Fracture numérique

La fracture numérique n’est pas une vue de l’esprit, elle sévit aussi à la cour d’appel de Paris.

Siouplaît, on ne rit pas, la justice c’est sérieux.

Dans un article publié le 20 décembre, Mediapart est revenu sur le procès en appel d’Olivier Laurelli, journaliste connu aussi sous le nom Bluetouff, entre autres à l’origine de nombreuses révélations, notamment sur la collaboration de sociétés françaises telles qu’Amesys ou Qosmos avec les dictatures syrienne ou libyenne.  Bien qu’il s’en soit toujours défendu, il se voit reprocher d’avoir piraté le site de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). En fait il est tombé par hasard sur l’extranet de l’Anses via des liens accessibles depuis le moteur de recherches Google. Mais comment expliquer ça ?

Vous connaissez, vous, Google ?

Si oui vous en savez plus que la magistrate chargée de rappeler les faits et qui semblait découvrir sur son papier ce qu’elle appelle donc (en prononçant bien à la française) Gogleu. Et comme elle ne sait pas mieux ce que peut bien être un « login », on ne saurait lui en vouloir de prononcer le mot qu’elle a sous les yeux : « lojin ». Ou « lojain », allez savoir.

Où cela se gâte à notre avis, c’est lorsque le parquet fait montre de la même perplexité et avoue : « La moitié des termes que j’ai entendus aujourd’hui, je ne les ai même pas compris. […] Mes enfants, eux, pourraient très bien m’expliquer tout ça mais je pense que, dans ce dossier, il faut avant tout simplifier et ne pas se perdre. »

Malgré cette méconnaissance manifeste du sujet et une impossibilité de le comprendre, le parquet continue à mettre en doute la bonne foi de Laurelli/Bluetouff, qui sera fixé sur son sort le 5 février prochain. D’ici là on pourra peut-être trouver des magistrats qui ont conscience d’être au XXIe siècle.

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