Mediapart censuré par la justice Versaillaise !

Dans un arrêt rendu jeudi 04 juillet, la 1re chambre civile de la cour d’appel de Versailles a condamné Mediapart pour atteinte à l’intimité de la vie privée.

Cet arrêt ordonne en premier lieu que : dans les huit jours suivant la notification officielle du jugement, « le retrait du site, sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard et par infraction constatée, de toute publication de tout ou partie de la retranscription des enregistrements illicites réalisés au domicile de Liliane Bettencourt ».

Étrange paradoxe, ce même 04 juillet dans une autre cour, les juges de Bordeaux prennent la décision de renvoyer devant le tribunal correctionnel Éric Woerth et Patrice de Maistre pour trafic d’influence, un jugement qu’ils ne peuvent prendre en conscience QUE parce que les fameux enregistrements illicites ont été portés à leur connaissance.

Qu’est-ce qui déconne donc dans la justice Versaillaise ? Et qu’est-ce qui se profile derrière son verdict qui ordonne de retirer « tout ou partie de la retranscription des enregistrements », sinon une censure inique et hors d’âge, une tentative de discréditer Mediapart, voire de couler le journal qui dérange.

Car dans le langage de la justice, ce tout ou partie n’engage pas seulement le journal à retirer ses articles concernant l’affaire Bettencourt mais tout ce qui a pu y être relié à travers les commentaires ou les blogs. L’équipe de Mediapart a calculé que : « Une simple requête « affaire Bettencourt » dans notre moteur de recherche signale 894 articles et 1 615 billets de blogs. Petit calcul : 894+1 615 × 10 000 euros d’amende = 25 090 000 euros par jour. 752 millions d’euros par mois ! Marie-Hélène Smiejan, directrice générale de Mediapart, nous l’a confirmé : « Nous ne les avons pas ! »

« Autre recherche, cette fois par Google avec la requête « site mediapart.fr bettencourt+enregistrement ». 2 490 résultats, indique Google. 2 490 × 10 000 euros d’amende = 24 900 000 euros par jour. 747 millions d’euros par mois !

Une somme qui pourrait donc atteindre au bas mot plus d’un milliard et demi d’euros par mois !

Certes, Mediapart va se pourvoir en cassation mais comme ce pourvoi n’est pas suspensif, la loi veut que le journal ne dispose que de huit jours pour se mettre en conformité avec l’inique jugement. Mais que cette justice n’imagine pas qu’aucune résistance ne viendra en soutien d’un des derniers grands journaux indépendants français. Hier déjà le site Arrêt sur Image se disait « prêt à héberger (en accès libre) les documents Bettencourt de Mediapart. » Le journal en ligne Rue 89 proposerait la même chose.

Un appel sera probablement lancé par Mediapart aujourd’hui ou dans les jours à venir mais en attendant et à son modeste niveau, Sémaphores.info republie des fragments mis à jour par les enregistrements incriminés car nous ne pensons pas, contrairement à une certaine justice, que la notion d’atteinte à la vie privée puisse prévaloir sur une information par ailleurs déjà reconnue par une autre cour de justice « d’intérêt public ». Il s’agit tout de même d’un abus de faiblesse sur une dame âgée par une bande d’aigrefins dont certains au service de l’État, de dysfonctionnement de services fiscaux, d’évasion fiscale… Non, messieurs les Versaillais, ça ne passera pas comme ça !

Au demeurant, les notes que nous reproduisons ci-après ne proviennent pas de Mediapart mais d’un article du journal Le Point.fr publié le 16/06/2010 à 11h 38 _Modifié à 17h 34. Cette partie relatait essentiellement la partie « Banier ».

 

Puzzle

Au fil des dialogues, de fait, les révélations s’accumulent. La plupart des rendez-vous ont lieu avant le déjeuner. Le plus souvent, ils réunissent l’héritière de L’Oréal et son homme de confiance, Patrice de Maistre, expert-comptable promu directeur général de son holding, Tethys, et de la fondation qu’elle a créée. De suggestions insistantes en sollicitations personnelles, celui-ci reconstitue sans le savoir le puzzle d’une fortune à moitié cachée – et partiellement dilapidée.

On découvre ainsi que l’île d’Arros, aux Seychelles, sur laquelle Liliane Bettencourt séjourne plusieurs fois par an avec sa suite – officiellement en location -, lui a appartenu grâce à un montage financier, invisible, au Liechtenstein. Achetée en 1999 à la famille du chah d’Iran, elle serait devenue la propriété de François-Marie Banier à la faveur d’un tour de passe-passe juridique dont tout indique que Mme Bettencourt fut tenue à l’écart. Le 11 mai 2010, la vieille dame semble découvrir avec étonnement (lire les extraits) que son île n’est plus qu’un paradis perdu – mais pas pour tout le monde…

 » Vous lui avez donné assez d’argent comme ça « 

Le 12 mars précédent, un entretien avec son notaire, Jean-Michel Normand, lui enseigne qu’un testament signé par elle en 2007 a fait du photographe son  » légataire universel « . Or les poursuites engagées contre le photographe font craindre à l’entourage la découverte de ce fait stupéfiant. Les enregistrements attestent que Banier lui-même réclame que son nom soit retiré :  » Il ne veut plus apparaître « , souffle le notaire.  » Vous lui avez donné assez d’argent comme ça « , répètent à l’unisson conseillers et avocats – même s’ils proclament l’inverse devant les tribunaux…

Par instants, Liliane Bettencourt semble mesurer ce qu’elle fait – ou ce qu’on lui fait faire. Il lui arrive même de temporiser.  » C’est très agréable d’avoir de l’argent, dit-elle enjouée à l’un de ses visiteurs ; mais il ne faut pas se laisser trop faire, sinon on devient maboule.  » Elle connaît les excès de Banier :  » Il va venir me demander quelque chose « , prévient-elle.  » Pas encore de l’argent ! » répond de Maistre. Mais la lucidité de la vieille dame est à éclipses – or ce point est au cœur de l’enquête sur les dons consentis à Banier. Autrement dit : elle finit toujours par céder à ses solliciteurs.

« Si on ramène cet argent en France, ça va être compliqué… »

Cernée. Aussi apparaît-elle cernée par les profiteurs. Un chauffeur s’est vu offrir un appartement, un garde du corps est couché sur son testament, un médecin qui l’a accompagnée en vacances reçoit 55 000 euros en espèces – tous ont témoigné pour Banier dans l’enquête qui le vise. Le gérant de l’île d’Arros, informé de détails compromettants, a obtenu 2 millions d’euros.

À écouter ces dialogues, la préoccupation de Patrice de Maistre semble être la maîtrise du secret. Au fil des mois, il informe Liliane Bettencourt du transfert de ses comptes suisses vers Singapour –  » C’est plus fermé « , explique-t-il. Alors qu’une loi récente incite à déclarer les avoirs cachés à l’étranger (contre un impôt forfaitaire), lui préconise l’inverse :  » Si on ramène cet argent en France, ça va être compliqué […] J’ai aussi regardé pour que vous déclariez votre île, mais je pense que c’est trop compliqué et j’ai peur que le fisc tire un fil… «  Comment l’aurait-elle déclarée si elle n’en est plus propriétaire ?

Autre découverte : alors que tous affirment la solidité de sa santé, les proches de l’octogénaire lui ont fait signer un  » mandat de protection future  » qui désigne de Maistre pour administrer ses biens et un professeur de médecine ami de Banier pour veiller à ses intérêts  » personnels « . De sorte qu’une mise sous tutelle de Mme Bettencourt aboutirait à leur donner les pleins pouvoirs…  » Je fais ça par affection pour vous, lui dit son principal conseiller ; je n’ai pas envie que vous tombiez dans les pattes de votre fille… « 

La préparation du procès de Banier, fixé au début de juillet, les mobilise également. Au cours d’une réunion, l’intéressé s’enquiert de ce qu’il pourrait dire à la justice – et au Point – pour éluder certaines questions gênantes.  » Il faudrait que vous me trouviez quelque chose à dire « , demande-t-il à de Maistre, en quête d’une  » solution d’homme d’affaires « . Tous deux avancent ensuite à voix haute plusieurs hypothèses.

 » Ce procès, on va le gagner ? » interroge la milliardaire – preuve qu’elle se situe encore au côté du photographe contre sa propre fille. Son entourage lui répond avec optimisme :  » En première instance, on ne peut rien faire de plus, mais en cour d’appel, si vous perdez, on connaît très bien le procureur. L’Élysée suit cette affaire de très près… «  Après la révélation de ces enregistrements, cela suffira-t-il encore ?

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