Pour avancer sur la question de l’antisémitisme

L’Histoire n’a pas d’idéologie. Elle se doit d’être une science au service de la vérité, et non une vérité d’État au service d’une dictature intellectuelle.

C’est bien pourquoi, en regard de la situation actuelle et relativement aux débats qu’on voudrait interdire, Sémaphores accepte de signaler un document un peu trop vite enterré, et cependant susceptible d’apporter sa part d’éclairage dans la compréhension d’un des recoins sombres de la dernière guerre mondiale et du génocide des Juifs.

Il s’agit d’un livre de 200 pages qui propose une somme impressionnante de documents d’archives, de témoignages et d’analyses, préfacé par un très grand historien français, Pierre Vidal-Naquet. L’ouvrage n’a jamais été débattu dans les médias, ni par les politiques ni par la communauté juive. Et depuis qu’une bombe a explosé chez l’éditeur (EDI) l’auteur n’a plus jamais parlé de ce livre qui lève pourtant le véritable tabou qui pèse sur la participation des organisations juives de France à la déportation.

« Des juifs dans la collaboration » est paru en 1980. L’auteur, le journaliste devenu historien Maurice Rajsfus, est né en 1928, de parents juifs polonais, morts en déportation à Auschwitz et Maurice Rajsfus fut lui-même raflé au Vel d’Hiv alors qu’il n’était qu’adolescent (il en réchappa par miracle). L’ouvrage est préfacé par Pierre Vidal-Naquet, historien connu notamment pour ses travaux sur le génocide juif et le négationnisme, qui apporte au livre son indispensable crédit. Le livre, épuisé, n’a été ni réédité ni réimprimé depuis sa sortie.

Voici quelques extraits de la présentation du livre sur le site où les lecteurs intéressés pourront télécharger ce document exceptionnel (lien en fin d’article).

« Aussi insupportable que cela puisse paraître, l’UGIF, ancêtre du CRIF (les juifs de France n’étaient pas représentés à l’échelon national auparavant), mis en place par Pétain et les nazis (l’UGIF était en relation directe avec la Gestapo), aida à constituer des listes de juifs à rafler et à déporter. Maurice Rajsfus témoigne autant qu’il relate les faits. Dans la préface, Pierre Vidal-Naquet explique très clairement que c’est parce qu’aucun historien (lui le premier) n’a voulu réaliser ce travail qu’un journaliste l’a entrepris.»

« Pourquoi la France a-t-elle dû autant se repentir devant les représentants de la communauté juive, alors que les anciens membres de l’UGIF (qui, rappelons-le, cherchaient à éviter d’être déporté) n’ont jamais eu à répondre devant aucune autorité, ni judiciaire, ni politique, et encore moins médiatique ou communautaire ? “Après la Libération, l’affaire sera étouffée et le procès public évité. Un jury d’honneur sera pourtant constitué, mais il se réunira à huis clos et ses conclusions ne seront jamais connues.” peut-on lire sur la 4e de couverture du livre de Maurice Rajsfus. Ajoutons que ce jury était présidé par Léon Meiss, président du CRIF. »

Le tabou est donc profondément ancré. Mais loin de permettre de mieux lutter contre l’antisémitisme, il ne fait que l’alimenter. Ce tabou devrait être levé, et ne peut être levé que par les premiers concernés, à savoir le CRIF.

détail de la couverture du livre interdit

Un grand merci à TEOTIUACAN qui a fourni une version PDF de ce livre !

Télécharger ici : http://mai68.org/spip/spip.php?article6289

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