en relisant Stéfan Zweig

En 1941, dans son dernier livre autobiographique Le Monde d’Hier, Stéfan Zweig notait ceci dans le chapitre intitulé « Incipit Hitler » :

« Cela reste une loi inéluctable de l’histoire : elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque. […] 

L’inflation le chômage, les crises politiques et pour une bonne part la folie des gouvernements étrangers avaient soulevé le peuple […] Et quiconque promettait l’ordre avait aussitôt des centaines de milliers de gens derrière lui. »

Dans l’introduction on pouvait aussi lire :

« Tous les chevaliers livides de l’Apocalypse se sont rués à travers mon existence, la révolution et la famine, l’avilissement de la monnaie et la terreur, les épidémies et l’émigration ; j’ai vu croître sous nos yeux, et se répandre parmi les masses, les grandes idéologies, le fascisme en Italie, le national-socialisme en Allemagne, le bolchevisme en Russie et avant tout, cette plaie des plaies, le nationalisme qui a empoisonné la fleur de notre culture européenne. Il m’a fallu être le témoin sans défense et impuissant de cette inimaginable rechute de l’humanité dans un état de barbarie qu’on croyait depuis longtemps oublié, avec son dogme antihumaniste consciemment érigé en programme d’action». « Tous actes de bestialité que les cinquante dernières générations n’avaient plus connus et que les futures, espérons-le, ne souffriront plus.»

Le plus terrible, cher Stéfan, est qu’en 2013 nous devions toujours nous contenter de l’espérer. Les leçons de l’Histoire sont très longues à assimiler. Le monde d’hier n’est pas terminé.

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