Le grand retour de Nicolas Sarkozy_2ème épisode

L’omerta continue dans les médias aux ordres et sous perfusion, donc nous continuons d’informer ceux qui nous suivent et ne sont toujours pas abonnés à Mediapart. Car c’est une autre bombe lâchée dans le jardin de Sarkozy que ces dernières déclarations, qui ne viennent que confirmer les précédentes accusations de financement illégal de campagne.

À l’origine est un livre paru récemment aux éditions du Cherche-Midi, dont il semblerait que l’éditeur en ait expurgés quelques extraits pour se garantir des foudres sarkoziennes via un procès en diffamation. Ce sont ces extraits caviardés que publie Mediapart, qui s’est procuré la version intégrale en français et en arabe. En arabe car l’auteur n’est rien moins que M. el-Megarief, ex chef d’état de la Libye après la chute de Kadhafi dont il était un opposant (ndlr_ Il a démissionné le 28 mai 2013 en vertu d’une loi sur l’exclusion de la vie politique des personnes ayant occupé des responsabilités sous le régime de Kadhafi).

On vous laisse découvrir.

« Il n’est pas question de blâmer Nicolas Sarkozy, son engagement pour la libération de la Libye a été exemplaire et le peuple libyen lui en est reconnaissant. Mais pourquoi mentir ou nier ? Oui, Kadhafi a financé la campagne électorale de Nicolas Sarkozy et a continué à le financer encore après 2007 », écrit M. el-Megarief dans le manuscrit original du livre.

el-Megarief à l’ONU

L’ancien chef d’État appelle aussi à une restitution des fonds : « J’aimerais enfin que tout ce qui a été pris au peuple libyen soit rendu au peuple libyen, écrit M. el-Megarief, ancien ambassadeur en Inde qui a rejoint l’opposition libyenne en exil dès le début des années 1980. L’argent qui a pu financer les campagnes de dirigeants occidentaux a été volé aux travailleurs libyens, a été dérobé au sous-sol libyen. Ces histoires sont derrière nous (en tous cas en Libye), mais (…) pour repartir sur des bases saines, tout doit être restitué. La presse française fait mine de découvrir les financements libyens. Ils sont réels et n’auront plus jamais lieu. Du moins je l’espère.»

Tout semble s’être noué en 2006, quelques mois après la première visite effectuée par Nicolas Sarkozy à Tripoli, début octobre 2005.

« En confiance, Claude Guéant confie l’ambition de son mentor à Saleh qui évidemment en parle à son patron. L’élection présidentielle approchant à grands pas, Kadhafi propose une aide financière à Sarkozy. Aucun montant n’a été négocié à l’amiable au préalable. Nous sommes alors en 2006. Kadhafi a réussi à convaincre un homme ambitieux et déterminé à remporter cette élection majeure que la qualité d’une campagne dépendait des sommes que l’on était prêt à y investir.

D’après un ancien responsable des comités révolutionnaires libyens, Taher Dahec, qui a tenu une conférence de presse à Paris la semaine dernière, des négociations décisives ont effectivement eu lieu en octobre 2006 à l’hôtel Corinthia de Tripoli, en présence de Bachir Saleh et Abdallah Senoussi.

La solution d’un paiement intégral en espèces ayant été écartée, selon l’ex-chef d’État libyen, Abdallah Senoussi aurait fait intervenir un membre de sa famille résidant à Paris. Ce dernier « récupérait l’argent dont le compte ne correspondait à personne », explique M. el-Megarief. « Un quelconque proche de Sarkozy aurait été reconnu. Aucun risque inutile ne devait être pris. Le premier versement était, comme je l’ai déjà dit, de 50 millions d’euros. »


Retour sur nos enquêtes : l’affaire libyenne de… par Mediapart

Fin de cet épisode.

Nous rappelons toutefois que si tous ces propos s’avéraient exacts devant la justice, c’est du chef d’accusation de haute trahison qu’il s’agirait à terme dans cette affaire franco-libyenne, et non d’un simple financement illégal de campagne.

Par ailleurs, les petits soucis allant rarement seuls, la justice n’a pas que l’affaire libyenne à traiter en ce moment, puisque les protagonistes de l’affaire Karachi sont toujours sur la sellette et, même sur ce volet, Sarkozy est loin d’être tiré d’affaire. C’est ce que l’on apprend le 07 février sous la plume du spécialiste Fabrice Arfi.

« Les juges en charge du volet financier ont signé, vendredi 7 février, une ordonnance de 168 pages accablante pour Édouard Balladur et François Léotard. Ils demandent à la Cour de justice de la République de se saisir de leur cas et recommandent une audition sous le statut de témoin assisté pour Nicolas Sarkozy.

L’enquête a notamment permis d’établir qu’en tant que ministre du budget, Nicolas Sarkozy avait autorisé le versement de commissions occultes, contre l’avis de sa propre administration, dans le cadre d’un contrat avec l’Arabie saoudite, baptisé Mouette.

À côté des responsabilités politiques dans ce dossier, que devra traiter la CJR, les juges Van Ruymbeke et Le Loire ont déjà mis en examen plusieurs protagonistes de ce fric-frac d’État. Parmi eux : Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d’Édouard Balladur, Thierry Gaubert, conseiller de Nicolas Sarkozy à Bercy, et Renaud Donnedieu de Vabres, ancien conseiller spécial de François Léotard. Les marchands d’armes Ziad Takieddine et Abdul Rahman El-Assir, par lesquels ont transité les fonds occultes, sont également mis en examen.

Les magistrats instructeurs devraient décider dans les prochaines semaines de leur renvoi devant un tribunal correctionnel pour un grand procès, mais sans responsable politique de premier plan. »

À Sémaphores on se demande pourquoi c’est encore la Cour de Justice de la République qui va devoir trancher. D’ailleurs on croit se souvenir que le Moi-Je-Président avait mis dans ses résolutions de supprimer cette instance s’il était élu. Mais on a du rêver.

Et quand on lit les derniers mots de l’article de Fabrice Arfi « procès sans responsable politique de premier plan »… on se dit que ça va être la valse des fusibles. Du genre Bazire et Gaubert. Chiche… on parie ?

Pour ceux qui ont tout raté, le premier épisode est ici

 

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