Le pari de Pascal

Voter ou aller à la pêche, that is the question, puisqu’ainsi l’a voulu la très large majorité des médias qui ont choisi de mettre en avant l’abstention « record » pour ce type d’élections plutôt que d’informer sur ses véritables enjeux. C’est un fait, les peuples habituellement surinformés par un flot d’inepties se retrouvent, pour le coup, complètement sous-informés. On en voudrait pour énième preuve qu’à l’heure de la rédaction de ce billet, soit quatre jours avant le scrutin, les professions de foi des candidat(e)s ne sont toujours pas arrivées dans nos boîtes aux lettres. Et ce, sur l’ensemble du territoire français d’après les commentaires que nous avons pu observer sur les réseaux sociaux. Cette entorse au code électoral mériterait à elle seule l’invalidité du vote de dimanche 25.

Pour sa modeste part et dans son rôle de colibri, Sémaphores (qui, rappelons-le, cessera son activité au lendemain de ces élections) aura tenté de répercuter quelques voix discordantes dans cette apathie consensuelle (mais savamment entretenue, n’en doutons pas) des gouvernements en place et leurs médias aux ordres. Il nous reste peu de temps avant que de conduire ces pages sémaphoriennes vers une autre formule, mais assez pour inciter les indécis-es à lire ce dernier billet. Nous le devons à Pascal Campel (d’où notre titre) et le répercutons à l’attention de ceux qui ne l’auraient pas découvert sur la page Facebook de son auteur.

Par Pascal Campel

Voter, ou aller à la pêche le jour de l’élection au Parlement Européen ? Pour les candidats, telle est LA question. Et si dans les meetings ils exposent leurs programmes, la question de la participation est bien celle qui les préoccupe.

Pour ma part j’irai voter !

Européen, je le suis, et depuis des lustres, oserais-je dire des décennies !
J’irai voter sans illusion car l’Europe, celle de 2014, n’est pas celle dont je rêvais hier, celle à laquelle je ne cesse de rêver. Une Europe qui aurait d’abord l’ambition d’un objectif commun porté par des institutions démocratiques.

Alors, naïf ? Non ! Seulement européen. Viscéralement européen.

Naïf certainement pas. Qui peut croire en 2014 que la construction européenne a chassé le spectre de la guerre sur le continent ? Ce serait oublier le terrible conflit né du démantèlement de l’ex Yougoslavie, oublier que l’Europe a été une fois encore le théâtre d’un génocide en Bosnie. Une guerre que l’Europe a été incapable d’éviter, de maîtriser.

Naïf au point de penser que les pouvoirs du Parlement accrus par le traité de Lisbonne seraient une avancée majeure ? Ce serait oublier d’une part que le traité de Lisbonne a été imposé par les Etats après l’échec de plusieurs referendum sur le projet de Constitution, d’autre part que le Parlement s’il s’est parfois opposé à la Commission a voté le projet de budget européen 2014/2020, un budget d’austérité. Et pourtant, seul ce Parlement issu d’un vote populaire est la garantie d’un avenir démocratique pour l’Union Européenne.

La Commission en effet n’est que l’expression des intérêts divergents des États membres, et surtout l’artisan déterminé d’un politique ultra libérale dont le seul objectif est d’ouvrir le marché européen à tous les vents, vents d’ouest aujourd’hui avec le projet de traité transatlantique, le désormais fameux TAFTA , négocié en toute opacité par la Commission Barroso. Une opacité qui laisse craindre qu’au nombre des ennemis de la construction d’une Europe Unie, solidaire, et sociale il ne faille inscrire la Commission elle même

Pourquoi voter alors ?

Malgré tout ce qui ne me convient pas dans cette Europe ! Et pour cette seule raison, l’espoir. L’espoir qu’advienne enfin cette Europe où la parole des citoyens serait entendue, où le Parlement qu’ils auraient élu ait un pouvoir réel et non symbolique. Une Europe démocratique où la finance pour reprendre une formule de Keynes ne serait pas au volant mais reléguée sur le siège arrière, une Europe qui par ses valeurs serait un exemple comme la France de la Révolution l’a longtemps été.

Et donc j’irai voter ! Sans illusion certes, mais je ne suis pas naïf au point de penser que cette Europe idéale se fera en un jour. Et surtout pas naïf au point d’ignorer que nous citoyens européens avons trop longtemps laissé les mains libres aux eurocrates en allant à la pêche les jours d’élections européennes. L’Europe en ce début du XXI° siècle reste notre horizon incontournable et tous ceux qui proclament le contraire jouent avec le feu des nationalismes, et de toutes leurs perversions Voter pour un pouvoir parlementaire en Europe c’est exprimer sa confiance dans l’avenir européen.

Un pari ? Peut être Mais ce pari je le fais !

Les commentaires sont fermés.