Comment reconnaître un antisémite ?

Pas mal d’abonnés ont demandé à Daniel Mermet de mettre cette émission en libre accès, dont acte.

Le 17 février, l’invité de France Inter était Dominique Reynié. Un expert permanent dans tous les médias, professeur à Sciences Po, directeur de la fondation Fondapol, et qui était venu sur France Inter pour nous aider à démasquer les antisémites d’aujourd’hui, à savoir, selon les expertises de cet expert : les électeurs de Marine Le Pen, les « Français musulmans », les électeurs du Front de Gauche et de Jean-Luc Mélenchon.

Si certains auditeurs ont peut-être avalé leur café de travers, les journalistes de France Inter n’ont pas trouvé grand chose à redire et même Bernard Guetta a gratifié son public d’une définition définitive du sionisme. Malgré la léthargie ambiante, les propos entendus ont suscité quelques émois. Des poursuites en diffamation sont envisagées. Éric COQUEREL, coordinateur général du Parti de Gauche, a obtenu un droit de réponse dans l’émission du lendemain matin. Nous l’avons invité aujourd’hui avec Nonna MAYER, sociologue et politologue, Dominique VIDAL et Michèle SIBONY, vice-présidente de l’UJFP, l’Union Juive Française pour la Paix.

L’émission intégrale se trouve ici : http://la-bas.org/re-ecouter/les-emissions/2014-15/comment-reconnaitre-un-antisemite

 

Plus personne pour contrer Cukierman ?

Ces communautaristes qui sapent le vivre ensemble.

Sur Europe1, le lundi 23 février 2015, Roger Cukierman, Président du CRIF, déclarait « toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans ». Cette déclaration scandaleuse et stigmatisante faisait de la violence une spécificité musulmane ; elle incitait donc  à la haine.

Dans la même émission, il considérait que Marine Le Pen est « irréprochable personnellement »,

Ce label de respectabilité s’appliquait à celle qui le 27 janvier 2012, faisait le pas de deux dans le bal annuel des corporations pangermanistes, grand raout annuel de la peste brune européenne,  ceci le jour même de la « Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste ».

Déjà en 2002, lors des élections présidentielles, Roger Cuckierman formulait une effarante déclaration raciste dans le journal Haaretz  affirmant que le vote Le Pen constituait « un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles »

Dès lors une question doit être posée : comment les premiers représentants de l’État ont-ils pu représenter la République dans un dîner annuel du CRIF dont le président venait de faire une telle déclaration attisant la haine raciale.

Leur présence dans ce dîner devenait alors la caution officielle des débordements communautaristes du président du CRIF et de son mouvement. Cela ne peut qu’entretenir d’autres comportements communautaristes, antisémites ceux-là.

En cette période dramatique, après la tragédie de Charlie et de l’épicerie Casher, après le saccage d’un cimetière juif, après les nombreux actes anti-musulmans, il y aurait tant besoin d’un message rassembleur !

Ni le Président du CRIF, ni les officiels présents n’ont aidé à ce message.

S’il y a eu un esprit du 11 janvier, le Président du CRIF et ses invités sont apparus comme ses fossoyeurs quelques semaines plus tard.

Il nous appartient de réaffirmer l’urgence de la lutte contre toute les formes de racisme, sans hiérarchisation, sans concurrence communautariste mortifère pour le vivre ensemble.

MRAP       Paris, le 24 février 2015

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Par ailleurs, force est de constater que la presse de garde, dans son plus grand ensemble, n’a pas cru bon d’insister sur le caractère scandaleux des propos de Roger Cukierman. Tout doit-il désormais passer comme une lettre à la poste ?

En tout cas c’était sans compter sur ceux qui veillent au grain, comme par exemple Daniel Schneidermann dont voici l’un des derniers billets.

Contrer Cukierman

 Dans la série « les grands vieillards se lâchent », après Tesson, après Dumas, voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l’a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l’an, c’est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d’ailleurs. Le carton d’invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d’une partie de l’islamosphère).

Cukierman, lundi matin, est donc invité d’Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses. Premièrement que sur le plan de l’antisémitisme, Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes « commises par des jeunes musulmans », même si c’est « une toute petite minorité des musulmans français ». N’empêche qu’il faut absolument que « les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer ».

Toutes les violences commises par de jeunes musulmans ? On attend les réactions. On est sûrs qu’elles ne vont pas manquer. Après tout, Zemmour a été poursuivi pour une déclaration à peu près similaire, sur « les Noirs et les arabes ». Les intellectuels, les politiques, le MRAP, la LICRA, tous ceux qui ont réagi la semaine dernière après le dérapage antisémite coproduit par Bourdin et Dumas sur RMC, tous ceux qui ont expliqué sans même en examiner le bienfondé, que ce genre de phrase est tout bonnement inacceptable, tous ceux-là vont forcément réagir une fois de plus. Pas possible qu’il en soit autrement.

Mais non. Personne. Un tweet réprobateur immédiat de… Laurence Parisot, un dessin bienvenu de Johann Sfar posté sur Instagram, et c’est à peu près tout. Le soir, au dîner du CRIF, Hollande prononce le discours prévu. Tout juste prend-il soin de rappeler que le saccage du cimetière de Sarre-Union était le fait de « Français de souche, comme on dit », première occurence remarquable du terme dans une bouche officielle, qui peut, à la limite, en tendant bien l’oreille, s’interpréter comme une réponse polie à Cukierman. Pour le reste, tout le monde est là, sauf le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, qui s’est décommandé. Mais, à en croire Cukierman, c’est un accès de mauvaise humeur passagère, ça va s’arranger. Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que « tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs ». Ce n’est certes « qu’une toute petite minorité de la communauté juive française ». N’empêche qu’il serait bienvenu « que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer ».

Pour avancer sur la question de l’antisémitisme

L’Histoire n’a pas d’idéologie. Elle se doit d’être une science au service de la vérité, et non une vérité d’État au service d’une dictature intellectuelle.

C’est bien pourquoi, en regard de la situation actuelle et relativement aux débats qu’on voudrait interdire, Sémaphores accepte de signaler un document un peu trop vite enterré, et cependant susceptible d’apporter sa part d’éclairage dans la compréhension d’un des recoins sombres de la dernière guerre mondiale et du génocide des Juifs.

Il s’agit d’un livre de 200 pages qui propose une somme impressionnante de documents d’archives, de témoignages et d’analyses, préfacé par un très grand historien français, Pierre Vidal-Naquet. L’ouvrage n’a jamais été débattu dans les médias, ni par les politiques ni par la communauté juive. Et depuis qu’une bombe a explosé chez l’éditeur (EDI) l’auteur n’a plus jamais parlé de ce livre qui lève pourtant le véritable tabou qui pèse sur la participation des organisations juives de France à la déportation.

« Des juifs dans la collaboration » est paru en 1980. L’auteur, le journaliste devenu historien Maurice Rajsfus, est né en 1928, de parents juifs polonais, morts en déportation à Auschwitz et Maurice Rajsfus fut lui-même raflé au Vel d’Hiv alors qu’il n’était qu’adolescent (il en réchappa par miracle). L’ouvrage est préfacé par Pierre Vidal-Naquet, historien connu notamment pour ses travaux sur le génocide juif et le négationnisme, qui apporte au livre son indispensable crédit. Le livre, épuisé, n’a été ni réédité ni réimprimé depuis sa sortie.

Voici quelques extraits de la présentation du livre sur le site où les lecteurs intéressés pourront télécharger ce document exceptionnel (lien en fin d’article).

« Aussi insupportable que cela puisse paraître, l’UGIF, ancêtre du CRIF (les juifs de France n’étaient pas représentés à l’échelon national auparavant), mis en place par Pétain et les nazis (l’UGIF était en relation directe avec la Gestapo), aida à constituer des listes de juifs à rafler et à déporter. Maurice Rajsfus témoigne autant qu’il relate les faits. Dans la préface, Pierre Vidal-Naquet explique très clairement que c’est parce qu’aucun historien (lui le premier) n’a voulu réaliser ce travail qu’un journaliste l’a entrepris.» Lire la suite

Indigestion de quenelles

Billet de sale humeur, par Mario

Un dernier élément vient nourrir le dossier accablant de l’humoriste qui fait toutes les Unes : il serait suspecté de « blanchiment, organisation d’insolvabilité et fraude fiscale » après avoir envoyé plus de 400 000 euros au Cameroun depuis 2009.

Enfin on aurait trouvé l’argument qui va permettre de clouer définitivement au pilori le chien enragé. Mais il est clair que les médias chiens de garde manquent singulièrement d’informations. Selon nos sources, Dieudonné était impliqué dans les attentats du 11 septembre, il n’était pas innocent lors du tsunami qui a foutu la zone à Fukushima, porte une grande responsabilité dans le réchauffement climatique, et d’après de nouvelles analyses ADN, il serait le corbeau dans l’affaire du petit Grégory, mais ne serait pas le père de l’enfant de Rachida Dati.

Mais trêve de plaisanterie car ce n’en est pas une, et rien ne nous fait plus rire, ni du côté de Dieudonné, ni du côté du sinistre ministre de l’Intérieur.

Que l’humoriste ait gravement franchi la ligne jaune est une évidence et pas même une nouveauté, qu’en soient témoins les alertes et les plaintes qui s’accumulent depuis 2004. Encore faut-il considérer à une juste mesure d’où, quand, comment et pourquoi sont nées certaines de ces plaintes si l’on veut comprendre ce qui a conduit à la dangereuse et inadmissible radicalisation de Dieudonné. Car le désigner à la vindicte comme seul meneur reviendrait à évacuer d’un revers de main la question de savoir pourquoi ses vidéos approchent ou dépassent le million de vues sur Internet, pourquoi les salles où il se produit font le plein quelle qu’en soit la taille (un sondage a estimé qu’il remplirait Bercy si on l’autorisait !).

Se poser la question de savoir qui compose ce public conduit à cette autre évidence que le malaise est plus profond que ne le laissent entendre ceux qui voudraient le limiter aux dérapages d’un artiste. Que croit-on ? Que ce public, pour grande part composé de jeunes qui sont NOS enfants, serait un ramassis de racistes, d’antisémites, de révisionnistes et autres fascistes en devenir ? Si tel n’est pas le cas, que viennent-ils écouter et qu’entendons-nous de leur révolte ?

Qu’il soit déjà dit que Sémaphores n’ouvrira pas un énième « dossier Dieudonné », la presse en abonde et même en nauséabonde. Celui-ci sera le seul et unique dans nos pages. Pour nous, le fait que depuis plusieurs semaines on ne parle que de Dieudonné et de Valls, ça s’appelle LA CENSURE ! Nous allons y revenir. Lire la suite