Cette peur qui rassemble

Le terrorisme et cette peur qui rassemble autour des chefs

Le billet du 24 décembre 2014 de Hubert Huertas

Ce n’est pas alarmant mais c’est très alarmant, tel est le diagnostic au sujet des trois drames de Joué-lès-Tours, Dijon et Nantes, si l’on s’en tient aux messages du gouvernement. Une étrange communication : elle dément toute dimension terroriste tout en mettant en marche la machine à faire peur.

Trois faits divers et la machine s’est mise en route. Une machine à faire peur, et qui fonctionne aux raccourcis, comme si tout était relié, de l’islam de France à l’islamisme de « Daech » (organisation de l’État islamique), de la Syrie au commissariat de Joué-lès-Tours, de Joué à Dijon, de Dijon à Glasgow, où un camion-poubelle s’est encastré dans un magasin parce que son chauffeur a eu une crise cardiaque, et de Glasgow en Bretagne. La menace globale. La « guerre », a même diagnostiqué le délicieux Jean d’Ormesson.

Quant à Manuel Valls, il a carrément devancé la série noire en lançant une alerte rouge, quelques heures avant qu’un automobiliste ne fonce sur des passants à Nantes. « Jamais nous n’avons connu un aussi grand danger en matière de terrorisme », s’est-il écrié lundi après-midi, au cours d’un déplacement à Montpellier.

Bigre ! Jamais ? Mohammed Merah, c’était donc moins radical ? Le 11 Septembre était une petite bière ? La rue Copernic en 1980, et ses quatre morts, une anecdote ? La rue des Rosiers et ses 6 morts et 22 blessés en 1982, une simple contrariété ? Le train le Capitole, ses 5 morts de mars 1982, une tracasserie ? La station de métro Saint-Michel en 1995, ses 8 morts et 117 blessés un mauvais souvenir ? Les bombes des Champs-Élysées, du Pub Renault, de la rue de Rennes, et la liste n’est pas close, cette permanence du terrorisme pour des motifs les plus divers, ne serait donc qu’une musique douce par rapport à ce que nous vivons aujourd’hui, sous l’œil des télés tout info ?

New York, le 11 septembre 2001. © Reuters

Ce type qui attaque un commissariat avec un couteau serait dangereux comme un Boeing fonçant sur le World Trade Center ? Cet homme répertorié comme dérangé mental à Dijon serait affilié à un complot mondial parce qu’il aurait crié Allah Akbar en jetant sa voiture sur des passants ? Et cet autre marginal, marqué par le malheur et l’alcoolisme, et qui ne s’appelle pas Mohammed mais Sébastien, renforcerait la certitude d’un péril absolu parce qu’il a foncé sur une foule avant de s’auto-poignarder de plusieurs coups de couteaux ?

A priori, aucun rapport entre ces faits tragiques mais une angoisse collective, qui les relie comme une toile d’araignée, et que le monde médiatique et politique amplifie en voulant la balayer, à moins qu’il ne l’entretienne pour se protéger lui-même, ou s’en nourrir.

Ainsi le Front national décide-t-il en tapant du pied que ces malheurs sont le fruit du terrorisme et de rien d’autre, comme jadis Jean-Marie Le Pen soutenait que le sida se transmettait par les larmes ou les moustiques. Le gouvernement tient un conseil de crise, tout en précisant que la crise n’a pas frappé. Ainsi Manuel Valls finit-il par rassurer la France en annonçant que ces violences n’ont rien à voir entre elles, mais en annonçant un durcissement du plan Vigipirate.

Ainsi François Hollande déclare-t-il depuis Saint-Pierre-et-Miquelon : « Même si tous les événements de ces derniers jours ne peuvent pas se rapporter à cette seule cause, il n’y a qu’un événement qui peut être regardé clairement comme un acte terroriste, c’est celui de Joué-lès-Tours, mais nous sommes pleinement dans l’action et en même temps nous voulons montrer que la vie continue. »

Quel cadeau font au pays ces pères noël ? Est-ce le réconfort de se sentir à l’abri pour profiter de la trêve des confiseurs, ou la peur qui rassemble autour des chefs en leur donnant de l’importance, et de l’audimat ?
À vous de choisir, et joyeuses fêtes à vous tous…

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