Vous avez dit actualité ?

Le coup de cœur de la semaine va sembler nous ramener à bien des années en arrière, et pourtant… Ces morceaux choisis témoignent d’une actualité malheureusement bien intemporelle.

Ils avaient quelque chose à dire et se nommaient Balavoine, Desproges, Coluche, Le Luron ou Luis Rego… Apolitiques ou pas, rebelles ou pas, non classés, non classables. En regard, le show-biz d’aujourd’hui semble bien aphone.

Petite remontée dans le temps…

D’un Coluche qui dérangeait, voici la dernière apparition audiovisuelle. C’était le 9 juin 1986…quelques jours avant l’accident.


Balavoine et le racisme, c’était en 1983

 

Pierre DESPROGES et Thierry le LURON. C’était en mars 1977, lors d’un « Entretien au coin du feu », Giscard d’Estaing était président, on parlait aussi et déjà de chômage, d’évasion fiscale, des universités et des municipales…

 

Luis Rego et la journée d’un fasciste, c’était au Tribunal des flagrants délires, l’invité était Jean Marie Le Pen…

 

Fernand Raynaud et le douanier, c’était en 1972. Cette vidéo n’est plus disponible sur la plupart des sites (Youtube, Dailymotion…) mais vous pouvez essayer le lien suivant. Sinon il reste la possibilité de lire le texte après la balise de fin.

http://www.vlol.tv/videos/560/

J’suis pas un imbécile moi, j’suis douanier.

J’aime pas les étrangers, ils viennent manger l’pain des français… ouais !
C’est curieux : comme profession, j’suis douanier, et puis j’aime pas les étrangers… Hein ?
Quand j’vois un étranger qui arrive, puis qui mange du pain, j’dis : « ça c’est Mon pain ! »
Puisque j’suis français, et puis il mange du pain français, donc c’est MON pain à moi.

J’aime pas les étrangers parce que moi je suis français, et je suis fier d’être français.
Mon nom à moi, c’est Koularkientensky du côté de ma mère… et Piazzano-Venditti du côté d’un copain à mon père.
C’est pour vous dire si j’suis français !
J’aime pas les étrangers, ils viennent manger l’pain des français…
Dans le village où on habite, on a un étranger, alors, quand on le voit passer, on dit : « Tiens, ça, là, ça – c’est l’étranger ».
On l’montre du doigt, comme un objet… On n’a pas de respect.
Quand on a du respect pour un être humain, on ne dit pas « ça », là, non. On dirait : « Ce monsieur »…

C’est un étranger, il vient manger l’pain des français…

Quand sa femme passe, la tête basse, avec ses p’tis enfants qui baissent la tête; on dit :
« Ça, ça là, c’est des étrangers : ils viennent bouffer l’pain des français. »

L’autre dimanche, dans mon village, j’avais été – c’était à la sortie de la messe de dix heures – j’avais été communier au café d’en face.
Y a l’étranger qui a voulu me parler. Moi, j’avais aute chose à faire, pensez, parler avec un étranger !
J’avais mon tiercé à préparer… Je suis douanier. Je suis pas un imbécile.
Enfin, du haut de ma grandeur, étant fonctionnaire, j’ai daigné l’écouter, cet imbécile (il est étranger, forcément)…

Il m’a dit, euh :
« Ne pensez vous pas qu’à notre époque (1972), c’est un peu ridicule de traiter certaines personnes d’étrangères, nous sommes tous égaux.
Voilà ce que j’avais sur le cœur, je voulais vous dire ça, Monsieur le Douanier, vous qui êtes fonctionnaire et très important, vous qui avez le bouclier de la loi… Nous sommes tous égaux. On peut vous le prouver : quand un chirurgien opère un cœur humain, que ce soit au Cap, à Genève, à Washington, à Moscou, à Pékin, il s’y prend de la même manière : nous sommes tous égaux. »

Pauvre andouille va ! Venir me déranger pour dire des inepties pareilles !
Il a poursuivi… Ils sont tellement bêtes ces étrangers, ils viennent manger l’pain des français.

Y m’a dit… euh…
« Est-ce que vous connaissez une race où une mère aime d’avantage ou moins bien son enfant qu’une autre race ? »
Là, j’ai rien compris à ce qu’il a voulu dire… J’en ai conclu, qu’il était bête…
En effet, lorsque quelqu’un s’exprime et que l’on comprend pas ce qu’il dit, c’est qu’il est bête !
Et moi je peux pas être bête, je suis douanier … : « Vas-t-en, étranger ! »
Il m’a répondu : « J’en ai ras-le-bol, moi. Votre pain, et votre France. Je m’en vais. »
Il a pris sa femme, sa valise, ses enfants, ils sont montés sur un bateau, ils ont été loin au delà des mers, lououain…
Et, depuis ce jour là, dans notre village, eh ben on mange plus de pain, dis !

Il était boulanger !

(c) Fernand Raynaud

Les commentaires sont fermés.