Le cannabis met toujours en pétard

Tiens ? Plus personne ne parle du cannabis. On voit que c’est l’été, les claviers ne supportent pas bien le sable et l’eau… mais c’était sans compter notre infatigable ministre de l’Intérieur, de plus en plus à l’extérieur pour arpenter tous les terrains. Et, à Marseille, il a bien fallu parler un peu du cannabis et du débat sur sa dépénalisation ou pas.

Ce sera PAS. Pas la peine de débattre, selon le ministre, car le débat est « souvent caricatural » et troublerait le message sur ses risques sanitaires encourus. « Oui, le cannabis est destructeur et oui une société a besoin d’interdits et de repères », a-t-il tranché.

Quant à l’efficacité de la politique pénale envers le cannabis, une des plus dures en Europe, les chiffres de l’Observatoire européen des drogues et de la toxicomanie parlent d’eux-mêmes :

« Entre 2007 et 2011, les usages déclarés de cannabis au cours du mois des jeunes Français (chez les filles comme chez les garçons) ont fortement augmenté passant respectivement de 15 % à 24 % ».

La France a donc aujourd’hui « le triste privilège de figurer dans le peloton de tête des pays de l’Union européenne pour ce qui concerne la consommation de cannabis », comme le constate lui-même le ministre. Il ajoute que le pourcentage de mineurs parmi les mis en cause dans des affaires de trafic de stupéfiants est passé de moins de 10 % en 2008 à 14,5 % fin 2012.

À Marseille, selon le ministre, les mineurs représentent même « plus du tiers des trafiquants interpellés ».

Alors on attend quoi lorsqu’on reconnaît soi-même ces chiffres, dont on peut aussi penser par ailleurs qu’ils sont a minima ? Un usage qui augmente de 9 % en moins de quatre ans… Un record d’Europe pas très questionné… Et toujours en quatre ans, un nombre de mineurs impliqués dans les trafics qui augmente de 4,5 % !

Alors, oui, on se pose la question : on attend quoi ? Que ça monte encore ? Ou ouvrir le débat ?

Dire que le cannabis est destructeur sans expliquer de quoi il l’est ou pourrait l’être, c’est de l’enfumage. Et si c’est pour sous-entendre un problème de santé publique, ce vieux débat est clos et dépassé, ne serait-ce qu’en regard du tas d’autres produits mis à la disposition de la jeunesse par la société marchande. C’est plutôt par-là qu’il s’agirait de mettre à jour le logiciel.

Car pour le reste, n’en inquiète monsieur le ministre, ça fait plus de 6 000 ans que certaines personnes, toutes civilisations confondues, n’aiment pas le cannabis comme d’autres n’aiment pas les framboises ou le maquereau. Et curieusement, ça fait aussi 6 000 ans que d’autres en consomment parce qu’ils aiment ça. L’impact sur la santé ? Si c’est aux blouses blanches de le définir, qu’elles veuillent bien accélérer la remise d’un rapport détaillé et circonstancié qui tienne la route. Allez, 6 000 ans de plus pour l’écrire, ça vous va ou c’est trop court comme délai ?

À suivre

L’occasion de relire ou découvrir notre dossier cannabis : http://semaphores.info/2012/10/cannabis-oui-on-doit-ouvrir-le-debat/

http://semaphores.info/2012/11/dossier-cannabis_-complement-dactu/

Et vous dire qu’on a beaucoup aimé que, cette année 2013, le lendemain du 31 mai qui était la journée mondiale anti-tabac soit tombé un premier joint ! Sacré agenda !

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