Marinaleda_le suivi

Un maire militant condamné à sept mois de prison pour occupation d’un terrain militaire

Nous avons déjà présenté (ici) l’expérience d’utopie socialiste menée en région andalouse sous la houlette de Sánchez Gordillo, le maire de Marinaleda (2 600 habitants, région de Séville). Il voulait transformer la Finca de Las Turquillas, soit une ferme et les 1 200 hectares qui l’entourent, en coopérative agricole, pour créer des emplois. Mais cette ferme appartient à l’armée qui n’utiliserait que 20 hectares pour élever une centaine de chevaux, et 20 ânes alors que le reste serait laissé à l’abandon.

Après avoir envahi les lieux le 24 juillet 2012 avec 500 personnes, 54 militants dont Gordillo ont décidé d’occuper la ferme et les terrains appartenant aux militaires. Mais ce Larzac espagnol n’a tenu que 18 jours, jusqu’au 10 août, date à laquelle les militants ont choisi de quitter les lieux volontairement, après quelques jours de refus.

Expulsés, ils se sont retrouvés, le 11 novembre dernier, devant la Haute Cour de Justice d’Andalousie (TSJA) à Grenade avec plusieurs inculpations dont celle de refus d’obtempérer pendant trois jours face aux ordres d’évacuation de la Garde Civile. 49 militants ont finalement été acquittés mais quatre des inculpés dont le maire Gordillo ont écopé de 7 mois de prison. Ils ont décidé de faire appel.

Ici pas de sans-abri mais des maisons construites collectivement par les habitants qui peuvent se les transmettre de père en fils mais pas les vendre, sur des terrains appartenant à la mairie (loyer 15 euros/mois, crèche 12 euros/mois) et seulement 5% de chômeurs face aux 700 personnes qui travaillent ainsi grâce à la ville.

L’aventure a commencé il y a trente ans, quand les habitants ont décidé d’appliquer à la lettre le slogan « la terre appartient à ceux qui l’exploitent » et de confisquer 1200 hectares en friche appartenant au duc de l’Infadato, un coup de force qui a valu aux habitants de Marinaleda plusieurs années de lutte, de manifestations et de batailles judiciaires.

Dans l’article « Marinaleda, phalanstère andalou dans une Espagne en crise« , Le Monde Diplomatique du aout 2013 soulignait le caractère unique de cette situation.

 » Marinaleda, sous l’impulsion de son maire, M. Juan Manuel Sánchez Gordillo, toujours réélu depuis trente-quatre ans, a développé un dispositif politique, économique et social original. L’écusson de la ville clame ses ambitions : «Une utopie vers la paix». Certains le qualifient de modèle anticapitaliste ; d’autres le dénoncent comme une tromperie ou une farce. Alors, vérité ou mensonge ? Utopie ou réalité ? Système anticrise ou simple retardateur des effets de la crise ?

Voir aussi Marinaleda ou la révolution citoyenne (site du Parti de Gauche, 20 octobre 2013).

Dans son livre « Le village qui se bat contre le monde« , le journaliste britannique Dan Hancox qualifie Marinaleda d’« utopie vivante » : « Personne ne paie de prêt immobilier, on fait du sport dans le stade ‘Che Guevara’, et une fois par mois, les habitants se retroussent les manches pour nettoyer la ville ensemble lors des ‘dimanches rouges »

Les Inrocks du 23 novembre en ont aussi parlé sous le titre « Marinaleda, le petit village espagnol qui ne connaît pas la crise« . : « Toute l’Espagne est plongée dans la crise économique provoquée par la bulle immobilière de 2008… Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles Ibères résiste encore et toujours. Dernière enclave prospère dans une Andalousie minée par un chômage à 36,5% – et 55% pour les 16-24 ans, Marinaleda emprunte pourtant moins à la résistance d’Astérix qu’à celle de Marx. »

Reste à savoir si cette expérience entourée d’hostilité pourra survivre dans une Espagne en crise dirigée par un gouvernement conservateur. (Les nouvelles constructions ont du être arrêtées).

Les commentaires sont fermés.