Partager le temps de travail

Le Medef multiplie cette semaine les ballons d’essais pour remettre en cause le droit du travail. Face à cette offensive, assumons un discours clair sur le partage du temps de travail. Que ce soit pour créer des emplois ou pour ne pas passer notre vie à la gagner, il est grand temps de renouer avec ce progrès que représente la réduction du temps de travail : appliquons enfin vraiment les 35 heures et allons bien au-delà !

1) 35 heures : on en est encore bien loin
2) 35 heures : supprimer les dérogations pour créer vraiment des emplois
3) Vers la semaine de quatre jours
4) Une 6e République qui proclame le droit au temps libre : pour une 6e semaine de congés payés !
 

Le partage du temps de travail, c’est le progrès !

par Sylvie Aebischer et Boris Bilia

Le MEDEF est à l’offensive : avec un gouvernement prêt à multiplier les réformes « structurelles » de casse du droit du travail qu’il réclame depuis de longues années, il va toujours plus loin en multipliant les ballons d’essai digne du programme le plus rétrograde de l’UMP : suppression des jours fériés, remise en cause de la durée légale du travail et de la majoration des heures supplémentaires… Retour à l’âge de pierre assuré !


Face à cette offensive, il nous faut non seulement défendre les 35 heures mais aller plus loin et revendiquer un véritable partage du temps de travail. Que ce soit pour le droit au repos de chacun, à la vie personnelle et citoyenne, la réduction du temps de travail a toujours été un combat progressiste porté par l’ensemble des forces de gauche. Les « trois 8 », les congés payés, la retraite à 60 ans, c’est le sens du progrès ! Mieux la réduction du temps de travail permet même de créer des emplois. Allons dans le sens de l’Histoire : il y a urgence de partager vraiment le travail !

35 heures : on en est encore loin !

Contrairement aux idées ressassées par l’orthodoxie libérale, les 35 heures se sont mises en place avec tellement d’assouplissement qu’elles aboutissent à un paradoxe : la durée de travail moyenne des salariés à temps plein en France est de 39,5h. Entre 2003 et 2011, la durée effective de travail a augmenté pour toutes les catégories socioprofessionnelles (+2,2 % pour les ouvriers et +2,3% pour les employés).

Le partage du travail est aujourd’hui très inégalitaire : à côté de la généralisation des heures supplémentaires, on constate la multiplication des temps partiels imposés. En incluant les temps partiels, les Français travaillent de manière effective 37h hebdomadaires. La France se retrouve dans la moyenne européenne 37,2 dans l’UE à 15 et même 36,2h en Allemagne selon Eurostat ! Si le patronat et les droites, complexée et décomplexée, cherchent à faire travailler plus les Français, c’est le temps partiel subi qu’il faut éliminer. 80 % des femmes sont concernées par les contrats à temps partiel, subventionnés à coup de milliards d’exonération de cotisations sociales. Partager le temps de travail avec hausse des salaires, c’est aussi lutter contre le premier facteur d’inégalités salariales entre les hommes et les femmes.

35 heures : supprimer les dérogations pour créer vraiment des emplois

Un des premiers enjeux de la réduction du temps de travail est d’appliquer réellement les 35 heures pour tous en revenant sur les aménagements incessants du dispositif et en les appliquant partout ! C’est à cette condition que la RTT créera des emplois.

L’application des 35h n’a pas concerné les PME de moins de 20 salariés(29% de l’emploi en France) où les heures supplémentaires sont comptabilisées seulement à partir de 37 heures avec un taux de majoration de seulement 10%.Quant au secteur public (26% de l’emploi salarié en France !), les 35 heures se sont faites à effectifs constants sous la pression du dogme de la réduction du nombre des fonctionnaires : elles auraient dû conduire au recrutement de 200 000 fonctionnaires ! Les effets ont été dévastateurs pour les salariés mais aussi pour les usagers du service public qui font face à un service dégradé (horaires réduits). Dans les hôpitaux par exemple, l’absence de recrutement a désorganisé les services, notamment les urgences, et pèse sur les conditions de travail des agents avec des journées de RTT impossibles à poser. Il est urgent de généraliser les 35h dans des conditions favorables aux travailleurs et de baisser la durée légale hebdomadaire maximale (actuellement à 48h).

Vers la semaine de quatre jours !

Il est temps d’aller vers les 32 heures sur le modèle de la semaine de 4 jours. C’est possible : il s’agirait d’une réduction moins forte (-8%) que le passage de 39 à 35 heures (-10%) ! Le passage aux 32 heures permettrait selon les projections la création de 200 000 à 300 000 emplois. Mais pour de réelles créations d’emplois il est nécessaire de conditionner toutes les aides aux entreprises aux créations de postes. L’histoire le prouve : les créations d’emplois ont été bien plus importantes durant la Loi Aubry I qui imposait des contraintes de création d’emplois en contrepartie des aides aux entreprises (augmentation de 6 à 8 % en moyenne). La loi Aubry II a maintenu les subventions sans critères d’emploi et créé un effet de rente injuste et inefficace : résultat moins de 3 % d’augmentation des emplois en moyenne.

Mais une telle réforme doit aller de pair avec un renforcement du pouvoir des salariés dans les entreprises pour qu’ils puissent peser sur la négociation et que le passage aux 32 heures ne se fasse pas au prix d’une nouvelle flexibilisation de l’emploi. Pour éviter une nouvelle intensification du travail comme lors du passage aux 35 heures, il faut notamment interdire la redéfinition des activités relevant ou non du temps de travail dans les négociations en entreprises (pauses, habillage, douches…).

Une 6e République qui proclame le droit au temps libre : pour une 6e semaine de congés payés !

L’idée de disposer de plus de temps pour soi et pour les autres était au cœur de notre programme « l’humain d’abord ». La 6e République devra reposer sur une articulation entre un réel temps libre personnel et un temps citoyen pour permettre à chacun de s’investir dans les choix collectifs. Revendiquer le droit au temps libre, c’est proposer à tous du temps associatif, militant et politique pour partager le pouvoir et permettre à la démocratie de fonctionner sainement sans laisser aux oligarchies politico-économiques décider à notre place !
C’est donc l’ensemble de la place du travail dans nos vies qu’il faut prendre en compte pour penser l’émancipation collective. Ainsi la question du partage du temps de travail ne se pose pas que sur la semaine, elle s’applique autant à l’année voire sur la vie. Replaçons au centre du débat la question du bien-être de tous pour avoir le temps de vivre pour soi, mais aussi de s’investir dans la vie de la cité ! Et si notre projet de société n’était pas seulement de passer notre vie à la gagner ? Cette reconquête du temps libre passera ainsi par la retraite à 60 ans pour tous et la revendication claire d’une 6e semaine de congés payés. Pour vivre mieux et travailler tous, partageons le temps de travail !

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