Remue-méninges en cours…

mis à jour mercredi 27 août

C’est l’heure des universités d’été et autres remue-méninges des partis. L’occasion de donner des nouvelles de ceux qui se bougent pour autre chose que des strapontins et des portefeuilles. (Discours de JL Mélenchon pour le Parti de Gauche, suivi d’une interview d’Eva Joly pour EE-LV, suivi de Pierre Larrouturou pour Nouvelle Donne)

Discours de clôture du Remue-Méninges 2014


« 2017 sera une insurrection ! » – J-L Mélenchon… par lepartidegauche

extrait de l’interview publiée dans le Dauphiné Libéré le jeudi 21 août 2014

Le Dauphiné – Le Front de gauche est-il mort ?

« Le Front de gauche a été un acteur majeur de la dernière présidentielle, donc un tel acquis ne doit pas être dilapidé. Mais le Front de gauche souffre actuellement de n’être qu’un cartel, sans participation populaire. Vous savez, le système actuel n’a pas peur de la gauche, mais il a peur du peuple. Le Front de gauche doit cesser ses palabres entre dirigeants et se tourner vraiment vers le peuple, et le fédérer. Il y arrivera sur des perspectives fortes de rupture avec le système. Il faut trouver les moyens d’en finir avec la monarchie républicaine. Il faut mettre en route la VIe République et la Constituante, cette assemblée dont le travail sera de réorganiser tous les pouvoirs, avec le peuple. »

Le Dauphiné – Un exemple d’action de cette Constituante ?

« Donner aux électeurs la possibilité d’un référendum révocatoire qui leur permettrait de décider si tel ou tel élu peut rester en place. Cela existe au Venezuela ou aux États-Unis. En France, ce serait une vraie bombe contre le système actuel. Et la politique en serait changée du tout au tout.

Le Dauphiné – Il y a quelque temps, vous tendiez la main aux écologistes en citant l’exemple des municipales à Grenoble.

« Ce qui s’est passé à Grenoble est une anticipation qui me fait rêver. L’anticipation d’une gauche sortie des clous de la traditionnelle alliance avec le PS, d’une gauche inventive, d’une gauche fière d’innover et de proposer autre chose. On ne doit pas voir ce qui s’est passé à Grenoble comme une simple péripétie locale. C’est un sentiment qui monte au sein des militants écologistes, je crois. »

La primaire de l’espoir, l’autre primaire de la gauche

Eva JOLY députée européenne Europe Écologie et Julien BAYOU conseiller régional Île-de-France EE-LV 22 août 2014 à 07:42

Et si au lieu d’être obsédés par le socialisme gouvernemental, nous tentions d’ouvrir un autre chemin pour 2017 ? Selon Eva Joly, ancienne candidate à l’élection présidentielle et Julien Bayou, conseiller régional Île-de-France, une alliance politique est nécessaire pour trouver les voies de la confiance populaire.

Mettons les pieds dans le plat. Le progrès écologique et social est en panne. Si la politique conduite par le gouvernement est à ce point éloignée des aspirations de millions d’électeurs écologistes et de gauche, ce n’est pas par hasard. Cette situation est le fruit de la faiblesse et de la division des forces qui réclament une autre politique. Certes, la détermination de François Hollande et de Manuel Valls est grande. Mais elle n’explique pas tout. Le plus déterminant à nos yeux, c’est la responsabilité de celles et ceux qui, réclamant une autre politique, sont incapables de peser politiquement sur le cours des choses. Revenons sur la période écoulée. Deux stratégies étaient possibles : la participation pour faire bouger les choses de l’intérieur (celle que EE-LV a menée en vain), la critique de l’extérieur (celle notamment du Front de gauche). L’une et l’autre ont montré leur limite, échouant à peser réellement sur le quinquennat. Pourtant celles et ceux qui veulent une autre politique ne sont pas condamnés à être minoritaires

En 2017, une candidature pour l’emporter

La vérité, c’est que les forces qui réclament une autre politique sont sidérées par le Parti socialiste. Soient elles s’y rallient, soient elles le fustigent, mais toujours elles en font le centre de leur stratégie politique. Et si au lieu d’être obsédés par le socialisme gouvernemental, nous tentions d’ouvrir un autre chemin pour 2017 ?

Pour cette échéance, des millions de personnes attendent non pas une candidature de témoignage mais une candidature capable de l’emporter. Ce point est décisif : il ne suffit pas de faire la démonstration que la politique conduite n’est pas la bonne, mais dire quelle politique pourrait s’appliquer, et surtout quelle majorité pourrait la soutenir, et quel candidat pourrait l’incarner.

Rentrons dans le détail et interpellons publiquement les responsables politiques qui doivent se mettre en mouvement pour rendre possible ce projet.

Un rassemblement contre l’austérité

Nous sommes écologistes. Nous commençons donc par notre propre famille en disant que pour 2017, pour que la transition écologique soit au centre de la campagne, une candidature sera nécessaire. Et nous souhaitons qu’elle dépasse les limites habituelles de l’écologie politique, qu’elle soit de large rassemblement autour de l’objectif non négociable d’affronter le dérèglement climatique et de changer de modèle productif. Avec qui pouvons-nous discuter ?

Les partenaires sont nombreux : les nouveaux venus de Nouvelle Donne, dont certains sont issus de nos rangs, sont très avancés sur nos thèmes. Les socialistes de la gauche durable ou de Gauche Avenir ont eux aussi intégré un certain nombre de questionnements de l’exigence écologique. Nous avons de l’intérêt pour la tentative d’aggiornamento menée par celles et ceux du Parti de gauche qui se disent éco-socialistes. Si EE-LV est la plus avancée des formations sur la question écologique, nous ne désespérons pas de faire avancer nos idées au sein d’une alliance plus vaste. Si nous réussissons, les écologistes tentés par le centre et le ralliement dès le premier tour au Parti socialiste devront réfléchir à deux fois. Nous pensons qu’ils pourraient rejoindre notre dynamique.

Au sein du Front de gauche, les tensions se multiplient. Nous n’avons pas vocation à nous immiscer dans les débats internes de cette formation. Mais nous leur disons en amitié ceci : travaillons ensemble à la création d’une alliance politique qui a vocation à trouver les voies de la confiance populaire. Nous n’ignorons pas les différences entre nous, à la fois de traditions et de projet. Mais si nous ne les dépassons pas, rien ne changera. Alors, que les amis de Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent et Clémentine Autain acceptent l’idée d’une coalition pour le changement. Pour notre part, nous y sommes prêts. L’une des clés de cette coalition est un point d’accord fort entre nous : la nécessité de changer les institutions pour une sixième République qui rende le pouvoir aux citoyens. C’est une bonne base de discussion.

Venons-en aux socialistes non orthodoxes, c’est-à-dire qui ne sont pas alignés sur la politique d’austérité conduite. Ils constituent une galaxie complexe, à la cosmogonie incertaine et changeante. Mais avec tous et toutes, nous pouvons et devons discuter. Ils doivent aller au bout de leur démarche de désobéissance. Mais nous comprenons bien qu’ils ne jetteront pas dans le vide. Ce sont des responsables politiques, ils veulent un débouché pour leurs idées, et une efficacité électorale de leur positionnement. Nous leur disons : faites entendre votre voix et rejoignez une dynamique de coalition. La liste est longue des Lienneman, Germain, Guedj, Amirshahi, Cherki, Maurel, Romagnan dont les options politiques retiennent notre attention. Nous ne pouvons ici les nommer tous. Mais sachez que vos combats nous permettent d’espérer.

A toutes les personnalités ou formations précitées, nous nous adressons avec détermination et sans prudence pour faire bouger les lignes. Au pot commun de la réflexion et des propositions nous payons notre dîme par la présente tribune. Elle ne porte pas sur le programme mais sur la perspective de rassemblement. Nous disons : pour 2017, défendons une candidature commune, sur la base d’une plateforme commune. Organisons la primaire de l’espoir pour faire naître une autre dynamique. Qui nous dit que Christiane Taubira ou Arnaud Montebourg n’en serait pas ?

Offrir une alternative à la société

Si nous organisions cette primaire du progrès écologique et social, les électeurs et les électrices auraient donc le choix entre reconduire le président sortant, ou demander un changement de politique à gauche. Il n’est pas certain qu’ils choisiraient de persister dans la voie de l’austérité à laquelle ils n’ont jamais consenti. Nous sommes même persuadés du contraire. Nous ne serions certes pas d’accord sur tout. Mais c’est justement le propre d’une alliance que de réunir des partenaires qui acceptent chacun de renoncer à une partie de leur identité pour construire un pacte plus fort.

Alors, agissons vite. Dès que possible discutons ensemble, Nouvelle Donne, EE-LV, Front de gauche, socialistes non orthodoxes. Et faisons gagner nos idées. La maladie infantile de l’autre gauche, c’est la désunion et le sectarisme.

Quittons les postures minoritaires et ayons l’ambition commune de faire en sorte que la France prenne le chemin du progrès écologique et social. Une primaire de large rassemblement, portée par les citoyennes et les citoyens désireux de changer de politique pour choisir un autre avenir, nous permettrait d’éloigner le spectre d’un nouveau 21 avril en ouvrant la voie de l’espoir à gauche. C’est de notre responsabilité que de la rendre possible.

Eva JOLY députée européenne Europe Écologie et Julien BAYOU conseiller régional Île-de-France EE-LV

Entretien avec Pierre Larrouturou, co-président de Nouvelle Donne. Le jeune parti, composé d’anciens membres du Parti Socialiste, d’Europe Ecologie – Les Verts et du Front de Gauche, organise ses premières journées d’été à Amiens du 22 au 24 août.

Quel est le but de ces premières journées d’été ?
Pierre Larrouturou. 
Ces journées d’été sont une étape importante. C’est la première fois que l’on se retrouve ensemble pendant trois jours. On a fait beaucoup de meetings partout en France, mais on n’a jamais été si nombreux si longtemps. On sera entre 900 et 1000, venus de toutes les régions, alors que Nouvelle Donne vient juste de passer le cap des 10 000 adhérents en seulement neuf mois d’existence. Le but est de travailler sur le fond, sur les questions de démocratie, de chômage et de climat. Mais aussi de voir comment reconstruire l’espoir dans un paysage politique assez sinistré. Donc on espère un moment politique de convivialité et de brainstorming.

Que pensez-vous de la politique actuelle du gouvernement ?
Pierre Larrouturou.
  Elle est catastrophique. Tous les mois il y a 10 000 ou 20 000 chômeurs de plus. Et 30 000 ou 40 000 personnes qui ne sont plus comptées comme chômeurs parce qu’elles sont tombées dans la pauvreté. Donc tous les mois, il y a 50 000 personnes, 50 000 familles qui sont touchées dans la vie quotidienne. Et ces chiffres ne sont qu’une partie du problème. Voir que Manuel Valls refuse tout débat alors que cette politique ne marche pas, c’est dramatique. La croissance retombe partout. Depuis 2007, les socialistes ont été incapables de penser la crise, de mesurer sa gravité, et de penser des solutions. C’est pour cela qu’il est important que d’autres forces politiques le fassent.

Attendez-vous quelque chose des universités d’été du PS ?
Pierre Larrouturou. 
Non. Je n’attends rien. On a des amis du PS qui viendront nous voir, dont Barbara Romagnan et Pouriah Amirshahi. Il y a des gens très bien au PS, et de très bons militants, mais la direction du PS et du gouvernement, c’est dramatique.

Le gouvernement est-il encore de gauche ?
Pierre Larrouturou.
  Non. Hélas. En principe, être de gauche c’est vouloir construire la justice sociale par le dialogue social. C’est ça la social-démocratie. Je suis un ami de Michel Rocard qui m’a toujours appris qu’il faut construire le progrès social par le débat, par la discussion et la négociation collective. Et là, on a un gouvernement qui refuse de dialoguer, même avec ses députés, même avec des syndicats. C’est un système totalement monarchique, où il y a deux ou trois personnes qui décident et qui ont manifestement renoncé au progrès social. C’est un moment très grave et très triste de l’histoire de notre pays, et c’est pour cela que nous tous avons une énorme responsabilité. Avec un parti comme Nouvelle Donne, qui en seulement six mois  a réuni plus de 540 000 voix pour ses premières élections, aux européennes, on se dit qu’on a une responsabilité, avec d’autres, pour reconstruire une vraie alternative.

Des ambitions pour 2017 ?
Pierre Larrouturou.
Simplement que les Français puissent choisir une vraie politique de gauche et de justice sociale. Il faut que l’on soit capable, face à la désespérance et au désarroi social terrible, de susciter l’espoir. Si ce gouvernement est archi-décevant, c’est parce qu’il a trahi (1), qu’il a renoncé au progrès social, et même renoncé à changer l’Europe. On voudrait que dans trois ans il y ait une alternative crédible et citoyenne. On ne se résigne pas à un second tour entre Sarkozy et Le Pen. On n’en veut pas, donc on va tout faire pour que ce ne soit pas le cas.

(1)  son dernier livre, sur le sujet, s’appelle d’ailleurs la Grande trahison, aux éditions Flammarion.

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