L’effet domino

par Eric Coquerel

Le meeting de soutien à Syriza du 19 janvier 2015 à la salle Japy (Paris 11) rentrera sans doute dans les annales.

Comme le fut celui de fondation du non de gauche au TCE le 17 mars 2005, dans le même lieu, soit le jour même où les sondages annonçaient pour la première fois le « Non » en tête. Même diversité, même unité, même dynamique d’élargissement au service d’un but commun : cette fois la victoire de Syriza. Et il est désormais tout à fait possible que, comme la victoire du « Non » le 29 mai 2005, le résultat du 25 janvier 2015 en Grèce satisfasse les 2000 personnes massées lundi à Japy.

Bien sûr la victoire de Syriza serait d‘abord un bienfait pour le peuple grec martyrisé par l’austérité. Mais chacun comprend bien l’effet domino possible qu’elle pourrait déclencher en Europe et en France, tant la même chaine d’austérité étrangle les peuples. Ce sera également la démonstration que si « notre » gauche est capable de l’emporter dans un pays, pourquoi ne le serait-elle pas ailleurs ? On pense évidemment à Podemos lors des législatives espagnoles à l’automne, pour commencer. Mais n’en déplaise à la sphère politico-médiatique, le phénomène n’est pas propre à l’Europe du Sud. Même si la situation économique n’est, heureusement, pas aussi dégradée en France, l’autre gauche a ici des atouts non négligeables pour y prétendre, pour peu qu’elle évite les erreurs récentes. A commencer par suivre la leçon première de Syriza : l’indépendance absolue vis-à-vis des forces gouvernementales. Japy a donc été un signal positif avec la présence, une première, de Cécile Duflot (« je me sens à ma place ici » a proclamée la dirigeante d’EE-LV), Pierre Larrouturou pour Nouvelle Donne, de socialistes dissidents mais aussi de syndicalistes et associatifs aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent ou Clémentine Autain. Le dépassement nécessaire du FDG, non sa disparition, dans un front plus large, s’est peut-être incarné pour la première fois lundi dernier. Cela demande évidemment vérification : le vote contre la loi Macron en est l’occasion rêvée.

On sait déjà que les mêmes forces vont se retrouver ensemble dans beaucoup de départements lors des prochaines élections cantonales. Ce sera un premier test même s’il se déroulera dans des conditions politiques difficiles. Là aussi, une victoire de Syriza ce dimanche pourrait nous donner du vent dans les voiles. A la condition que ces constructions unitaires en cours n’oublient pas l’essentiel : se tourner vers le peuple, ceux qui ont marché le 11 janvier comme ceux qui n’ont pas marché. Cela ne se passera pas en un claquement de doigt mais avec une méthode, celle de l’implication citoyenne. Voilà pourquoi il faut plus que jamais faire preuve d’un effort volontariste lors de ces élections pour mettre en place des assemblées citoyennes. C’est un premier jalon mais il est indispensable : la simple addition de forces politiques ne suffira pas à répondre à la crise démocratique. La déclaration commune du FDG sorti avant les fêtes va dans ce sens, le label national qu’il va proposer dans les jours à venir à ses potentiels partenaires, au plan national comme départemental, constituera une étape supplémentaire.

C’est la même volonté de construire un Front par et pour le peuple qui doit présider aux cadres actuels dans lesquels on retrouve aujourd’hui les forces qui se sont exprimées à Japy, ou au moins des personnalités qui les représentent. Chacun, dans sa fonction et ses spécificités, doit contribuer à construire l’alternative : le collectif 3A en appuyant et en développant des mobilisations contre l’austérité (cela commencera par la manifestation syndicale du 26 janvier contre la loi Macron) tout en y apportant des réponses alternatives communes aux partis, syndicats et associations qui le composent ; les « Chantiers d’espoir » lancés ce jeudi aux objectifs davantage programmatiques, y compris pour vérifier que nous serions capables de gouverner ensemble ; le M6R auquel la puissante aspiration républicaine qui s’est manifestée ces jours derniers donne toujours plus de pertinence : rien de moins que changer de République par la Constituante. Rien n’est évidemment joué d’avance mais au moins, après une année 2014 très difficile et souvent désespérante, tout cela fait sens, tout cela s’imbrique, tout cela est à rebours de l’union sacrée des libéraux que veut tenter de mettre en scène la loi Macron. Le mois de janvier n’est pas terminé que l’on sent bien que cette année 2015 pourrait accélérer l’histoire.

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