Quand on ne mange pas, la politique c’est loin !

Sous le titre « Municipales 2014 : pôles alimentaires et univers-cités populaires », le blogueur Jacques Broda a écrit le texte suivant sur le site de La gauche-cactus. Sémaphores ne pouvait qu’inviter ses lecteurs et lectrices à partager cette réflexion qui s’impose, particulièrement à l’heure où, malgré un clair séisme électoral, certains seraient tentés de poursuivre une politique d’austérité.

Le savoir de la faim et la faim de savoir orientent une proposition innovante et urgente. Le programme dans les villes de plus de 20.000 habitants doit inclure un projet sur cinq ans : éradiquer la faim, instruire les populations à partir des valeurs de l’éducation populaire. Ces deux axes prioritaires ne sont pas opposés aux nécessités du logement, de la santé et de l’emploi. Ils en sont la condition incontournable.

1. Pôle alimentaire. Fédérer à partir de la commune toutes les initiatives sociales, municipales, associatives, créer un grand pôle alimentaire, avec pour objectif : ’la faim zéro’ en 2020. Il y a urgence à lutter contre les phénomènes de malnutrition, dénutrition, dénoncés avec vigueur par tous les organismes : dont la profondeur est sans précédent, frappant des pans entiers de populations précaires, chômeurs, retraités, familles monoparentales ; les enfants, les adultes ont faim, ou ne mangent pas équilibré, avec toutes les conséquences catastrophiques en termes de santé, d’incapacités (diabète, obésité, hypertensions…).

Depuis trente ans je vois la chute autour de moi, en moi, la faim, le manque, la nécessité absolue, manger devient une obsession, ne pas manquer une hantise, j’engrange, je bénéficie de l’aide alimentaire, le placard est plein, on ne sait jamais. Les enfants sautent les repas. Ils mangent d’abord, moi après, s’il en reste. Petit à petit les forces me quittent, lentement, doucement se crée une autre forme d’être au monde, une forme hallucinée où le monde m’apparaît à travers la nourriture, la faim et la soif, je n’ai plus la force de demander, chercher, aller de bureau en bureau, du Secours Pop, aux Restos du cœur, ce n’est pas la honte, ce n’est plus la honte, c’est l’absence d’énergie, de désir de vivre, tout lâcher, tout abandonner. Voter ! Voter ! Je ne mange pas, et quand on ne mange pas la politique c’est loin, très loin, comme une nébuleuse, un autre monde, un monde de l’Autre, où ils apparaissent sur l’écran bien nourris, à l’aise ; dans mon ’foyer’ depuis trente ans, de mère en fille, parfois je fais des ménages pour trois euros de l’heure ; les bénéficiaires de l’aide alimentaire dépensent deux euros et trente centimes par jour pour manger. Voter ! Travailler ! Avec quelle énergie, quelle force, quelle vitalité ? C’est la chute, mon corps m’échappe, mon désir aussi. La vie, la mort, dans le quartier on n’a pas le temps, ni les moyens de faire le deuil de nos proches, le fils, mon père, les deuils s’accumulent, comme les poupées russes, on devient tous mélancoliques.

Article complet sur : http://www.la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article1804

article en complément :

http://www.liberation.fr/monde/2014/03/21/l-alimentation-devrait-etre-un-droit-de-l-homme_989006?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

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