Le dessous des cartes_2/4

Ce second volet est donc consacré comme annoncé aux cartes dites « anamorphiques », et certains vont peut être se poser la question : une anamorphose, kézaco ?

Une anamorphose est une déformation d’images, de telle sorte que des images bizarres redeviennent normales quand elles sont vues à une certaine distance ou selon un certain angle, ou réfléchies dans un miroir courbe. Dans le monde de la peinturlure, un de ces effets d’optique les plus célèbres est le fameux tableau du peintre Hans Holbein.

Ce tableau contient, au premier plan, une forme qui évoque vaguement un os de seiche. Mais observé depuis un point de vue oblique, on découvre qu’il s’agit d’un crâne humain, caractéristique des vanités de la Renaissance.

Depuis Holbein, bien des peintres et illustrateurs, surtout de rue, ont développé ces anamorphoses à un point spectaculaire, des trompe-l’œil en version parfois géante.

Les anamorphoses cartographiques

En cartographie, on nous explique que « l’anamorphose classique est une représentation des États (ou de mailles quelconques) par des rectangles ou des polygones quelconques en fonction d’une quantité qui leur est rattaché.»

La première publication scientifique proposant un algorithme pour réaliser une anamorphose date de 1973 (Tobler). Les passionnés trouveront en fin d’article un lien vers un PDF de 160 pages (Support de cours au format pdf pour les Master 2 Carthagéo).
Pour avoir une idée des représentations auxquelles aboutissent ces déformations, commençons par cette carte SNCF qui permet de visualiser combien il vaut mieux être montpelliérain que niçois si l’on veut se rendre à Paris en TGV.

De même, à savoir que nous somme 66 millions de français, la carte suivante permet de voir d’un seul coup d’œil où ils sont plutôt entassés.

On peut de la même manière visualiser la population mondiale, ce qui permet de mesurer la concentration asiatique qui ne surprend plus personne, ou de noter, par exemple, que le continent africain y maigrit par rapport à sa taille habituelle sur les planisphères, mais qu’il y a sans doute une légère corrélation avec les cartes 10 et 11 proposées plus loin.

L’économie de la mer, horizon politique

Les océans représentent 70% de la surface de la planète. Plus des deux-tiers de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres d’une côte. La mer est obligatoirement la nouvelle frontière de l’humanité“. Voilà comment J.L. Mélenchon parle de ce nouvel horizon et n’a de cesse de tenter de faire rentrer la question de la mer dans le débat public [Cf. faire entrer la mer en politique]. Ce positionnement, s’il n’est pas dénué d’universalisme est d’autant plus intéressant et stratégique pour la France que notre territoire national représente la deuxième plus grande surface maritime du monde, juste derrière les États-Unis. Pour contribuer au débat, Nicolas Lambert a donc réalisé cette carte qui montre le poids des états en fonction de la surface de leur zone exclusive économique. Sur cette carte, la taille des pays est proportionnelle à leur surface maritime territoriale. Les 5 premiers pays sont représentés en bleu foncé.

Mais l’intérêt des cartes anamorphiques est que le maillage polygonal permet d’entrer toutes sortes de données sur un sujet dont on souhaiterait mesurer l’importance. Par exemple, la carte suivante évalue la proportion de livres et de lecteurs dans le monde. L’Inde y maigrit quelque peu, quant à l’Afrique… sans doute que la tradition orale y a encore de beaux jours.

On peut, par le même procédé, voir la proportion d’individus qui vivent avec moins d’un euro ou dollar par jour. Là, sans surprise, ce sont l’Europe et les États-Unis qui disparaissent quasiment de la carte.

Bien triste en vérité, mais ô combien édifiantes, les deux cartes suivantes témoignent des pays impactés par le virus du sida, puis du paludisme… C’est sans commentaire.

Et une petite dernière, fort cruelle, qui contribue à expliquer bien des choses et met en évidence combien le néo-colonialisme a lui aussi de beaux jours devant lui. Cette carte met en avant la propriété industrielle. Pas la peine d’y chercher encore l’Afrique, et même l’Amérique Latine nous semble bien dénuée de droits industriels.

Notre prochain volet sera intitulé : Des cartes surprenantes

Ceux qui veulent aller plus loin et tout savoir des cartes et procédés anamorphiques peuvent se rendre ici : http://neocarto.hypotheses.org/366

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