A voté !

Le sénat repasse à droite ? Ah bon ? Parce qu’il était à gauche ?

Jean-Noël Guérini, qui a quitté le PS en avril dernier avant même que le parti ne prononce son exclusion, réunit trois fois plus de voix que les socialistes. Voilà pourtant un président de conseil général trois fois mis en examen. Ça doit être ce qu’on appelle la corrélation.

Dans l’Hérault, l’autre socialiste dissident et ancien partisan de Georges Frêche, Robert Navarro est réélu. Il est mis en examen pour abus de confiance à la suite d’une plainte du PS dans l’affaire des frais de fonctionnement de la fédération PS de l’Hérault. « Cela fait trois semaines qu’il invite des grands électeurs à tous les matchs possibles, en profitant des invitations de la région », soupirait un socialiste héraultais interrogé il y a quelques jours par Mediapart. Le lobbying paie toujours.

Jean-Michel Baylet, dit « le veau sous la mère » (et peut-être prochain patron du groupe Midi Libre) a été battu. Pour sa part, celui qui aurait pu être nommé ministre en 2012 s’il n’avait pas des ennuis judiciaires, est mis en examen dans une affaire concernant des frais de bouche du conseil général. À part ça, il est un bon exemple de cumulard :

  • Conseiller municipal de Montjoi (depuis 2008)
  • Président de la communauté de communes des Deux Rives
  • Conseiller général du canton de Valence
  • président du conseil général de Tarn-et-Garonne (depuis 1985)
  • Sénateur de Tarn-et-Garonne (du 28septembre1986 au 16juin1988 et du 2octobre1995 au 30septembre2014)

Dans les rangs de la droite, c’est le come-back  d’Alain Joyandet, ancien ministre de Nicolas Sarkozy qui avait démissionné en 2010. Mediapart avait alors révélé qu’il avait utilisé un jet privé facturé par l’État (coût 116 500 euros) pour se rendre en Martinique. Le ministre était aussi mis en cause dans une affaire de permis de construire contesté.

Et pour finir, deux rats du FN (le rat-Vier et le rat-Chline), entrent au sénat. Tiens ? On avait cru comprendre que Marine était pour la suppression du sénat. Par ailleurs on notera que David Rachline et Stéphane Ravier sont déjà tous deux conseillers régionaux et maires. Et maintenant sénateurs… Tiens ? Le FN n’est plus contre le cumul des mandats ?   (http://www.europe1.fr/politique/marine-le-pen-veut-supprimer-le-senat-1766635).

Bref, on l’aura compris, qu’il s’agisse de sénatoriales comme de tout autre type d’élections, une des causes de la désaffection des urnes et du désintérêt des citoyens pour la politique est cette inconvenante immunité/impunité des élus de tous poils qui, même mis en examen, peuvent continuer de postuler à des mandats. Par-delà le fait même que la loi les y autorise, on peut noter que tous ces sinistres individus n’ont donc aucune moralité, aucun sens de la probité, aucun respect de leurs concitoyens.

Mais il est un fait que, depuis 1789, l’élection permet aux riches d’acheter le pouvoir et d’établir une ploutocratie. (Gouvernement par les riches pour les riches). Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil sur le total des dépenses par candidat à la présidentielle de 2012, sachant que le gros de ces dépenses est financé par les riches, puis remboursé en grande partie par les pauvres.

  • François Hollande (PS) : 21,8 millions d’euros (28,6 % puis 51,7 % des voix)
  • Nicolas Sarkozy (UMP) : 21,3 millions d’euros (27,2% puis 48,3 % des voix) (Notons que ce total des dépenses s’entend hors affaire Bygmalion)
  • Marine Le Pen (FN) : 9,1 millions d’euros (17,9 % des voix)
  • Jean-Luc Mélenchon (FG) : 9,5 millions d’euros (11,1 % des voix)
  • François Bayrou (MoDem) : 7 millions d’euros (9,13 % des voix)
  • Eva Joly (EELV) : 1,8 million d’euros (2,3 % des voix)
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLR) : 1,2 million d’euros (1,8 % des voix)
  • Nathalie Arthaud (LO) : 1 million d’euros (0,6 % des voix)
  • Philippe Poutou (NPA) : 824 000 euros (1,1 % des voix)
  • Jacques Cheminade (SP) : 500 000 euros (0,25 % des voix)

En 2007 Nicolas Sarkozy (21 M€) et Ségolène Royal, (20,7 M€)

D’une manière générale, l’ordre des dépenses reflète peu ou prou l’ordre d’arrivée des candidats  

Par ailleurs on sait que les cadres du secteur public constituent toujours la majorité des maires, alors que les catégories modestes ne représentent plus en 2014 que 12 % des maires contre 33,5 % en 1983. On sait aussi que le recrutement social des maires des grandes villes n’a pas changé. La part des employés et des ouvriers du privé comme celle des instituteurs a grandement poursuivi son déclin. De même, la proportion des femmes reste stable à 12,3 % en 2008 comme en 2014, leur proportion étant la plus importante sous l’étiquette PS (16,9 %) et sous l’étiquette PCF ou Front de gauche (16,7 %) alors qu’elles sont bien moins nombreuses à la tête des listes UMP et alliées (10,9 %) ou des listes de la famille centriste (7,7 %). Autres données intéressantes : l’âge moyen des maires reste le même qu’en 2008 : 56 ans. Seuls 10,8 % des maires élus en 2014 l’ont été à la suite de l’organisation par le maire sortant de sa succession politique.

Sortir de ce système ne pourra passer par aucune autre solution que la remise à plat des règles du jeu et des institutions. Il n’y a rien à attendre d’élus qui ne voudront jamais rien lâcher et le seul vrai changement ne peut venir que du peuple.

Bonus :


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