La transparence sous scellés

mise à jour le 5 mars 2014

À la suite de sa mise en cause par le journal Le Point (on n’aurait jamais pensé devoir féliciter ce journal de merde), Jean-François Copé a répliqué dans une conférence de presse, lundi en fin de matinée, qu’il mettait à disposition « l’intégralité de la comptabilité » de l’UMP, « toutes ses dépenses et toutes ses recettes, en toute transparence », et précisé que ces comptes seraient placés « dans une pièce qui sera scellée par un huissier ».

D’où cet excellent titre de Mediapart « Copé invente la transparence sous scellés ». D’autres ont ajouté qu’il inventait aussi la « culpabilité de la présomption ». Car voilà que notre clown UMPéiste va même jusqu’à poser ses conditions : Cette pièce serait rouverte après l’adoption de deux propositions de loi (l’une concernant les partis, l’autre les médias) qu’il déposera dès la reprise des travaux de l’Assemblée nationale.

Dis, Jean-François, tu te foutrais pas un peu du monde, là ? Pour qui te prends-tu ? Doit-on te rappeler que c’est toi qui es mis en cause et pas les autres partis politiques ? Si tu les soupçonnes de maquiller quelque peu leurs comptes, l’avocat que tu es ne peut ignorer qu’il y a des tribunaux de justice où déposer ta plainte. Par ailleurs, l’homme politique que tu es aussi ne devrait pas ignorer que les comptes de tous les partis politiques sont déjà publics et disponibles sur simple demande auprès de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui publie chaque année au Journal officiel un compte-rendu détaillé.

Alors pourquoi renvoyer la balle aux autres partis et à la presse subventionnée ? Et comment se fait-il que dans ta conférence de presse tu ne fasses même plus allusion à la plainte que tu avais pourtant annoncé vouloir déposer en fin de semaine dernière ? Ah, cette presse que tu encensais encore hier et que tu vilipendes le jour où elle t’égratigne. Et dire que nous pensions qu’il n’y avait que Mélenchon pour se plaindre de la partialité de ses chiens de garde…

Mais non. Il t’a fallu moins d’une minute pour nous convaincre qu’elle est bien l’ennemi numéro 1. Pour une fois on est d’accord, cher Jean-François. C’est bien de dénoncer les « réflexes de caste » et les « tartufes bouffis d’orgueil » qui « s’érigent en procureurs » et « préfèrent déformer qu’informer ». Ah on peut dire que tu ne lésine pas sur les mots dès qu’il s’agit de cette « chasse à l’homme » dont « (ta) personne et (tes) proches » seraient victimes. Et puis tu as raison de lâcher en vrac que « Certains organes de presse n’hésitent pas à user des pires méthodes, des méthodes dignes de l’inquisition », de parler de « délectation perverse », de « vendetta », de « bûcher médiatique » et de « lynchage public »

N’en jetons plus la cour est pleine. Si tu dois persister dans ce genre de propos drus et crus… ben… on va être obligé de te garder une place au Front de Gauche.

Bon, allez, on t’embête pas plus pour aujourd’hui, t’as assez à faire. Mais quand même, avant de nous rejoindre, faudra nous expliquer pourquoi t’es si souvent mouillé jusqu’au cou.

ajout du 04 mars

Depuis 1988 et la loi « relative à la transparence financière » et depuis 1990 -création de la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP)- de nombreuses obligations de transparence incombent aux partis politiques. Ainsi, les partis ont déjà l’obligation -hormis la désignation d’un mandataire financier – de tenir une comptabilité serrée et de faire certifier leurs comptes par deux commissaires aux comptes. « Cette comptabilité doit retracer tant les comptes du parti ou groupement politique que ceux de tous les organismes, sociétés ou entreprises dans lesquels le parti ou groupement détient la moitié du capital social ou des sièges de l’organe d’administration ou exerce un pouvoir prépondérant de décision ou de gestion », indique le texte. Ces comptes doivent être ensuite déposés de manière détaillée à la CNCCFP qui peut demander des pièces complémentaires. Toutefois, la CNCCFP ne contrôle pas les dépenses des partis politiques en tant que personnes morales et publie un document de comptabilité global au Journal officiel. Les détails comptables des dépenses restent connus des seuls membres stratégiques du parti : président, trésorier et commissaires aux comptes.

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