L’Europe des assassins

Ndlr_sémaphores : cet article a été publié dans left.gr et a été traduit par Frédérique Bouvier. Aucun titre français n’y ayant fait écho (pas même Mediapart), c’est Pierre Magne qui a relayé l’info sur son blog. Nous en faisons suivre ces quelques extraits par une lettre qu’Alexis Tsipras (président du parti grec Syriza) adresse à Hermann Van Rompuy, président du Conseil Européen.

Jeudi 23 janvier à 10h20 du matin, sont arrivés au port du Pirée -porte E1 à bord du navire « Diagoras » – les rescapés du naufrage de Farmakonisi. En tout 12 personnes ont perdu la vie, tous des femmes et des enfants. Les dépouilles d’un enfant de 11 ans et d’une femme de 38 ans, qui étaient parmi les 12 migrants disparus au large de Farmakonisi, ont été repérées sur des plages turques.

« Ils ont vu les femmes et les enfants se noyer et ils n’ont rien fait « 

Les témoignages de ces réfugiés qui ont survécu donnent à la tragédie de Farmakonisi la dimension d’un crime abominable. Dans un témoignage bouleversant, un homme, qui a perdu sa femme et ses trois enfants, souligne que « la police portuaire les a délibérément jetés à la mer ». Comme il le dénonce, ils se sont efforcés de les noyer. Les survivants, en évoquant les victimes, demandent que les corps de leurs proches soient retrouvés. « Alors qu’il restait 100 mètres avant les côtes grecques, la police portuaire les a remorqués à grande vitesse et à un moment ils sont tombés à la mer. Encore, les hommes de la police portuaire les ont insultés, menacés avec leurs armes et les ont frappés », rapportent les survivants en décrivant la brutalité.

« Les hommes de la police portuaire ont frappé la barque des réfugiés avec leurs pieds en s’efforçant de la faire chavirer » témoignent avec effroi les survivants, parlant de menaces de la part du chef de la police portuaire. En effet, un homme de la police portuaire a empêché un enfant d’attraper un morceau de bois et d’être ainsi sauvé, a déclaré un des réfugiés. Les hommes de la police portuaire ont filmé les faits en vidéo et ont refusé de jeter des bouées de sauvetage à ceux qui noyaient. « Ils pouvaient sauver les nôtres et ils ne l’ont pas fait », déclare, accablé, un des naufragés sauvé.

 » Ils les ont repoussés et ne les ont pas laissé monter à bord du bateau de la police. Une femme dit que, alors qu’elle s’agrippait au pied d’un des policiers pour monter à bord, celui-ci l’a jetée à la mer d’un coup de pied et a même jeté à la mer son bébé de l’autre côté. » Les hommes de la police portuaire ont éteint le projecteur qui était alors allumé pour qu’on ne voit pas depuis les côtes turques ce qui se passait en mer »

Article entier ici  : http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-magne/260114/l-europe-des-assassins-l-europe-forteresse-12-migrants-assassines-noyes-au-large-de-la-mer-egee

 Lettre d’Alexis Tsipras à Herman van Rompuy : Il faut changer de politique migratoire européenne.

Monsieur le Président du Conseil Européen,

La disparition de centaines de migrants dans les mers de l’Europe du Sud continue de se produire à un rythme inquiétant. Après le drame de Lampedusa, neuf enfants et trois mères ont perdu de façon tragique la vie il y a quelques jours, au nord de la mer Égée.

Jusqu’à présent, les initiatives de l’Union Européenne destinées à la régulation du problème de la migration au niveau des pays de provenance n’ont eu aucune influence déterminante. Les projets de mise en application de la Déclaration de Barcelone ont été dans les faits abandonnés, sans atteindre aucun de leurs objectifs. A l’évidence, le dessein d’une aide aux pays de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient destinée à l’amélioration de leurs économies et à la réduction de leurs chiffres de chômage, n’a pas atteint sa cible. C’était pourtant un moyen qui aurait pu abaisser le nombre de leurs citoyens, ayant pour seul recours l’émigration légale ou illégale vers l’Union européenne.

De surcroît, les guerres, qui constituent des facteurs déterminants de déclenchement des mouvements migratoires, ont été intensifiées autour de la Méditerranée et du Moyen Orient, en augmentant les flux et en multipliant le nombre de morts tragiques dans la mer Méditerranée.

Je vous rappelle que depuis 1998 jusqu’en 2013, au moins 17000 personnes ont perdu la vie dans leur effort de rejoindre l’Union Européenne. D’après des rapports des Nations Unies il y a  actuellement, à l’échelle mondiale,  214 millions de migrants. Il s’agit donc, de 3% de la population mondiale. Par conséquent, il n’est pas raisonnable de croire qu’en construisant des murs de plus en plus hauts, nous pourrions arrêter les flux migratoires, en dissuadant ceux qui espèrent un avenir meilleur dans les pays de l’Union Européenne.

Aucune brigade de Frontex, aucune barrière ne pourra mettre fin à ce problème qui découle, en partie, de la crise des pays qui oblige leurs habitants à l’exode. L’adoption par les pays du Sud européen, pressés par ceux du Nord, des mesures politiques de plus en plus oppressives face aux migrants, n’est pas non plus la solution.

Il est nécessaire, pour faire face à cette situation, de réexaminer l’ensemble des mécanismes institutionnels européens pour la migration et l’asile politique, axés sur la préservation de la protection des droits humains fondamentaux. La situation actuelle impose la prise de mesures urgentes et efficaces pour le sauvetage en mer des migrants, pour la création des centres d’accueil aux points d’arrivée et l’adoption d’un plan législatif et juridique qui assurera leur prise en charge par tous les pays européens, avec des critères justes et proportionnels, respectant, dans la mesure du possible, leurs propres aspirations.

Je crois qu’il incombe à l’Europe le devoir historique d’accomplir au plus vite un projet politique global pour la migration, en garantissant les droits humains et en respectant les valeurs européennes.

Monsieur le Président du Conseil Européen,

Après les événements tragiques de Lampedusa et de Pharmakonissi – événements qui plus est récents et répétitifs –  je vous demande de prendre dans les plus brefs délais l’initiative, en application de l’article 15 paragraphe 3 de la Convention de l’Union Européenne de convoquer le Conseil Européen en session extraordinaire avec comme objectif la révision du règlement no 343/2003 (Dublin II), et en accord avec l’article 80 de la Convention du fonctionnement de l’Union Européenne qui prévoit l’application du « principe de solidarité et de partage équitable de responsabilités entre les États membres, y compris sur le plan financier» dans le cadre de la politique migratoire européenne.

Je vous demande aussi que votre initiative englobe également la mise en œuvre opérationnelle de fonds européens nécessaires à la gestion de cette grande épreuve humanitaire en constante aggravation, dans le cadre des plans d’urgence prévus à cet effet.

Avec l’expression de ma haute considération

Alexis Tsipras     Président de SYRIZA

 

On peut aussi lire cet excellent complément : http://le-blog-sam-la-touch.over-blog.com/2013/12/guerre-aux-migrants-et-aux-migrations.html

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