mardi 25 avril

Nous sommes 456.387 insoumis

Soit 10.000 de plus depuis dimanche.

Pourquoi pas vous ?

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ndlr : Pas de vidéos aujourd’hui sur Sémaphores, seulement deux articles mais faut voir, ça ne sort pas de n’importe quel Tonneau. A lire en intégralité et ne pas hésiter à partager.

Face au Front National : réponse aux pompiers pyromanes qui ont voté Macron

Vous avez voté pour Macron et vous nous exhortez à faire barrage au Front National. Nous n’avons aucune leçon à recevoir de ceux qui sont responsables de son ascension.

Vous avez voté pour Macron et vous venez nous faire la leçon : il faut faire barrage au Front National. « Faire barrage » : les mots vous évoquent des corps tendus contre l’assaut. Vous vous imaginez en héros de la lutte pour la République. A moi, ils n’évoquent qu’un bête mur de béton qui retient l’eau qui monte. Elle n’en finit pas de monter depuis cinq ans. C’est un fait objectif : jusqu’en 2012, le vote Front National était encore flottant, versatile, contestataire. C’est le quinquennat Hollande, qui est aussi le quinquennat Macron, qui l’a vu s’enraciner. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. L’extrême-droite monte partout dans le monde ; or il n’y a qu’une cause qui s’exerce à l’échelle de la planète et c’est la dictature de la finance dont vous venez de porter au pouvoir le zélé serviteur.

Peut-être n’êtes-vous pas convaincus ? La corrélation entre néolibéralisme et fascisme vous échappe ? C’est parce que vous vivez dans un monde imaginaire, au sens propre : un monde d’images. Vous n’êtes pas marxistes et vous ne pensez pas que les conditions matérielles d’existence déterminent la conscience. Tout est discours pour vous, comme pour le gouvernement le plus impopulaire de l’histoire de la cinquième république qui, pendant cinq ans, à chaque résistance à ses « réformes », n’a rien su comprendre sinon qu’il avait manqué de « pédagogie ». Manuel Valls s’écriait « J’aime l’entreprise » et vous avez élu l’homme qui promet de la faire aimer aux Français. Il vous a dit que les jeunes seraient heureux de travailler pour Uber pourvu qu’ils puissent rêver d’être milliardaires et vous l’avez cru. Il vous a dit que les chômeurs seraient contraints d’accepter des emplois moins bien payés et loin de chez eux, et vous vous êtes dit : voilà qui est sérieux. Vous vous êtes si bien retrouvés dans cette caricature de cadre supérieur que vous avez pensé qu’il saurait « rassembler les Français » – les rassembler dans l’amour d’un homme qui vous ressemble. Vous n’avez même pas conscience que ce faisant, vous avez fait monter le Front National.

Combattre le Front National, c’est aussi pour vous une affaire de mots. Quand Malek Boutih crie que le fascisme est à nos portes, vous vous dites : « Il a combattu le Front National ». Vous ne savez pas que le Front National puise à deux sources : la haine de l’étranger bien sûr, ce vieux fond de xénophobie raciste qui depuis toujours est la lie de la France, mais aussi la haine qu’inspire votre modèle de société haï de tous excepté vous, ce que vous sauriez si vous rencontriez qui que ce soit d’autre que vous. Vous n’avez pas voulu mettre en question votre attachement béat à une Europe qui n’existe que dans vos rêves. Vous avez dit « la dette » et « la dépense publique » et vous avez conclu : c’est impossible.

L’eau finira par déborder. Ce jour-là, que ferez-vous ? Vous n’en avez aucune idée. Vous devriez nous demander conseil. Car nous que vous accusez de ne pas faire barrage au Front National, nous faisons tout autre chose : nous le combattons – nous l’avons même en partie vaincu. Pourquoi croyez-vous que Marine Le Pen n’est pas arrivée en tête du premier tour ? Parce qu’un grand nombre d’ouvriers et d’employés qui s’étaient résolus à voter pour elle ou s’abstenir ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. Parce que les jeunes, prétendument acquis au Front National, ont massivement voté pour Jean-Luc Mélenchon. Et pourquoi l’ont-ils fait ? Pourquoi nous ont-ils rejoint nous, et non pas vous qui avez pourtant seriné de si belles fables sur le rassemblement des Français ? Parce que nous leur avons fait espérer ce que vous n’osez plus imaginer : nous allions changer le monde.

Vous n’en avez évidemment pas conscience mais si nous avons lutté contre vous, c’est encore pour combattre le Front National. Pour faire naître l’espoir, il fallait en finir avec votre suffisance, votre incapacité à rien penser au-delà de vous-mêmes, et votre certitude que vous pouvez tirer sur la corde indéfiniment sans qu’elle se rompe jamais. Nous avons tâché d’échapper à la violence que vous répandez partout. La violence ? Vous êtes outrés – car chacun sait, n’est-ce pas, que la violence est de notre côté : dans notre hostilité aux riches et dans les mauvaises manières de Jean-Luc Mélenchon. Vous ne comprenez pas que la violence, c’est quand un être humain pensant, sensible, est nié dans son humanité par un vulgaire Macron qui croit qu’il est acceptable de parler aux gens pour ne rien dire. Il est mille fois plus insultant de s’entendre dire « penser printemps » que de s’entendre appeler « les gens ». Il est mille fois plus violent de dire « je suis pour la France qui ose » que de répondre « si vous élisez cet homme, vous allez cracher du sang ». Il n’y a pas de violence plus grande que de prendre les gens pour des imbéciles.

Vous, si fiers d’aller dans quinze jours faire barrage au Front National, ne vous rendez pas compte que vous êtes son fidèle allié. Vous n’avez aucun reproche à nous faire, aucune consigne à nous donner. Nous ne sommes pas votre voiture-balai, nous n’avons pas à ramasser les débris de la société à mesure que vous la détruisez.

Que ferons-nous dans quinze jours ? Pour moi, ma décision est prise. Ceux à qui il m’importe qu’ils la connaissent, la connaissent. Quant à vous, je n’ai rien à vous dire et je remercie Jean-Luc Mélenchon de n’avoir pas sauté dans le cerceau comme une bête de foire. Nous trancherons à notre heure et si vous vivez quelques jours d’inquiétude, tant mieux : voyez en face le désastre dont vous êtes responsables. Se pourrait-il qu’une prise de conscience se fasse ? Je n’y crois pas. Je vous connais trop bien pour ça. Eh bien tant pis : nous aurons au moins jeté une ombre sur votre irresponsabilité confite en ses certitudes et votre mouvement qui marche si bêtement à contre-temps de l’Histoire.

Pendant les cinq prochaines années, l’histrion que vous avez porté au pouvoir continuera l’œuvre de dissolution sociale de ses prédécesseurs. Mais qu’on se rassure : le Front National n’aura pas le dernier mot. Non grâce à vous mais grâce à nous qui en cinq ans avons réduit des deux tiers la distance qui nous séparait de lui. Détenteurs de l’avenir en commun, nous assumerons nos responsabilités face au Front National et malgré vous.

 

 

Honneur à l’insoumission

À l’heure où les éditocrates, les chiens de garde et les tartuffes de tout bord nous refont le coup du front républicain, tout en vendant la peau de l’ours, comme si la menace était pipée, à l’heure où les Insoumis hésitants sont quasiment criminalisés comme crypto-partisans du FN, rappelons quelques vérités sur la sociologie d’une gauche de combat et non de posture.

Il est tout à l’honneur de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, de ne pas chercher à suggestionner et assujettir par la peur les électeurs dont les voix se sont portées sur lui. L’infantilisation et l’épouvantement ne prennent plus sur une fraction conscientisée de l’électorat, conscientisée par lui. Dans un louable effort de pédagogie, il a rehaussé le niveau de cette campagne présidentielle et fait obstacle aux facilités thématiques de la xénophobie utilitaire. Il a su flatter aussi bien l’intelligence du cœur que l’affect de l’indignation constructive, la combinaison des deux étant le carburant d’une citoyenneté pleinement engagée, non pas réduite à un bulletin tombant dans une urne.

Il est également tout à l’honneur de Jean-Luc Mélenchon de ne pas avoir appelé automatiquement les Insoumis à voter contre leurs convictions, car la concorde à coups de rabot est antidémocratique, la démocratie étant une discipline du dissensus, un frottement rugueux d’argumentaires solidement charpentés et éloquemment défendus. Un argumentaire peut prendre ou ne pas prendre, fût-il très cohérent. C’est le jeu. Son rejet par une majorité d’électeurs ne l’invalide pas pour autant au point d’obliger ses porteurs à soutenir l’argumentaire qu’ils ont combattu. Le vote utile ne favorise que les anguilles et les requins, et leur jette en pâture le peuple qu’il a pris dans son filet faussement lâche. Nul ne doit jeter la pierre aux Insoumis qui, la mort dans l’âme, voteront Macron au second tour, par détestation légitime, viscérale du FN. La victoire de Macron n’est nullement acquise et l’extrême droite a montré par le passé qu’elle était en mesure de se jouer des marionnettistes. Mais le choix du vote blanc ne fera pas des Insoumis qui s’y résolvent des complices du FN. Ils marqueront par là qu’ils ont compris que le néolibéralisme macronien et le racisme lepéniste sont les deux visages d’un même Janus qui œuvre à la désertification des consciences et à l’épuisement du génie social humain, le premier par la marchandisation béate des individus, le second par la naturalisation vindicative de leur identité. Résister sur cette ligne de l’insoumission à l’injonction majoritaire de voter pour le pied qui vous broie plus lentement, c’est faire barrage, véritablement, sur le terrain des valeurs de gauche, au FN. Le vote utile fait bon marché de ces valeurs, qu’il livre à la spéculation des opportunistes en les édulcorant, voire en les fondant dans les valeurs adverses. Songeons qu’il y a bien plus d’atomes crochus entre la droite fillonniste appelant à voter Macron et le FN qu’entre le FN et la France insoumise tenant bon sur son exigence de penser au-delà de soi, de sa classe, de sa caste.

Il est tout à l’honneur de la France insoumise d’avoir su réconcilier, par ses méthodes de délibération ouverte et interactive, une majorité de jeunes avec la politique de conviction au service du bien commun, selon l’un des principes fondateurs de la démocratie. C’est cela, se soucier de l’avenir : former les générations qui viennent à l’activité démocratique, leur fournir des outils complexes de décryptage de la démagogie et leur apprendre à se passer de maîtres, selon la définition que donnait Quintilien de l’instruction.

Il est tout à l’honneur de la France insoumise d’avoir pris conseil du corps associatif de notre pays, dont elle a reçu le soutien massif, faut-il le rappeler, non seulement pour avoir placé très haut le gabarit de ses ambitions en la matière, mais encore pour avoir fourni avec constance l’appoint aux dernières luttes sociales. Tous les candidats se disent proches du peuple qui souffre, tous prétendent, s’ils sont élus, le protéger, veiller sur son bien-être et sur son horizon, mais combien d’entre eux et combien parmi leurs partisans s’investissent dans l’éducation populaire, combien ont participé à la défense du code du travail, à l’occupation des ZAD, au combat contre le détricotage des services publics ? Dans la ville de Rouen où j’habite, ville dirigée par un maire socialiste, seuls le PCF-Front de gauche et une association, la Boise de Saint-Nicaise, se sont démenés, en pleine crise de présidentiellite, pour empêcher la fermeture des bureaux de poste de quartiers. Pas de frontistes amis du peuple en vue, pas de socialistes au grand cœur, pas de chrétiens charitables LR, pas de zébulons En Marche ! ou de magnétiseurs Debout la France ! Ce sont toujours les mêmes qui montent au créneau, qui s’épuisent à amortir, avec des moyens dérisoires, les effets du « doux commerce », qui prennent la relève d’un État et de collectivités impécunieuses ou mauvaises gestionnaires ; ce sont ceux-là qui font encore tampon entre la misère et la révolte ; ce sont ceux-là qui, sans tambours ni trompettes, font vivre l’ersatz de démocratie qu’on nous présente comme le summum du désirable ; ce sont ceux-là qui lancent les alertes et en assument les risques. Ils ne le font pas en mots, ils le font en actes, quotidiennement. Leur susceptibilité est à la mesure de ce qu’ils jettent de forces dans la bataille. Ils ont droit au respect pour cela, sauf débordement fanatique.

Avant de courir au front républicain et de couvrir du même opprobre l’électorat chamboule-tout du FN et celles et ceux qui, à gauche et essentiellement là, encartés ou pas, syndiqués ou pas, permettent encore à l’État de se gargariser de quelques réussites, l’intelligentsia de gauche ferait bien de courir au front proprement démocratique de l’engagement associatif, où l’on manque de bras, où l’on manque de hérauts, et où se pressent les gueules cassées de la boucherie du darwinisme social. C’est là que s’invente l’économie sociale et solidaire, la vraie, celle qui ne cherche pas à se tailler des parts de marché mais empêche que ce qu’il nous reste d’humanité ne soit taillé en pièces. Le combat pour les valeurs de gauche se joue là aussi et surtout là, puisque le cadre politique actuel, de l’aveu de ceux-là même qui s’y sont longtemps mus comme poissons dans l’eau et poisons dans l’os, empêche les citoyens de se mêler de ce qui les regarde.

Les Macrognons en marche

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