Même pas peur !

En mémoire de nos confrères de Charlie-Hebdo et des victimes du terrorisme assassinées à Paris, Montrouge et porte de Vincennes, nous, journalistes de presse écrite, radio, télé et internet affirmons notre refus obstiné de céder à la violence et à l’intimidation.

Leur combat nous oblige.

Leur courage, face aux menaces de mort, nous impose de continuer à informer sans transiger, toujours indépendants de tous les pouvoirs.

Comme eux, osons dire, crier, scander : nous n’avons pas peur !

Le rire est un rempart universel contre l’obscurantisme. La caricature des idées comme des croyances est une manière de faire vivre le pluralisme. Nous n’y renoncerons pas.

Nous voulons réaffirmer le sens de notre métier pour faire reculer la propagande, la rumeur et les manipulations. Dans les jours, les mois et les années qui viennent, nous voulons porter haut notre exigence et notre responsabilité d’informer nos concitoyens.

L’enjeu dépasse notre profession. Il en va de la démocratie, aujourd’hui rongée par le doute.

La presse a besoin de liberté

La liberté a besoin de la presse

Défendons-les !

« Le silence, c’est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs. Et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs. » Tahar Djaout, journaliste et écrivain algérien assassiné par le FIS en 1993.

Sociétés des journalistes de l’AEF, l’Agence France-Presse, Alternatives économiques, Canal +, Courrier international, La Croix, Les Échos, Europe 1, L’Express, Le Figaro, France Bleu, France Info, France Inter, France Culture, L’Humanité, iTélé, Lci, Libération, Marianne, Mediapart, Le Monde, Le Mouv’, L’Obs, Le Parisien, Le Point, RFI, RTL, Rue 89, Télérama, TF1 et La Vie.

Le « Je ne suis pas Charlie » de Shlomo Sand

Précision pour les charlistes, non-charlistes, anti-charlistes, réductionnistes, simplificatistes et tutti-quantistes, publier un texte n’a jamais signifié un accord total avec ce texte.

mardi 13 janvier 2015 par Shlomo Sand

Rien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid. Ce qui s’est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n’a rien d’original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l’une des premières questions qui m’est venue à l’esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s’identifier avec l’action des victimes ? Dois-je être Charlie parce que les victimes étaient l’incarnation suprême de la liberté d’expression, comme l’a déclaré le Président de la République ? Suis-je Charlie, non seulement parce que je suis un laïc athée, mais aussi du fait de mon antipathie fondamentale envers les bases oppressives des trois grandes religions monothéistes occidentales ?

Certaines caricatures publiées dans Charlie Hebdo, que j’avais vues bien antérieurement, m’étaient apparues de mauvais goût ; seule une minorité d’entre elles me faisaient rire. Mais, là n’est pas le problème ! Dans la majorité des caricatures sur l’islam publiées par l’hebdomadaire, au cours de la dernière décennie, j’ai relevé une haine manipulatrice destinée à séduire davantage de lecteurs, évidemment non-musulmans. La reproduction par Charlie des caricatures publiées dans le journal danois m’a semblé abominable. Déjà, en 2006, j’avais perçu comme une pure provocation, le dessin de Mahomet coiffé d’un turban flanqué d’une grenade. Ce n’était pas tant une caricature contre les islamistes qu’une assimilation stupide de l’islam à la terreur ; c’est comme si l’on identifiait le judaïsme avec l’argent !

On fait valoir que Charlie s’en prend, indistinctement, à toutes les religions, mais c’est un mensonge. Certes, il s’est moqué des chrétiens, et, parfois, des juifs ; toutefois, ni le journal danois, ni Charlie ne se seraient permis, et c’est heureux, de publier une caricature présentant le prophète Moïse, avec une kippa et des franges rituelles, sous la forme d’un usurier à l’air roublard, installé au coin d’une rue. Il est bon, en effet, que dans la civilisation appelée, de nos jours, « judéo-chrétienne », il ne soit plus possible de diffuser publiquement la haine antijuive, comme ce fut le cas dans un passé pas très éloigné. Je suis pour la liberté d’expression, tout en étant opposé à l’incitation raciste. Je reconnais m’accommoder, bien volontiers, de l’interdiction faite à Dieudonné d’exprimer trop publiquement, sa « critique » et ses « plaisanteries » à l’encontre des juifs. Je suis, en revanche, formellement opposé à ce qu’il lui soit physiquement porté atteinte, et si, d’aventure, je ne sais quel idiot l’agressait, j’en serais très choqué… mais je n’irais pas jusqu’à brandir une pancarte avec l’inscription : « je suis Dieudonné ». Lire la suite

«Ich bin nicht Pegida»

12 janvier 2015 |  Par Kai Littmann

Illumination de l’Ambassade de France à Berlin

Lundi soir, les Allemands, dans leur grande majorité, ont apporté la preuve qu’ils ont compris ce qui s’est passé à Paris. Les sifflets doivent encore retentir aux oreilles des «Pegida».

(KL) – «Ich bin Charlie – ich bin nicht Pegida», pouvait-on lire lundi soir sur les pancartes que brandissaient de dizaines de milliers de contre-manifestants «anti-Pegida» dans plusieurs villes allemandes. D’accord, à Dresde, fief des xénophobes de la «Pegida», il y avait environ le même nombre de manifestants que les semaines précédentes, mais lundi soir, on n’entendait que les sifflements des contre-manifestants. Les Allemands, aujourd’hui, sont vraiment «Charlie» et prennent leurs distances par rapport au mouvement islamophobe. Ce qui était particulièrement mal vécu par les antifascistes allemands, c’était le culot des «Pegida» dont certains avaient arboré un crêpe de deuil et portaient des petites pancartes disant «Je suis Charlie».

Lundi soir, ils étaient 30 000 à Leipzig, 20 000 à Munich, plusieurs milliers à Berlin et même à Dresde (où samedi, plus de 35 000 personnes avaient déjà manifesté contre «Pegida») – pendant que «Pegida» semble avoir atteint le maximum de son potentiel de mobilisation, le contre-mouvement commence à prendre de l’ampleur. Les Allemands ont compris ce que 4 millions de Français avaient exprimé dimanche dernier – il ne faut plus laisser nos pays entre les mains de ceux qui prêchent la haine et l’exclusion. Comme en France, les Allemands ont compris que l’heure est venue pour prendre position, pour descendre dans la rue, pour manifester et pour montrer une véritable solidarité avec ceux que les «Pegida», le FN et d’autres voudraient exclure de nos sociétés.

Il ne s’agit pas de minimiser le nombre de manifestants de la «Pegida» – ils étaient plus de 10 000 lundi soir à Dresde et sur Facebook, ils sont plus de 130 000 à avoir cliqué «Like» sur les pages de la «Pegida». Mais pour une population de 80 millions, les 130 000 supporteurs de la «Pegida» ne constituent pas plus qu’un poil à gratter – les Allemands sont déterminés de ne plus laisser ternir l’image du pays par ce mélange de néonazis, xénophobes et islamophobes.

Le contre-mouvement antifasciste devient de plus en plus fort – sur la toile, deux pétitions «anti-Pegida» ont recueilli en l’espace de quelques jours, plus de 600 000 signatures – une pétition parallèle «pro-Pegida», stagne actuellement à 1400 signatures. Ce qui démontre l’importance des «Pegida» – ils sombreront rapidement dans l’insignifiance la plus absolue.

Les attentats de Paris, mais aussi la réaction républicaine et extrêmement digne des Français depuis, ont envoyé une onde de choc à travers l’Europe. Les Allemands se sentent directement concernés par ce qui s’est passé à Paris et connaissant l’histoire de leur pays, ils refusent de vivre un «remake» des années 30 du siècle dernier.

En vue de la réaction déterminée face aux «Pegida», l’Allemagne peut s’exclamer aujourd’hui : «Ich bin Charlie !» Le début est fait. Si la société allemand pouvait réussir à maintenir cet élan antifasciste, la poussée vers la droite aura été stoppée avant de pouvoir prendre de l’ampleur. Charlie doit avoir un petit sourire dans le coin de la bouche, là où il nous regarde ce soir…

Crédit photo : Hubertl / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0

Le billet de blog precedent de Kai Littmann, L’Allemagne dit non aux néonazis, se trouve après la balise Lire la suite

Au fil de Charlie_n°1

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Mise à jour jeudi 15 janvier


Mediaporte : « Tous des charlots ! » par Mediapart

mise à jour mercredi 14 janvier

Sémaphores espérait bien afficher la Une du jour de Charlie mais un sombre individu du nom de Nicolas Sarkozy s’introduit partout et pourrit même nos pages. Nous espérons que vous ne nous en tiendrez pas rigueur, le temps de régler le problème.

D’autres sites subissent les mêmes infiltrations, le Sarkofou frappe partout, suivez le lien pour vous faire une idée : http://www.bfmtv.com/diaporama/jesuisnico-les-internautes-collent-nicolas-sarkozy-partout-1778/sur-la-chapelle-sixtine-20/

Pour ceux qui veulent en voir beaucoup plus c’est ici : http://je-suis-nico.tumblr.com/

Et pour ceux qui ont raté le début de la sarkoinfiltration c’est là :

http://blogs.mediapart.fr/blog/avp/130115/un-detour-propos-de-la-liberte-de-la-presse-et-une-video-positive-franco-allemande

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Parce qu’on entend répéter à l’envi sur les ondes qu’il y aura eu un avant et un après Charlie, comme il y avait eu un avant et un après 11 septembre 2011, Sémaphores ouvre ce fil intitulé « Au fil de Charlie », alimenté de nos glanes et ceux signalés par nos lecteurs-trices habituels. Car l’après attentat est forcément commencé. Le sursaut républicain dont le peuple français a témoigné à la face du monde entier ne signifierait plus grand chose si chacun rentrait maintenant chez soi pour reprendre sa petite routine, ses petites habitudes, son petit entre-soi. La question est :

On fait quoi, maintenant ?

Et si on commençait par ces petits détails qui nous empoisonnent la vie ? Le droit au blasphème, par exemple. Pourquoi ne tiendrait-on pas compte que les athées et les agnostiques représentent plus que les bigots de tous poils. Cela éviterait peut-être que certaines bouches empuanties rabâchent à longueur de micros de prétendues « racines chrétiennes de la France ». Oui, la France est multiconfessionnelle. Et c’est bien l’une de ses multiples richesses. Mais la foi est un outil personnel dont chacun peut user pour sa propre édification. La religion est tout autre chose et nous n’en connaissons aucune qui se serait fait sa place au soleil sans passer par les armes ou devoir les subir. Sur ce sujet, l’Histoire est une corne d’abondance et les exemples sont légions.

C’est pourquoi, si nous voulons avancer, un premier pas consiste peut-être à nous saisir de cette question du blasphème qui entrave la liberté d’expression. Ce droit doit s’inscrire dans la Constitution, rejoindre une fois pour toutes les valeurs de la République et la déclaration universelle des droits de l’homme de 1789. Dans l’immédiat, chapeau à Sophia Aram pour sa chronique du 12 janvier :

 Le blasphème c’est sacré


Le Billet de Sophia Aram : Le blasphème c’est… par franceinter

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Une photo qualifiée d’historique, mais qui doit nous faire réfléchir.

D’un côté les chefs barricadés, de l’autre le peuple républicain sans peur. Les uns sont le problème, les autres la solution.

Dans l’esprit de Charlie…

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L’après Charlie, c’est aussi dans les élections à venir qu’il va falloir le mesurer, les charlots !

Vous toutes et tous qui avez osé vous dresser avec votre ridicule slogan « Je suis Charlie », sachez que vous n’êtes que des « charlots ». Ce n’est bien sur pas Sémaphores qui vous le dit, mais le FN par la voix de son créateur et président d’honneur (?), et nous espérons que les millions de charlots qui n’étaient pas à Beaucaire le 11 janvier sauront s’en souvenir le moment venu.

Pour ceux qui auraient manqué cette étape :

Le président d’honneur du FN a qualifié dimanche de « charlots » les soutiens de « Charlie Hebdo« . Après avoir dit « Je ne suis pas Charlie ». Après avoir appelé à voter pour sa fille pendant les prises d’otages.

Mais où va-t-il s’arrêter ? Après avoir appelé à voter pour sa fille en pleine prises d’otages vendredi. Après avoir avoir lancé fièrement « Je ne suis pas Charlie » samedi. Le président d’honneur du FN Jean-Marie Le Pen a de nouveau créé la polémique dimanche 11 janvier en annonçant, sans vergogne, sa candidature aux élections régionales en Paca en pleine journée d’hommage aux victimes des attentats qui ont frappé la France cette semaine.

Non content de rompre l’unité nationale autour de cet hommage, il a qualifié de « charlots » les personnes qui manifestaient ce dimanche et en particulier les responsables politiques français.

Tous ces gens marchent avec la pancarte ‘Je suis Charlie’ alors qu’en fait ce sont des ‘charlots’ qui sont responsables de la décadence de la France », a-t-il lâché lors d’une conférence de presse à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône.

« Depuis longtemps, non seulement l’assimilation et même l’intégration ont été abandonnées par différents gouvernements qui se sont succédé », a par ailleurs lancé l’ancien président du FN.

« Je suis… candidat »

Un peu plus tôt, il avait annoncé à Tarascon qu’il conduirait la liste du Front national aux élections régionales en Paca en décembre, en ce jour d’hommage national.

« J’ai pour ma part accepté selon le voeu unanime de nos élus d’être candidat en tête de liste et d’accepter de prendre cette responsabilité » pour le scrutin prévu fin 2015, a assuré Jean-Marie Le Pen.

Nous sommes ici dans une des régions que les sondages accordent du bout des lèvres au FN avec celles du Nord-Pas- de-Calais et Picardie. »

Évoquant le Nord-Pas-de-Calais et la (…) Lire la suite sur Le Nouvel Observateur

à suivre

 

Le bal des affreux

Hollande se fait maître de cérémonie d’un bal des affreux

11 janvier 2015 |  Par Thomas Cantaloube et Mathilde Mathieu

François Hollande a choisi de défiler dimanche au côté d’Ali Bongo, de Viktor Orban, du Premier ministre turc, des ministres russes, algériens, égyptiens ou encore des Émirats arabes unis. Une galerie d’affreux en tous genres, ennemis de la liberté de la presse.

Gouverner, c’est choisir. En acceptant la participation à la manifestation en mémoire des victimes des attentats de Paris d’une joyeuse galerie d’affreux en tous genres, ennemis de la liberté de la presse, dictateurs et embastilleurs d’opposants issus des quatre coins de la planète, le gouvernement Hollande-Valls a une fois de plus fait la démonstration de sa lâcheté.


La marche des chefs d’Etat contre la terreur par BFMTV

Viktor Orban, Ali Bongo, le premier ministre turc, des ministres russes, algériens, égyptiens ou des Émirats arabes unis… Cette liste ressemble à la dernière page d’un Charlie Hebdo : les satrapes auxquels vous avez échappé. Sauf qu’ils étaient bel et bien présents dimanche 11 janvier, qui plus est dans le « carré VIP », pour défiler aux côtés du chef d’État français et de ses homologues.

Quant à certaines autres personnalités étrangères un peu plus fréquentables, tels Netanyahu, Junker ou le roi de Jordanie, leur présence sous la bannière « Je suis Charlie » aurait, en temps normal, légitimement conduit les dessinateurs et rédacteurs de Charlie à vomir illico

Un ministre du gouvernement Valls a déclaré en off  à Mediapart : « On ne pouvait pas prendre le risque de déclencher, en une journée, des incidents diplomatiques en série. » Piètre excuse. Un refus poli aurait suffi. Ou quelque chose de très diplomatique du genre : « Vous savez, cela va être compliqué d’organiser votre sécurité, et puis il n’est pas sûr que vous soyez bien accueillis par les manifestants. Mais passez nous voir dans quelques jours… »

Mais non, Hollande et Valls, qui sont devenus les organisateurs de facto de cette journée, ont préféré tirer la couverture à eux. Ils ont préféré jouer les grands leaders internationaux capables de mobiliser l’attention de leurs collègues et de la planète entière pendant quelques heures. L’organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) a eu mille fois raison de s’indigner de cette « récupération indigne ».

L’exécutif français a tout fait pour brouiller le message d’une émotion nationale et internationale sincère et digne.

Au nom de quelles valeurs communes ont défilé dimanche Luz et Viktor Orban ? Que pouvaient se trouver en commun des défenseurs de la liberté d’expression et le membre d’un gouvernement (égyptien, pas exemple) qui jette en prison des militants de tous bords parce qu’ils ouvrent leur bouche ? Qu’est-ce qui peut rassembler des gens qui disent non à la violence et des dirigeants qui en ont fait l’arme de préservation de leur pouvoir ?

Le tweet de Garry Gasparov, opposant de Poutine, après la manifestation dimanche

C’est une évidence d’écrire que les morts de Charlie Hebdo doivent se retourner dans leur tombe, eux qui ont toujours assumé l’affrontement politique et qui haïssaient l’unanimisme bêlant. Si l’on voulait nier la spécificité et la violence de ce qui s’est déroulé cette semaine en France en le transformant en vaste « Kumbaya » sans contenu politique, on ne s’y serait pas pris autrement.

En recevant sur le même plan et avec autant d’égards les victimes d’un incendie, les pompiers et les pyromanes, Hollande montre qu’il n’a, une fois de plus, aucun cap politique, aucun sens de ce qui est juste dans un tel moment national.

Ou plutôt si, tel l’éternel secrétaire national du parti socialiste, il joue la seule carte qu’il sait jouer : celle de sa préservation politique. À la question de la présence à Paris dimanche d’autant d’ennemis des libertés fondamentales, voici ce qu’a répondu l’Élysée : « Compte tenu du mal mondial que représente le terrorisme, tout le monde est bienvenu, tous ceux qui sont prêts à nous aider à combattre ce fléau. Ces terroristes ont une démarche totale. Ils se sont attaqués à la liberté de la presse à des policiers et ont commis des crimes antisémites. Nous ne pouvons pas nous permettre des distinctions entre les pays et des stigmatisations. »

En lisant cette déclaration, on comprend : la lutte contre le terrorisme est devenue l’alpha et l’oméga de la réponse gouvernementale. Comme si le terrorisme n’avait pas des racines et des causes, des financiers et des facilitateurs, dans les politiques et les alliances de la galerie d’affreux qui sont venus manifester à Paris. « Tous ceux qui sont avec nous sont les bienvenus, les autres sont contre nous », pourrait-on paraphraser. Ça ne vous rappelle rien ? À nous, si…

Bongo & Co : quelques acteurs de ce ballet tragique

Place de la République, une poignée de manifestants ont brandi les noms de journalistes gabonais visés par des arrestations arbitraires dans leur pays. Lors d’une manifestation organisée par l’opposition en décembre, interdite par le pouvoir, un étudiant a été tué et une vingtaine de personnes interpellées, dont des journalistes. Quelques jours plus tôt, un « observateur » de France 24 avait été arrêté. En septembre, deux hebdomadaires avaient aussi annoncé l’arrêt temporaire de leur publication à cause d’un piratage qu’ils attribuaient au gouvernement (illico démenti par le pouvoir).

Ces jours-ci, Ali Bongo use d’une main de fer pour répondre au regain de contestation provoqué par le livre de Pierre Péan (Nouvelles Affaires africaines), dont s’est emparé l’opposition, et qui l’accuse d’avoir falsifié ses diplômes et son acte de naissance.

Dans un entretien diffusé ce dimanche par RFI, le fils Bongo (déjà cinq ans de règne, 42 ans pour son père) justifie ainsi l’interdiction des rassemblements d’opposants dans son pays : « Comment voulez-vous laisser manifester des gens qui ne veulent pas reconnaître les institutions et la loi ? » Et il lâche cette phrase qui fait froid dans le dos : « Je n’ai pas envie de me débarrasser de tout le monde. » De quelques-uns seulement.

  • Ahmet Davutoglu, premier ministre de Turquie (154e au classement) :

Le président Erdogan le crie sur tous les toits : « Nulle part ailleurs dans le monde, la presse n’est plus libre qu’en Turquie. Je suis absolument certain de ce que j’avance. » Il n’allait donc pas laisser filer l’opportunité d’apporter son soutien à Charlie. Son premier ministre a pris part au défilé alors même qu’une trentaine de journalistes viennent d’être arrêtés en Turquie, dont quatre écroués, sous prétexte qu’ils formaient « un gang pour attenter à la souveraineté de l’État ». Parmi eux : le rédacteur en chef de l’un des principaux quotidiens du pays, Zaman, réputé proche du mouvement islamiste Güllen, principal rival du président Erdogan. Suspectés de soi-disant visées terroristes, ces journalistes risquent la perpétuité.

À Istanbul, même un tweet peut coûter cher. Il y a quelques jours, une présentatrice de télé, Sedef Kabas, a été placée en garde à vue à cause d’un message qui critiquait le magistrat ayant enterré le scandale de corruption qui a fait vaciller le pouvoir islamo-conservateur d’Erdogan à l’hiver dernier. D’après son juge, elle aurait « présenté comme des cibles les personnes chargées de lutter contre le terrorisme »… Son appartement a été perquisitionné, son ordinateur placé sous scellés. Voici le dessin (représentant Erdogan) qu’elle a posté samedi sur Twitter :

Dans un entretien à Paris Match dimanche, l’écrivain Nedim Gürsel rappelle cette évidence : « Monsieur Erdogan n’aime pas les caricaturistes. À chaque occasion, il porte plainte pour qu’ils soient poursuivis en justice. » Lui-même jugé pour avoir exercé sa liberté d’expression (puis acquitté), l’auteur rappelle cet épisode symptomatique : « Erdogan a reconnu qu’il avait (un jour) décroché le téléphone pour demander au patron d’une chaîne de suspendre une émission en direct qui ne lui convenait pas. Et il continue de le faire. »

  • Viktor Orban, premier ministre de Hongrie (64e au classement RSF) :

Plébiscité aux législatives d’avril dernier, Viktor Orban affirme aujourd’hui sans complexe sa préférence pour la démocratie « non libérale », comme en témoigne cette citation alambiquée mais glaçante : « Le thème à succès aujourd’hui dans la réflexion politique est de comprendre les systèmes qui ne sont pas occidentaux, pas libéraux, pas des démocraties libérales, peut-être même pas des démocraties, et qui apportent quand même le succès à leurs nations (…) : Singapour, la Chine, l’Inde, la Russie, la Turquie. » En Hongrie, il a enchaîné les réformes préjudiciables aux libertés de la presse.

Sa loi de 2011 sur l’information, qui a placé les médias sous tutelle d’un conseil proche du pouvoir, lui a valu un long bras de fer avec Bruxelles – l’obligeant à quelques concessions. Des amendes menacent désormais les médias qui ne produisent pas une « information équilibrée »… Il aura également fallu la pression de l’UE pour congeler un projet de taxe internet liberticide, qui devait voir le jour cet automne.

La liberté d’expression n’est vraiment pas le fort du premier ministre. La Hongrie vient ainsi d’être condamnée par la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme) pour avoir violé celle des parlementaires. Sept élus d’opposition avaient écopé d’amendes après avoir brandi des pancartes accusant le parti au pouvoir de « voler, tricher et mentir », ou après avoir vidé une brouette de terre sous le nez de Viktor Orban.

  • Le cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane, ministre des affaires étrangères des Émirats arabes unis (118e au classement RSF) :

Le cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane © Reuters

Dans un contexte de chasse aux Frères musulmans et à leurs partisans, accusés de vouloir renverser le régime, les autorités des Émirats ne rechignent pas devant les détentions arbitraires de journalistes. L’Égyptien Anas Fouda, responsable éditorial du groupe MBC, a ainsi été retenu plus d’un mois sans qu’aucune charge n’ait été officiellement formulée contre lui. Pas d’avocat, pas de parloir avec sa famille. À sa libération en août 2013, il a été expulsé vers l’Égypte le soir même.

Lors d’un énorme procès à Abu Dhabi le même été (68 condamnés jusqu’à quinze ans de prison pour des liens supposés avec les Frères musulmans), Reporters sans frontières avait dénoncé le black-out total. Aucun média étranger, aucune organisation des droits de l’homme n’avait pu y mettre un pied.

  • Abdallah II et Rania, couple royal de Jordanie (141e au classement RSF) :

Après les « printemps arabes », les autorités jordaniennes ont renforcé leur contrôle sur les médias et Internet. En juin 2013, quelque 300 sites d’information ont été bloqués d’un coup, puis neuf autres un mois plus tard. Des dispositions liberticides sur la presse avaient été adoptées par décret royal en septembre 2012.

La Jordanie aide même les autres pays à museler leurs journalistes : en juin dernier, une chaîne irakienne basée à Amman, critique du premier ministre, a été fermée après un raid déclenché par une plainte du gouvernement irakien, et qui s’est soldé par l’arrestation de toute l’équipe (soit 14 journalistes syriens, irakiens et jordaniens, d’après RSF).

 

le FN fait son « unité nationale » à l’extrême droite

10 janvier 2015 |  Par Marine Turchi

Marine Le Pen a trouvé sa parade médiatique. La présidente du Front national a appelé samedi ses partisans à défiler dimanche en province et non dans le cortège parisien, qu’elle juge « récupéré » par les autres partis politiques. Durant cette semaine tragique, le Front national n’a en réalité pas joué longtemps le refrain de l’unité nationale et du refus des amalgames.

Renvoyé à sa marginalisation, le parti a repris sa dénonciation d’un supposé « système UMPS » et n’a eu de cesse de lier, plus ou moins explicitement, terrorisme et immigration. Sur les réseaux sociaux, une partie du Front national et l’extrême droite la plus radicale ont relayé les mêmes amalgames et arguments. Récit.

Jouer les victimes du « système » qu’elle dénonce, sans se marginaliser totalement au point de mettre en danger sa stratégie de « dédiabolisation ». C’est ce qu’a tenté de faire Marine Le Pen samedi, en annonçant les consignes à ses troupes pour ce week-end de manifestations en hommage aux victimes des attentats terroristes. « Le rejet de la barbarie appartient à tous les Français. Alors nous, élus de la nation, nous prendrons part au défilé là où l’esprit de tolérance est le plus fort, là où le sectarisme se fait moins violent. Nous irons aux côtés du peuple français, avec le peuple français, un et indivisible », a déclaré la présidente du FN dans une vidéo diffusée sur le site du parti, samedi après-midi.

Mercredi, après l’attentat à Charlie Hebdo, Marine Le Pen s’était efforcée de parler d’unité, et de rejeter toute confusion entre « nos compatriotes musulmans attachés à notre nation et à ses valeurs » et « ceux qui croient pouvoir tuer au nom de l’islam », tandis que sur Twitter, Florian Philippot, vice-président du FN, défendait l’idée d’une « unité nationale » et d’une « marche d’union entre tous ». Mais cette ligne n’a pas résisté longtemps. L’autre vice-président du parti, Louis Aliot, a remis en cause sur LCI un concept qui « ne veut rien dire ». Jean-Marie Le Pen, le président d’honneur du FN, a lui clairement refusé dans le Figaro « de soutenir l’action gouvernementale impuissante et incohérente », tout en ironisant sur « les limites de cette union nationale ».

S’estimant exclue de la manifestation de dimanche, Marine Le Pen s’est elle aussi mise à dénoncer « une manœuvre politicienne minable » et a expliqué ne pas vouloir « être intégrée à l’union nationale » qui n’est « pas un chantage où l’on peut venir à condition de la fermer ». Samedi, elle a fustigé un cortège parisien « récupéré par des partis qui représentent ce que les Français détestent : l’esprit partisan, l’électoralisme et la polémique indécente ».

C’est pourtant le Front national lui-même qui a donné cette semaine l’image d’un parti centré sur ses propres affaires et résultats électoraux, alors que les forces de l’ordre traquaient les terroristes en Seine-et-Marne et à Paris. En pleine prise d’otages vendredi matin, la présidente du FN tweete son intervention à iTélé, dans laquelle elle dénonce son « exclusion » de la marche. Vendredi après-midi, alors qu’une deuxième prise d’otages a lieu dans le supermarché Hyper Cacher et que certains médias évoquent déjà des victimes, Jean-Marie Le Pen appelle à voter pour sa fille sur Twitter, en postant une affiche qui détourne le celèbre « Keep Calm and Carry On » du gouvernement britannique en 1939 :

Cet appel est diffusé par des membres du parti, comme Antoine Mellies, président d’un des collectifs frontistes, mais plus largement aussi à l’extrême droite, notamment par Serge Ayoub, le leader des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) dissoutes en 2013. Lire la suite

Qu’ont-ils fait pour éradiquer la Bête ?

8 janvier 2015

Charlie Hebdo. Je ne veux pas partager mon deuil et ma douleur avec eux (Suivi de : Dimanche : la manifestation « historique », « consensuelle » et les tireurs de ficelle)

par Jean ORTIZ

> Les monstres qui ont commis ce crime inqualifiable au siège de Charlie Hebdo, l’hebdo insoumis, provocateur, antiraciste, humaniste (mais qui fut injuste envers ce site où j’écris), sont des hommes formatés par des courants religieux fascisants, par des Etats théocratiques « fondamentalistes », « amis de la France », pour faire taire l’esprit critique, l’humour, l’anticonformisme, la pensée libre, la laïcité, la création sans rivages… Ils n’ont aucune excuse.

> J’ai du mal à concevoir que des hommes aient pu à ce point s’aliéner, s’avilir, se fanatiser, se laisser manipuler, s’animaliser, pour produire une telle barbarie.

> Je suis en deuil. Le crime de ces assassins vise notre République, celle des Lumières, du contrat social, des droits de l’homme, de l’égalité entre eux, de la liberté pleine et entière… Cette « gueuse » que sociaux et néolibéraux n’ont de cesse, depuis plus de trente ans, de dépecer, de démonter, d’affaiblir par l’explosion des inégalités, le communautarisme, l’instrumentalisation du racisme, la concurrence à tout crin, par le rabougrissement de l’État, la multiplication des brisures sociales, la ruée contre les services publics et les biens communs, la casse de l’ascenseur social scolaire, jadis intégrateur, la pratique de l’amalgame délétère « Islam = terrorisme » , le « no future » pour des millions de jeunes Français, quelle que soit leur origine.

> Et on voudrait aujourd’hui que je défende, au nom de la douleur, ma République sociale et démocratique bras-dessus bras-dessous avec ses fossoyeurs, avec ceux qui, à force de déifier le marché, de le débrider toujours plus, de tout marchandiser, de dépolitiser, ont laissé le champ libre aux intégrismes de toutes sortes ?

> Oui, je crois à la nécessaire, à l’urgente unité populaire et républicaine, mais avec tous les Républicains sincères, tous ceux qui partagent ces valeur de base, la tolérance, l’ouverture à l’autre, la justice sociale, le débat sans corsets, la liberté sans demi-mesure, et notamment celle des médias ; oui, je crois à l’unité avec tous ceux qui défendent le pluralisme de l’information… pas avec les hypocrites qui pleurent aujourd’hui sur la République menacée et qui n’ont cessé d’attiser les haines raciales, les vieilles peurs, de stigmatiser l’autre, de détruire toute espérance progressiste…

> Qu’ont-ils fait pour éradiquer la Bête ?

> Que viennent-ils pleurnicher aujourd’hui sur la liberté de la presse alors que Charlie Hebdo était sur le point de déposer le bilan, que le pouvoir rend chaque jour la vie plus difficile, par des dispositions mortifères à « l’Humanité », au « Monde Diplomatique » ? De quelle liberté d’information parle-t-on ? De celle sous la coupe des marchands d’armes, des bétonneurs, des chiens de garde de l’oligarchie, du latifundium médiatique désinformateur, de la pensée unique et cynique. Lire la suite

Pendant ce temps-là, au Nigeria…

Occultés par Charlie : 16 villages détruits par Boko Haram, au Nigeria

La presse anglo-saxonne parle de « 2000 morts ».

Pendant ce temps-là, au Nigeria… Parmi la multitude d’événements occultés par l’attentat au siège de Charlie Hebdo : l’avancée du groupe islamiste Boko Haram, au nord-est du Nigeria. Le groupe a rasé 16 villages mercredi, et la presse anglo-saxonne évoque le chiffre de 2 000 morts en cinq jours.

Le groupe est coutumier d’assauts meurtriers, mais celui-ci est d’une ampleur particulière. Des responsables locaux nigérians ont rapporté, jeudi, que le groupe islamiste Boko Haram avait attaqué et détruit 16 villages et villes au nord-est du Nigeria le mercredi 7 janvier.

L’Agence France Presse reste prudente sur le bilan des victimes, expliquant qu’il risque d’être difficile à établir en raison « des milliers d’habitants ayant pris la fuite« . Mais la presse anglo-saxonne, à l’image de The Times au Royaume-Uni ou du Washington Post aux Etats-Unis, évoque d’ores et déjà le chiffre de « 2 000 morts » dans la ville de Baga – soit un cinquième de la population de cette ville. Le chef d’un syndicat de pêcheurs rapporte par ailleurs que « quelque 560 personnes [ayant fui] sont bloquées sur une île du lac Tchad sans aucune nourriture. »

« Des centaines de corps –trop pour pouvoir les compter– restent éparpillés dans le bush au Nigeria » après une attaque de Boko Haram mercredi, considérée par Amnesty International comme « le massacre le plus meurtrier » des extrémistes islamistes, rapporte l’Associated Press.

La plupart des victimes sont des enfants, des femmes et des personnes âgées qui n’ont pas pu s’enfuir quand les extrémistes sont entrés dans la ville de Baga, à la frontière avec le Tchad.

Un dirigeant local a affirmé à la BBC que la ville, dont la population s’élevait à 10 000 habitants, « n’existe plus ».

L’assaut a débuté le 6 janvier et s’est achevé jeudi 8 janvier. Il a frappé Baga et seize villages aux alentours. « Ces villes ont disparu, brûlées », a déclaré le sénateur Ahmed Zanna à NBC.

Par ailleurs, des membres du groupe Boko Haram combattaient, vendredi 9 janvier, des soldats des forces nigérianes dans le nord-est du pays.

Musulmans de tous les pays, unissez-vous ! 

 

Nigeria : attentat-suicide dans un marché, au moins 19 morts

Le Monde.fr avec AFP

Au moins 19 personnes ont péri, samedi 10 janvier, lorsqu’une bombe fixée sur une fillette d’une dizaine d’années a explosé dans un marché bondé de Maiduguri, grande ville du nord-est du Nigeria, a annoncé le porte-parole de la police de l’État de Borno, dont Maiduguri est la capitale. L’explosion s’est produite vers 12 h 40.

Une puissante explosion a secoué le « Monday market » à l’heure où il était bondé de vendeurs et de clients. Fin 2014, ce même marché avait déjà essuyé deux attaques meurtrières commises par des femmes portant des explosifs. Il n’y a pour l’instant aucune revendication. Mais depuis six ans et le début de son combat pour imposer un État islamique rigoriste au Nigeria, le groupe rebelle Boko Haram a multiplié le recours à des femmes et des fillettes pour commettre des attentats.

PENDANT UNE FOUILLE

Selon Ashiru Mustapha, membre d’un groupe local d’auto-défense, la bombe a explosé alors que l’enfant faisait l’objet d’une fouille à l’entrée du marché. Il doute qu’il s’agisse d’un acte délibéré de la fillette. « La fillette avait une dizaine d’années et je doute fort qu’elle savait véritablement ce qui était fixé à son corps, » a-t-il dit à l’AFP. « En fait, elle était contrôlée à l’entrée du marché et le détecteur de métaux venait de signaler qu’elle portait quelque chose sur elle. Malheureusement, la charge a explosé avant qu’elle n’ait pu être isolée », a poursuivi Ashiru Mustapha.

Un périmètre de sécurité a été mis en place autour du marché alors que des personnels de santé examinaient les décombres et récupéraient les restes humains. Boko Haram a perpétré sa première « attaque-suicide » menée par une femme en juin dans l’État de Gombe, dans le nord du pays. Depuis, il y a eu une vague d’attentats à la bombe, dont 4 en une seule semaine à Kano. En juillet, une fillette de 10 ans avait été découverte dans l’État de Katsina portant un gilet bourré d’explosifs, laissant penser que Boka Haram forçait les enfants à se faire exploser.

 

Pour une croisade islamique mondiale contre les fous d’Allah

Le principal quotidien burkinabé appelle à un front des musulmans du monde entier contre la flambée de la terreur intégriste. Pour le journal, la religion musulmane est, elle-aussi, souillée par le sang.

Ignoble. C’est l’une des épithètes nauséabondes qui se bousculent dans l’esprit des démocrates du monde entier, au moment de qualifier l’attentat contre Charlie Hebdo en France. Les détraqués mentaux, les maniaques qui sont à l’origine de cette attaque d’une exceptionnelle barbarie, ne défendent aucune cause noble. En tout cas, pas celle de l’Islam.

Le prophète Mahomet n’a certainement pas besoin d’actes d’une telle lâcheté et d’une telle ignominie comme défense. La meilleure défense du prophète serait de suivre sa voie, de respecter la vie humaine. Il est du reste heureux que tous les grands théologiens de l’Islam aient élevé la voix pour condamner ce crime d’une rare répugnance. Cet attentat n’est ni plus ni moins que la conséquence d’un certain déviationnisme.

Lire l’article sur Courrier International : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/10/pour-une-croisade-islamique-mondiale-contre-les-fous-d-allah

 

Les politiques ont confisqué la marche

Les politiques ont confisqué la marche, les associations s’indignent

09 janvier 2015 |  Par Ellen Salvi (Mediapart)

Ce devait être une grande marche pour défendre les « valeurs républicaines ». C’est devenu une triste polémique politicienne. Nombre d’associations, de syndicats et de représentants des forces de gauche regrettent la façon dont le PS et le gouvernement se sont emparés de l’organisation de la manifestation de dimanche.

« Que François Hollande vienne à la marche de dimanche s’il le souhaite, mais il ne sera pas président de la République. Il sera Charlie. » Le président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), Alain Jakubowicz, ne cache pas sa colère. « Ce qui se passe est indigne de notre personnel politique, dit-il. C’est honteux pour la mémoire de Charlie. » Avec trois autres associations antiracistes (la Ligue des droits de l’homme (LDH), le MRAP et Touche pas à mon pote), la Licra a cosigné, ce vendredi 9 septembre, un communiqué de presse destiné à mettre fin à la tournure politique que la manifestation de dimanche a prise en l’espace de vingt-quatre heures.

« S’il est bien que les partis politiques, acteurs essentiels de la vie démocratique, s’emparent de ce débat, c’est d’abord au citoyen de le mener, écrivent les associations. Avant même de rassembler les institutions et les organisations, c’est d’abord les hommes et les femmes de ce pays qu’il faut rassembler autour non d’une incantation, mais d’une République effective pour tous. » Pourquoi un tel rappel des faits ? Parce que les choses ne semblent visiblement pas assez claires pour tout le monde, à commencer par le Front national et sa présidente, Marine Le Pen, qui s’estime « exclue » et ce, malgré sa rencontre avec François Hollande à l’Élysée, vendredi matin.

François Hollande et Marine Le Pen à l’Élysée, le 9 janvier. © Twitter/@Elysee

« Si on ne m’invite pas, je ne vais pas m’imposer », a fait mine de bouder la présidente du FN, qui continue de dénoncer une « manœuvre politicienne minable » et de réfuter toute forme de récupération personnelle de l’attentat de Charlie Hebdo. Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du parti dirigé par sa fille, ne se donne même pas la peine d’une telle rhétorique, lui qui a posté sur Twitter le message suivant : « Keep calm and vote Le Pen. » Lire la suite

Appel à la marche républicaine

mise à jour samedi 10 janvier à 9h50

Ce message pour vous informer d’une marche citoyenne à l’échelle de notre canton en hommage aux victimes des attaques terroristes ce dimanche 11 janvier à 11h à Aigues Mortes en présence des maires des trois communes.

Rendez-vous parking de la salle Camargue, Bd Diderot à Aigues Mortes.

Les organisations gardoises suivantes se sont réunies jeudi 8 janvier: LDH,LICRA, OIP, ACAT, Cimade, UD CFDT, UD CGT, ATTAC, PCF, PG, ENSEMBLE, EELV, PS
Elles ont décidé de reprendre l’appel national ci dessous et d’organiser une
marche républicaine le Dimanche 11 janvier à 15 H à Nimes
Place des Martyres de la Résistance, avenue Jean Jaurès, rue de la République et parvis des arènes 
Elles appellent toutes les associations, organisations syndicales, partis politiques gardois signataires de cet appel à se joindre à cette marche 

« Nous sommes Charlie : Défendons les valeurs de la République ! »

L’attentat terroriste, qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo et coûté la vie à des fonctionnaires de police est un crime inqualifiable qui porte atteinte aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Nous – associations, organisations syndicales, partis politiques -appelons tous les citoyens à une marche républicaine silencieuse le dimanche 11 janvier à 15 heures, de la Place de la République à la Nation.

Face à la barbarie, défendons les valeurs de la République !

Samedi 10 janvier à Vauvert à 10h30 : rassemblement place de la mairie

Samedi 10 janvier à Beaucaire à 11 heures : Rassemblement républicain devant la mairie.

Dimanche 11 janvier à 15 heures à Bagnols sur Cèze  Place Mallet

Dimanche 11 janvier à Nîmes- à 15 heures Place des Martyres de la résistance vers le lycée Hémingway, (parcours : Avenue Jean Jaurès/Rue de la république/ et parvis des arènes).

Dimanche 11 janvier à 15 heures à Alès parvis du Cratère (Marche républicaine silencieuse)

 Dimanche 11 janvier à Uzès place aux herbes 15 h

 

Charlie

Horreur, amitié, détermination

07 janvier 2015

Ce texte est publié en commun par Actu Environnement, Arrêt sur images, Basta Mag, Global Magazine, Huffington Post, Libéweb, Mediapart, Politis, Reporterre, Rue 89, Terra Eco, We Demain.

 

C’est l’horreur qui nous a saisis, ce matin, quand l’incroyable nouvelle est survenue : un attentat sanglant contre Charlie Hebdo, des hommes armés, douze morts, près de vingt blessés. L’horreur, qui nous abasourdit. Et nous laisse sans mots.

L’amitié, ensuite, pour ceux et celles que nous connaissons et que nous aimons, et pour ceux et celles que nous ne connaissons pas. La douleur pour les morts, la désolation pour les blessés, l’amitié et le désir de réconfort pour leurs proches, leurs amis, leurs enfants. Comment vous dire qu’on est avec vous, avec notre tendresse et notre impuissance ? Mais nous sommes avec vous, de tout notre cœur.

Et puis la détermination. Ce sont des journalistes qu’on a voulu tuer, c’est la presse qu’on a voulu abattre, c’est la liberté qu’on a voulu détruire. Eh bien, nous le disons : nous ne céderons pas. Dans les temps difficiles d’aujourd’hui, et les jours sombres qui se profilent, il est vital que la liberté continue, s’exprime, s’affirme. Nous continuerons notre travail d’information et de témoignage, avec encore plus de détermination et d’énergie que jamais.

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  • Parti pris

Un attentat à nos libertés

07 janvier 2015 |  Par François Bonnet

Douze morts, onze blessés. Une rédaction froidement massacrée, deux policiers tués. L’attentat commis par un commando de trois hommes contre Charlie Hebdo est bien « le jour le plus noir de la presse française », comme le dit Reporters sans frontières. C’est un acte sans précédent, un acte jamais survenu en France ni dans le reste du monde. C’est un acte de terreur – le plus meurtrier depuis cinquante ans – dont les premières victimes sont les membres de l’équipe de Charlie Hebdo. À travers eux, c’est un journal qui est mis à terre et un journal qui, depuis sa création en 1969, a été l’un des emblèmes de nos libertés.

Il s’agit bien sûr de liberté de la presse. Mais plus encore, de l’ensemble de nos libertés individuelles et collectives. À sa manière, Charlie Hebdo – et peu importe nos accords ou désaccords du moment – n’a cessé de revendiquer une liberté toujours plus grande. Il a chaque fois voulu repousser toutes les barrières érigées par les censeurs du moment, par les conventions vieilles et nouvelles, par les intérêts petits et grands, par les bien-pensants comme par les fanatiques. C’est dans cette radicalité, dans cette provocation permanente à la pensée et au débat, que ce journal dit satirique a élargi les espaces du débat public. Lire la suite

Rencontre avec Bernard Friot

En cette nouvelle année nous sommes nombreux à nous demander comment reprendre l’offensive contre les capitalistes après 40 ans de dégradation du rapport de force.  BERNARD FRIOT et le RÉSEAU SOCIAL veulent nous rendre les armes conquises depuis 1945. Il ne s’agit plus de “résister”, il s’agit de conquêtes nouvelles.

Bernard FRIOT sera à Gallargues, au Café de la Renaissance, ces 9 et 10 janvier 2015.

Pour rappel et se remettre dans le bain, on peut revoir des vidéos d’entretiens ou de conférences de Bernard Friot dans les pages de Sémaphores, notamment dans les deux articles suivants :

http://semaphores.info/2013/06/reseau-salariat-yes-we-can/

http://semaphores.info/2013/06/vous-reprendrez-bien-un-peu-de-chomage/

 

Areva, plus rien ne va

L’année 2014 d’Areva se termine sur un beau – 52,03% de perte de son action boursière. Les spéculateurs n’auraient-ils plus eux-mêmes confiance dans cette monstruosité ?

Areva (groupe nucléaire public-privé) s’effondre et finit son année boursière en chute de -52,03% (le cours de l’action n’est plus qu’à 9,12 euros fin 2014). C’est le résultat de difficultés financières nées de gabegie et d’acquisitions-spéculations hasardeuses, de fiascos techniques à répétition (EPR Finlandais, EPR de Flamanville notamment), de la régression du marché de la destruction atomique avec aussi l’arrêt du « marché japonais » depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima. Toute la presse économique et financière s’inquiète, et l’État avec elle, de ce « grand bond en arrière ». Pour les citoyens qui luttent contre les passéistes de l’atome, c’est une bonne nouvelle qui devrait conduire à l’abandon immédiat de cette aberration criminelle.

Article intégral à lire ici : http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2015/01/01/Areva-s-effondre-financi%C3%A8rement

 

Du 9 au 15 mars 2015 participez au cordon sanitaire contre le crime nucléaire autour des sites nucléaires de la vallée Rhône-Durance pour isoler les criminels de la destruction atomique : rassemblements à Cruas (Ardèche), Tricastin (Vaucluse), Marcoule (Gard), Cadarache (Bouches du Rhône), rencontres avec les salariés des sites nucléaires , rencontre avec la population des villes et villages de proximité, projections-débats de films,…

ici, au fur et à mesure sont actualisées les temps forts de ce cordon sanitaire contre le crime nucléaire : « 9-15 mars 2015 : cordon sanitaire contre le crime

Vous voulez participer : contacter collectifantinucleaire84@hotmail.fr

 

Le cercle des poètes retrouvé_n°27

Il n’est pas rare que le poète soit aussi une fine gueule et qu’il mette son talent à flatter l’art de la bonne table. Ainsi certains as de la galufrise nous régalent-ils en mettant au partage leur maîtrise de l’art culinaire. Mais lorsque le poète s’appelle Victoraïoli (un nom qui hume bon les récatis au mazet entre copains) on peut s’attendre à ce que la recette sorte des sentiers battus. Voici donc sans plus tarder…

Le civet de renard de l’Oncle Pinet

Par Victoraïoli


J’ai déjà vu, petit, Maître Renard en chasse.
Il marche à pas feutrés, nez au vent, la queue basse.
Soudain Goupil se fige, tous les sens en alerte,
Laissant venir la poule, caquetant, vers sa perte.
Panache déployé, il bondit gueule ouverte,
Saisissant par le cou la belle proie offerte.
Pas de bruit, seulement une gerbe de plumes
Laissera, de la poule, une trace posthume.
Respectons le renard, c’est une noble bête
Et que l’on peut aimer jusque dans son assiette !
Bien sûr Renard n’est pas un gibier très courant
Mais ce rusé gourmet régale les gourmands !
C’est mon oncle Pinet, je dois m’en réjouir,
Qui, voilà des années, me l’a fait découvrir.
L’oncle Pinet était un gaillard remarquable,
Un savant, un chercheur des choses de la table.
Casquetté, clope au bec, l’oncle avait belle allure.
Cet humoriste heureux détestait la torture.
Or, « travail » provenant du latin « trepaliare »,
Supplice du tri pal, soit dit pour les ignares,
Il avait décidé de n’y jamais toucher.
Je l’ai vu plus souvent bambocher que piocher !
Nous partagions, joyeux, des bouteilles multiples,
Et il a fait de moi, en ce sens, son disciple.
Dédaignant les lazzis des idiots qui ricanent,
Il a fait préparer à la tante Suzanne
Corneilles et corbeaux, écureuils, hérissons,
Pies, geais, blaireaux, mouettes, cigalons, limaçons.
Et la tante mettait son imagination
Culinaire au service de ces préparations.
Chasseurs et gardes-chasse, paysans, braconniers
Venaient vider chez lui leur rebut de carnier,
Et beaucoup, toujours prêts si l’on rit, boit et mange,
Acceptaient de goûter ses cuisines étranges.
À l’ombre de la treille, devant le cabanon,
On mangeait, on chantait, en buvant des canons.
– Il est des personnages avec qui l’on se marre,
– Mais ce renard, Victor, comment tu le prépares ?
– L’oncle, sans se salir, dirigeait les travaux.
Ses amis s’escrimaient à enlever la peau
En se faisant larder par les milliers de puces,
De joyeux animaux qui sautent, piquent, sucent.
Puis, les mains dans le sang, ils libéraient les tripes
Chaudes et irisées qui salissaient leurs nippes.
On pendait le renard, écorché, nettoyé,
Dans un lieu frais et sec pour le mortifier
Pendant quatre ou cinq jours en fonction des saisons.
On fait toujours ainsi avec la venaison.
On le coupe en morceaux, on le fait mariner
Trois jours dans du vin rouge puissant, carabiné,
Avec sel, poivre noir, genièvre, oignon et thym.
Alors tante Suzanne prenait les choses en mains !
Égouttés, essuyés, les morceaux de renard
Sont flambés au vieux marc puis, sans aucun retard,
Fait sauter à feu vif dans du saindoux fondu,
On remue et on tourne souvent, bien entendu
Pour bien dorer la viande sur toutes ses faces,
On déglace la poêle au Noilly, une tasse,
Puis on laisse réduire sans attacher au fond.
On blondit des oignons dans un faitout profond
Puis on jette dessus les morceaux de renard,
On flambe à l’eau-de-vie, un verre de soiffard,
Sel, poivre de haut goût, bouquet garni, genièvre,
Enfin, tout ce qu’on met pour faire cuire un lièvre.
On mouille abondamment, pas dans la marinade,
Dans un rouge corsé mis en larges rasades.
On fait cuire quatre heures, à feu doux ou moyen,
Tout dépend si Goupil est jeunot ou ancien !
Ainsi accommodé, c’est un plat délicieux,
Ceux qui le goûteront feront des envieux.
Une bonne polenta en accompagnement,
Et du vin généreux, beaucoup, évidemment.
Avec des commensaux triés sur le volet,
De solides mangeurs, jamais des gringalets,
L’Oncle Pinet régnait avec cette recette
Sur un aréopage d’amoureux de la Fête.
Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis ras-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne !

 

Illustration originale Vincent Barbantan

Et pour qui voudrait se lancer dans la réalisation de ce plat aussi rare que succulent, Victoraïoli vous donne aussi l’indispensable liste des ingrédients et proportions, c’est juste après la balise Lire la suite

Troïka basta !

Union européenne, dirigeants européens, FMI, agences de notation : cessez votre chantage, votre ingérence dans la campagne électorale grecque ! Laissez le peuple décider !

Sémaphores a déjà suggéré une pétition de soutien à l’autodétermination du peuple grec (vous pouvez la retrouver ici) mais une autre pétition est née sur la plateforme We Sign it, initiée par plus de 80 personnalités et soutenue par Mediapart et Reporterre. Abondance ne nuisant pas, il n’est pas interdit de signer les deux. Lien en fin de communiqué.

Dans un contexte où les mauvais coups se multiplient en Grèce (corruption de députés, désinformation, restriction des libertés démocratiques…) pour empêcher la victoire possible du mouvement de gauche Syriza aux élections législatives prévues le 25 janvier, voilà que le FMI annonce la suspension de son « aide » et que le commissaire européen à l’économie Pierre Moscovici s’adresse directement aux électeurs grecs pour leur dire dans quel sens voter. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, déclare quant à lui qu’il « n’aimerait pas que des forces extrêmes arrivent au pouvoir » à Athènes. En Allemagne, le ministre des Finances Wolfgang Schaüble réaffirme au passage qu’il n’y a « aucune alternative » aux réformes conduites en Grèce. Les agences de notation commencent à menacer de dégrader – est-il encore possible ! – la note de l’économie grecque. Dans la presse européenne, on s’emploie à diffuser la peur du changement afin de dissuader les peuples de l’Union de se tourner vers des formations politiques progressistes proposant le même type de rupture économique que Syriza.

Il est vrai qu’une victoire de Syriza en Grèce pourrait remettre en cause pour l’ensemble de l’Union européenne les politiques d’austérité imposées par la Troïka (banque européenne, commission européenne et FMI) aux peuples contre leur volonté. Comme le montrent les manifestations massives au Portugal, en Espagne et plus récemment en Italie, ou la grève générale en Belgique, ne passe plus l’injonction de rembourser aux détenteurs de capitaux des dettes illégitimes au prix de la destruction d’un modèle social qui permettait d’atténuer les maux du capitalisme et de pointer qu’une autre logique est possible. Devant cette menace pour leurs intérêts – l’exemple islandais les inquiète encore – les serviteurs de la finance en Europe sont prêts à tous les chantages pour confisquer la démocratie en Grèce et ailleurs. Eux qui laissent museler les libertés dans la Hongrie de Victor Orban au nom du respect du suffrage universel trouvent cette fois légitime de s’ingérer dans la vie politique intérieure d’un État : la préservation des intérêts des banques et des multinationales leur est plus importante que la défense des libertés !

C’est au peuple grec, père de la démocratie mais aujourd’hui martyr de l’austérité, de décider souverainement de son avenir. Nous, citoyens et citoyennes d’Europe, exigeons des institutions financières internationales, des agences de notations comme des autorités européennes qu’elles cessent immédiatement leurs pressions indignes. Ce n’est pas aux institutions européennes actuelles et à la finance de dicter aux peuples ce qu’ils doivent voter ! L’austérité est un choix politique qu’ils doivent pouvoir rejeter démocratiquement ! Nous faisons chorus avec les dirigeants de Syriza pour dire que le problème de la Grèce est celui de toute l’Europe et que ce qui s’y joue pourrait sonner le début d’une nouvelle aventure européenne.

Nous, citoyens et citoyennes d’Europe disons au peuple grec : n’ayez pas peur, comptez sur nous, nous sommes à vos côtés. Notre Europe n’est pas la leur ; elle est la vôtre.

Pour signer c’est ici : http://troikabasta.wesign.it/fr

La liste des premiers signataires se trouve après la balise Lire la suite

Affaire Piketty : histoire d’une amnésie collective

Pour ceux qui l’auraient raté sur Mediapart, le dernier billet de Hubert Huertas, qui remet quelques pendules à l’heure et des médailles à leur place.

« Des artistes, des savants, des acteurs publics qui refusent la légion d’honneur, il y en a des dizaines, pour des motifs les plus divers. L’indépendance, comme Edmond Maire l’ancien patron de la CFDT ; la protestation, comme la chercheuse Annie Thébaud-Mony en 2012 ; la colère, comme Hector Berlioz à qui l’État devait de l’argent ; le haussement d’épaules comme le dessinateur Jacques Tardi en 2013 ; Georges Brassens en son temps, se moquant du « fatal insigne qui ne pardonne pas », ou Léo Ferré dénonçant « ce ruban malheureux et rouge comme la honte ». Claude Monet, Georges Bernanos, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Georges Sand, Pierre Curie, à chaque refus son anecdote et son bon mot.

La différence avec Piketty, c’est que l’État n’a pas écrit de roman avec Georges Sand, n’a pas cherché avec Pierre Curie, n’a pas chanté avec Brassens ou Ferré, ni dessiné avec Tardi, alors que le candidat François Hollande n’avait à la bouche que « la grande réforme fiscale » inspirée par un économiste en vue, dont le nom circulait sur toutes les lèvres.

Thomas Piketty, dans la campagne victorieuse de François Hollande, de l’automne 2011 au printemps 2012, ce n’était pas un conseiller parmi tant d’autres, c’était l’inspirateur, et la caution. La preuve que les quelques hardiesses économiques du candidat n’étaient pas improvisées. Si l’équipe entourant le futur président, et si le candidat lui-même promettaient d’agir sur la relance en pleine période de crise, c’est qu’une répartition plus juste de l’argent public recueilli par l’impôt allait créer un choc de confiance. À chaque question sur le déficit, ou sur la faisabilité de telle ou telle mesure, François Hollande répondait par « la grande réforme fiscale », et cette grande réforme fiscale, avec, entre autre, la fusion de la CSG et de l’Impôt sur le revenu, était issue des travaux de Thomas Piketty…

“Piketty”, c’était le Sésame, un mélange de magie et de science… La réponse globale et la réponse à tout.

Après les élections, la réponse globale s’est transformée en une succession d’ajustements qui ne répondaient qu’aux exigences de la droite et des organisations patronales, et le Sésame fut renvoyé à ses chères études, ses conférences, ses critiques, puis son best-seller mondial, tandis que le nouveau Président se consacrait aux 20 milliards d’allègements de charge du CICE, puis aux 40 milliards du pacte de responsabilité.

La grande réforme fiscale fut vaguement évoquée par Jean-Marc Ayrault en décembre 2013 avant d’être définitivement enterrée par la nomination de Manuel Valls au printemps 2014.

Si bien que l’attribution de cette Légion d’honneur apparaît, au seuil de 2015, comme une brassée de fleurs et de couronnes jetées sur la tombe d’une promesse, plutôt que l’aboutissement d’une carrière au service de la Nation… Geneviève Fioraso, la secrétaire d’État chargée de l’enseignement supérieur, à l’origine de cette proposition, aurait pu deviner que cette “récompense” ne chatouillerait pas la vanité du bouillant Piketty, mais l’agacerait plutôt.

Elle n’a pas réalisé. Elle n’a pas mesuré la dimension symbolique de cette décision a priori anecdotique, et elle n’est pas la seule. Quand l’affaire a éclaté, c’est tout le gouvernement qui a semblé frappé d’amnésie. Piketty n’était plus l’homme qui avait travaillé avec les ministres d’aujourd’hui, autour du candidat devenu Président, il était un intello, une espèce d’allumé, une star de l’édition dont on moquait les caprices…

Pour l’excellent Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, il y a d’un côté quelqu’un « qui a des idées intéressantes mais qui est un chercheur dans son bureau, qui fait des calculs », et de l’autre « la politique, qui est confrontée à la réalité ». Ah bon… Donc, François Hollande ne faisait pas de politique pendant sa campagne présidentielle !

Pour le secrétaire d’État Thierry Mandon, la réforme fiscale de Thomas Piketty est simplement inapplicable. Ah bon… Une réforme peut donc être inapplicable et promise à la fois !

Pour Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique, Thomas Piketty « confond peut-être le fait qu’une légion d’honneur est une récompense pour un mérite reconnu par la Nation, et pas une adhésion à une politique économique »… Ah bon. Donc, François Hollande n’adhérait pas au discours de sa campagne.

De bout en bout, de l’attribution de la médaille aux éléments de langage distillés dans les médias, le gouvernement et le Président se retrouvent confrontés à eux-mêmes, dans une sorte d’amnésie collective, et c’est ce face-à-face avec soi-même qui donne son côté accablant à cette affaire au départ insignifiante.

Pire encore. En opposant le mauvais coucheur Piketty au bon récipiendaire Jean Tirole, prix Nobel d’Économie, qui a accepté la médaille, les ministres confirment leur virage politique, c’est-à-dire la “trahison” que leur reproche le Front de gauche, la plupart des écologistes, et les frondeurs du PS. Car Tirole, pour Nobelisé qu’il soit, n’est pas un homme de gauche. Il a dû frémir au discours du Bourget (« mon ennemi, c’est la finance ») inspiré par Piketty. Jean Tirolle, le nouveau compagnon de route, est d’abord un libéral, et c’est lui le bon élève.

Pour compléter le tableau, notons encore ce “détail” de l’histoire… L’année éditoriale de la France a été marquée par deux livres. La vengeance de Valerie Trierweiller, et les errances d’Éric Zemmour. Tout le monde en parle parce qu’ils se sont beaucoup vendus. Le succès de Zemmour serait même un symptôme de l’extrême droitisation de la société française. Or Piketty, dans un pavé de 900 pages, publié en 2013, un ouvrage exigeant qui démonte les excès d’un libéralisme tout puissant en Europe, a vendu trois fois plus, et que trouve à déclarer le gouvernement PS, vexé : que cet économiste ferait mieux de retourner à ses chères études.

Si ce n’est pas un divorce, c’est carrément une fracture.

 

En bonus sémaphorien, cette vidéo qu’il est de bon ton de ressusciter pour mieux comprendre le billet précédent. Nous sommes en 2011, avant l’élection de François Hollande et le discours du Bourget. On pouvait encore y croire, même si on devine en filigrane au fil de cet entretien Piketty-Hollande combien était déjà contenue la trahison qui allait venir. La révolution fiscale n’aura pas lieu sous ce gouvernement, maintenant on en est sûr.

Hollande – Piketty et la révolution fiscale


Hollande – Piketty et la révolution fiscale 1-2 par Mediapart

 

JE HAIS LES INDIFFÉRENTS

par Antonio Gramsci. 11 février 1917

Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’histoire.  C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque. Lire la suite

Pétition de soutien au peuple grec

NON AU CHANTAGE ANTIDÉMOCRATIQUE CONTRE LES GRECS

Le FMI, mécontent du suffrage des grecs contre la politique d’austérité, déciderait de suspendre son aide financière. Que nous soyons plutôt de gauche ou de droite, plutôt libéraux ou plutôt étatistes, nous sommes tout d’abord démocrates. Par leur vote, les grecs ne portent aucune atteinte aux valeurs humaines et politiques fondamentales mais font trembler les tenants du dogme économique, ce qui est leur droit inaliénable. Ne sacrifions pas le droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes, soutenons le peuple grec.

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2014N47201