Asile politique à la française…

De par ses relations privilégiées avec cette « grande démocratie » que seraient les États-Unis d’Amérique, la France ne peut se permettre d’accorder l’asile politique à Edward Snowden, quitte à malmener la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention de Genève. Bien des réactions se font déjà entendre à travers diverses rédactions, Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International…

Peut-on pour autant voir dans l’attitude de l’actuel ministère de l’Intérieur une ligne de « fermeté » à laquelle on ne saurait déroger ? Fermeté ou fermeture ? Ligne de conduite ou alignement ? Oui, nous aimerions penser que le gouvernement Hollande se distingue du gouvernement Sarkozy. Mais à quel prix de renoncement à ce qui avait fait de la France le pays des Lumières, le guide de toutes les démocraties dans le monde, pays du respect des libertés, des droits et des devoirs du citoyen, et promoteur d’une humanité universelle ?

S’abriter derrière l’impossibilité de s’opposer à une demande d’extradition ne saurait suffire, et ce d’autant qu’elle émane d’un pays aux grandes oreilles qui n’a pas grand chose à faire valoir en termes de respect des droits de l’homme et dont l’exemple civilisationnel est hautement responsable de la mise à sac de la planète.

Non, nous n’aimerions pas que les deux exemples ci-après se reproduisent. Mais nous les rappelons en guise d’avertissement pour ce qui pourrait être interprété comme un signe de faiblesse, un aveu d’impuissance qui nous éviterait de commencer à réfléchir à une nécessaire révision de nos relations avec les États-Unis face aux dérives à répétition d’une démocratie « à l’américaine ».

On ne peut pas protéger un lanceur d’alerte, mais on a pu faire ça, et indépendamment d’un pouvoir de droite ou de gauche :

 

Bachir Saleh, ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, soupçonné d’avoir financé la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, a bénéficié dès 2008 d’un passe-droit de l’Élysée. Son épouse a obtenu la nationalité française en un temps record – moins de 3 mois -, après intervention directe de l’Élysée. (Carine Fouteau et Michaël Hajdenberg. Mediapart_15 mai 2012)

 

« Président à vie » d’Haïti à 19 ans, Jean-Claude Duvalier (Bébé Doc) avait fait massacrer 60 000 personnes, dont des écoliers, avant de s’enfuir en 1986 avec le trésor de la nation, une fortune estimée à 600/800 millions de dollars.

Le gouvernement français l’accueillit gentiment. Cependant, l’opinion protesta et le Premier ministre de l’époque, Laurent Fabius, expert dans l’art de déterminer quels chefs d’États méritent « d’être sur cette terre », jura qu’il y resterait 8 jours. Il y a passé 25 ans, allant de palaces en boutiques de luxe, de grands restaurants en concessionnaires Mercedes, achetant château et résidences.

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