La mort au bout de l’espoir

emigrants221 avril 2015 | Par Victorayoli  (note : le choix des illustrations est de Sémaphores)

Exploités, floués, ruinés par les voleurs de terre, ils migrent vers le miroir aux alouettes de l’eldorado européen… Avec souvent la mort au bout de l’espoir.
Au-delà de la dégoulinante de bon sentiments voire de culpabilisation suivant les tragédies récurrentes des naufrages de migrants en Méditerranée, il serait peut-être utile de s’interroger sur ce qui pousse les populations subsahariennes à risquer leurs vies à travers la fournaise du Sahara d’abord, les flots meurtriers de la Méditerranée ensuite. (…)

Nagy
Mais il n’y a pas que ça. Le principal moteur de cet exode est économique. (…)
Tous les accords de partenariats économiques entre l’Union Européenne et l’Afrique de l’Ouest sont des accords de libéralisation du commerce. Ils prévoient notamment la levée pendant vingt ans des barrières commerciales (taxes, quotas, licences, subventions) pour 75 % des produits, importés par les pays de la région, en provenance de l’Union européenne. Pour accompagner cette mesure, qui va entraîner une perte de recettes fiscales pour les États, l’Union européenne envisage une aide au développement compensatoire de 6,5 milliards d’euros sur la même période. Une poignée de figues.
Ces APE (Accords de Libéralisation du Commerce) mettent en péril la capacité de développement des États concernés, non seulement par la perte de recettes fiscales, mais surtout en fragilisant les marchés locaux et en nuisant à des projets de développement « endogène ». Ainsi les poulets dégueulasses surgelés européens qui inondent à bas prix les marchés africains tuent les élevages locaux. Ainsi le lait concentré de Nestlé tue l’élevage local, etc. (…)
Mais ce n’est pas tout. Il y a 3 ans, pour lutter contre la pauvreté et la faim en Afrique, le G8 a décidé de dérouler le tapis rouge… aux multinationales comme Monsanto, Syngenta, Cargill, etc… La Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition, NASAN pour les intimes, est une initiative qui, sous couvert d’aider 50 millions de personnes en Afrique subsaharienne à sortir de la pauvreté d’ici à 2022, va en fait faciliter les profits de grands groupes privés. (…)
Mais ce n’est pas tout ! En Afrique sévissent les « fondations humanitaires ». La plus connue est celle de Bill Gates. Ah ! Au fait, ce grand « philanthrope » – a acheté 500.000 actions de Monsanto, un autre grand bienfaiteur de l’humanité, qui lui-même, est actionnaire de « Academi », ex-Blackwater, armée privée célèbre pour ses exactions. La Fondation Bill Gates, avec la complicité donc de Monsanto, est actuellement engagée dans une entreprise de démolition de l’agriculture rurale vivrière dans le monde, et particulièrement en Afrique avec « l’Alliance pour une révolution verte en Afrique » (AGRA). Le but : remplacer les semences traditionnelles des agriculteurs pauvres d’Afrique par des semences « plus productives » fournies (contre pognon bien sûr) par la Fondation, pour ensuite les remplacer par…des semences OGM Monsanto !
Autre « action humanitaire » de la Fondation du brave Billy : le pillage de la pharmacopée traditionnelle en Afrique (entre autres) pour en tirer de juteux brevets, puis vendre à ces populations pauvres des médicaments sophistiqués produits par la nébuleuse de la Fondation. Sans oublier les vaccins testés sur ces populations… Et qu’est-ce qu’elles font ces populations flouées ? Elles migrent…vers le miroir aux alouettes de l’eldorado européen.

from earth
Mais ce n’est pas tout ! La dernière saloperie de la spéculation mondiale c’est l’accaparement des terres agricoles des pays du sud. Celle-ci est le fait à la fois de pays (Chine, Corée du Sud, Arabie saoudite, Libye, Qatar, etc.) et d’investisseurs privés (fonds de pensions, banques, etc.). Ces prédateurs achètent des millions d’hectares de terres arables dans les pays pauvres du sud, avec la complicité de la Banque mondiale et même d’agences spécialisées de l’ONU, mais aussi des gouvernements locaux dont les responsables corrompus par des flots de pognon bradent souvent pour l’euro symbolique (mais de grasses « commissions » pour eux !) des pans entiers de leurs pays.
Il s’agit ni plus ni moins de banditisme d’état, de colonialisme même pas déguisé derrière un apport de « civilisation ». Les acquisitions de terre à grande échelle sont conçues pour ouvrir de nouveaux espaces à une agriculture de plantation, une agriculture industrielle, destinée à l’exportation. Les bulldozers arrivent, dégagent tout, détruisent les villages et chassent les paysans locaux avec l’aide des flics, accaparent la terre mais aussi l’eau et plantent, qui du faux riz Basmati, qui des palmiers à huile, qui du soja OGM, qui des millions de roses et d’orchidées sous serre… Ceci avec force pesticides, engrais chimiques et autres poisons qui salopent la terre et les cours d’eau.
L’accaparement des terres prive les paysans, les populations autochtones, les pêcheurs et les nomades de vastes étendues de terres, et leur en interdit l’usage, aujourd’hui et demain, mettant sérieusement en péril leurs droits à l’alimentation et la sécurité de leurs moyens de subsistance. L’accaparement des terres capte aussi toutes les ressources en eau existant sur les terres, en amont et aux alentours, résultant de fait en une forme de privatisation de l’eau. L’accaparement des terres est intrinsèquement lié à la violation de la législation internationale sur les droits humains : évictions forcées, réduction des critiques au silence (ou pire), introduction de modèles fonciers et agricoles non durables qui détruisent les environnements naturels et épuisent les ressources naturelles, flagrant déni d’information, et empêchement des personnes de participer aux décisions politiques qui affectent leur vie.
Et que font ces populations jetées dehors par les voleurs de terres ? Elles migrent…vers le miroir aux alouettes de l’eldorado européen
Mais ce n’est pas tout. Ces foules de migrants tombent alors aux mains de sinistres mafias islamistes qui les attirent, les parquent, les dépouillent puis les entassent dans des barcasses pourries avec souvent, au bout de l’espoir saccagé, la mort sous le soleil menteur de la Méditerranée.

 

Photomontage Kenneth Roth

Photomontage Kenneth Roth

One Africa

Le Théâtre de la Ville à Paris, en partenariat avec Mediapart, organise un spectacle exceptionnel en solidarité avec la Centrafrique, lundi 10 mars à 20h30. Mediapart retransmettra ce concert, en direct et en accès libre, pour permettre au plus grand nombre de voir des artistes remarquables, dont Youssou N’Dour, qui disent ensemble : « One Africa » !

La crise en Centrafrique dure maintenant depuis près d’un an et, malgré l’intervention militaire française et internationale, rien n’indique que la situation va s’arranger prochainement. Une année durant laquelle les tensions entre communautés chrétiennes et musulmanes se sont exacerbées au point que le pays subit ces jours-ci un nettoyage ethnique ; une année durant laquelle la situation humanitaire déjà guère brillante s’est aggravée ; une année au cours de laquelle la communauté internationale a été incapable de trouver une issue à la crise.

Lire la suite (en accès libre) sur Mediapart_ + interview de Youssou N’Dour : http://blogs.mediapart.fr/edition/complices/article/070314/le-temps-de-lubuntu-spectacle-en-solidarite-avec-la-centrafrique-retransmis-en-direct-sur

La chanson « ONE AFRICA » de Youssou N’Dour et Idylle Mamba : 4 minutes de plaisir pour les oreilles et les yeux, 4 minutes à prendre absolument, pour vivre en paix ne serait-ce que quatre minutes seulement par jour dans un monde interminablement en guerre. C’est pas interdit de passer plein écran et de monter le son…


EXCLUSIF. « One Africa », le clip de Youssou N… par leparisien

 

premier fil d’actu sémaphorien de l’année

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« Puisque l’argent public est rare, il doit être bien utilisé, et nous pensons aujourd’hui qu’il peut être mieux utilisé que pour faire un nouvel aéroport alors qu’il en existe déjà un »

Parlant du projet à Notre-Dame-des-Landes qu’il trouve inutilement dispendieux, c’est ce qu’a déclaré Pascal Canfin le 2 janvier sur Europe1. Le ministre délégué au Développement rappelle ainsi le soutien « très clair » d’Europe écologie-Les Verts « à tous ceux qui s’opposent aujourd’hui à la construction de cet aéroport ».

Une grande manifestation d’opposants au projet est également prévue à Nantes le 22 février.

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Offrir une paire de couilles à Hollande pour Noël 

Bon, d’accord, c’était moche, sexiste, vulgaire, irrespectueux et même pas drôle, mais Politis a choisi d’en parler, Rue 89 aussi, et Sémaphores s’en voudrait d’avoir raté cette perle !

La dernière campagne des « Jeunes écolos d’Île-de-France » a été retirée une heure après sa mise en ligne (on imagine la pression). Ah, ces jeunes !…

L’objectif n’était pourtant que d’aider le Président à résister aux pressions de la droite et à tenir ses promesses. Une campagne qui ne pouvait que heurter et mettre mal à l’aise les ministres EELV qui se font mener en bateau par François Hollande depuis un an et demi, tout en restant au gouvernement.
Mais comme le relève Politis : À suivre les critères de ces jeunes écolos insolents, leurs ministres « en auraient-t-ils » plus s’ils décidaient de démissionner ?

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Aïe aïe aïe environnement

La loi du 2 janvier 2014   , article 16 en particulier, offre désormais au gouvernement la possibilité de revoir, par ordonnance, le régime juridique auquel tout projet d’aménagement est normalement soumis en matière d’évaluation environnementale.

Cette disposition crée en effet de nouvelles «zones d’intérêt économique et écologique», que la loi décrit comme des «zones présentant un intérêt majeur pour l’implantation d’activités économiques dans lesquelles les enjeux environnementaux font l’objet d’un traitement anticipé».

En résumé, ce dispositif permet au préfet de région de délimiter ces «zones d’intérêt économique majeur» dans lesquelles les enjeux environnementaux feront l’objet d’un nouveau traitement. Au programme : la création d’un diagnostic environnemental réalisé en amont par l’aménageur, comportant un inventaire détaillé des espèces et des habitats protégés, ou encore la réalisation d’un plan d’aménagement, là encore par l’aménageur, et dont les conditions de l’évaluation environnementale et de l’enquête publique pourront être revues par ordonnance.

En outre, selon le Journal de l’Environnement, cet article 16 n’a curieusement fait l’objet d’aucun débat, ni à l’Assemblée ni au Sénat. Et selon Raphaël Romi, professeur en droit de l’environnement à l’université de Nantes : « Ces dérogations au droit communautaire de protection des espèces et des habitats sont contraires à la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, qui prévoit des dérogations, lorsqu’il existe un intérêt public majeur, uniquement par espèce, par projet et par zone et non sur un territoire global.»

Article intégral sur Le Journal de l’Environnement : http://www.journaldelenvironnement.net/article/le-gouvernement-detricote-a-nouveau-le-droit-de-l-environnement,41257

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