tous ont témoigné pour Banier dans l’enquête qui le vise. Le gérant de l’île d’Arros, informé de détails compromettants, a obtenu 2 millions d’euros.

À écouter ces dialogues, la préoccupation de Patrice de Maistre semble être la maîtrise du secret. Au fil des mois, il informe Liliane Bettencourt du transfert de ses comptes suisses vers Singapour –  » C’est plus fermé « , explique-t-il. Alors qu’une loi récente incite à déclarer les avoirs cachés à l’étranger (contre un impôt forfaitaire), lui préconise l’inverse :  » Si on ramène cet argent en France, ça va être compliqué […] J’ai aussi regardé pour que vous déclariez votre île, mais je pense que c’est trop compliqué et j’ai peur que le fisc tire un fil… «  Comment l’aurait-elle déclarée si elle n’en est plus propriétaire ?

Autre découverte : alors que tous affirment la solidité de sa santé, les proches de l’octogénaire lui ont fait signer un  » mandat de protection future  » qui désigne de Maistre pour administrer ses biens et un professeur de médecine ami de Banier pour veiller à ses intérêts  » personnels « . De sorte qu’une mise sous tutelle de Mme Bettencourt aboutirait à leur donner les pleins pouvoirs…  » Je fais ça par affection pour vous, lui dit son principal conseiller ; je n’ai pas envie que vous tombiez dans les pattes de votre fille… « 

La préparation du procès de Banier, fixé au début de juillet, les mobilise également. Au cours d’une réunion, l’intéressé s’enquiert de ce qu’il pourrait dire à la justice – et au Point – pour éluder certaines questions gênantes.  » Il faudrait que vous me trouviez quelque chose à dire « , demande-t-il à de Maistre, en quête d’une  » solution d’homme d’affaires « . Tous deux avancent ensuite à voix haute plusieurs hypothèses.

 » Ce procès, on va le gagner ? » interroge la milliardaire – preuve qu’elle se situe encore au côté du photographe contre sa propre fille. Son entourage lui répond avec optimisme :  » En première instance, on ne peut rien faire de plus, mais en cour d’appel, si vous perdez, on connaît très bien le procureur. L’Élysée suit cette affaire de très près… «  Après la révélation de ces enregistrements, cela suffira-t-il encore ?