le fil du 26 avril

Communiqué de presse des insoumis concernant leur vote au 2ème tour de l’élection présidentielle 2017

« Aucun d’entre nous ne votera pour l’extrême droite. Pour autant, doit-on donner une consigne de vote ? Nous étions convenus depuis le début de notre campagne que les votes du premier tour ne seraient pas récupérés pour quelqu’un d’autre au second tour. Notre candidat, Jean-Luc Mélenchon, a loyalement respecté son engagement à ce sujet. Donc, comme cela avait été indiqué depuis le lancement de la campagne présidentielle du mouvement de la France insoumise, nous organisons ce jour la prise de parole des insoumis à propos de la position qu’ils adoptent personnellement sur le second tour de l’élection présidentielle. Il ne s’agit pas de donner une consigne de vote mais de faire connaître la position des insoumis. Nous vous invitons donc à nous faire part de votre choix à ce sujet parmi les différentes possibilités ci-dessous. Cette consultation sera close ce mardi 2 mai à 12 h 00 et est réservée aux signataires de la France insoumise enregistrés avant le dimanche 23 avril à 22 h. Ce choix est secret. Nous n’en publierons que le résultat et la liste des participants sera détruite. Comme chacun le sait, le mouvement de la France insoumise est, par définition, lié aux principes de notre devise républicaine “Liberté, égalité, fraternité”. Le vote pour la candidate d’extrême droite ne saurait donc représenter une option.

Je dis mon choix :
Choix 1 : Je vote blanc ou nul
Choix 2 : Je vote Emmanuel Macron
Choix 3 : Je m’abstiens.

Note : Seules les personnes inscrites avant le 23 avril à 22h ont le droit de participer.

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Deux positions pour aider certains à réfléchir, la troisième voie étant celle d’un vote blanc de combat…

Face au FN : lettre aux Insoumis tentés par l’abstention

  • 25 avr. 2017
  • Par Olivier Tonneau  Enseignant-chercheur à l’Université de Cambridge, UK
    Cambridge – Royaume Uni Chers Insoumis,

J’ai été surpris par la vitesse à laquelle mon précédent billet a circulé sur les réseaux sociaux. Je ne m’attendais pas non plus à ce qu’il soit compris comme une justification de l’abstention. Je l’ai écrit avec l’intention de lui donner une suite, dans quelques jours, mais devant ces réactions je le fais dès maintenant. Beaucoup m’ont remercié d’avoir mis des mots sur leur colère. J’en suis heureux : cette colère est réelle, légitime, il fallait qu’elle s’exprime. Mais après avoir dit leur fait aux arrogants vainqueurs du jour, c’est entre nous que nous devons parler.

Lors du Brexit, j’ai déjà vécu la frustration terrible que nous ressentons aujourd’hui. Jamais Jeremy Corbyn, dont les positions étaient proches de celles de Mélenchon, n’a pu se faire entendre et la campagne s’est réduite, dans les médias, à un face-à-face : il y avait d’un côté les libéraux pervers maniant savamment moralisme et cynisme, affirmant tantôt que « l’Europe c’est la paix », tantôt que les marchés sauraient punir les récalcitrants ; de l’autre, les racistes les plus vils. Cette représentation binaire excluait une très large part de l’électorat anglais : les partisans du « lexit », c’est-à-dire la « sortie de gauche ». Contrairement à ce qu’on croit, tous les Anglais qui ont voté pour sortir de l’Europe n’étaient pas d’extrême-droite : l’année précédente UKIP avait obtenu quatre millions de voix aux élections générales, mais treize millions de personnes ont voté pour quitter l’UE. L’occultation du « lexit » eut pour conséquence que le brexit fut vécu par les racistes comme un triomphe. Ils se sont cru la majorité ; grâce aux médias, ils étaient hégémoniques ; ils se sont sentis tout permis. La suite fut atroce.

Dans la ville de Peterborough, à quelques dizaines de kilomètres de Cambridge, des tracts où l’on lisait « go home, Polish vermin » furent glissés dans toutes les boites aux lettres. Des Indiens et des Pakistanais furent tabassés ; il y eut des morts. Encore aujourd’hui, et qui sait pour combien de temps, les racailles se pavanent et les minorités rasent les murs. Vous me comprenez. Je déteste les muscadins qui paradent avec leurs mines sucrées de premiers de la classe, mais ils ne me font pas peur. Par contre, les skinheads font très peur – non pas pour l’avenir mais pour demain. C’est-à-dire pour aujourd’hui. Si j’étais convaincu que Macron allait battre Le Pen, je n’irais pas voter. Je me contrefiche d’envoyer je ne sais quel message d’unité républicaine : un fort taux d’abstention reflèterait parfaitement ma position. Mais, je l’ai écrit ailleurs, je ne suis pas du tout certain que Macron l’emporte et je ne prendrai pas le risque, pour des enjeux symboliques, d’une victoire de Le Pen.

Je disais dans mon billet d’hier soir que le Front National puise à deux sources : l’une, c’est la politique antisociale menée par Macron et ses avatars. Mais l’autre, c’est le racisme bien réel, qui n’est rien d’autre que la pulsion de haine qui existe en tout homme et donc en toute société, pulsion dont les effets doivent être inlassablement refoulés. J’irai voter contre Marine Le Pen comme j’en ai fait la promesse à une amie juive que la perspective de skinheads déboutonnés mettant les pieds sur la table terrifie. Cette amie, qui appartient à la classe moyenne et aurait payé plus d’impôts si nous avions gagné, a voté pour Jean-Luc Mélenchon. La campagne a été, pour elle comme pour moi, un moment merveilleux, un éveil collectif à la possibilité – je ne me lasserai jamais d’écrire ces mots – d’un avenir en commun. Rien ne doit mettre en péril cette complicité, cette intimité qui s’est nouée.

La campagne qui s’achève fut pour moi un moment d’une formidable intensité. Un moment d’espoir et de joie entre nous, d’exaspération envers les muscadins, mais aussi de haine franche et sans mélange envers les gardiens du temple. Quand Le Monde a publié, à quelques heures de la clôture de la campagne, la chronique infamante de Joann Sfar et m’a refusé un droit de réponse ; quand, après que Gérard Miller eût réfuté les accusation d’antisémitisme portées contre Mélenchon par le sinistre professeur Heilbronn, Laurent Joffrin a offert un droit de réponse à ce dernier, étalant ainsi dans son journal, à quelques heures du vote, un article diffamant Mélenchon de la plus basse des manières ; quand mon compte facebook a été bloqué parce que je postais ma réponse à Joann Sfar ; j’ai eu, pour reprendre une expression lumineuse de Todd, un flash totalitaire. C’est clair : entre ces salauds-là et nous, c’est la guerre.

Mais justement parce que c’est la guerre, nous devons rompre avec eux toute communication. Ce qu’ils disent ne nous concerne pas. Ce que nous faisons ne les regarde pas. J’irai voter Macron contre Le Pen et les éditorialistes écriront : « Nous les avons convaincus. Grâce au ciel, nous avons su leur faire entendre raison. » Grand bien leur fasse. Depuis dimanche soir, je n’ai écouté aucune radio, aucune télé, parcouru la Une d’aucun journal. Je ne les entends pas et ne leur réponds pas, sinon pour leur dire : nous nous retrouverons. Ceci posé, je reviens à nos affaires et je commence par faire ce que nous avons toujours fait : entre deux campagnes, on remet la maison en ordre en commençant par sortir les poubelles, c’est-à-dire virer les fachos. Parce que c’est dans nos rangs que sont ceux qui auront à souffrir de leur victoire ; parce que nous n’aimons pas que les nôtres se fassent tabasser au coin des rues ; parce que nous ne voulons voir fleurir les croix gammées ni sur les synagogues, ni sur les mosquées. Protégeons les nôtres ; nous aurons besoin d’eux. La lutte commence à peine et nous ne serons jamais trop nombreux.

Insoumis, cette lettre n’est adressée qu’à vous. Aux autres, je n’ai qu’une chose à dire : en aucun cas les Insoumis n’endosseront la culpabilité de l’arrivée des fascistes au pouvoir, et ce quoi qu’ils votent. Elle n’incombe qu’aux libéraux qui sèment le désespoir et bien sûr aux fascistes eux-mêmes. Que nous nous trouvions face à un choix très difficile ne change rien au fait que les seuls responsables sont ceux qui nous ont mis face à ce choix.

Dans Andromaque, Pyrrhus menace Andromaque de tuer son enfant si elle refuse de l’épouser. Celle-ci tient bon et Pyrrhus l’accuse : comment pouvez-vous condamner votre enfant à mort ? Andromaque décide d’épouser Pyrrhus pour sauver son enfant mais de se suicider aussitôt après. Fort heureusement, alors qu’ils marchent à l’autel, la foule se jette sur Pyrrhus, le massacre, et Andromaque est couronnée reine. Puisse la littérature éclairer le réel.

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Voter Macron: impossible! Voter Le Pen: impensable

25 avr. 2017 Par RAOUL MARC JENNAR (https://blogs.mediapart.fr/raoul-marc-jennar/blog/250417/voter-macron-impossible-voter-le-pen-impensable)

20140408PM ; Luxembourg ; conf. Raoul Marc Jennar

 Je ne peux renier 20 ans de combats, sans doute près de 500 conférences pour combattre ce que Macron défend et propose, et ensuite voter pour lui. Je ne peux renier l’engagement d’une vie contre le racisme et la xénophobie et voter Le Pen.

Les deux sont porteurs de maux d’une intensité égale. Je m’abstiendrai.

Petit rappel à ceux qui ont combattu, au nom de la démocratie, de la justice sociale et de la protection de notre cadre de vie,

– les accords de l’OMC organisateurs de la mondialisation néo-libérale la plus débridée et en particulier l’AGCS (qui privatise à terme les services publics) et les accords sur la propriété intellectuelle (qui limitent la possibilité de fabriquer des médicaments génériques et permettent les OGM),
– le traité constitutionnel européen de 2005
– le traité de Lisbonne
– les accords de partenariat de l’UE avec l’Afrique qui la mettent sous la tutelle des multinationales européennes
– le traité budgétaire Merkel-Sarkozy-Hollande (TSCG)
– le MES (mécanisme européen de stabilité)
– la fausse loi de séparation bancaire de Moscovici-Hollande
– les cadeaux de Hollande au MEDEF
– la loi Macron
– la loi EL Komri
– le TAFTA
– le CETA
– l’ACS (aggravation de l’AGCS).
comment donner sa voix à Macron qui a défendu et défend tout cela,  qui creuse les inégalités, accroît l’injustice sociale, n’enrichit que les riches et met la planète en danger  ?

Pour moi, cela reviendrait à renier 20 ans d’engagement militant. Impossible.

Même si la rigueur intellectuelle interdit de qualifier de « fasciste » le programme nationaliste et xénophobe de Mme Le Pen, le FN plonge ses racines dans Vichy et l’OAS. Et  je suis, depuis toujours, un adversaire des régimes fascistes que ma génération a connus puisque, après la Deuxième guerre mondiale, nous avons eu trois régimes fascistes en Europe (Espagne, Portugal, Grèce), tous protégés par l’OTAN (au nom de la démocratie) contre lesquels j’ai milité (interdit de séjour par la Grèce des Colonels). Toute ma vie j’ai combattu le racisme et la xénophobie. Voter Le Pen est donc impensable.

Macron et Le Pen sont tous deux porteurs de politiques profondément néfastes et extrêmement dangereuses pour nos libertés, pour le bien être du plus grand nombre, pour la préservation de la planète.

Je n’invite personne à partager mon point de vue. Je me contente de l’exposer.  Car j’ai toujours combattu le principe du mot d’ordre électoral que je considère comme une insulte à l’intelligence des gens et une arrogance insupportable des partis qui s’arrogent la propriété des votes dont ils ont bénéficié. Il y a d’ailleurs de mon point de vue une contradiction fondamentale entre prôner la révocabilité de l’élu et le fait de lancer des mots d’ordre de vote. C’est opposer un acte de liberté citoyenne à un acte de servitude citoyenne.

Alors que chacun fasse en conscience ce qu’il estime devoir faire, mais le faire en conscience cela suppose de bien s’informer.

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Au premier tour de la Présidentielle, les électeurs de Montpellier ont placé Jean-Luc Mélenchon en tête avec plus de 30 % des suffrages. 31,56 %. Emmanuel Macron obtient 24,61 % . L’effet Saurel n’a pas permis de porter la dynamique nationale d’Emmanuel Macron.

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RUFFIN – « MÉLENCHON À 19,5 %, UN TREMPLIN POUR DEMAIN ! »

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«Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?»

Difficile de mieux résumer l’impression délétère de cette soirée du 23 avril qu’en citant ce vers de Racine (Andromaque, acte V, scène 5), qui est une réplique d’Oreste à Pylade alors qu’Hermione vient de se suicider sur le corps de Pyrrhus. L’allitération est belle mais aussi menaçante…

En effet, que nous réserve l’avenir avec ce passage obligé entre Charybde et Scylla ? Entre un libéralisme à tous crins qui va encore accentuer la fracture inégalitaire de la société française et un imbécile repliement à la vichyssoise ?

Car il s’agit bien de cela puisque l’offre finale de la compétition présidentielle se résume à un duel entre un « Lancelot des beaux quartiers » et une Walkyrie qui se prend pour Jeanne d’Arc !

Un « Similing Cobra » opposé à une vipère …

Je comprends parfaitement la réaction de Jean-Luc Mélenchon qui, sommé d’apporter la caution morale de la « France insoumise », a refusé de prendre immédiatement position en ajoutant son propre hurlement aux grognements de tous les loups frustrés afin de jouer le jeu des règles de cette république bourgeoise qui a cru bon de mettre à l’index les moutons noirs de sa famille…

En effet, je partage tout à fait le point de vue de Michel Onfray qui s’étonne que l’on continue à prétendre diaboliser le FN alors que l’on a rien fait pour le combattre réellement, tant sur le plan économique qu’avec la réfutation pédagogique de son nationalisme obsolète.*

Dans cette finale faussement démocratique – dont vont être exclus des millions de Françaises et de Français – le peuple va assister, médusé et impuissant, à des joutes meurtrières pour ses acquis sociaux, son pouvoir d’achat et ses libertés, même si le pancrace politicien est en mesure de l’amuser et de le séduire, au moins quelques secondes.

Ainsi, après les quinquennats calamiteux et désolants de Chirac, Sarkozy et Hollande, ce qui reste de la « République française » va poursuivre sa marche cahoteuse en s’aidant de la canne d’un jeune gandin technocrate et branché, adoubé par les « honnêtes gens ».

Mais ce parcours risque d’être contrôlé voire contrarié par un vent puissant (et vivifiant) qui vient de se lever…

Ne nous soumettons plus !

* « le parti de Marine Le Pen est moins combattu qu’utilisé comme épouvantail pour que rien ne change ».

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Extrait du dernier livre en direct de Tarnac, Maintenant.

Ne plus attendre.

Ne plus espérer.

Ne plus se laisser distraire, désarçonner.

Faire effraction.

Renvoyer le mensonge dans les cordes.

Croire à ce que nous sentons.

Agir en conséquence.

Forcer la porte du présent.

Essayer. Rater. Essayer encore. Rater mieux.

S’acharner. Attaquer. Bâtir.

Vaincre peut-être.

En tous cas, surmonter.

Aller son chemin.

Vivre, donc.

Maintenant.

 

Petit bonus sémaphorien, en direct de nos amis grecs qui ont quelque idée de ce que Résistance veut dire

 

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C’est toujours bon à savoir…

Axel Loustau, trésorier du microparti de Marine Le Pen et conseiller régional FN, poursuivait en diffamation le directeur de Mediapart, Edwy Plenel, à propos de violences de proches du Front national à l’encontre de notre journaliste Marine Turchi. La Cour d’appel de Paris lui a donné tort, confirmant le jugement de première instance. M. Loustau se pourvoit en cassation.

 

[LÀ-BAS SI J’Y SUIS] Macron vu par son ancien directeur à la banque Rothschild © Là-bas si j’y suis

Mélenchon joue t il avec le feu ? C à vous

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« La désobéissance est pour celui qui connait l’Histoire, la véritable vertu de l’être humain. C’est de la désobéissance et l’insoumission que nait le progrès »   Oscar Wilde

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L’humanité échouée

Par Alain Korkos (Arrêt sur image)

Ce sont deux photos qui ont fait la une de la presse internationale. Deux photos nous montrant le corps d’un petit enfant échoué sur une plage de Bodrum en Turquie, et un policier qui le porte dans ses bras. Très vite, elles firent le tour du ouèbe avec le hashtag #KiyiyaVuranInsanlik, l’humanité échouée en turc.

01_Photos © Nilufer Demir02_Demir2Aucun quotidien français n’afficha ce jeudi matin l’une ou l’autre de ces images en première page. Les rédacteurs en chef avaient-ils jugé qu’il était moralement inacceptable de publier de telles images ? Absolument pas. En vérité ils ne les ont pas vues – ou n’ont pas voulu les voir – car tous avaient décidé depuis un moment déjà que l’événement du jour était la manifestation des agriculteurs.

03b_kSeul Le Monde, dans son édition de jeudi après-midi datée de vendredi, publia l’une de ces terribles images. Les journaux britanniques, qui n’avaient pas de manifestation agricole en vue, affichèrent largement ces deux photos :

03_KD’autres quotidiens européens ne furent pas en reste. Voir les unes du Soir belge, de l’Expressen suédois, des Espagnols El Periódico et El País, des Italiens Corriere della Serra et Il Manifesto qui publièrent quant à eux une troisième photo, la même que le Turc Hürriyet et que l’Allemand Bild qui l’imprima en dernière page.
Qui dire devant une telle horreur sinon la lassitude, l’épuisement, la tristesse infinie ?

04_KOn pourrait tenter de décrire ces photographies. L’enfant de la première semble endormi, on imagine que parfois il prenait cette pose dans son lit.

01_Photos © Nilufer DemirSauf qu’il est présentement échoué sur une plage, noyé. Un policier immobile le contemple, à moins qu’il soit en train de prendre des notes sur un carnet ou de composer un numéro sur un téléphone portable. Il n’y a qu’eux deux sur cette plage. Le vivant et le mort. Plus nous, en spectateur externe. Mais nous savons que la réalité est autre : il y a la photographe, d’autres policiers, d’autres journalistes ; il y a du bruit ; le bruit de la mer, des conversations, des moteurs de voitures, peut-être. Le tumulte de la vie que l’image arrêtée, recadrée, gomme pour diriger notre regard vers la mort silencieuse.

Sur la deuxième photographie, le policier porte dans ses mains gantées de blanc le corps de l’enfant mort. Il ne le serre pas contre sa poitrine comme il le ferait avec un enfant vivant qu’il voudrait protéger. Il le tient à distance. Par respect, ou pour éviter tout contact direct avec la mort. Dans le fond à droite, le personnage qui semble installer un trépied de photographe nous rappelle que nous ne sommes pas les seuls à assister à cette scène.

02_Demir2
Que nous apporte la description de ces deux photos ? Pas grand-chose en vérité. On se sent nu, désemparé, alors on élucubre, on conjecture, on bâtit des hypothèses sur rien ou pas grand-chose. Lassitude, épuisement, tristesse infinie.

05_kOn pourrait s’exclamer : « C’est absolument inhumain ! » Sauf que ce n’est pas si simple. Des hommes, qui se baptisent État islamique ou qui officient sous les ordres de Bachar El-Assad, ont créé une situation qui a conduit des milliers d’êtres humains à la mort . Ces hommes, ces assassins, ne sont pas des monstres venus d’une autre planète. Ce sont des êtres ordinaires comme l’était Adolf Eichmann, qui fut chargé à partir de 1942 d’appliquer la « Solution finale ». Eichmann, nous explique Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem – Rapport sur la banalité du mal, avait délibérément cessé de penser par lui-même, s’en était remis à une logique qui réduisait l’autre à moins que rien, s’exonérant par là même de toute culpabilité. Une logique assassine qui, pour mieux se faire accepter, se dissimulait derrière des artifices de langage : la mort par le gaz était un procédé médical ; le meurtre était un moyen d’« accorder une mort miséricordieuse » ; l’extermination était baptisée évacuation ou traitement spécial ; la déportation devenait regroupement ; les convois ferroviaires de déportés n’étaient que cargaisons.

Les membres de l’État islamique et les sbires de Bachar El-Assad fonctionnent de la même manière. À la fois idéalistes et simples exécutants, ils se conforment aveuglément à un système, à un discours dont l’une des principales vertus est de mettre à distance la réalité de leurs actes.

«Il eût été réconfortant de croire qu’Eichmann était un monstre », écrivait Hannah Arendt dans l’épilogue de son ouvrage. « L’ennui, avec Eichmann, c’est précisément qu’il y en avait beaucoup qui lui ressemblaient et qui n’étaient ni pervers ni sadiques, qui étaient, et sont encore, effroyablement normaux. »

Cinquante-deux ans après la parution d’Eichmann à Jérusalem – Rapport sur la banalité du mal, les mêmes mécanismes sont à l’oeuvre. On a oublié Hannah Arendt. Lassitude, épuisement, tristesse infinie.

On pourrait dire que publier ces photos à la une des quotidiens favorise l’émotion au détriment de la réflexion.

06_k« Les photographies produisent un choc dans la mesure où elles montrent du jamais vu. Malheureusement, la barre ne cesse d’être relevée, en partie à cause de la prolifération même de ces images de l’horreur. »

« Le sentiment d’être à l’abri des calamités stimule l’intérêt pour les images douloureuses, dont le spectacle suscite et renforce le sentiment qu’on est à l’abri. »

« Souffrir est une chose; vivre avec les photographies de la souffrance en est une autre, et cela ne renforce pas nécessairement la conscience ni la capacité de compassion. Cela peut aussi les corrompre. La première image de cette espèce que l’on voit ouvre la route à d’autres images, et encore à d’autres. Les images paralysent. Les images anesthésient. Un événement connu par des photographies acquiert un surcroît de réalité qu’il n’aurait pas eu sans elles. (…) Mais aussi, après que ces images ont été imposées à notre vue de façon répétée, il perd de sa réalité. »

Que dire de plus ? Qui a lu Susan Sontag ? Lassitude, épuisement, tristesse infinie.

On pourrait rappeler que ces photos fonctionnent selon un principe vieux comme le monde, connu de tous les romanciers. C’est celui qui consiste à incarner un drame. « Aylan, peut-être plus encore que les corps anonymes en décomposition trouvés dans un camion en Autriche qui ont choqué l’Europe la semaine dernière, a personnalisé la tragédie que connaissent les onze millions de Syriens déplacés par plus de quatre ans de guerre », écrivait hier le New York Times.

Soixante-et-onze cadavres anonymes d’un côté, et un enfant de trois ans de l’autre qu’on appelle par son prénom. Émotion garantie. Lassitude, épuisement, tristesse infinie.

On pourrait rappeler que jamais aucune photo ne mit fin à une guerre. En 1968, Don McCullin photographiait la famine au Biafra. Ses photos mirent-elles fin à la guerre civile qui ravageait le pays ? Non. Le Nigéria vainquit le Biafra sécessionniste à la fin de l’année 1969, grâce au soutien de l’armée britannique.

Photo © Don McCullin

Photo © Don McCullin

En 1969 paraissaient des photos du massacre de My Lai au Viet-Nâm, perpétré par les troupes américaines le 16 mars 1968. Ces clichés choquèrent le monde entier, attisèrent la contestation qui avait pris naissance l’année précédente. Mirent-ils fin à la guerre ? On sait bien que non.

Photo © Ronald L. Haeberle

Photo © Ronald L. Haeberle

Trois ans plus tard, le 8 juin 1972, l’aviation sud-vietnamienne répandait du napalm sur le village sud-vietnamien de Trang Bang, censé abriter des combattants communistes. Nick Ut prit cette photo d’une gamine de neuf ans nommée Phan Thi Kim Phuc, qui courait nue sur la route alors que son dos brûlait :

Photo © Nick Ut

Photo © Nick Ut

Cette image mit-elle fin à la guerre ? Évidemment pas. Le conflit vietnamien cessa grâce à la victoire militaire de l’armée du Nord qui envahit Saigon le 30 avril 1975. Et l’on se souvient de cette autre photo illustrant la fuite, de cet hélicoptère posé sur le toit de l’ambassade américaine à Saigon, des gens qui se pressent, qui se bousculent pour embarquer.

En août 1992 parut la photo ci-dessous (qui sera plus tard controversée). Elle était extraite d’un reportage vidéo réalisé le 5 août 1992 dans un camp de détention serbe situé à Trnopolje par une équipe de la chaîne de télé grand-bretonne ITN. Contribua-t-elle à mettre fin à la guerre de Bosnie-Herzégovine ? Là encore, non.

Image © ITN

Image © ITN

En 1993, Kevin Carter photographia un enfant soudanais guetté par un vautour. Cette photo mit-elle fin à la guerre civile soudanaise qui ravageait le pays ? Pas du tout.

Photo © Kevin Carter

Photo © Kevin Carter

En janvier 2009 paraissait dans la presse (et notamment dans L’Humanité) la photo d’une enfant morte à Gaza.

Photo © Fadi Adwan

Photo © Fadi Adwan

Ce n’était ni la première ni la dernière photo d’enfant palestinien mort, mais celle-ci était particulièrement insoutenable. Rendit-elle la liberté aux habitants de Gaza ? Fut-elle le déclencheur de la naissance d’un État palestinien ? Lassitude, épuisement, tristesse infinie.

On pourrait rappeler que la vie, que l’humanité est plus importante qu’une photo aussi bien cadrée soit-elle. Dans un article de Libération intitulé Les photos « qui changent le monde » changent-elles vraiment le monde ? André Gunthert, professeur à l’EHESS, affirme que la publication de ce genre d’images n’est pas inutile car elles deviennent des marqueurs historiques. « On ne se souvient pas de la fin de la guerre au Vietnam, car la photo de Kim Phuc en est devenue l’icône », dit-il. Cette manière de penser donne raison à Susan Sontag (encore elle), qui écrivait : «La mesure même dans laquelle cette photographie est inoubliable annonce sa propension à perdre sa signification politique, à devenir une image atemporelle. »

Oublier la politique, oublier l’Histoire, oublier les victimes, privilégier une image totalement coupée du monde mais bientôt vendue sur papier mat ou glacé, encadrée, accrochée au mur. Humanité échouée. Lassitude, épuisement, tristesse infinie.

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Après la fuite d’eau, l’appel d’air

Alors que l’Allemagne humilie la France en ouvrant ses portes aux réfugiés par milliers, Didier Porte se demande « ce qu’il faudrait leur mettre devant les yeux pour émouvoir nos compatriotes de droite » réunis ce week-end à l’université Les Républicains de La Baule, où le langage des éléments a remplacé les éléments de langage.


Mediaporte: « Après la fuite d’eau, l’appel d… par Mediapart

 

Tel-Aviv sur Seine !

Tel aviv sur SeineJeudi 13 août, Paris-Plages prendra des faux airs de plage de Tel-Aviv, grande ville côtière israélienne et haut lieu de la fête à travers le monde. Cette opération de partenariat entre la capitale française et la capitale économique d’Israël a pris le nom de «Tel-Aviv Sur Seine».

Quelques jours après la mort d’un bébé palestinien brûlé vif par des terroristes israéliens dans le nord de la Cisjordanie, le partenariat organisé par Paris Plages, le 13 août, avec la station balnéaire israélienne de Tel-Aviv déchaîne la colère de nombreux internautes.

une pétition d’indignation et de boycott circule : https://secure.avaaz.org/fr/petition/La_maire_de_Paris_Anne_Hidalgo_Annulation_de_Tel_Aviv_Sur_Seine/?preview=live

Pour la prochaine opération Paris-Plages nous suggérons à Anne Hidalgo de fêter une journée spéciale Gaza-Plage

Gaza plageet lui rappelons qu’il n’y a qu’une manière d’aider les colons israéliens à recouvrer la raison…

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Et pour ne pas mourir idiot, ces quelques rappel d’un internaute sur Mediapart

L’idée bizarre la plus en vogue sur Tel-Aviv est qu’elle est innocente. Ce n’est pas une terre occupée (elle aurait été construite sur des dunes). Elle n’a rien à voir avec le fanatisme qui meut la violence de l’occupation. Elle est laïque, jeune, hédoniste, mondiale et diverse. Peut-être est-elle un brin trop matérialiste. Mais lorsque l’alternative est la spiritualité d’un Baruch Goldstein, même le matérialisme le plus crasse semble merveilleusement bénin.

C’est une bonne fable aux traits séduisants. Mais elle est fausse. Prenons d’abord la question de la diversité. Bien que 20% des citoyens israéliens soient palestiniens, ils ne représentent que 4,2% des habitants de Tel-Aviv. Pour une grande ville, c’est un manque de diversité impressionnant. De plus, la grande majorité de ces Palestiniens vivent dans quelques quartiers séparés au fin fond de Jaffa, principalement à Ajame.
A l’exclusion de ces quartiers marginalisés et pauvres aux confins de la ville, il n’y a pratiquement aucun arabe à Tel-Aviv. Ce seul fait constitue sans aucun doute un «miracle démographique». Ce pourcentage d’Arabes inférieur à la marge d’erreur de cette métropole méditerranéenne «diverse» et grouillante est plus bas qu’à Paris, Genève, Londres ou Brooklyn.

Cette « diversité » fait de Tel-Aviv un exemple rare de nettoyage ethnique réussi. Jusqu’à sa destruction, Jaffa était un centre urbain important de la Méditerranée arabe. Aujourd’hui, elle abrite moins d’1% de Palestiniens à la citoyenneté israélienne, elle est une communauté marginale et isolée.

Jaffa a été conquise par les organisations paramilitaires juives en 1948 et plus de 60.000 de ses habitants ont été obligés de partir à cause des bombardements. Ils ont été littéralement «jetés à la mer» et la plupart d’entre eux ont accosté à Gaza.
Les conquérants ont alors détruit au bulldozer 75% de la ville. Seuls les quartiers Ajame et Jebaliah ont été épargnés, avec moins de 4.000 Palestiniens autorisés à y rester, des quartiers laissés à l’abandon, transformés par la municipalité en décharges publiques et qui sont devenus des zones de crimes et de trafic de drogues.

De plus, les maisons ont été confisquées et les Palestiniens sont devenus les locataires de l’agence immobilière de l’Etat, Amidar, qui a négligé les propriétés et a même refusé de laisser les habitants procéder aux réparations sur leurs propres deniers. Le dernier tour de vis de cette histoire cruelle est arrivé avec le nouveau millénaire. Alors que Tel-Aviv jouissait d’un boom immobilier spéculatif, Ajame a commencé à intéresser le secteur immobilier. L’obstacle était bien sûr de comment se débarrasser des locataires.

La solution ingénieuse d’Amidar fut d’imposer des amendes aux locataires pour avoir amélioré leur habitat, et de leur proposer ensuite d’oublier ces amendes en échange de leur évacuation. (Lire, de Jonathan Cook : Le « projet de rénovation » de Jaffa vise l’expulsion des Palestiniens).

Une autre partie de la ville, la Vieille Ville, qui a subi un nettoyage ethnique total, et où la plupart des espaces urbains ont été détruits, à la seule exception du Mur extérieur et de quelques sites chrétiens, a été transformée en attraction touristique et de vie nocturne.

Les noms originaux arabes des rues ont été effacés, et la municipalité de Tel-Aviv est heureuse de vous informer que « les ruelles de l’Ancienne Jaffa sont nommées selon les signes du Zodiaque et qu’on peut y trouver des galeries d’art et des magasins juifs, des ateliers de bijoutiers et d’art d’artistes de renom.»

http://www.ism-france.org/analyses/Tel-Aviv-la-coloniale-article-12668

 

 

 

Une lettre de Noël Mamère

Noel Mamere 23 juillet 2015 / Noël Mamère.

Justice incohérente sur Roybon et Notre-Dame-des-Landes. Infâme magouille du 49-3 pour imposer les déchets nucléaires de Cigeo. Libéralisation des autocars. Absence totale de réaction au rapport sur le coût de la pollution de l’air… Entre promesses électorales abandonnées en rase campagne et bras d’honneur aux associations, le gouvernement porte haut l’étendard de l’hypocrisie écologique.

La justice administrative n’aime rien tant que de jouer sur les nerfs des associations ! Elle vient de nous en apporter une nouvelle preuve sur les deux dossiers hyper-sensibles que sont Roybon et Notre-Dame-des-Landes.

> Conception archaïque du progrès

> Dans le premier cas, elle donne raison aux associations sur la protection des zones humides, mais rejette leur recours sur les espèces protégées ; dans le second, elle rejette en bloc les dix-sept recours visant à bloquer le projet d’aéroport. Cela signifie-t-il pour autant que le Center Parcs de Pierres et Vacances – 200 « cottages » en forêt de Chambaran – ne se réalisera pas et que l’aéroport de Vinci et de ses amis se fera ? Rien n’est moins sûr.

> Pourtant, à entendre le Premier ministre, Manuel Valls, déclarant que les travaux de Notre-Dame-des-landes vont enfin pouvoir commencer, on se dit que « l’affaire est pliée » et que les barons locaux de la politique et de l’économie l’on emporté. C’est sans compter sur la détermination des zadistes et de leurs soutiens, qui ne sont pas près de céder devant deux grands projets inutiles, en contradiction totale avec les exigences de ce 21e siècle qui doit être économe en énergie et en consommation de territoire.

> A Notre-Dame-des-landes, ils viennent de recevoir le soutien inattendu de la CGT qui se prononce pour une extension de l’actuel aéroport de Nantes, comme le proposent pas mal d’associations qui ont déposé ces fameux recours. Le gouvernement est maintenant devant ses responsabilités. Il ne va pas pouvoir se cacher encore bien longtemps derrière la justice. Ce sera pour nous une occasion de vérifier si, à quelques mois de la conférence de Paris sur le climat, il est capable de sortir de sa conception archaïque du progrès et de son double discours sur l’écologie.

> Infâme petite magouille

> Car, en la matière, nous avons été servis durant ces dernières semaines ! Je pense en particulier à cette infâme petite magouille, concoctée par le sénateur de droite Longuet, avec la complicité du gouvernement, consistant à profiter du 49.3 – qui devrait s’appeler « circulez, y’à rien à voir » – appliqué à la loi Macron pour valider le projet « Cigeo » d’enfouissement des déchets nucléaires en grande profondeur, sur le site de Bure.

> C’est d’abord un joli bras d’honneur adressé aux associations qui se battent contre ce projet dangereux depuis des années et, accessoirement, une marque de mépris pour ceux de nos amis qui croyaient dur comme fer aux promesses de Macron de ne pas inscrire ce projet dans sa loi en échange de leur vote… Comme le disait le défunt Pasqua, « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».

> C’est aussi la publication des décrets Macron concernant la libéralisation des transports par autocar qui confirme en tous points ce que certains d’entre nous annonçaient : une concurrence déloyale faite aux trains inter-cités et aux lignes ferroviaires en difficulté… Avec l’aimable complicité de la SNCF, trop contente de se débarrasser du fardeau de la proximité au profit de l’investissement capitaliste dans le co-voiturage, qui n’est pas franchement sa vocation première. En matière de lutte contre l’effet de serre et de désertification des territoires, peut mieux faire !

> Sensibilité pathologique aux poids des lobbies

> Enfin, ce rapport de la commission d’enquête du Sénat sur la pollution de l’air, intitulé : « le coût de l’inaction », qui affiche le chiffre astronomique de 100 milliards d’euros par an, en dépenses de santé, absentéisme dans les entreprises ou baisse des rendements agricoles… « La pollution atmosphérique n’est pas qu’une aberration sanitaire, mais une aberration économique », écrivent mes collègues sénateurs. Et je ne sache pas que nous avons affaire ici à de dangereux ultras de l’écologie ! Constat qui s’ajoute à celui de l’OMS selon lequel les particules fines provoquent 42000 morts prématurées par an, en France.

> Réponse du gouvernement ? A peu près le néant. A l’exception de Ségolène Royal, mais pour dire son refus d’aligner au plus vite la taxation sur le diesel à celle de l’essence ! Et pendant ce temps, l’État continue de verser 8 milliards par an aux constructeurs automobiles qui privilégient toujours le diesel , ainsi que de nombreuses exonérations fiscales. On savait ce gouvernement sensible au poids des lobbies mais, à ce point, ça devient pathologique !

> Une dernière preuve ? Il suffit que les producteurs de viande et de lait bloquent la ville de Caen, si chère au Président de la République, pour qu’il annonce un « plan d’urgence ». Comment va-t-il s’y prendre entre le lobby de la grande distribution, qui étrangle ce secteur agricole, et celui des amis de M. Beulin, le patron de la FNSEA, auxquels il faudrait expliquer que nous consommerons de moins en moins de viande et qu’il serait nécessaire de favoriser dès maintenant leur reconversion… Mais tout cela n’était qu’un rêve de campagne qui a vite tourné au cauchemar.

 

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Raccrochez pour vous rapprocher !

par Alain Korkos (Arrêt sur Image). extraits

Ogilvy3Le Centre de recherches en psychologie de Shenyang, en Chine, a commandé en mai 2015 une campagne de publicité à l’agence Ogilvy de Pékin qui, bizarrement, se balade sur les réseaux sociaux depuis quelques jours seulement. La phrase d’accroche de cette série d’images est The more you connect, the less you connect qu’on pourrait traduire par Plus vous êtes connecté, moins vous rencontrez.

Ogilvy1Les campagnes sur ce thème ne datent pas d’aujourd’hui, elles fleurissent depuis plusieurs années avec, en général, le slogan… pardon, excusez-moi…Allô oui ? T’es où ? Nan j’peux pas te parler, là…
Pardon. Je disais donc que le slogan généralement adopté est Disconnect to connect, qu’on pourrait traduire par Raccrochez pour vous rapprocher.

Le premier film traitant ce sujet semble être une pub réalisée en 2010 par DTAC, compagnie téléphonique thaïlandaise.


Disconnect to connect Tahilande 2010 (Low) par asi

En 2011, un centre d’études féminin de la Torah basé à Brooklyn lançait une campagne demandant aux gens de se déconnecter pendant une heure le 2 octobre 2011. Deux films furent réalisés à cette occasion, le plus intéressant est celui-ci, directement inspiré par…pardon, excusez-moi…un sms urgent, il faut que je réponde…tic tic tic… tic… tic tic… tic…Pardon. Je disais donc que ce film s’inspirait de la bobine thaïlandaise précédente (DTAC est cité au générique de fin) :


Disconnect to Connect – Brooklyn 2011 par asi

Voici une autre marque encore… pardon, excusez-moi…Allô, oui, quoi ? Que j’oublie pas de prendre une baguette ? D’accord. Tu préfères pas une tradition ? Ou un pain de seigle ? C’est bon le seigle, ça facilite le transit. Nan ? Tu préf… Allô ? Allô ? Damnaide. Pardon. Je disais donc que cette autre marque (comme d’autres encore) a également piqué le slogan, essayez de découvrir quel produit on va vous fourguer à la fin du film :


2014-Tech Lovers Disconnect To Connect par asi

Débranchez-vous, qu’on vous dit ! Pour vous rapprocher de votre famille, de vos amis de dans la vraie vie, et des vrais produits de consommation tels ceux proposés en 2011 par le syndicat d’initiative de Rio de Janeiro, ou par les automobiles Ford en 2011 itou. Pardon, excusez-moi…Allô oui ? Une baguette normale pas tradition pas au seigle et pas trop cuite, d’accord. Mais non j’oublie pas. Pardon. Excusez-moi.

Le Clown Con

On reparle de Tapie. C’est l’été, faut bien sortir les Tapie pour les dépoussiérer. En juillet 2013, le Nanar était venu faire sa plaidoirie au journal de Pujadas. Sur la Toile, l’internaute Félix Lobo avait vomi le texte qui suit (sic dixit), ce Clown con qui n’a pas pris une ride. Ça méritait bien qu’on le ressorte aussi, faut pas laisser la lumière sous le boisseau.

Felix Lobo Entendre une énième fois un imbécile suprême nous seriner avec le sempiternel refrain du gros crétin égocratique « Les français ont un problème avec l’argent : on est suspect quand on en gagne » continue de m’offrir gratuitement la nausée.

Hier, Bernard Tapie s’est illustré au journal de France 2 en venant faire son exposé, nous prouvant une fois de plus que quand on est un Dieu autoproclamé sur terre, on peut se torcher avec la justice.
Un exposé de baroudeur catcheur renvoyant la marionnette faiblarde de Pujadas dans les cordes toutes les 3 secondes, un étalage dégoulinant d’arguments et de faits choisis en tête de gondole du supermarché de la démagogie, le roublard Tapie est venu s’expliquer, tel un gosse qui ne mérite pas autre chose qu’une bonne paire de claques et tu retournes dans ton coin, pis tu rends les jouets que t’as volés aux autres, non, ils ne te les rachèteront pas, ils sont à eux…

Je croyais avoir compris, de par mon vécu et mon expérience professionnelle, qu’il y avait deux sortes de clowns : le clown blanc, et l’Auguste. J’avais fini par me dire aussi qu’ils étaient nécessaires l’un à l’autre pour créer ce décalage qui amuse. Mais on voit depuis un moment apparaître une nouvelle variété de Clown : le Clown Con.

La connerie décomplexée.

À grands coups de Frigide Barjot, de Nabilla, de Marine Le Pen et de Bernard Tapie, la télé et la presse nous imposent les aventures passionnantes d’énergumènes dont les préoccupations ne dépassent pas la frontière de leur nombril doré et crasseux à la fois.
Voilà ce à quoi nous sommes confrontés quotidiennement. Des gens qui viennent révéler d’eux-mêmes en buzzant les points cruciaux de leur Sicrette-Story, et étaler l’absurdité du vide de leurs pensées débiles.

Quand ce n’est pas d’eux qu’il s’agit, on nous sert du Cahuzac et du Lance Armstrong, qui, au final, ne sont pas d’une autre catégorie puisque ils ont versé dans l’appétit de gloire personnelle en se foutant pas mal de laisser les autres crever au bord de la route.

Dans un monde ultralibéral où le pognon règne en maître absolu et où la pauvreté se développe comme un cancer insidieux, nous voilà réduits à n’avoir pour seuls modèles que ces marionnettes manipulatrices s’adonnant au culte du Rien.
Mais bordel, il y a du monde quand même sur cette fichue planète !

Entre les extrêmes Tapie et Mandela, il y a des tripotées de bonshommes et de bonnes femmes qui pourraient faire rêver nos gosses en leur soufflant d’autres valeurs, en leur soufflant la valeur des autres.

Oui, Nanard, je chante avec toi ton refrain : « Les français ont un problème avec l’argent », mais mon couplet n’est pas le même, mon couplet, c’est : « Ils n’en ont pas, ils n’en ont plus, parce que ceux qui le distribuent ont des trous dans les mains, et les mains dans les poches ».

Le monde pète un câble, et je crains que les empêcheurs de réfléchir en rond qui ankylosent les cerveaux du peuple en tirant les QI vers le bas, ceux qui s’inspirent du fameux « Offrons-leur du pain et des jeux » et qui l’ont changé en « Vendons au peuple du pain rassis et des spectacles abêtissants » nous entraînent vers le règne nauséabond des idées les plus basses que l’humanité puisse engendrer.

RIDEAU ! RIDEAU, s’il vous plaît ! Ce spectacle de clowns cons ne nous amuse plus du tout.

Grèce : Un détective pose quelques questions troublantes

Paul-Jorion-par-Quentin-Caffier par Roberto Boulant. Billet invité sur le blog de Paul Jorion
Euh… une dernière p’tite question M’sieurs-Dames. Oh trois fois rien, un dernier p’tit détail et puis je vous laisse. Je sais que vous êtes très occupés ces temps-ci !Alors voilà, j’ai bien réfléchi et il y a certaines choses que je ne comprends toujours pas :
– Vous M. Hank Paulson, président de Goldman Sachs à l’époque, vous avez aidé la Grèce à emprunter des milliards d’euros en secret. Ensuite, grâce à votre ingénierie comptable, vous l’avez aidé à contourner les règles européennes, celles qui limitent le niveau de la dette publique. Tout cela afin qu’elle puisse rentrer dans l’Euro… pendant que vous spéculiez contre elle.
C’est bien ça, n’est-ce pas ?

– Vous M. Wim Duisenberg, alors que vous étiez président de la BCE et lauréat du prix De la vision pour l’Europe, vous avez donné votre accord à l’entrée de la Grèce dans l’Euro… sans voir que ses comptes étaient aussi maquillés qu’une voiture volée.
Vous devez être très myope, n’est-ce pas ?

– Vous M. Trichet, successeur de M. Duisenberg, demandez à la Grèce pas plus tard qu’hier matin, je vous cite, « de présenter un plan crédible ». Et quand vous étiez en fonction, vous disiez que le pays devait, je cite toujours, « corriger avec la plus extrême vigueur sa trajectoire aberrante, afin de pouvoir ramener son déficit de 12,7 % du PIB en 2009 à… 3 % en 2012. »
Vous avez fait une école de vétérinaire, M’sieur ?

– Vous M. Strauss-Kahn, vous étiez directeur du FMI lorsque vous avez, avec les États de la zone euro, prêté 110 milliards à la Grèce, pendant que la BCE se mettait à racheter des titres de cette même dette pour éviter que leur prix ne s’effondre. Vous avez donc fait passer la dette grecque, des comptes des banques françaises et allemandes à… ceux des États.
Cela en accordant un prêt à un pays en cessation de paiement, ce qui est rigoureusement interdit par le règlement du FMI. C’est bien ça, M’sieur ?

– Vous M. Juncker, après avoir été le Premier ministre, à l’insu de votre plein gré, d’un paradis fiscal pendant près de 20 ans, trois fois Président de l’Eurogroupe, vous êtes l’actuel Président de la Commission Européenne, et vous déclarez, je vous cite, « ne pas comprendre le résultat du référendum grec ».
Il ne peut toujours pas y avoir de choix démocratiques contre les traités européens, c’est bien ça M’sieur ?

– Pour vous M. Schäuble, je vous cite, « la crédibilité de la zone euro est plus importante que son intégrité ».
L’Euro c’est l’autre nom du Mark, et le Mark c’est plus important que ces feignants de Grecs… ou que la stabilité du continent. La Règle plutôt que la Paix, c’est bien ça M’sieur ?

– Vous Madame Merkel, vous avez menti à votre peuple en disant que la Grèce paierait l’intégralité de sa dette, alors que vous saviez pertinemment que c’était impossible. Et maintenant, vous préférez courir le risque de voir exploser l’UE, plutôt que de ne pas être réélue en avouant votre mensonge.
C’est bien ça M’Dame ?

Eh bien, j’vais vous dire M’sieurs-Dames, ce que je ne comprends toujours pas.
Je ne comprends toujours pas que vous soyez encore en liberté ! Que vous n’ayez pas été présentés à un juge, pour répondre de vos délits !

à nos amis Ricains

Un peu de géopolitique ne saurait nuire

À l’heure où les écoutes de la NSA et autres de nos “alliés” ne semblent pas inquiéter le gouvernement, il nous a semblé bon de ressortir cette vidéo de 2014, qui pose clairement en 30 mn la question de la souveraineté de la France en matière de défense. Jean-Luc Mélenchon y développait les principaux éléments préconisés par le parti de gauche. C’était à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)
Thèmes abordés : La place de la France dans le monde, L’armée et les citoyens, Objectifs stratégiques et moyens.

Plus d’un an après, on entend encore parler de ce qui serait une « communauté de valeurs » entre les États-Unis et la France. S’il ne s’agit pas de nier que nombre de valeurs humaines sont partagées par les américains comme elles le sont par tous les peuples, il ne peut en être de même avec celles du gouvernement de l’oncle Sam.

Nous ne saurions reconnaître une communauté de valeurs avec un pays qui se refuse à l’abolition de la torture officielle (Guantanamo)
Qui refuse de fermer ses prisons secrètes (en Pologne et en Roumanie pour ce qui est de l’Europe, mais aussi en Afghanistan, en Irak, en Thaïlande…)
Qui retient 1% de sa population adulte en prison selon des accusations dont les caractères ethniques et communautaires ne sont plus à démontrer (2,3 millions de prisonniers !)
Qui refuse de signer la Convention sur les mines antipersonnel
Qui ne ratifie pas la Convention sur la Cour Pénale Internationale
Qui ne ratifie pas la Convention sur les droits de l’enfant, ni celle sur les handicapés
Qui ne ratifie pas la Convention de l’ONU sur la biodiversité
Qui ne ratifie pas le Protocole de Kyoto (entre autres les gaz à effet de serre)
Et qui n’a pas ratifié six des huit conventions de l’Organisation Internationale du Travail, dont
Liberté syndicale et protection du droit syndical
Droit d’organisation et de négociations collectives
Égalité de rémunération des hommes et des femmes
Refus d’abolir les discriminations
Refus de la Convention sur l’âge minimal au travail…

Oui, n’en déplaise aux tenants de l’OTAN et du TAFTA, l’idée d’une communauté de valeurs avec les États-Unis est bien une vue de l’esprit.

Jean-Luc Mélenchon : Introduction à la « Journée Défense du parti de gauche »


Jean-Luc Melenchon : Introduction à la…

 

La fuite d’eau

sarkogrimLe nabot de la République a encore frappé. Voilà qu’il se fait humoriste et raconte des blagues oiseuses à des affidés aussi dégénérés que lui. Les réactions dans la presse sont aussi nombreuses que variées, suffisamment pour que Sémaphores n’aie pas envie de se fendre d’un article supplémentaire à la gloire de ce malade mental qui prétend encore à des fonctions présidentielles. Aussi n’avons-nous sélectionné qu’une photo en pensant qu’elle aidera chacun à réfléchir sur le caractère odieux de ce que Sarkozy appelle une fuite d’eau dans la cuisine …

fuite d_eau

Humour… ou pas_les derniers glanes

Des Martiens se sont posés sur le toit de la salle dans laquelle se déroulait le Congrès du PS.
Ils sont formels : il n’y a aucune forme de vie.

Soucoupe-VolantePendant ce temps…

10333554_10153902514729942_8950371086431383543_oLe tee-shirt que l’Europe devrait offrir à tous les immigrés…

10665789_739634199405375_3106883878580963081_nUn conseil si vous êtes en train de remplir votre déclaration…

11069643_783368515093072_3538815809983148276_net une petite vidéo bien sentie de Didier Porte, comme on les aime, manière d’apprécier une fois de plus combien la justice française est à revoir

Eric Woerth, saint et martyr par Mediapart

 

Quand Filoche s’effiloche

Dans un billet précédent à propos des motions PS (Solferino delenda est), nous nous demandions « Mais que dit Filoche ?». Lui habituellement si prompt à réagir comme tout frondeur qui se respecte, voilà qu’il a pris son temps et se fend d’un long billet oiseux et vaseux sur son blog Mediapart du 25 mai. Ce ne peut plus être que par honnêteté intellectuelle qui nous mettons ci-après le lien pour aller lire cette non-reconnaissance d’une débandade pourtant annoncée.

http://blogs.mediapart.fr/blog/gerardfiloche/250515/25-000-socialistes-de-gauche-nous-prendrons-nos-decisions-ensemble#comment-6470071

Pour le reste, nous pensons à Sémaphores comme la très grande majorité des internautes qui ont posté des commentaires sur votre blog, M. Filoche. Ce congrès était votre dernière chance et vous l’avez ratée.
De quelle gauche vous revendiquez-vous M. Filoche ? « Où est passé l’héritage du CNR que votre parti détricote avec parfois plus d’efficacité que la droite elle-même ? Parti qui privatise à tout rompre, qui vote l’espionnage des citoyens, qui passe à coups de 49.3, qui place un Valls et un Macron aux commandes après avoir clamé par la voix de celui qui est à l’Élysée qu’il n’avait qu’un ennemi qui se voit aujourd’hui confier les clés de nos finances, qui entourloupe sur les retraites, qui se rend complice après le traité européen de l’ignominie du TAFTA, TIPP et la liste est longue.»

La « vraie » gauche, M. Filoche, vous savez parfaitement où elle se trouve. Et il se trouve qu’elle vous accueillerait à bras ouverts pour peu que vous vous décidiez à ouvrir les yeux. Cette gauche se nomme Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, Die Linke en Allemagne et, ne vous en déplaise, Front de Gauche en France. Rien ne vous empêche d’y rallier votre propre formation. Mais penser rallier des mouvements citoyens tout en restant au sein d’un parti qui les méprise… ne nous prenez pas pour des truffes. Désormais, ce sera aussi sans nous, M. Filoche.

Humour… ou pas_les derniers glanes

Ménard a-t-il bien réfléchi ?
beziarerieParait qu’Internet a libéré la parole…

commentairesLe clan de Montretout… cache le reste

le_penPendant ce temps… des questions se posent à propos du suicide assisté

dignitéNo comment… Tout est écrit

palais de.Écologie : soyez responsables, pensez à laisser la galaxie aussi propre que vous l’avez trouvée en naissant

save the galaxysans autre commentaire, cet échange d’économie solidaire :

vends guitareEt finir sur une petite réflexion à l’usage de ceux qui attendent pour bouger

limites

Bats-toi comme une fille

Par Manal Drissi, mai 2015, depuis le Canada
Mon fils,

Tu aurais pu naître avec un vagin. Je t’entends déjà dire ar-keuuuh mamaaann, mais si je t’écris tout ça aujourd’hui, c’est que j’ai peur que Harper ne mette quelque chose dans l’eau des villes pour nous faire boire son Kool-Aid. D’un coup que je me mette à voter conservateur avant que tu n’aies l’âge pour que je te dise des affaires de grands.

Je veux que tu saches que tu es né sous le lys, mais que tu aurais pu naître sous les bombes. J’ai peur que de t’avoir mis au monde avec un pénis et des droits ne te rende indifférent à l’injustice. Ouvre-toi aux autres, quitte à réaliser comme Sartre qu’ils sont l’enfer.

On t’apprendra fièrement que chez nous, la femme est égale* à l’homme. Gare à l’astérisque, mon garçon ; c’est le même qui vient après le mot « garanti » sur un produit. Il présage plus de clauses d’exclusion qu’une police d’assurance.

L’inégalité des sexes, c’est comme un nid de poule. S’il est là depuis assez longtemps, on l’oublie. Jusqu’au jour où on scrape notre char dedans. Et qu’à la place de patcher le trou, on se dit qu’au moins on n’est pas en Arabie Saoudite, où les femmes n’ont même pas le droit de conduire. On se dit qu’un petit écart de salaire de rien pour un travail égal, des lois qui légifèrent nos corps et autres contraintes insignifiantes, c’est peu cher payé la liberté québécoise.

Je veux que tu saches que je suis née dans un pays musulman. Les femmes peuvent y conduire les cheveux au vent, aller à l’université, faire carrière, divorcer, voter et se pavaner sur les plages en bikini (tu remarqueras qu’on en parle moins, de ceux-là. Ils ont peut-être moins de pétrole ?). Mais qu’aux yeux de leurs semblables comme de la loi, les femmes ont moins de valeur que les hommes et qu’il s’en ressent. Et surtout, que ces femmes-là aussi, elles se disent qu’au moins, elles ne sont pas ailleurs-où-c’est-pire.

L’inégalité est d’autant plus sournoise quand elle ne lapide personne. Le Québec est tellement fier d’avoir une longueur d’avance sur le tiers monde qu’à la place de persévérer, il prend des selfies dans les toilettes depuis la fin de la Révolution tranquille. Mais tu es l’héritier de ses acquis et sache que l’inégalité n’est pas quelque chose qu’on tough parce que c’est pire ailleurs. Ne consent pas par ton silence pendant que les nids de poule deviennent des piscines olympiques.

Crédit : Marie-Pier Valiquette Photographe

Crédit : Marie-Pier Valiquette Photographe

Lève-toi si une de tes camarades de classe se fait montrer la porte parce qu’elle a les épaules nues ou des shorts trop courtes. Ce qu’on lui dit, c’est que son corps est un obstacle à ton éducation, et que ça lui en coutera la sienne. Ce qu’on te dit à toi, c’est que c’est à elle d’apprendre à se cacher et pas à toi d’apprendre la civilité. Ce qu’on dit sans jamais le dire, c’est que c’est de sa faute.

On te dira qu’il n’est jamais, au grand jamais acceptable d’abuser d’une fille. Mais que sacrament, ça serait peut-être pas arrivé si elle avait été moins paquetée ou plus habillée.

Exiger d’une femme qu’elle se couvre ou qu’elle se dévoile, ici ou ailleurs, c’est du pareil au même ; on lui arrache le choix parce qu’elle est née avec des ovaires. Souviens-toi que l’équité se construit par le tissu social, pas vestimentaire. Que l’éducation est la meilleure des armes contre l’inégalité.

On te dira qu’un gars, c’est un gars. Qu’une fille, c’est différent. Méfie-toi des discours simplistes ; ils peuvent tout justifier : du fractionnement des jouets à l’excision, en passant par le renvoi d’une fillette d’une pataugeoire de Montréal à cause de son torse nu.

Mon fils, tu es né du bon côté de l’égalité et tu devrais t’en insurger. Bats-toi comme une fille parce que tu aurais pu naître l’une d’elles. Et ne dis jamais « comme une fille » de façon péjorative. Je t’ai mis au monde « comme une fille » et je peux te jurer que c’est fait solide en ta’, une fille.

 

La mamie et le sac en plastique

Lue sur la Toile, cette histoire que nous aurions pu titrer « Confit de génération », rapport à ces petites haines recuites qu’on entend malheureusement de plus en plus ( le dernier clash était la chanson de JJ Goldman pour les Enfoirés), qui voudraient que les séniors en général soient responsables de l’état du monde qu’ils laisseraient à leurs enfants. Mais dès lors qu’on veut s’arroger le droit de juger et comparer, il faut tout mettre dans la balance. C’est ainsi que…

A la caisse d’un super marché une vieille femme choisit un sac en plastique pour ranger ses achats. La caissière lui reproche alors de ne pas se mettre à « l’écologie » et lui dit :
« Votre génération ne comprend tout simplement pas le mouvement écologique. Seuls les jeunes vont payer pour la vieille génération qui a gaspillé toutes les ressources ! »
La vieille femme s’excusant auprès de la caissière expliqua :
« Je suis désolée, nous n’avions pas de mouvement écologique dans mon temps. »
Alors qu’elle quittait le magasin, la mine déconfite, la caissière en rajouta :
« Ce sont des gens comme vous qui ont ruiné toutes les ressources à notre dépens.
C’est vrai, vous ne considériez absolument pas la protection de l’environnement dans votre temps ! »
La vieille dame en se retournant admit qu’à l’époque on retournait les bouteilles de lait, les bouteilles de limonade et de bière au magasin, qui les renvoyait à l’usine pour être lavées, stérilisées et remplies à nouveau ; on utilisait les mêmes bouteilles à plusieurs reprises.
À cette époque, les bouteilles étaient réellement recyclées,
mais on ne connaissait pas le mouvement écologique.

De mon temps, on montait l’escalier à pied : on n’avait pas d’escaliers roulants dans tous les magasins ou dans les bureaux. On marchait jusqu’à l’épicerie du coin aussi. On ne prenait pas sa voiture à chaque fois qu’il fallait se déplacer de deux rues.
Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique.

À l’époque, on lavait les couches de bébé avec du savon ; on ne connaissait pas les couches jetables ni les lingettes.
On faisait sécher les vêtements dehors sur une corde à linge ; pas dans un machine avalant 3000 watts à l’heure.
On utilisait l’énergie éolienne et solaire pour vraiment sécher les vêtements.
À l’époque, on recyclait systématiquement les vêtements qui passaient d’un frère ou d’une sœur à l’autre.
C’est vrai ! On ne connaissait pas le mouvement écologique

À l’époque, on n’avait qu’une TV ou une radio dans la maison ; pas une télé dans chaque chambre. Et la télévision avait un petit écran de la taille d’une boîte de pizza, pas un écran de la taille de l’État du Texas.

Dans la cuisine, on s’activait pour fouetter les préparations culinaires et pour préparer les repas ; on ne disposait pas de tous ces gadgets électriques spécialisés pour tout préparer sans efforts et qui bouffent des watts autant qu’EDF en produit.

Quand on emballait des éléments fragiles à envoyer par la poste, on utilisait comme rembourrage du papier journal ou de la ouate, dans des boites ayant déjà servi, pas des bulles en mousse de polystyrène ou en plastique.
À l’époque, on utilisait l’huile de coude pour tondre le gazon ; on n’avait pas de tondeuses à essence autopropulsées ou auto portées.
À l’époque, on travaillait physiquement ; on n’avait pas besoin d’aller dans un club de gym pour courir sur des tapis roulants qui fonctionnent à l’électricité.
Mais, vous avez raison : on ne connaissait pas le mouvement écologique.

À l’époque, on buvait de l’eau à la fontaine quand on avait soif ; on n’utilisait pas de tasses ou de bouteilles en plastique à jeter à chaque fois qu’on voulait prendre de l’eau.
On remplissait les stylos plumes dans une bouteille d’encre au lieu d’acheter un nouveau stylo ; on remplaçait les lames de rasoir au lieu de jeter le rasoir après chaque rasage.
Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique.

À l’époque, les gens prenaient le bus, le métro et les enfants prenaient leur vélo pour se rendre à l’école au lieu d’utiliser la voiture familiale et maman comme un service de taxi de 24 heures sur 24.
À l’époque, les enfants gardaient le même cartable durant plusieurs années, les cahiers continuaient d’une année sur l’autre, les crayons de couleurs, gommes, taille crayon et autres accessoires duraient tant qu’ils pouvaient, pas un cartable tous les ans et des cahiers à jeter fin juin, de nouveaux crayons et gommes avec un nouveau slogan à chaque rentrée.
Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique.

On avait une prise de courant par pièce, pas une bande multiprises pour alimenter toute la panoplie des accessoires électriques indispensables aux jeunes d’aujourd’hui.
ALORS NE VIENS PAS ME FAIRE CHIER AVEC TON SAC PLASTIQUE ET TON MOUVEMENT ÉCOLOGIQUE !

La vieille dame avait raison : à son époque, on ne connaissait pas le mouvement écologique, mais on vivait chaque jour de la vie dans le respect de l’environnement.

Cuba. Le géant et «l’autre»

Sur le blog de Jean Ortiz. 13 Mai, 2015 – L’Humanité.fr

Qu’il est petit sur la photo à côté de ce géant du 20ième siècle, de cet irréductible révolutionnaire, de ce communiste qui a fait de sa petite île une « grande puissance », un pays qui « exporte » des milliers de médecins, d’enseignants, un pays aimé par des millions d’hommes dans le monde pour sa générosité, son internationalisme, son anti-impérialisme, toujours aux côtés des peuples, des plus faibles.

Un pays pauvre qui a aidé de son sang l’Afrique du Sud à en finir avec l’apartheid, le Nicaragua à s’alphabétiser, qui a opéré et opère gratuitement de la cataracte des dizaines de milliers de latino-américains. L’opération « Milagro », « Miracle », pas des opérations militaires néo-colonialistes à forte odeur de pétrole. et de « Françafrique ».
Le petit Poucet cubain a tenu tête, dans les pires conditions, les plus grands sacrifices, au « monstre » 50 ans durant, alors que « l’autre » a les genoux élimés de tant de génuflexions devant les Ricains, devant « l’empire ».

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Mais il est content « Normal ». Il l’a eu sa photo. Il a fait son coup. Vous voyez bien qu’il est de gauche ! En France, il assimile les cocos aux fascistes, il crache son anticommunisme, il oublie les plus de vingt millions de morts de l’Union Soviétique (pour nous libérer du fascisme) Ce faisant il insulte la mémoire de tous les antifascistes…Qu’importe ! Obama et Merkel ont donné la ligne. En toute indépendance, il ne lui reste plus qu’à obtempérer.

Alors non, Normal, tu ne me la fais pas !!!

Le géant n’a pas reçu le président apostat, proaméricain, néolibéral. Il a reçu la France des Communards, de Louise Michel, de la Révolution française, des Lumières, de Victor Hugo, de Jaurès , de De Gaulle, des Résistants, de Guy Moquet, d’Aragon, de Picasso, de « L’Humanité », depuis toujours solidaire, la France des amis de Cuba. Où étais-tu, Normal, lorsque les vents soufflaient fort ?

Merci à Fidel de ce geste envers « ma France », et merci d’avoir donné à beaucoup plus petit que lui cette leçon de dignité.

Filoche ne respecte pas les milliardaires

Quand 1% détiennent 48% du patrimoine mondial,
Quand les dividendes versés aux actionnaires augmentent de 30% soit 56 milliards d’euros en 2014,
Quand 12 millions de Français-es sont en dessous du seuil de pauvreté et 17 millions sont les « inaudibles »,
Quand la fraude et l’évasion fiscale entraînent un trou de 80 milliards dans les caisses de l’État…
On finirait par se poser des questions.