Qu’en restera-t-il au total ?

Le patron du groupe pétrolier français Total, Christophe de Margerie, 63 ans, est décédé dans la nuit de lundi à mardi dans le crash d’un avion privé à l’aéroport de Vnoukovo, près de Moscou. Son jet est entré en collision avec une déneigeuse dont le conducteur était ivre.

Inutile de commenter cette info qui tourne en boucle sur tous les médias, mais constater que, malgré les atermoiements de Valls ou de Hollande qui aimeraient bien nous attirer la larme à l’œil, il ne semble pas que le peuple français soit prédisposé à des funérailles nationales pour le patron de Total. Il suffit pour s’en convaincre de piocher dans les commentaires du fil Mediapart, qui n’a pourtant consacré qu’une brève à cet accident. Petit florilège.

« Encore un patron tué à cause de l’inconscience d’un salarié ! La lutte des classes n’est pas terminée ! »

« Il meurt dans son jet percuté par une déneigeuse carburant  à la vodka. Victoire des biocarburants sur l’énergie fossile ! »

« Ils vont faire des économies chez Total : 10 000 €/jour ! »

« Une récente étude a montré que près de 0% des français de la classe moyenne décédaient dans des accidents de jet privé. »

« Ces grands patrons du CAC40 sont payés des fortunes car ils sont uniques, irremplaçables, n’est-ce pas ? Donc en toute logique celui-ci, tellement exceptionnel, ne pourra pas être remplacé. Autogestion pour Total, alors ? »

Humour noir ? Méchanceté ? Bêtise ? Défoulement ? Sans doute un cocktail d’un peu tout cela et de bien d’autres ingrédients encore, dont un majeur : le ras-le-bol ! C’est sans doute ce qui fait dire à une autre commentatrice que « la tension monte », accompagnée d’une « lucidité palpable ».

« Il y a seulement deux ou trois ans, il y aurait eu au moins une bonne âme bien pensante, pour ramener les commentateurs à une certaine décence charitable. Hors là, c’est unanime !… Avec Hollande et Valls qui nous annoncent que c’était « un ami personnel », c’est la cerise sur le gâteau… L’heure est grave. Y’en a des qui devraient s’inquiéter. Les fourches me semblent proches… »

Comme le note Daniel Schneidermann dans son billet du jour : « Prime spéciale à l’anecdote de la Miss Météo du Grand journal de Canal+ qui, en sous-vêtements, s’était barbouillée de mazout devant lui, un jour de marée noire, « sans qu’il quitte le plateau ». Quant au reste, au rôle de l’extraction pétrolière dans le réchauffement climatique, aux efforts (ou pas) de Total dans la transition énergétique, et autres questions secondaires, il en sera question une autre fois. »


margerie-grand-journal-miss-meteo-mazoute par asi

Bravo France 2

C’est le dernier billet de Daniel Schneiderman. De quoi s’inquiéter une fois de plus de l’état d’esprit de certains médias, service public compris.

Tiens, Ulcan, tu ne veux pas faire tomber @rrêt sur images ?

Ce soir, France 2 tourne un petit délinquant. Ce n’est pas la première fois. C’est même un des passages obligés des émissions comme Envoyé Spécial ou Complément d’enquête. Ce soir, c’est Complément d’enquête. Et le délinquant n’est pas n’importe qui : c’est le nommé Grégory Chelli, dit Ulcan, le hackeur ultra-sioniste à l’origine de désopilants canulars, dont l’un a visé le père d’un de nos confrères de Rue89, lequel est depuis plongé dans le coma.

mise à jour Sémaphores du 02 octobre : ce monsieur (et papa de Benoit LeCorre, journaliste à Rue 89) vient de décéder.

Ulcan vit en Israël. Et l’équipe de Nicolas Poincaré est donc allé le filmer à domicile. Mais pour obtenir des images parlantes d’un hackeur, il faut le filmer en train de hacker. En situation, disent les journalistes télé. Là, on a le choix. On peut le filmer se livrant à un désopilant canular. Mais ça pourrait être un peu long. On va donc le filmer en  train de « faire tomber » un site qui ne lui plait pas. Et bim, le site de la Fédération Anarchiste. Et bam…Et là, apparaît à l’écran une page d’accueil que vous connaissez bien : la nôtre. Et bam, Chelli va donc faire tomber le site d’@rrêt sur images. Devant la caméra de France 2. Pour la caméra de France 2. Et vous saurez maintenant, chers @sinautes, pourquoi il vous est parfois impossible de lire nos articles ou de voir nos émissions. Ne vous inquiétez pas : c’est seulement Chelli qui fait une petite démo pour la télé.

Ulcan – Envoyé spécial par asi

Ce n’est pas la première fois que la télé pousse à une mise en scène. C’est classique. Allez les skins, vous nous faites une petite bagarre ? Allez, les néo-nazis, une petite manif bras tendus ? Mieux tendus, les bras, on ne voit pas bien. Allez les jeunes-des-cités, une petite tirade machiste avec plein de verlan dedans ? Allez les gendarmes, une petite traque de pyromanes ou un petit sauvetage en montagne et tiens, tu ne veux pas te cagouler et passer pour un trafiquant d’armes serbe ? La démo de Chelli pour l’émission de Nicolas Poincaré s’inscrit dans cette glorieuse tradition de mise en scène (le reportage commence par de fort belles scènes, parfaitement spontanées, d’entrainement et de patrouilles du Bêtar, la milice de défense pro-israélienne). Bravo France 2, bien bossé. Mieux que la coopération des polices française et israélienne, apparemment moins efficace pour retrouver Chelli, et le mettre hors d’état de nuire. Lesquelles disposent pourtant, depuis hier soir, d’un nouvel indice, que nous mettons gracieusement à leur disposition. Ne nous remerciez pas, c’est un plaisir.

 

Mon cher Arnaud,

Nous avions pensé vous parler de la dernière conférence de presse du président Flamby, mais elle est d’un tel vide sidéral que vous auriez râlé d’une page blanche qui eut été pourtant bien significative de ce que la Hollandie peut encore mettre en avant. Fort heureusement, notre contributeur sémaphorien masqué, Pascal Campel, s’est fendu d’un billet d’humeur et d’humour comme nous les aimons. Le surdiplômé Cambadélis ou le Manuelito aux dents longues ne perdent rien pour attendre, mais aujourd’hui c’est vers le frondeur Arnaud que nous tournons le projecteur, manière d’évaluer combien il reste de ces polis p’tits chiens en phase avec les idées qu’ils professent (ou voudraient nous faire croire que…).

Arnaud,

Pardonne-moi cette familiarité, mais nous nous sommes croisés il y a déjà un bail, c’était du temps où toute ton énergie passait dans la promotion de la Convention pour la 6° République. C’était avant que tu n’entres vraiment dans la carrière…

Or donc j’apprends que tu as choisi les States pour tes premières vacances d’après-ministre ! Autant dire que je m’étonne de voir un socialiste, car tu es toujours au Parti Socialiste je crois, choisir ce pays pour des vacances. Et si j’en crois les gazettes pipoles en « amoureux » de surcroit. Tu aurais pu choisir Venise, je sais c’est banal, ou Rhodes, à la mode. Ou pourquoi pas Cuba, tu sais ce pays qui malgré l’embargo américain, malgré la fin de l’aide du grand frère soviétique, malgré une conception particulière de la démocratie accorde la gratuité des soins de santé, et scolarise tous les enfants. Et Cuba dont les plages sont paradisiaques, sauf du côté de Guantanamo !

Ainsi donc, tu étais aux States avec dame Aurélie. Lire la suite

Le prix Citron

Le 12e prix « Press Club, Humour et Politique » (prix Citron) sera remis le 29 septembre 2014.

On ne peut donc pas encore vous annoncer quel-le est l’homme ou la femme politique qui y est allé-e de sa plus belle perle en 2013-14, mais à Sémaphores nous parions volontiers que le gagnant sera une gagnante : Nadine MORANO.

D’abord parce qu’elle est nominée deux fois (Bon, d’accord, Ségolène est aussi nominée deux fois, mais elle n’a jamais eu de chance) :

Nadine MORANO, ancien ministre : « On a une recrudescence de violence… par exemple le vol des portables à l’arraché. Ça n’existait pas avant que les portables existent ».

Nadine MORANO, ancien ministre : «Me faire passer pour quelqu’un de raciste, je trouve cela choquant… Ma meilleure amie est tchadienne, donc plus noire qu’une arabe».

Bien sûr, nous ne pouvons qu’applaudir à la suivante, sans doute parce que nous aimons les prophéties auto réalisatrices :

Arnaud MONTEBOURG, ex-ministre du Redressement Productif : « Je crois à un retour de Nicolas Sarkozy ; mais menotté ».

Nous aimerions aussi décerner une palme à monsieur GORCE :

Gaëtan GORCE, Sénateur PS de la Nièvre : « En 100 ans, le monde sera passé du ballon dirigeable au supersonique ; et le PS de Jean Jaurès à Harlem Désir ».

On vous laisse découvrir les autres et faire votre choix.

Jean-Pierre RAFFARIN s’adressant à Nicolas Sarkozy : « Travaille tes silences, baisse d‘un ton »

Hervé MORIN, président du Nouveau Centre : « Au centre, on n’est pas chargé d’être la roue de secours du Titanic. »

Thomas THEVENOUD éphémère secrétaire d’État au Commerce extérieur : « Je ne suis pas un fraudeur, je suis un contribuable négligent. »

Roger KAROUTCHI sénateur UMP : « Les cartes postales, c’est bien, mais à un moment, il va falloir mettre les timbres. » Lire la suite

Le cercle des poètes retrouvés_n°22

Sur une entrée de parking, j’écris ton nom

Pas de poème cette semaine dans cette rubrique, mais un coup de gueule et de blues en ayant appris qu’à Saint-Brice-sous-Forêt, le conseil municipal a voté la démolition de la maison de Paul Éluard, avant de proposer de la donner aux héritiers devant la levée de boucliers.

Moindre mal sera donc fait, mais il est tout de même enrageant qu’il ait fallu une levée de boucliers pour que des élus du peuple ouvrent les yeux sur ce qui aurait dû leur tomber sous le sens.

Comment peut-on envisager de transformer en quelques places de parking une maison où est né le surréalisme, un lieu où Paul Éluard a accueilli Louis Aragon, Robert Desnos, André Breton, Jean Arp et autre Francis Picabia ? Par quelle inculture crasse peut-on en arriver là, à moins, nous n’osons le penser, qu’il s’agisse d’une volonté de faire table rase avec une culture devenue politiquement gênante pour certains ?

Un parking de 240 places nommé Paul Éluard !

Que faut-il comprendre lorsque, même après la levée de bouclier et l’engagement à trouver une solution plus honorable, l’édile de Saint Brice peut encore ajouter : « Paul Éluard est un grand nom de la littérature et nous n’avons rien contre lui. Avoir un parking à son nom n’est pas quelque chose de déshonorant. Nous voulions faire un massif fleuri, avec une plaque et un buste à la place de la maison, car nos finances ne nous permettent tout simplement pas de la rénover. »

Merci pour le buste et le massif fleuri, mon bon meussieur ! Quant à l’argument bien connu des finances, on peut noter que la mairie a su trouver les 600 000 euros nécessaires pour 240 places de parking. Pour le reste, des démarches avaient-elles seulement été entreprises auprès du Patrimoine, ou quelque autre organisme ou mécène ? Sans doute pas quand on réfléchit buste et massif fleuri. Et c’est bien ce qui nous met en colère.

Article sur l’Huma pour en savoir plus :  http://www.humanite.fr/sur-une-entree-de-parking-jecris-ton-nom-549249?IdTis=XTC-FT08-A9X00M-DD-DMCLQ-6VU#sthash.qSUBHhxm.d0ranwAa.dpuf

Plutôt Hitler que l’insurrection populaire

Noté par Fabrice Savel ce vendredi 22 Août dans l’Huma :

Dans son édition de ce week-end, l’hebdomadaire le Figaro magazine affiche Hitler en une alors que Paris commémore sa Libération.

Paraît que dans le jargon on appelle ça “un coup pour vendre du papier”. Oui, mais un très sale coup lorsque la France est en pleines commémorations du 70e anniversaire de la Libération de Paris.

À sa une le magazine n’affiche pas les Parisiens qui, les armes à la main, ont libéré la capitale de la France de l’occupant nazi. Non. L’hebdomadaire a préféré mettre pleine page une photo d’Hitler qui prend la pose devant la tour Eiffel lors de sa visite éclair en juin 1940, après la capitulation de Pétain. Et le magazine d’en rajouter quand, dans l’épisode 7 de sa série d’été consacrée “aux grands conquérants” il nous raconte la visite “touristique” du dictateur dans Paris vaincu.

Rappelez-nous, déjà, qui est le patron du Figaro ?

Après Tintin, voilà Sarko au Congo

L’a pas de chance, notre ancien clown à talonnettes. Contrairement à Midas, dont la légende veut qu’il changeait en or tout ce qu’il touchait, tout ce que touche Sarkozy depuis quelques temps se transforme plutôt en merde. Bon, d’accord, on exagère un peu en disant « tout ». Par exemple, il suffit qu’il s’assoie sur une chaise de conférencier pour que ça lui rapporte 100 000 euros, tous frais payés et hôtel cinq étoiles. L’est pas belle, la vie ? Il y a deux ans, pour la même prestation, Copé n’avait engrangé que 30 000. Pourtant le payeur était le même, le magazine Forbes Afrique, dont le proprio est aujourd’hui suspecté par la police française d’être un homme de paille du clan du Congolais Sassou Nguesso dans plusieurs opérations de détournements de fonds pouvant atteindre 60 millions d’euros. Euh… ben, finalement ça rapporte pas mal, la merde. Et Sarko connaît les bonnes tables.

Nicolas Sarkozy dînant à la table de Sassou Nguesso, le 25 juillet. © Bernardin Dondos / Mediapart

Par Mandarin

Alors mon Paulo, te voilà de nouveau en tête de gondole sur Médiapart… T’as pas bientôt fini de faire le mariole, à ton âge… J’avais lu une brève l’autre jour et j’avais vu ta tronche de baltringue avec l’autre phénomène, le Marsaud… La photo, mon Paulo, tartignole… Vous aviez l’air d’avoir envie de pisser tous les deux… Toi, avec tes deux mains sur tes tous petits bijoux de famille et l’autre qui était au bord de l’apoplexie… Et ton regard Paulo, nan, c’est loupé, ça fait pauvre tout ça… T’avais l’air d’un mec qu’a rien dans le citron… Une vraie tête de débile. On le savait déjà, et là, c’est la vérité qui éclate… Il a fallu que t’envoies une carte postale façon Paris Match… Ah le scooter gars, t’as encore voulu te la péter genre easy rider et ta susureuse, en ado attardé, trop nase. Carlita qui se la joue BB sur sa Harley, ça manque de classe… Et toi, sans casque avec toutes tes lois pour ceux qui respectent rien… Ben oui, tu respectes rien, tu fanfaronnes comme au temps de ta petite splendeur… Tu nous la joues genre casseur friqué, voyou de la côte d’azur… Vous vous êtes crus dans un film de Delon… Loupé mon paulo comme d’hab… Et, t’es allé t’éclater au Congo au frais de la princesse… Évidemment, t’as rien payé même pas un coup à Denise après l’interview… Tu fais le Julot casse croûte hein, tu débites des conneries comme une enfileuse de perlouses et tu passes à la caisse… T’es toujours maqué avec des gangsters, des voyous, des voleurs… Le Sassou et les deux autres clampins ont les keufs aux fesses et toi, tu leur roules des pelles… Parler en public te donne des idées, oui oui, t’as dit ça… Pourquoi, t’as pas dit la vérité aux deux dames et à la flicaille l’autre jour… T’avais du public…. Nan Nan, faut faire durer le storytelling comme disent les roastbeef… Mon pauvre Paulo, t´es rendu bien bas…. Et je crains pour toi, tu finiras par te casser la gueule.

 

Le cercle des poètes retrouvé_n°19

« J’écris dans un pays dévasté par la peste »

…..

J’écris dans ce pays que les bouchers écorchent
Et dont je vois les nerfs les entrailles les os
Et dont je vois les bois brûler comme des torches
Et sur les blés en feu la fuite des oiseaux

J’écris dans cette nuit profonde et criminelle
Où j’entends respirer les soldats étrangers
Et les trains s’étrangler au loin dans les tunnels
Dont Dieu sait si jamais ils pourront déplonger

J’écris dans un champ clos où des deux adversaires
L’un semble d’une pièce armure et palefroi
Et l’autre que l’épée atrocement lacère
À lui pour tout arroi sa bravoure et son droit

J’écris dans cette fosse où non plus un prophète
Mais un peuple est parmi les bêtes descendu
Qu’on somme de ne plus oublier sa défaite
Et de livrer aux ours la chair qui leur est due

J’écris dans ce décor tragique où des acteurs
Ont perdu leur chemin leur sommeil et leur rang
Dans ce théâtre vide où les usurpateurs
Ânonnent de grands mots pour les seuls ignorants

…..

Louis Aragon

Monsieur le Président, vous égarez la France

Dans un parti pris en forme de lettre ouverte, Edwy Plenel s’adresse au président François Hollande.

ndlrSémaphores : à l’instar de nombreux médiapartiens qui tiennent leurs propres blogs, nous prenons sur nous de reproduire ce parti pris d’Edwy Plenel parce qu’il nous semble bienvenu dans un contexte qui alterne silences et/ou désinformation sur la position de la France dans le conflit Israël-Palestine. Nous rappelons cependant que Mediapart ne vit que de ses abonnements et que là comme ailleurs l’argent est le nerf de la guerre. L’info de qualité a un prix, la presse indépendante est une nécessité politique… Que ceux qui le peuvent n’hésitent pas à s’abonner !

 

Monsieur le Président, cher François Hollande, je n’aurais jamais pensé que vous puissiez rester, un jour, dans l’histoire du socialisme français, comme un nouveau Guy Mollet. Et, à vrai dire, je n’arrive pas à m’y résoudre tant je vous croyais averti de ce danger d’une rechute socialiste dans l’aveuglement national et l’alignement international, cette prétention de civilisations qui se croient supérieures au point de s’en servir d’alibi pour justifier les injustices qu’elles commettent.

Vous connaissez bien ce spectre molletiste qui hante toujours votre famille politique. Celui d’un militant dévoué à son parti, la SFIO, d’un dirigeant aux convictions démocratiques et sociales indéniables, qui finit par perdre politiquement son crédit et moralement son âme faute d’avoir compris le nouveau monde qui naissait sous ses yeux. C’était, dans les années 1950 du siècle passé, celui de l’émergence du tiers-monde, du sursaut de peuples asservis secouant les jougs colonisateurs et impériaux, bref le temps de leurs libérations et des indépendances nationales.

Guy Mollet, et la majorité de gauche qui le soutenait, lui opposèrent, vous le savez, un déni de réalité. Ils s’accrochèrent à un monde d’hier, déjà perdu, ajoutant du malheur par leur entêtement, aggravant l’injustice par leur aveuglement. C’est ainsi qu’ils prétendirent que l’Algérie devait à tout prix rester la France, jusqu’à engager le contingent dans une sale guerre, jusqu’à autoriser l’usage de la torture, jusqu’à violenter les libertés et museler les oppositions. Et c’est avec la même mentalité coloniale qu’ils engagèrent notre pays dans une désastreuse aventure guerrière à Suez contre l’Égypte souveraine, aux côtés du jeune État d’Israël.

Mollet n’était ni un imbécile ni un incompétent. Il était simplement aveugle au monde et aux autres. Des autres qui, déjà, prenaient figure d’Arabes et de musulmans dans la diversité d’origines, la pluralité de cultures et la plasticité de croyance que ces mots recouvrent. Lesquels s’invitaient de nouveau au banquet de l’Histoire, s’assumant comme tels, revendiquant leurs fiertés, désirant leurs libertés. Et qui, selon le même réflexe de dignité et de fraternité, ne peuvent admettre qu’aujourd’hui encore, l’injustice européenne faite aux Juifs, ce crime contre l’humanité auquel ils n’eurent aucune part, se redouble d’une injustice durable faite à leurs frères palestiniens, par le déni de leur droit à vivre librement dans un État normal, aux frontières sûres et reconnues.

Vous connaissez si bien la suite, désastreuse pour votre famille politique et, au-delà d’elle, pour toute la gauche de gouvernement, que vous l’aviez diagnostiquée vous-même, en 2006, dans Devoirs de vérité (Stock). « Une faute, disiez-vous, qui a été chèrement payée : vingt-cinq ans d’opposition, ce n’est pas rien ! » Sans compter, auriez-vous pu ajouter, la renaissance à cette occasion de l’extrême droite française éclipsée depuis la chute du nazisme et l’avènement d’institutions d’exception, celles d’un pouvoir personnel, celui du césarisme présidentiel. Vingt-cinq ans de « pénitence », insistiez-vous, parce que la SFIO, l’ancêtre de votre Parti socialiste d’aujourd’hui, « a perdu son âme dans la guerre d’Algérie ». Lire la suite

Le cercle des poètes retrouvé–n°18

Les oiseaux de passage

Écrits par Jean Richepin (1849-1926), Les oiseaux de passage font partie du recueil La chanson des gueux, ouvrage introuvable aujourd’hui dans son intégralité et qui valut à son auteur un procès pour outrage aux bonnes mœurs, suivi d’un mois de taule.

Voici ce qu’écrivait Léon Bloy en 1877 dans sa Lettre à Jean Richepin : « En réalité, vous vous foutez de tout, excepté de deux choses : jouir le plus possible et faire du bruit dans le monde. Vous êtes naturellement un cabotin, comme d’autres sont naturellement des magnanimes et des héros. Vous avez ça dans le sang. Votre rôle est d’épater le bourgeois. L’applaudissement, l’ignoble claque du public imbécile, voilà le pain quotidien qu’il faut à votre âme fière. »

N’en déplaise à Léon Bloy, le public imbécile s’est largement agrandi depuis que Georges Brassens a mis en musique quelques strophes de ces oiseaux de passage, ces poètes, ces fous, ces fils de la chimère, ces assoiffés d’azur qui vont, tout leur désir le veut, par-dessus monts et bois et mers et vents, et loin des esclavages. Et s’il faut suivre la règle de toujours dédier un poème à quelqu’un ou quelqu’une, alors que cette page soit en double dédicace, d’abord aux infatigables cabotins intermittents de la scène, ensuite au très fatigant Pierre Gattaz qui, de ces mêmes oiseaux, ne saurait recueillir que leur fiente.

Plusieurs artistes ont repris les strophes mises en musique par Brassens, dont l’excellente version, en 1979, de Maxime Le Forestier. Mais le flambeau se transmet toujours, et c’est la version de Les Maux de zOé que nous vous invitons à découvrir aujourd’hui. C’était au Festival des Bienvenus, organisé par le Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) Cinémaux.
Les Maux de zOé

La version intégrale du texte de Richepin se trouve ici : http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/jean_richepin/les_oiseaux_de_passage.html

Les strophes choisies pour la chanson se trouvent après la balise Lire la suite

Sarko examiné

On ne va pas vous repasser l’intervention télévisée du nabot à talonnettes, mais on en profite pour émettre le vœu que tout justiciable s’estimant injustement mis en examen puisse, à l’avenir, s’exprimer à la télévision. Pas de replay, donc, mais ce commentaire récapitulatif trouvé sur  » 20 minutes »et signé Jimmy Criket. (agrémenté des dessins du jour).

– Nicolas Sarkozy peut encercler ses ennemis. Tout seul.
– Quand Nicolas Sarkozy pisse face au vent, le vent change de direction.
– Nicolas Sarkozy peut claquer une porte fermée…
– Nicolas Sarkozy a déjà compté jusqu’à l’infini. Deux fois.
– Nicolas Sarkozy ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est.
– Nicolas Sarkozy peut diviser par zéro.
– La seule chose qui arrive à la cheville de Nicolas Sarkozy, c’est sa chaussette.
– Quand Google ne trouve pas quelque chose, il demande à Nicolas Sarkozy.
– Nicolas Sarkozy fait pleurer les oignons.
– Les Suisses ne sont pas neutres, ils attendent de savoir de quel coté Nicolas Sarkozy se situe.
– Pour certains hommes le testicule gauche est plus large que le testicule droit. Chez Nicolas Sarkozy, chaque testicule est plus large que l’autre.
– Nicolas Sarkozy sait parler le braille.
– Il n’y a pas de théorie de l’évolution. Juste une liste d’espèces que Nicolas Sarkozy autorise à survivre.
– Un jour, au restaurant, Nicolas Sarkozy a commandé un steak. Et le steak a obéi.
– Nicolas Sarkozy a un jour avalé un paquet entier de somnifères. Il a cligné des yeux.
– Nicolas Sarkozy mesure son pouls sur l’échelle de Richter.
– Nicolas Sarkozy connaît la dernière décimale de Pi.
– Nicolas Sarkozy peut taguer le mur du son.
– Quand la tartine de Nicolas Sarkozy tombe, la confiture change de côté.
– Nicolas Sarkozy est capable de laisser un message avant le bip sonore.
– Une larme de Nicolas Sarkozy peut guérir du cancer, malheureusement Nicolas Sarkozy ne pleure pas.
– Quand Nicolas Sarkozy passe devant un miroir, il n’y a pas de reflet : il n’y a qu’un seul Nicolas Sarkozy.
– Si Nicolas Sarkozy dort avec une lampe allumée, ce n’est pas parce qu’il a peur du noir mais parce que le noir a peur de lui.
– Le calendrier de Nicolas Sarkozy passe du 31 mars au 2 avril. … Personne ne fait de blague à Nicolas Sarkozy.

L’occasion de relire le billet de Huertas « Une coupure vertigineuse », c’était ici.

Oui la gauche peut mourir !

billet d’humeur_ par Pascal Campel

Oui la gauche peut mourir ! Si c’est Manu qui le dit doit y avoir du vrai.
Donc la gauche est menacée, pas seulement le PS, toute la gauche, et c’est étendu la gauche, du PRG (pour les moins informé, le Parti, Radical, de Gauche) au Parti de Gauche (la boite à Mélenchon)…Et j’oubliais le NPA, Lutte Ouvrière, la Fédération Anarchiste….
Et donc, Manu nous avertit, et fait les gros yeux. Gaffe les gars- il a pas dit camarades_ on peut aller dans le mur qu’il a dit en faisant les gros yeux. Et c’est quoi sa solution ? Et où quelle est la solution ? Il faut être unis derrière le gouvernement qu’il a dit Manu. Pigé les socialistes affligés ? Groupiert !
En un mot tous derrière et lui devant ! Il a rien pigé le Manu ! Rien compris au message envoyé par les citoyens aux municipales, et aux européennes. Ils en ont ras le bol des efforts consentis par les plus faibles quand une minorité pète dans la soie, ils veulent du boulot, ils désespèrent de voir la rente enrichir certains quand ceux qui ont encore du boulot ont du mal à joindre les deux bouts….
Ils en ont marre ! Et le PS, que propose t’il ? Le compromis, une culture que nous n’avons pas affirme Cambadelis, comme si c’était une tare ! Et le PCF c’est quoi son idée ? Un front du peuple, c’est aussi l’idée du Parti de Gauche ! Mal barrée la gauche si les uns et les autres poursuivent la grande déconnade !
Et si, pour une fois, parole était donnée au peuple, aux citoyens. Partout ici et là ils inventent des alternatives au marché (ce marché que certains socialistes, certains verts vénèrent plus qu’un Dieu) Ils se regroupent pour réfléchir, organisent la vie de leur quartier…
La gauche c’est du peuple qu’elle procède et pas de quelques hiérarques souvent issus du même moule. Ne pas écouter cette voix qui monte d’en bas, des ateliers, des usines, des boutiques, des fermes, c’est prendre le risque de voir la gauche s’étioler avant de mourir.
Le comprendront t ‘ils là haut dans les palais de la République ?

La douleur, qu’en faire ?

La douleur, qu’en faire ?

La chronique de Daniel Schneidermann ce 31 mai 2014

Aussitôt chassé des Unes par le « séisme » à l’UMP, le « séisme » du score FN aux Européennes subira sans doute le sort de ses devanciers : il sera oublié, jusqu’à la prochaine. Dans le flot des réactions, il en est une qui, pourtant, ne passe pas : la douleur de Mélenchon (séquence sur laquelle nous ouvrons l’émission de cette semaine). L’autre matin, j’assurais ne pas la partager. Il faut bien admettre, après quelques jours, que c’est plus compliqué.

Si je l’ai évacuée d’un revers de main, cette douleur, si je me suis empressé de parler d’autre chose, c’est, pour une part, parce que je m’en suis protégé. Oui, protégé. Parce que Mélenchon, dans cette douleur de voir la France lui échapper, exprimait trop bien une part de moi, et que je me sentais piteux d’être si bien démasqué en mes ultimes retranchements.

Non pas que je croie ce pays prêt à basculer dans le fascisme. Ce ne sont « que » les Européennes, et il ne faut pas oublier l’abstention, qui ramène le score FN à 10% du corps électoral. Il y a aujourd’hui un emballement europhobe, contrecoup brutal et inévitable de décennies d’eurolâtrie aveugle des élites. Mais enfin, on voit de moins en moins ce qui pourrait ramener les abstentionnistes au vote. Les quelques baisses d’impôts annoncées par Valls y suffiront peut-être, et peut-être pas. Pour l’avenir, rien n’est inéluctable, mais tout est possible.

On a toujours tort de se protéger contre des émotions parce qu’elles sont trop fortes, trop puissantes, parce qu’on ne sait pas où elles vont nous entrainer, parce qu’elles ne sont pas mobilisatrices, pas politiques, inutiles, parce que c’est de l’énergie perdue, camarade, que veux-tu qu’on en fasse, de ta douleur, ce n’est pas avec de la douleur qu’on va attirer l’électeur, ou l’abonné. La colère, oui. La colère qui fait les belles manifs, les beaux discours, les beaux éditos. Mais ta douleur, tu crois qu’elle va faire le buzz ? Tu penses qu’elle va cartonner sur Twitter ? Alors garde la pour toi, c’est privé, ça ne nous regarde pas (Mélenchon n’a d’ailleurs pas été le seul. Le Canard de cette semaine nous apprenait que chez EELV, Pascal Durand, en larmes après les résultats, n’a pas été en état de réagir devant les caméras).

Et pourtant, évanouis les cris, le foudroiement, l’accablement, les postures, les échanges d’injures entre résignés (le-peuple-a-parlé-c’est-sacré) et combattants (pas de pitié pour les fachos), les éternelles et toujours vaines recherches de stratégies de rebond, une fois épuisés les trésors de vocabulaire qui s’évertuent à nommer l’événement (séisme, coup de tonnerre, raz de marée, claque, branlée, etc) que reste-t-il d’autre, dans l’immédiat, que la douleur ? La douleur simple et nue, la douleur qui n’a pas de mot, rien d’autre que le sanglot étouffé.

« A droite des voyous, à gauche des médiocres », dit Régis Debray, Douleur de se sentir en accord avec cette phrase désespérée. Douleur de se sentir prêt à la qualifier de désespérée quand on l’aurait, hier, jugée ignoble. Douleur de sentir la brutalité du basculement du monde, de son propre regard. Douleur de sentir le mépris pour les voyous et les médiocres engloutir, si près de nous, les réflexes les plus élémentaires, nourrir toutes les résignations.

« Va la France. Va ma belle patrie. Allez les travailleurs, ressaisissez-vous… » : si elle est si poignante, cette apostrophe de Mélenchon, c’est de cette contradiction, de cette incohérence même, entre l’immense amertume et l’appel au ressaisissement. L’homme est foudroyé de voir sa « belle patrie » tant aimée larguer ses amarres, partir pour les mers lointaines. Il voudrait la retenir, mais ceux qui partent, ce sont les jeunes, les ouvriers, tous ceux qu’il croyait siens, qu’il a cherché en vain à retenir. Ses bras, son corps, ses mots, ses larmes lui échappent.

La douleur ne peut pas être la fin de l’histoire. Elle ne peut être qu’un tremplin vers d’autres histoires. En attendant, il a le mérite de nommer l’innommable.

Il est minuit moins cinq

Les Français ont voté…

Un camembert qui, selon le bon goût français, commence à puer…

Le « vrai » résultat, c’est-à-dire en rapportant le nombre d’exprimés à celui des inscrits.
Abstention : 58%
FN : 10,5%
UMP : 8,7%
PS : 5,9%
UDI-Modem : 4,1%
EELV : 3,8%
FDG : 2,7%
Autres : 6,3%

La chronique de Didier Porte


Didier Porte : « Le FN à 25% : pas de panique ! » par Mediapart

 

Le parti-pris de François Bonnet (Mediapart) sera notre sélection du jour :

Il est minuit moins cinq

C’est donc sous la présidence de François Hollande que le Front national, à l’occasion d’un scrutin à la proportionnelle intégrale, est devenu le premier parti de France. Et c’est sous la présidence de François Hollande que l’ensemble de la gauche se désintègre en réalisant un score historiquement bas : tout juste un tiers des suffrages exprimés. Pire qu’en 1994, pire qu’en 1984, deux élections terribles pour la gauche, mais lors desquelles celle-ci réunissait tout de même 39 % des suffrages. Cette fois, PS, écologistes, Front de gauche et Nouvelle Donne ne totalisent que 33 % des voix. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, la gauche – les gauches – n’ont été dans un tel état de faiblesse, tandis que l’extrême droite caracole.

«Séisme», «choc», ont reconnu hier les principaux responsables socialistes. «Une information suffocante», a lancé Jean-Luc Mélenchon. C’est une défaite historique, dont il faut bien prendre la mesure et comprendre les dynamiques mortifères qu’elle porte. En 1994, Michel Rocard, chef de file du PS, défait avec 14 % des voix, voyait sa carrière brisée net. Il payait cher l’usure du pouvoir socialiste après treize ans de mitterrandisme, mais d’autres forces à gauche (à l’époque la liste Tapie) venaient amortir ce choc. Rien de tel cette fois-ci. La sanction – un PS sous les 14 % –, qui amplifie encore la défaite des municipales, intervient deux ans seulement après l’installation de François Hollande à l’Élysée.

En deux ans, le président a tout à la fois perdu son électorat, détruit son parti et entraîné au fond du gouffre l’ensemble de la gauche.

photo Reuters

Dès lors, deux questions majeures vont se poser dans les jours à venir. La première est de savoir comment Hollande pourra terminer son mandat présidentiel et, si oui, ce qu’il compte faire des trois longues années qui nous séparent de 2017. La seconde va porter sur les nouvelles stratégies à développer pour empêcher ce qui, aujourd’hui, devient un scénario crédible : celui de l’élection de Marine Le Pen à la présidence de la République en 2017. Lire la suite

Le come back de la Marseillaise

Le jour du quatorze-Juillet,
Je reste dans mon lit douillet ;
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n’écoutant pas le clairon qui sonne ;
Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…

Georges Brassens_La mauvaise réputation

 

C’est le grand retour de la Marseillaise, particulièrement depuis les dernières élections municipales. On ne compte plus le nombre de communes qui ouvrent leur conseil municipal en chantant l’hymne national, du moins le peu qu’en savent en général les prétendants au patriotisme de bon aloi, c’est-à-dire le premier couplet et le refrain, point barre.

C’est pourtant pour ce minima qu’il est mal vu de faire semblant de remuer les lèvres ou fermer complètement sa bouche, Christiane Taubira en a encore récemment fait les frais, ce qui a permis à Christophe Lambert de monter au créneau pour fustiger encore une fois ce « sang impur » qui abreuve nos sillons, et même Edgar Morin s’est cru tenu d’un long rectificatif historico-lyrique dans les pages du Monde pour rappeler l’originelle impureté du sang.

photo_Reuters

Pour sa chronique hebdo à Mediapart, Didier Porte a eu le courage de visionner bon nombre de conneries ambiantes pour nous tenir au parfum de la descente des télés en général.


Didier Porte : « Touche pas à ma Marseillaise » par Mediapart

Mais aujourd’hui c’est dimanche 25 mai et jour d’élections. Alors en attendant que cette Europe en construction se dote d’un hymne européen, entonnons une fois de plus cette Marseillaise qui fait, après le sang, couler tant d’encre. Avec un petit conseil à la clé, essayez de trouver le bon tempo, la vidéo suivante devrait vous convaincre que ce n’est pas donné à tout le monde… qu’en témoigne cette version spéciale, dite « La Marseillaise de VGE ».

L’occasion de relire nos précédents articles dédiés à nos valeureux pioupious et bien sûr aux différentes versions de la Marseillaise.

Une lettre à José Bové

Reçu au courrier

Par Romain Jammes

Salut José, tu permets que je te tutoie ? On ne s’est jamais vu, du moins tu ne m’as jamais vu. Mais on a partagé tant de combats que j’aurais du mal à ne pas te considérer comme l’un des nôtres. Mes premières idées politiques, je te les dois. Pendant mes vacances à Millau quand j’étais encore gamin, j’entendais mille légendes sur tes actions, je voyais sur la route des messages demandant ta libération. J’ai vite partagé ce goût des produits de l’agriculture paysanne que tu représentais alors pour moi.
Le démontage du Mac Do de Millau a longtemps été un symbole pour l’ado que j’étais. Le symbole d’une forme de résistance qui me touchait, celui de ce que cette malbouffe n’était pas une fatalité et avait ses détracteurs. Une pointe d’espoir face à l’impérialisme américain qui me paraissait écrasant.
En 2007, je votais pour la première fois. Longtemps j’ai hésité à te rejoindre, tes idées me parlaient : radicales, concrètes… Je sentais encore le faucheur d’OGM, celui qui ne se résigne pas à accepter un système productiviste et destructeur pour les humains et la nature. Si j’ai finalement voté Besancenot, c’était pour pousser plus loin une démarche que je trouvais proche de la tienne, mais en capacité de rassembler davantage et de peser dans le débat politique. Tout ça pour te dire que tu as beaucoup compté dans mon engagement politique et que ce José Bové-là, je partageais ses idées et son engagement.
Aujourd’hui, José, je ne te reconnais plus. Je comprends plus où est passé ce militant qui m’a tant inspiré. Je t’ai vu voter la libération du rail, qui détricote sciemment notre grand service public. Comment développer le ferroutage, remettre des trains partout, améliorer encore le meilleur train du monde sans cet outil central ? Comment endiguer le tout-automobile si la logique du profit et non de l’intérêt général — car c’est de ça dont il s’agit — devient maîtresse de l’aménagement ferré ? Comment construire un service accessible à tous, sans que la puissance publique intervienne sur les tarifs ?
Je t’ai vu soutenir la libéralisation de l’énergie. Là non plus je n’ai pas compris. La transition énergétique est un axe central de la politique écologique. Elle ne peut pas répondre à une logique marchande, parce que nous devons avoir comme objectif de consommer moins. Si c’est la puissance publique qui a créé tant de centrales nucléaires, il n’y a qu’elle qui est assez puissante pour planifier la sortie de cette énergie dangereuse. Il n’y a qu’elle qui est capable d’investir sur 20, 30, 50 ans dans d’autres formes d’énergies : celle de la mer, de la chaleur des profondeurs, ou d’autres encore inconnues…
Je t’ai vu te prétendre « grand défenseur des traités européens ». J’en suis resté bouche bée. Ces traités sont l’ADN d’une Union européenne autoritaire qui prive le peuple de sa voix. Des traités passés en force, ou en catimini dont les objectifs sont toujours la destruction des souverainetés nationales, et la concurrence libre et non faussée. Oui, celle que tu veux « pousser jusqu’au bout ». En somme, c’est une Europe qui veut imposer l’austérité et le productivisme à tous les peuples membres. Comment peut-on être écologiste et défendre un tel principe ? Au-delà des FEDER, FEADER et autres fonds qui aident les collectivités dans certains aménagements intéressants, n’y a-t-il pas une direction générale mortifère dans laquelle cette logique nous emmène ? Est-ce que l’écologie ne contient pas la graine d’une société différente : relocalisée, solidaire, en paix ?
José, j’ai la sensation que tu t’es perdu dans la jungle bureaucrate de Bruxelles. Que tes combats ont été dilués, comme ces cuistres diluent le vin pour augmenter leurs marges. Tu es si bon élève de cette école, que l’assiduité devient ton seul argument face à Mélenchon, quand tu ne te déverses pas en insultes comme récemment.
Au fond, j’aimerais voter pour toi José, pour celui qui a participé à la construction de mes idées, peut-être celui qui a provoqué la première étincelle qui a embrasé mon engagement. J’aimerais aussi parce que tu viens de notre de camp et que tu y as toute ta place au regard de tes engagements passés.
Dimanche, je donnerai ma voix au Front de Gauche, ce sera aussi, un peu, au nom du José Bové d’autrefois…

Romain JAMMES

 

de quelques normes européennes…

Billet d’humeur et d’humour

On ne saluera jamais assez le travail remarquable des fonctionnaires européens qui ont à charge de coucher noir sur blanc les normes communautaires. Et tant pis si la récente directive de limiter la contenance des chasses d’eau à 6 litres et la demi-chasse à 3 litres fait râler la perfide Albion, elle qui aurait préféré que ce fût 4 litres pour n’avoir pas à changer tous ses blocs sanitaires. Il y aura toujours des râleurs, mais faut pourtant que certains se collent à définir les normes de notre espace communautaire.

On se souviendra, par exemple, du feuilleton des essuie-glaces de tracteurs agricoles.

Déjà en 1997, un rapport du Sénat avait cité quelques perles se référant à la directive relative aux essuie-glaces des tracteurs agricoles ou forestiers à roues selon laquelle : « si le tracteur est muni d’un pare-brise, il doit également être équipé d’un ou plusieurs essuie-glaces actionnés par un moteur. Leur champ d’action doit assurer une vision nette vers l’avant correspondant à une corde de l’hémicycle d’au moins 8 mètres à l’intérieur du secteur de vision ».

C’est ben vrai, ça ! Tout bon agriculteur, même s’il n’est pas au niveau Bac+3, devrait comprendre que lorsqu’il est assis sur son tracteur à roues (et non pas sur son bœuf ou son cheval, qui sont des tracteurs à pattes) ledit agriculteur doit avoir une vision vers l’avant au moins égale à une corde d’hémicycle de 8 mètres dans son secteur de vision. Très important, la vision ! Quand on veut bien cultiver son champ, il faut d’abord être au point avec le champ de vision. Et donc, autre exemple, être sûr d’avoir bien calé son rétroviseur. C’est pourquoi il existe une autre directive européenne relative aux rétroviseurs des tracteurs agricoles ou forestiers à roues (ça ne s’applique donc pas aux tracteurs à chenilles), selon laquelle

« le rétroviseur extérieur doit être placé de manière à permettre au conducteur, assis sur son siège dans la position normale de conduite, de surveiller la portion de route définie au point 2.5 », ledit point disposant que « le champ de vision du rétroviseur extérieur gauche doit être tel que le conducteur puisse voir vers l’arrière au moins une portion de route plane jusqu’à l’horizon, située à gauche du plan parallèle au plan vertical longitudinal médian tangent à l’extrémité gauche de la largeur hors tout du tracteur isolé ou de l’ensemble tracteur-remorque » !

Ah oui, pour le rétro c’est plus complexe que pour les essuie-glaces, et il aurait fallu pouvoir continuer jusqu’à Bac+5. D’ailleurs ça permettrait de se lancer dans la culture des bananes, ce qui est très technique comme chacun sait, car on ne transige pas sur la qualité de la banane. Le règlement de la Commission du 16 septembre 1994 définit les qualités que doivent présenter les bananes vertes non mûries après conditionnement et emballage.

Les bananes doivent être vertes, entières, fermes, saines, propres, pratiquement exemptes de parasites et d’attaques de parasites, à pédoncule intact sans pliure ni attaque fongique et sans dessication, épistillées, exemptes de malformations et de courbure anormale des doigts, pratiquement exemptes de meurtrissures et de dommages dus à de basses températures, exemptes d’humidité extérieure anormale, d’odeurs et/ou de saveurs étrangères, les mains et les bouquets devant comporter une portion suffisante de coussinet de coloration normale, saine, sans contamination fongique, et une coupe de coussinet nette, non biseautée, sans trace d’arrachement et sans fragment de hampe.

Remarquez que si vous ne vous sentez pas d’épistiller vos bananes (désolé pour l’explication, mais on n’a pas trouvé le mot dans le Robert ni le Larousse), vous pouvez vous reporter sur le calibrage. Très important le calibrage de la banane !  Figurez-vous qu’il se trouve déterminé par

« la longueur du fruit, exprimée en centimètres et mesurée le long de la face convexe, depuis le point d’insertion du pédoncule sur le coussinet jusqu’à l’apex, le grade, c’est-à-dire la mesure, exprimée en millimètres, de l’épaisseur d’une section transversale du fruit pratiquée entre ses faces latérales et son milieu, perpendiculairement à l’axe longitudinal. Le fruit de référence servant à la mesure de la longueur et du grade est le doigt médian situé sur la rangée extérieure de la main, le doigt situé à côté de la coupe, qui a servi à sectionner la main, sur la rangée extérieure du bouquet. La longueur et le grade minimaux sont respectivement fixés à 14 cm et 27 mm ».

C’est technique, on vous avait prévenu. Cependant, si vous en avez assez de vous faire mettre la banane là où l’on pense, essayez le concombre. C’est plus facile le concombre :

Le poids minimal des concombres cultivés en plein air est fixé à 180 grammes et celui des concombres cultivés sous abri à 250 grammes. La longueur minimale de certains concombres (excluons ici les concombres de mer qui entrent dans une autre catégorie) doit être égale à 25 ou 30 cm suivant leur poids. Mais attention…

« La différence de poids entre la pièce la plus lourde et la pièce la plus légère contenues dans un même colis ne doit pas excéder 100 grammes lorsque la pièce la plus légère pèse entre 180 et 400 grammes, et 150 grammes lorsque la pièce la plus légère pèse au moins 400 grammes » !

Puisque vous avez été gentils de lire cet article jusque-là, on va vous épargner pour aujourd’hui la directive concernant le rapprochement des législations des États membres relatives au matériel électrique utilisable en atmosphère explosible des mines grisouteuses. Sachez cependant qu’elle existe parmi des centaines d’autres et que nul n’est censé ignorer la règlementation. C’est bien pourquoi nous proposons qu’une prochaine directive de la commission vienne règlementer l’utilisation des neurones des parlementaires normatifs. Ne serait-ce que pour cela, ça vaut le coup d’aller bousculer la fourmilière dimanche 25 mai 2014.

Cessons de veauter, votons !

Et que notre foi résiste à scie rose  et à la peste brune !