Quelle idée !

par Jean-Paul Jouary 11 Avril 2015

La démocratie en ballottage défavorable

L’idée actuelle de « majorité » politique repose ainsi sur le présupposé que le peuple est « mineur ». On lui concède donc le droit d’aller tous les cinq ans trancher entre deux bergers prétendant à la conduite du troupeau.

Les peuples s’habituent malheureusement à tout et les absurdités les plus nocives finissent parfois par apparaître à la plupart des citoyens comme le seul monde possible. Le seul, donc le meilleur. Un peu comme si les maroquineries devenaient l’idéal pour les crocodiles et l’industrie de la fourrure le rêve des bébés phoques. On voit ainsi des millions de citoyens, sensés en apparence, se passionner entre deux élections présidentielles pour les manœuvres qui visent à construire de futures « majorités présidentielles » susceptibles de « prendre le pouvoir ».

« Prendre » : à qui donc, sinon au peuple qui en sera donc dépossédé ? « Prendre », « avoir », « conserver » le pouvoir : ces expressions courantes, du seul fait d’exister, racontent à leur façon la décadence de l’idée même de démocratie. On appelle ainsi « majorité présidentielle » ceux qui, forts du « suffrage majoritaire », se prétendent investis non pas d’un devoir d’appliquer les décisions populaires, mais d’un pouvoir de décider au nom du peuple, sans lui voire contre lui. On l’ignore le plus souvent, mais le mot « majorité » n’avait nullement ce sens politique jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. « Majorité » signifiait alors n’être plus « mineur », c’est-à-dire inapte à exercer avec raison et responsabilité la conduite de sa vie. Autrement dit, par la magie de la langue et de l’histoire, on parle aujourd’hui de « majorité » pour désigner ceux qui dirigent une nation à la place du peuple, celui-ci étant considéré comme « mineur » donc condamné à être représenté comme un jeune enfant ou un vieillard sénile, par des parents ou des « tuteurs », faute d’avoir les capacités d’exercer ses droits citoyens d’un peuple souverain. Il aurait donc besoin de « tuteurs », comme les plantes tordues incapables de pousser droit.

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