OTAN en apporte le vent_3

Le président syrien Bachar al-Assad a déclaré à la chaîne américaine CBS qu’il démentait être derrière l’attaque chimique du 21 août, selon le journaliste Charlie Rose, qui l’a interviewé à Damas.

Selon des écoutes de l’armée allemande révélées dimanche par le journal Bild, Bachar al-Assad n’aurait pas approuvé personnellement l’attaque du 21 août. De hauts gradés de l’armée syrienne « réclament régulièrement depuis environ quatre mois des attaques chimiques au palais présidentiel à Damas (mais) ces demandes ont été toujours refusées, et l’attaque du 21 août n’a vraisemblablement pas été approuvée personnellement par Bachar al-Assad », rapporte le Bild, s’appuyant sur des écoutes effectuées par un navire allemand près des côtes syriennes.

L’enseignant belge Pierre Piccinin da Prata, kidnappé en Syrie au mois d’avril et libéré ce dimanche (en même temps que son confrère Domenico Quirico, journaliste italien), a accordé une interview à RTL-TVI ce lundi matin. Il a indiqué que le gaz sarin n’avait pas été utilisé par le régime de Bachar Al-Assad.09 Septembre 2013 12h35

« C’est un devoir moral de le dire. Ce n’est pas le gouvernement de Bachar Al-Assad qui a utilisé le gaz sarin ou autre gaz de combat dans la banlieue de Damas. Nous en sommes certains suite à une conversation que nous avons surprise. Même s’il m’en coûte de le dire parce que depuis mai 2012 je soutiens férocement l’armée syrienne libre dans sa juste lutte pour la démocratie« , a-t-il déclaré à Luc Gilson dans une interview enregistrée à Gembloux pour RTL-TVi.

Lire sur : Le Belge libéré en Syrie: « Ce n’est pas le gouvernement de Bachar Al-Assad qui a utilisé le gaz »

la lettre d’un ancien ambassadeur de France à François Hollande

Diplomate de carrière de 1972 à 2009, Pierre Charasse fut ambassadeur, notamment au Pakistan, en Uruguay et au Pérou, et a représenté la France dans de nombreuses instances internationales. Depuis le Mexique où, retraité, il réside, il vient d’adresser une lettre aussi ironique que cinglante à François Hollande sur la crise syrienne.

bref extrait : « Lorsque cette mission humanitaire sera terminée et que Bashar Al Assad aura fait amende honorable après la tripotée qu’on va lui mettre tout en le laissant au pouvoir, vous aurez la satisfaction d’avoir contribué à appliquer en Syrie la théorie du « chaos constructif » élaborée par des « think tanks » américains à l’époque de George Bush, en espérant que les grandes entreprises américaines, principales bénéficiaires du chaos, auront  la bonté de laisser  aux entreprises françaises la possibilité de tirer quelques avantages du désordre institutionnalisé qui a désormais vocation à se substituer à des Etats forts comme c’est le cas en Irak ou en Libye. Quelques contrats pétroliers feraient bien l’affaire de nos grands groupes. »

Pierre Charasse, Français de l’étranger, contribuable et électeur

à lire ici : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/060913/syrie-la-lettre-dun-ancien-ambassadeur-de-france-francois-hollande

EDITORIAL DE L’HUMA

Délire guerrier par Jean-Emmanuel DUCOIN

C’est parfois dans les coulisses des sommets internationaux que nous sommes fondés à apprécier l’universalité de ceux qui nous gouvernent. Jugez plutôt. À peine sorti d’un G20 qui entérina l’isolement des États-Unis et de la France sur le dossier syrien, à quoi s’est prêté Laurent Fabius lors de la rencontre entre les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, samedi, à Vilnius ? À la construction d’un simulacre de consensus entre pays européens, doublée d’une tentative d’enfumage des opinions publiques qui restera dans les annales des tours de passe-passe diplomatiques. Alors qu’une réunion sur le processus de paix israélo-palestinien s’éternisait à l’initiative de Catherine Ashton, celle-ci profita du départ de plusieurs dignitaires des pays membres – assurés qu’il n’y aurait pas de vote sur la question syrienne – pour affirmer que le « consensus » des présents suffisait afin d’exiger « une réponse forte » à l’attaque chimique du 20 août à Damas.

La plupart des commentateurs relaient depuis l’idée d’un « triomphe français et américain » ; l’Europe parlerait d’une seule voix pour agir en Syrie ; Angela Merkel elle-même aurait fini par adhérer à cette idée… Attention à la supercherie, car la réalité mérite d’être nuancée. D’abord, il y aurait de quoi s’étonner de la présence à cette réunion du secrétaire d’État américain John Kerry, assis à la table des Vingt-Huit comme si de rien n’était, venu prêter main-forte à Laurent Fabius et défendre le principe d’une intervention armée hors mandat des Nations unies.

Ensuite, rappelons que si l’honnêteté était encore une valeur partagée, chacun devrait reconnaître que la formule « réponse forte » mise en avant par l’UE reste assez vague pour satisfaire à la fois les dirigeants français et ceux qui sont opposés à un engagement sans l’aval de l’ONU. D’où cette question : les satisfactions affichées par Kerry et Fabius sont-elles plus médiatiques que politiques ? « Nous ne parlons pas de guerre », explique John Kerry à qui veut l’entendre. Pourtant, si l’on en croit le Los Angeles Times d’hier, le Pentagone préparerait des frappes sur la Syrie « bien plus longues et plus intenses que prévu ».

Le droit international ne se fonde pas sur la force et les capacités militaires de ceux qui peuvent les engager partout sur la planète !

Comment croire qu’une aventure guerrière sous commandement états-unien pourrait résoudre quoi que ce soit, au risque plutôt de déclencher un embrasement régional auquel nul n’a intérêt ? Depuis dix ans, toutes les « stratégies » militaires des artisans d’une lecture du monde en termes de choc des civilisations se sont révélées désastreuses. Qu’ils le veuillent ou non – et ce n’est pas la moindre de nos critiques –, Barack Obama et François Hollande se glissent dans les pas de leurs prédécesseurs, Bush « le faucon » et Sarkozy « l’Américain ». En passant outre une résolution de l’ONU et en fondant le droit international sur la force et les capacités militaires de ceux qui peuvent les engager, ils laissent même planer le doute sur la sincérité de leurs arguments et discréditent définitivement leur volonté jadis affichée de « nouvelle relation » au monde…

Alors, qu’on nous permette un trait d’amertume. Cette semaine, vous n’entendrez parler que de « l’intervention militaire occidentale en Syrie ». On ne s’y prendrait pas autrement pour faire oublier que 81 % des Français sont « inquiets » pour leur retraite, selon notre sondage CSA, et qu’une journée d’action contre la réforme du gouvernement Ayrault, mardi, se déroulera partout en France. Pour le dire autrement : comment accepter que nos dirigeants continuent d’être servilement inféodés à l’Otan et à Washington, au point de négliger certaines priorités ?

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