L’ignoble politique de Valls

mise à jour jeudi 17 octobre_17 h

L’impunité de Manuel Valls au gouvernement vient de prendre fin. Mercredi, le premier ministre Jean-Marc Ayrault l’a clairement démenti en annonçant qu’en cas de « faute », l’arrêté de reconduite à la frontière de la famille de Léonarda sera « annulé ». Un signe de la fracture provoquée par la politique de Manuel Valls au sein du gouvernement.

mise à jour mercredi 16 octobre_18 h

Mercredi 9 octobre dans le Doubs, Léonarda Dibrani, une élève de 15 ans a été interpelée dans le cadre d’une sortie scolaire avant d’être expulsée du territoire. Elle était Rom.

Ainsi ne suffit-il pas à Manuel Valls de décréter que les Roms ne veulent pas s’intégrer. S’il en trouve qui le sont, alors il les pourchasse jusque dans les écoles. Pour les désintégrer ?

Cette politique inhumaine est une honte pour la France et salit la République. Elle renvoie à des pratiques qui rappellent les heures les plus tragiques de notre histoire. Décidément, la lepénisation des esprits a pris ses quartiers place Beauvau. Car ne nous y trompons pas,derrière les expulsions, il s’agit bien de chasse aux pauvres et de contamination brune.

Il aura fallu 24 heures pour qu’on puisse lire dans Libé les premières réactions outragées de responsables socialistes. «C’est en contradiction totale avec les instructions données», s’élève Sandrine Mazetier, chargée des questions d’immigration au PS. «J’ai dit qu’il fallait se rapprocher très vite du ministre de l’Intérieur, de voir ce qui pourrait être fait pour rattraper cet excès de zèle, explique Laurence Rossignol, porte-parole du PS. Au BN, tout le monde était d’accord pour dire qu’il y a eu une bavure.»

Ah bon ? Il n’y a qu’une bavure qui fasse réfléchir les guignols solfériniens ? Le reste des démantèlements de campements est devenu une routine assumée, une possible politique dite de gauche…

D’Anne Hidalgo, pour qui « Paris ne doit pas devenir un campement géant de Roms », jusqu’à NKM qui déclare que les Roms font du harcèlement de Parisiens », c’est la même musique, une escalade de petites phrases qui voudrait installer progressivement l’idée qu’il y a un problème Roms en France. Mais il suffit d’échanger le terme « Roms » par celui de « juifs » ou d’ »arabes » et peut-être mesurerons-nous mieux la gravité de la vague brune qui menace l’idéal républicain.

À Sémaphores, nous préférons penser comme Éric Coquerel qu’« Il y a plus de délinquants dans les 500 plus grandes fortunes que dans n’importe quel camp de Roms »

photo extraite du film La rafle

Daniel Schneidermann a titré sa chronique matinale de ce 16 octobre :  Leonarda, la politique du chiffre a un prénom

 « Deux récits. Un récit du terrain, diffusé par Internet, hors des médias établis (lesquels ont pris l’affaire en marche avec quelques cahots, le journal matinal de France Inter s’étant par exemple ouvert sur un « Et revoilà le dossier des Roms »). Et la version officielle de l’administration, lénifiante comme toutes les versions officielles. Diffusé le premier, contraignant le second à la défensive, le récit de RESF a gagné la bataille du storytelling, forçant les socialistes à la position impossible de se dresser contre l’exécution de décisions de justice, et de feindre de se réveiller contre les conséquences d’une politique du chiffre en matière d’expulsions, la même que sous Sarkozy, qu’ils endossent sans broncher depuis un an.

Cette politique a maintenant un prénom. Valls a désormais sur les bras l’expulsion de Leonarda, comme Hortefeux avait été éclaboussé du sang du petit Ivan, défenestré en 2007 pour échapper à la police. C’est moins grave ? Léonarda est toujours vivante ? Valls va peut-être devoir annuler l’expulsion ? Peut-être. Mais ce pouvoir, comme le précédent, n’est pas à l’abri d’une nouvelle affaire Ivan. On frémit en tout cas à l’idée que la version Valls aurait pu être la seule (ou même la première) disponible. »

Lire le récit très détaillé du Réseau Éducation Sans Frontières : http://www.educationsansfrontieres.org/article47712.html

Sur Médiapart, le récit d’une enseignante parmi d’autres…

Les Roms, invisibles de l’école

Dans chacune de mes classes, depuis 5 ou 6 ans, il y a 3 ou 4 élèves silencieux, assis tout au fond, sages et perdus. Quel que soit le niveau, de la 6è à la 3è, ils me regardent et m’écoutent sagement. Fidèles, ils sont là, chaque année mais toujours aussi perdus. Ils peuvent aussi disparaître du jour au lendemain… Parfois, l’un d’entre eux dit quelques mots, semble comprendre de petites choses. Mais le plus souvent, ils savent à peine dire bonjour, se font tout petits et ne demandent jamais rien. Des cibles idéales, en somme.

Ils sont parfois en France depuis longtemps, mais ne sont scolarisés que depuis peu : c’est la condition pour que leurs parents aient un logement. Éparpillés dans toutes les classes, ils se retrouvent à la récré, à la cantine, et, surtout, dehors. Là, si on habite dans le quartier, on aperçoit les filles qui portent de gros bidons et marchent jusqu’à un campement. Pendant que d’autres traînent dans la cité, jouent à la console ou au ballon, elles marchent, portent l’eau si précieuse sur des kilomètres. Elles ont 8, 10, 14 ans. Et quand elles m’aperçoivent, elles me saluent en riant, un peu étonnées. 

Que faire face à des enfants qui ne parlent pas notre langue, pour lesquels rien n’est vraiment prévu ? Il existe pourtant des classes« FLE » (Français Langue Etrangère), mais les places sont en nombre insuffisant et surtout « l’intégration » ne dure qu’un an ou exceptionnellement deux. De fait, la plupart de nos élèves roms ne les ont pas fréquentées. Ils sont donc jetés en pâture dans le système actuel, déjà semé d’embuches et imparfait pour les élèves francophones.

Que faire face à des enfants qui ignorent la raison de leur présence, qui n’en voient pas l’intérêt ? Et pour cause, rien n’est vraiment fait pour les aider à comprendre.

Racisme d’état

Ils ne parlent pas ou très peu le Français mais n’embêtent personne. Ils sont au contraire particulièrement discrets et respectueux. Pourtant ils subissent un racisme absolu. De la part des autres élèves d’abord (Maliens, Kabyles, Tunisiens, Algériens, Marocains, Ivoiriens…. de 2è 3è ou 4è génération). Eux aussi ont souvent des vies abîmées, un avenir sombre, mais c’est un peu un réconfort que de trouver plus miséreux. Les Roms deviennent des discriminés de discriminés. Les adultes, parents d’élèves du quartier ne montrent malheureusement pas souvent l’exemple non plus. Mais que dire des institutions (la Mairie, la police) et, bien sûr, de la très grande majorité des médias. Beaucoup de « nos » hommes politiques de « gauche » se font d’ailleurs les complices de ce racisme ordinaire. On se demande dès lors qui d’un Rom ou de Valls est le moins intégrable à la République. Il n’est en effet pas fréquent d’encourager la guerre civile quand on est censé défendre la sécurité de tous.

 

Parfois, un de « nos » Roms disparaît, englouti dans l’oubli. De toute façon, il faisait si peu de bruit. Celui-là a été « déplacé ». Celle-ci s’est découragée de rester assise 8 heures par jour au fond de la salle. Mais ce sont les expulsions qui mettent fin le plus souvent à cette survie dans un monde sans espoir.

Des moyens et de l’humain

Je ne m’habitue pas à cette ignominie qui consiste à faire semblant d’accueillir des mômes qu’on ne fait que tolérer. Je ne m’habitue pas à faire cours avec, ici et là, ces enfants transparents, pour lesquels je ne peux rien. Pour lesquels « rien n’est prévu » et dont il est si facile de se désintéresser.

Il existe des solutions, simples, connues. Il suffit d’en faire le choix. Un choix politique. Ouvrir une classe FLE dans notre collège et partout où ce sera nécessaire. Accueillir tous les élèves qui en ont besoin, aussi longtemps qu’il le faudra pour leur permettre d’avoir une chance véritable de réussir. Former correctement et en nombre suffisant les professeurs. Et cesser enfin de les nier, pour commencer à les entendre, les écouter, ces minots dont les regards me hantent.

Par ailleurs, avant-hier également…

Entre 12h45 et 13h, la police a évacué brutalement le camp des mal-logés place de la République, installé avec l’aide de l’association Droit au Logement (DAL).

Six mères de familles et quatre hommes ont été arrêtés, un père de famille interpellé est blessé (oreille décollée) et les effets personnels ont été confisqués (couvertures, sacs, bâches banderoles…).

Ces familles attendaient une réponse à l’issue de la table ronde qui s’est tenue hier soir, et une déclaration de manifestation avait pourtant été déposée, jusqu’au lundi 21 octobre, conformément à la réglementation.

La politique économique injuste du gouvernement, qui fait payer les classes populaires et moyennes au lieux de s’attaquer aux privilèges des plus riches, s’accompagne d’une radicalisation de sa politique sécuritaire : après les propos intolérables de Manuel Valls à l’encontre des roms, ce sont des familles précaires et mal-logées qui sont l’objet d’une répression brutale.

Attac s’associe au DAL pour condamner cette répression qui met en cause la liberté de manifester, et bafoue les droits des mal-logés et des sans-logis, exiger la libération immédiate des mal-logés interpellé, et des poursuites sur les violences commises, demander le relogement des 300 familles en lutte de la place de la République, la mobilisation de 50 000 logement et locaux vacants, pour les sans-logis et les DALOs d’Ile de France, une vraie loi pour les mal-logés, les sans-logis, et les locataires, afin que le droit au logement soit mis en œuvre.

Attac France soutient le 19 octobre la Journée européenne contre le logement cher,  la spéculation,  pour le droit au logement

Attac France,

Paris, le 15 octobre 2013

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