Le flou, le loup et le lapin blanc

Vrais chiffres chômage Mars 2014 :

10 000 chômeurs de plus, malgré 324 000 radiés

Toujours 1 inscrit sur 2 qui ne perçoit aucune indemnité de Pôle emploi.

Seuls 2 chômeurs sur 10 sortent des listes pour « reprise d’emploi déclarée ».

Environ 1 emploi, trop souvent précaire, pour 100 demandeurs.

33 % environ de la population active sans emploi ou sans emploi stable.

Tous les détails par catégories et le reste : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/vrais-chiffres-chomage-mars-2014-151156

Mardi 29, Daniel Schneidermann titrait sa chronique au Nouvel Obs « Apprentissage des seniors : un loup dans le lapin blanc », en référence au grand magicien qu’est devenu François Hollande. Énième idée pour résorber le chômage : les seniors sont invités à « s’approprier l’idée » qu’ils pourraient retrouver un emploi. Une idée, en effet, ça coûte encore moins cher que le Smic au rabais proposé par certains. Mais que cache le flou, et où se tient le loup ? Voici le nouveau contrat de génération !

« De son grand chapeau, Hollande a tiré une trouvaille géniale : envoyer en apprentissage les « chômeurs de longue durée ». Dans la novlangue des communicants et des consultants, « chômeur de longue durée » est synonyme de déchet humain non-recyclable de plus de cinquante ans. On peut aussi parler de « senior », les termes sont désormais équivalents. Hollande n’a mis au courant ni ses ministres, ni les patrons, ni les syndicats, l’effet en aurait été atténué. Ainsi lancé sans préavis, le lapin blanc des « seniors en apprentissage » vise droit le journal de 20 Heures, qu’il atteint d’ailleurs sans difficulté. Médusé, Pujadas relate « l’annonce de cette disposition inédite » (comme si elle allait entrer en vigueur demain matin), tandis que l’on se demande vaguement où est le loup, et pourquoi personne n’y a pensé avant.

D’où vient l’idée ? Réponse quelques heures plus tard sur la même chaine, chez Calvi. L’idée, donc, vient d’une co-production entre « le monde associatif » (entendez notamment le Secours Catholique) et certains patrons comme Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez. D’ailleurs, présent sur le plateau de Mots croisés (quelle coïncidence !) le président du Secours catholique juge l’idée formidable. Car le senior, c’est bien connu, ne cherche pas un boulot, ni un salaire. Il cherche « à se remettre dans cette situation où il se réapproprie l’idée qu’il peut retrouver un emploi » explique le président du Secours Catholique. Autant en effet qu’il « s’approprie » cette idée, plutôt qu’un vrai salaire.

Les seniors en apprentissage : dans cette idée, on pourra voir simplement la nième tentative de traitement sémantico-psychologique du chômage, au carrefour toujours très fréquenté de la gamberge patronale et de la pulsion caritative. On pourra aussi y voir le masque du renoncement à résorber le chômage des jeunes : pendant que le gouvernement envoie les quinquas en apprentissage, il baisse les aides d’État à l’apprentissage des jeunes, faisant chuter en 2013 le nombre des (vrais) apprentis, pour la première fois depuis 2005. Ce que ne rappellent, évidemment, ni Pujadas, ni Calvi, qu’il serait parfois utile d’envoyer quelque temps en apprentissage. »

Mais, cher Daniel Schneidermann, pourquoi voudriez-vous que Hollande prévienne son entourage chaque fois qu’il lui vient une idée géniale ? Il reste assez de socialauds solfériniens qui le suivent comme un seul homme, voire devancent les explications du chef. Par exemple François Rebsamen, nouveau ministre du Travail qui, lors d’une audition au Sénat mardi 22 avril devant la mission d’information « sur la réalité de l’impact sur l’emploi des exonérations de cotisations sociales », indiquait qu’à l’horizon 2017, les 10 milliards de baisse de cotisations patronales prévues par le gouvernement permettraient « la création ou le maintien de 190.000 emplois ». Création ou maintien ! C’est le Medef qui doit se frotter les mains. Contreparties avez-vous dit ?

Mais le sinistre Rebsamen va plus loin encore en chiffrant l’impact attendu du pacte de responsabilité : 190.000 emplois créés ou maintenus au titre des 10 milliards de baisse de cotisations patronales et 300.000 emplois créés ou maintenus au titre des 20 milliards offerts via le CICE. Mais où sont passés les 2 millions d’emplois réclamés par Arnaud Montebourg, sinistre du déclin productif ? On n’en est même plus au million d’emplois annoncés par Gattaz. Sans doute Hollande savait-il de quoi il parlait à propos d’inversion de la courbe.

Selon le chiffrage gouvernemental, chaque emploi maintenu ou créé le serait donc au prix 61.224 € d’argent public détourné au bénéfice des entreprises. Quand on sait que selon l’Insee, le salaire médian brut annuel en France s’élevait en 2011 à 20.100 €, on constate que dans le meilleur des cas, le gouvernement offre trois ans de travail gratuit aux entreprises.

Le volet des 30 milliards de cadeaux aux entreprises est donc depuis ce 23 avril « acté ». François Hollande pourra alors le 7 mai aller présenter devant la Commission Européenne la « trajectoire des finances publiques ». L’est pas belle, la Hollandie ?

 

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