Le cercle des poètes retrouvé_ n°30

Les gens de la moyenne

colette magny

 

Le nom de Colette Magny ne dira peut-être pas grand chose à qui n’a pas connu Mai 68 et les années 70. Ceux ou celles-là pourront toujours combler leur lacune et découvrir sa voix si particulière en surfant sur la toile, ses chansons, comme ses cris, y sont nombreux. Mais plutôt qu’une fiche Wikipédia, voici l’hommage que lui rendit Jean Ferrat lorsqu’elle nous quitta.

« J’aim’rais être du pays où ce n’est pas le drapeau que l’on aime porter haut… J’aim’rais être du pays où c’est la pensée que l’on préfère comme drapeau… »
Si Colette Magny n’avait pas fait don de sa voix aux opprimés elle aurait fait une éblouissante carrière comme chanteuse de blues et du reste. Mais voilà, la Colette, elle ne transigeait pas et sur les barricades de la chanson elle jetait ses pavés.
Ce n’était plus une chanteuse engagée mais une chanteuse citoyenne. Comme un hippopotame en colère elle fonçait sur les préjugés. Elle était plus gauchiste qu’anarchiste et elle a eu ce mot merveilleux : « Que faire ? Comme disait Lénine avant de déraper sur le verglas. » (Colette Magny). Car Colette Magny c’était aussi un rire énorme, donc disproportionné.
Énorme elle devenait l’image de la déesse Terre qui parlait de ses entrailles par sa voix, elle se nommait elle-même le pachyderme et disait qu’elle en avait ras la trompe de toutes ces saloperies. Sa voix était bouleversante, une des voix du siècle. Elle s’en foutait. Elle n’était pas contestataire, elle était révoltée.
« Je rêve d’une grève générale mondiale qui empêcherait de sévir les quelques monstrueux crétins ».
Elle devra se taire. Intègre jusqu’au fanatisme elle mettra sa vie en harmonie avec son chant.
« Si on ne me laisse pas chanter ce que je veux, je préfère me taire».
Elle se tut et ses colères mémorables restaient à mijoter en elle.
Elle était tout entière dans sa soif de justice, de solidarité, de fraternité. Sa vie est peu connue. Née à Paris, elle travaille pendant 17 ans en tant que secrétaire dans un organisme international, l’Unesco, puis elle décide de se consacrer à la chanson. Elle se produit dans les cabarets en 1962, et en 1963 elle fait l’Olympia avec Claude François et Sylvie Vartan.
Mais ce n’était ni sa route ni sa vérité, et elle s’engage corps et voix pour la révolution, le tiers-mondisme, les mouvements ouvriers. Puissante était sa voix, puissante ses convictions, et il ne fallait pas oser la contredire, on prenait un coup de trompe.
Colette s’est barrée un 12 juin 1997. A nous de nous souvenir de cette folle énergie, de cette aventure vibrante qui a fait d’une secrétaire sans aucune formation musicale, la chanteuse la plus lyrique, la plus musicale de son temps. Tous les grands musiciens ont voulu l’accompagner. Et pourtant qui se souvient encore qu’elle était interdite de diffusion à la radio, et de sa fin misérable dans un hospice.
Elle aura inventé le blues blanc, sorte de Bessie Smith enragée. Elle était une montagne en marche.
« Colette Magny, c’était une grande. Elle aurait pu avoir une renommée plus importante, elle avait une grande aura, mais elle avait de grandes exigences, dans ses textes comme dans les musiques. Ce n’était pas de la chansonnette. Elle a choisi une voie originale, à elle, un peu en dehors de la chanson française. »
Jean Ferrat

Colette Magny – Les gens de la moyenne

Refrain
Comment ça va les gens de la moyenne ?
Vous savez sans vous, on n’ peut rien du tout
Comment ça va les gens de la moyenne ?
Savez-vous que sans vous, on n’ peut rien du tout.

Les études ne sont guère nécessaires
Pour les hommes qu’on dit ordinaires.
4 % de fils d’ouvrier à l’université
mais pour voter même par une croix
A signer on vous incitera
Et si jamais trop nombreux vous refusez d’y aller
Un jour si vous n’y prenez garde
On vous y conduira par aiguillon électrique
Un bétail pour aller plus vite comme en Amérique
Mais c’était à Selma Alabama
C’n’est pas notre chair, c’n’est pas notre sang
On s’en fout !

Refrain

Les étudiants ont manifesté
Par la police, ont subi des sévices
Mais c’était à Lisbonne, au Portugal
Mais cette fois, c’était leur chair, c’était leur sang.
Les bourgeois de la ville ont renié publiquement
40 années de gouvernement.

Comment ça va les gens de la moyenne ?
Vous savez sans vous, on n’ peut rien du tout
Comment ça va les gens de la moyenne ?
Savez-vous que sans nous, personne n’ peut rien du tout.

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