Grèce_le suivi

par Arrêt sur Image_28 juillet 2015

Après Varoufakis ministre et économiste, Varoufakis hacker ?

Dans un échange avec des membres de fonds d’investissement, l’ancien ministre grec de l’économie Yanis Varoufakis précisait il y a deux semaines les contours de son « plan B » en cas d’échec des négociations avec les créanciers. Des propos, retranscrits par le quotidien grec Ekathimerini (distribué avec l’édition internationale du New York Times), jugés « surprenants », « incroyables » voire « explosifs » par la presse française.

Varouf_la tribuneLors de l’échange téléphonique avec ces membres de fonds d’investissements, qui a eu lieu le 16 juillet – soit une semaine après sa démission -, Varoufakis décrit en effet un plan qui aurait impliqué de « pirater » le système de l’administration fiscale pour mettre en place un « système bancaire parallèle ». « Ce plan aurait consisté à créer un système permettant de transférer des fonds directement des contribuables aux organisations ou entreprises créancières de l’Etat en cas de tarissement des fonds voire de fermeture des banques », explique la Tribune. Un système basé sur une sorte de monnaie provisoire donc, aussi appelée « IOUs ».

Ce système serait revenu à « créer un système bancaire parallèle au moment où les banques étaient fermées à cause de l’action agressive de la Banque centrale européenne visant à nous étrangler (…) C’était particulièrement bien développé et nous aurions pu faire une grosse différence, estime Varoufakis, puisque très vite on aurait pu l’étendre, en utilisant des applis pour smartphones. Bien sûr ce serait formulé en euro mais en un clin d’œil il pourrait être converti en nouvelles drachmes ».

Plus surprenant : pour arriver à ses fins, Varoufakis explique avoir fait appel à un ami d’enfance spécialisé en sécurité informatique à l’université de Columbia, pour pirater les installations de sa propre administration. Ce dernier n’aurait cependant pas réussi à pirater certains logiciels, alors sous contrôle de la Troika.

« Schauble a un plan »

Interrogé par le Telegraph sur ces échanges, Varoufakis a reconnu leur authenticité mais regrette « la récupération » qui en est faite en Grèce. « Ils veulent me faire passer pour un escroc et me faire tomber pour trahison. C’est une tentative d’annuler les cinq premiers mois de ce gouvernement et de les mettre dans la poubelle de l’Histoire », avance-t-il, rappelant qu’il a toujours été opposé à la sortie de son pays de l’euro. L’économiste fait référence à l’opposition, qui demande une enquête du gouvernement, et à certains élus qui l’ont accusé de trahison. Dans le même article, on apprend enfin que c’est le refus de Tsipras de mettre en place le plan Varoufakis le soir du « non » grec au référendum qui a causé la démission du ministre.

En dehors de ce plan B, un autre passage (moins repris) de la retranscription d’Ekathimerini donne une idée de la position allemande et française vue par Varoufakis et évoque un autre plan plus ou moins secret, mais allemand cette fois. « Schaüble [le ministre allemand des finances] a un plan. […] Il pense que l’eurozone n’est pas viable comme elle est. Il pense qu’il faut des transferts fiscaux, et un certain degré d’union politique. Mais il pense que pour cette union fonctionne sans fédéralisme, sans la légitimité d’un parlement fédéral élu, il faut mettre en place une discipline stricte pour y arriver. Et il m’a dit explicitement que le Grexit lui donnerait ce pouvoir de négociation, un pouvoir de la terreur suffisant pour imposer aux Français une idée à laquelle Paris résistait. Laquelle ? Transférer une partie du pouvoir de décision budgétaire de Paris à Bruxelles. »

Capture_decran_Wolfgang SchäubleLa réponse de Bruxelles…

28-07-2015 13:59:27
Pays : BEL

BRUXELLES, 28 juil 2015 (AFP)

« Allégations sans fondement », « théorie du complot »… La Commission européenne a accusé mardi l’ex-ministre grec des Finances Yanis Varoufakis de mentir sur le contrôle exercé par les créanciers sur les comptes du pays, en réagissant aux révélations de ce dernier sur un plan B de sortie de crise.

Le Secrétariat général aux recettes publiques, qui a la main sur les numéros fiscaux des contribuables grecs, « est une entité indépendante, qui fait partie du ministère des Finances », a affirmé mardi Mina Andreeva, une porte-parole de la Commission européenne.

« Les allégations selon lesquelles la troïka contrôlait le Secrétariat général aux recettes publiques sont fausses et sans fondement », a-t-elle déclaré. « Ce n’est tout simplement pas vrai », a-t-elle insisté.

Yanis Varoufakis a dévoilé mi-juillet qu’il avait travaillé durant des semaines, dans le plus grand secret mais avec le feu vert du Premier ministre, à la mise en place d' »un système bancaire parallèle » impliquant un piratage du logiciel de l’administration fiscale grecque.

Il a justifié ce piratage par le fait que selon lui, le Secrétariat général aux recettes publiques était sous contrôle des créanciers du pays, ce qui aurait rendu impossible de tester le système parallèle sans les alerter.

La Commission ne veut pas « s’aventurer » à commenter ces « théories du complot », et préfère se concentrer sur l’avenir plutôt que le passé, a souligné Mme Andreeva.

AFP 281359 JUL 15

..Selon la Commission, Varoufakis aurait donc inventé cette histoire…Ce démenti de la Commission apparait moins crédible que le propos de varoufakis : on voit mal quel intérêt ce dernier poursuivrait en inventant une histoire pareille.

*=*=*=*=*=*=*=*

En attendant nous aimons bien cet autre coup de gueule de Jean Ortiz dans l’Huma de mardi 28 Juillet, car il y a malheureusement une réalité criante….

grece_saleGrèce : soldes géantes !
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Raccrochez pour vous rapprocher !

par Alain Korkos (Arrêt sur Image). extraits

Ogilvy3Le Centre de recherches en psychologie de Shenyang, en Chine, a commandé en mai 2015 une campagne de publicité à l’agence Ogilvy de Pékin qui, bizarrement, se balade sur les réseaux sociaux depuis quelques jours seulement. La phrase d’accroche de cette série d’images est The more you connect, the less you connect qu’on pourrait traduire par Plus vous êtes connecté, moins vous rencontrez.

Ogilvy1Les campagnes sur ce thème ne datent pas d’aujourd’hui, elles fleurissent depuis plusieurs années avec, en général, le slogan… pardon, excusez-moi…Allô oui ? T’es où ? Nan j’peux pas te parler, là…
Pardon. Je disais donc que le slogan généralement adopté est Disconnect to connect, qu’on pourrait traduire par Raccrochez pour vous rapprocher.

Le premier film traitant ce sujet semble être une pub réalisée en 2010 par DTAC, compagnie téléphonique thaïlandaise.


Disconnect to connect Tahilande 2010 (Low) par asi

En 2011, un centre d’études féminin de la Torah basé à Brooklyn lançait une campagne demandant aux gens de se déconnecter pendant une heure le 2 octobre 2011. Deux films furent réalisés à cette occasion, le plus intéressant est celui-ci, directement inspiré par…pardon, excusez-moi…un sms urgent, il faut que je réponde…tic tic tic… tic… tic tic… tic…Pardon. Je disais donc que ce film s’inspirait de la bobine thaïlandaise précédente (DTAC est cité au générique de fin) :


Disconnect to Connect – Brooklyn 2011 par asi

Voici une autre marque encore… pardon, excusez-moi…Allô, oui, quoi ? Que j’oublie pas de prendre une baguette ? D’accord. Tu préfères pas une tradition ? Ou un pain de seigle ? C’est bon le seigle, ça facilite le transit. Nan ? Tu préf… Allô ? Allô ? Damnaide. Pardon. Je disais donc que cette autre marque (comme d’autres encore) a également piqué le slogan, essayez de découvrir quel produit on va vous fourguer à la fin du film :


2014-Tech Lovers Disconnect To Connect par asi

Débranchez-vous, qu’on vous dit ! Pour vous rapprocher de votre famille, de vos amis de dans la vraie vie, et des vrais produits de consommation tels ceux proposés en 2011 par le syndicat d’initiative de Rio de Janeiro, ou par les automobiles Ford en 2011 itou. Pardon, excusez-moi…Allô oui ? Une baguette normale pas tradition pas au seigle et pas trop cuite, d’accord. Mais non j’oublie pas. Pardon. Excusez-moi.

Secret des affaires

Enquêtes sur la corruption, sur l’usage de l’argent public, c’est le rôle de certains journalistes mais aussi celui de parlementaires et d’associations anti-corruption. Or, nombreux sont ceux qui souhaitent étouffer ces enquêtes. Pour préserver le secret des affaires…

« On ne veut plus des lanceurs d’alerte »

Pour en débattre, Daniel Schneidermann recevait cette semaine trois invités : Jean-Luc Touly, président de la FRICC ( Front républicain d’intervention contre la corruption) et par ailleurs lanceur d’alerte sur les marchés publics de l’eau, Fabrice Rizzoli, représentant d’Anticor, et Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice communiste des Hauts-de-Seine, rapporteure de la Commission d’enquête sur le crédit impôt recherche, rapport qui, comme Arrêt sur Image l’a raconté sur son site, ne sera jamais publié.

L’émission est en principe réservée aux abonné-e-s (vous pouvez essayer ce lien pour la voir en intégralité : http://www.arretsurimages.net/emissions/2015-06-19/Secret-des-affaires-On-ne-veut-plus-des-lanceurs-d-alerte-id7836) mais nous ne résistons pas à partager deux larges extraits édifiants.

Dans le premier, Jean-Luc Touly, président de Fricc, raconte pêle-mêle ses combats de lanceur d’alerte sur les marchés publics de l’eau accaparés par les grands groupes dont Veolia, dont il est salarié, les coupures de son Intranet par sa direction pour ne pas communiquer d’information aux salariés mais aussi l’argent des syndicats sur lequel on ne peut enquêter.


2015-06-19-ASI-corruption_2 par asi

Dans le second il est question de la directive sur le secret des affaires. Si elle est adoptée par le parlement européen, va-t-elle entraver la liberté d’informer voire d’enquêter comme l’affirme sur le plateau du Grand journal Edouard Perrin, journaliste qui a révélé l’affaire Luxleaks ? Les invités de Daniel Schneidermann, tout comme Elise Lucet, à l’origine d’une pétition qui a engrangé 310000 signatures, en sont convaincus.


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On n’a pas fini de rire

« Un 11 Septembre intime » : ainsi ai-je ressenti, à chaud, la tuerie de Charlie Hebdo. En un instant, la guerre m’avait rattrapé. J’étais Charlie, totalement. Mais quelle guerre ? Contre qui ? Et avec quelles armes, quels alliés, quelles limites ? Quelle étrange guerre, celle qui place des humoristes pacifistes, antimilitaristes et libertaires, sous la protection des policiers et des soldats. Quel noeud de contradictions insolubles !

Disons-le simplement : je crois que cet événement m’a changé. Il a bouleversé mon rapport à la liberté d’expression, cette vieille lune, que j’ai redécouverte à l’occasion. Mais aussi à l’école, à la Justice, aux politiques, et au combat pour la laïcité. Et bien sûr, aux medias. Sur ces vacillements, j’ai eu besoin de poser des mots. Et de tenter d’explorer, en éclaireur, les tiraillements et les effondrements intimes de beaucoup d’entre nous.

« On n’a pas fini de rire », tel est le titre de ce livre, commencé dans les larmes, et qui tente de s’en dégager, pour être utile à tous ceux qui se débattent encore dans ces contradictions. Il place en contrepoint des chroniques publiées au jour le jour sous le coup de l’émotion, sur notre site @rrêt sur images, avec un long texte à « mes nouveaux amis Charlie ». Son ironie est amère : normal, je suis en guerre, mais en guerre Charlie !

Pour en lire un extrait, c’est ici (1).

Pour le commander, c’est là (2). Je vous attends.

Daniel Schneidermann

L’apôtre qui fait peur

Une enquête du 27/01/2015 par Robin Andraca (Arrêt sur Image) sur un film que vous ne verrez peut-être pas

Après Charlie, « L’apôtre » fait peur à la police

Crainte de réactions musulmanes : deux projections annulées

C’est l’histoire d’un film, sorti en salles en octobre, dans lequel un musulman se convertit au catholicisme. Après une sortie en France dans une certaine indifférence en octobre 2014, deux cinémas, à Neuilly puis à Nantes, l’ont déprogrammé en janvier, sur recommandation de la police. Comme si après Charlie, tous les films n’étaient plus visibles de la même manière.

Et en janvier, deux projections furent annulées. Le 9 janvier, Cheyenne Carron, réalisatrice du film « L’Apôtre » reçoit un premier mail, signé par l’association « Bible à Neuilly », qui organisait la séance ciné-débat du 12 janvier : « Chers amis. Vu les circonstances actuelles, le commissariat de Police de Neuilly nous a demandé de reporter la séance du ciné-débat organisée lundi prochain« . Le 15 janvier, second mail, signé cette fois par la Fédération des Associations Familiales Catholiques de Loire-Atlantique : « Bonsoir madame. La DGSI nous a vivement conseillé d’annuler notre soirée débat du 23/01 autour de la projection du film L’Apôtre devant les risques d’attentats, cette projection pouvant être perçue comme une provocation par la communauté musulmane. Devant ce cas de force majeure, nous sommes contraints d’annuler cette soirée. Nous ne savons pas pour l’instant à quelle date il nous sera possible de reprogrammer cette soirée« .


LApotre par asi

Jusque là, pourtant, tout allait pourtant bien pour « L’Apôtre. Aussi bien que possible. Ayant essuyé des refus des filières traditionnelles de financement et de distribution du cinéma, la réalisatrice avait trouvé un mode de financement original, comme elle le raconte au site Boulevard Voltaire (créé par Robert Ménard) : « Après cinq longs métrages, le CNC refuse toujours de m’aider. Mais, ce film, je voulais absolument le faire. Alors un jour, voyant le magazine Challenges qui recensait les 100 plus grandes fortunes de France, j’ai pris les 10 premiers de la liste, je leur ai adressé une courte lettre, ainsi que le DVD de mon précédent film. Je leur ai expliqué que je cherchais un petit budget pour faire un film important. Trois mois plus tard, l’un d’eux m’a envoyé cet argent, et j’ai fait mon film« .

Le film ? L’histoire d’un jeune musulman d’aujourd’hui qui, touché par la grâce, décide de se convertir au catholicisme. Lire la suite

Spécial blasphème

En complément de l’excellente chronique de Sophia Aram (que vous pouvez retrouver ici)

Sur son blog, Jean-Louis Legalery nous rappelle la définition suivante :

Depuis la semaine dernière un terme s’est répandu de façon regrettable et est en voie d’être honteusement banalisé, blasphème, banalisation qu’il convient d’enrayer sans tarder. Ce nom commun, qui, en fait, ne l’est guère, apparaît, selon le dictionnaire étymologique Bloch& Wartburg, au XIIème siècle dans le latin écclésiastique, blasphemia, avec le sens de parole impie, parole qui outrage la divinité, la religion, voilà bien là un premier détournement sémantique de taille, puisque le sens initial issu du grec blasphêmein apparaît dans le dictionnaire latin-français Gaffiot avec le sens général et non connoté de parole outrageante, calomnie.

Blasphème est donc issu d’une période où le dogme régnait en maître, où la vérité était imposée aux plus faibles par les plus forts, aux plus pauvres par les plus riches, aux non-instruits par les détenteurs du savoir, et quiconque la contestait ou la refusait cette vérité imposée était considéré comme une menace à l’ordre établi, « le blasphème étant un péché, un crime contre Dieu » (le Grand Robert). Le mot blasphème est le fruit du dogme, c’est-à-dire « un point de doctrine établi comme une vérité incontestable dans une religion ». L’utilisation de ce mot est incompatible avec le concept de laïcité. Dans une République laïque, chacun peut, dans le cadre de sa sphère privée, croire en un dieu ou n’y pas croire, pratiquer ou non une religion, mais personne n’a le droit, selon ses choix religieux ou philosophiques, de décider ce que son voisin doit faire ou ne pas faire. C’est le chemin du fascisme et de la barbarie. Et les apprentis-sorciers de certains media qui banalisent ce terme d’un autre âge devraient réfléchir, réfléchir un bien grand mot bien sûr, car, quelle sera la prochaine étape ? L’apparition du mot péché dans le vocabulaire journalistique ?…

 

Lu sur Arrêt sur image

Le hasard est parfois étonnant. La veille de l’attentat contre Charlie Hebdo, des représentants des cultes catholique, protestant, juif et musulman ont demandé la suppression du délit de blasphème, hérité du droit allemand, et toujours en vigueur dans trois départements de l’Est de la France. Toujours en vigueur mais jamais appliqué : en 2013, une association avait tenté de faire condamner Charlie Hebdo pour blasphème, sans succès. Retour sur une spécificité méconnue.

Article 166 du code pénal… local

Mais d’où vient ce délit de blasphème ? Comme le rappelait Le Monde lors de la plainte contre Charlie, ce délit a été supprimé dans le droit français en 1789, notamment avec l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui précise que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Rétabli sous la Restauration, ce délit de blasphème a définitivement été supprimé par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.

Alors pourquoi en reparle-t-on encore en 2015 ? Tout simplement parce que le délit de blasphème a été maintenu… dans le droit local d’Alsace-Moselle, dénomination juridique qui regroupe les trois départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, qui étaient sous domination allemande entre 1870 et 1919. Oui, en 2015, il existe encore un droit local spécifique (voir la notice Wikipedia) qui recouvre différents domaines : droit du travail, sécurité sociale et liberté de culte (le Concordat fait partie du droit local).

Ce droit local est composé d’un ensemble de textes disparates, hérités notamment du droit allemand, qui n’ont pas été publiés au Journal officiel (certains textes n’ont même pas été traduits). Le délit de blasphème figure dans l’article 166 du code pénal local, lequel mentionne que « celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu par des propos outrageants, ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie sur le territoire de la Confédération […] sera puni d’un emprisonnement de trois ans au plus ».

Droit cultuel local : l’Observatoire s’est auto-saisi du sujet en novembre 2014

La proposition des représentants des cultes a été faite dans le cadre des consultations lancées par l’Observatoire de la laïcité. Créé en 2007 mais véritablement actif depuis 2013, cet organisme, présidé par Jean-Louis Bianco et dépendant du Premier ministre, a pour objectif de conseiller le gouvernement sur toutes les questions qui touchent la laïcité.

En novembre 2014, l’Observatoire s’est auto-saisi de la question du droit cultuel local. « La loi de 1905 ne s’applique pas partout, il y a sept régimes cultuels différents en Alsace, en Moselle et dans l’Outre-mer », nous explique le rapporteur général de l’Observatoire, Nicolas Cadène. L’organisme a donc lancé toute une série de consultations pour la préparation d’un rapport proposant des simplifications de ces régimes, qui doit être rendu au Premier ministre au mois d’avril. C’est dans le cadre de ces auditions que les représentants des cultes d’Alsace-Moselle ont suggéré d’abroger le délit de blasphème. « Ce qui nous importe, c’est la liberté d’expression », a déclaré Abdellaq Nabaoui, le vice-président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) d’Alsace. Même avis de l’archevêque de Strasbourg, Jean-Pierre Grallet, qui a qualifié ce délit d’« obsolète ».

 

La bataille des mille vaches

Par Anne-Sophie Jacques


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Disons-le d’une traite : l’implantation de la ferme-usine des mille vaches, à quelques kilomètres d’Abbeville (Somme) sonne la victoire de Michel Ramery, entrepreneur local qui impose son modèle d’industrialisation de la production de lait, sous couvert de rester compétitif dans notre économie mondialisée. Trois ans de lutte contre les riverains regroupés dans l’association Novissen – Nos villages se soucient de leur environnement – et la Confédération paysanne qui s’est engagée à bras le corps contre le projet n’auront pas empêché la mise en route de cette ferme géante et très controversée. En un sens, la mondialisation a gagné.

Aujourd’hui 450 vaches laitières sont installées dans cette exploitation qui ressemble davantage à une usine qu’à une ferme. Les vaches ne vont pas à la prairie et donnent leur lait trois fois par jour – contre deux dans les exploitations traditionnelles – sur un carrousel digne des chaînes de production automobile. Sont-elles malheureuses pour autant ? Non ! répond cette responsable de traite devant les caméras de France 3 invitées à une visite guidée. Même son de cloche (de vache) pour le responsable de l’établissement, Michel Welter, qui assure avoir créé des conditions optimales de la traite, « la plus douce et la plus stable » possible :


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Un long article, et très récapitulatif du problème, est en ligne sur le site d’Arrêt sur Image. Il est accessible gratuitement pendant 24 h, Profitez-en !

http://www.arretsurimages.net/chroniques/2014-10-25/En-Picardie-la-bataille-des-mille-vaches-bat-son-plein-id7171

Boycott_3eme épisode

Article de Sébastien Rochat (Arrêt sur Image) paru le 04/08/2014. Nous le reproduisons car il rappelle à chacun ce qu’il risque dans un pays où le boycott est interdit.

Appel au boycott d’Israël : une militante pro-palestinienne convoquée par la police

Lancer un appel au boycott des produits d’Israël conduit tout droit au commissariat. Jeudi 31 juillet, une militante de la cause palestinienne a été convoquée à la suite d’une plainte en raison de son appel à ce type de boycott. Rien à voir avec ce qui se passe actuellement à Gaza, la plainte date de février 2013. Mais cette convocation prend une résonance particulière en raison du contexte actuel et relance le débat sur la pénalisation de ce mode d’engagement : acte discriminatoire ou simple mode d’action militant ? Depuis quelques années, la justice apporte des réponses contradictoires et peine à donner une qualification précise à ces appels.

Ces appels sont-ils légaux ? Les tribunaux divergent. Et Taubira patauge.

Ils étaient une soixantaine, jeudi 31 juillet, à accompagner Bénédicte Bauret, une militante de la cause palestinienne, convoquée par le commissariat de Mantes-la-Jolie, ville dont elle est conseillère municipale d’opposition issue d’une liste front de gauche. Motif de la convocation ? En février 2013, une association, baptisée « Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme » (BNVCA) a porté plainte contre l’élue pour « injures et diffamation publiques ». Celle qui est aussi présidente de Fratercités, association locale de soutien à la Palestine, avait lancé, l’année dernière, un appel au boycott des produits issus d’Israël. « Je ne me souviens plus précisément sur quel support je suis intervenue en 2013, mais c’est une position que j’assume totalement. Comme beaucoup de monde, je réclame un étiquetage des produits pour savoir s’ils sont fabriqués en Israël ou dans des colonies illégales », a-t-elle expliqué au Parisien.

Les appels au boycott et les plaintes contre ces appels se sont multipliés ces dernières années. Lire la suite

La bataille du rail n’est pas terminée

COMPRENDRE LA GRÉVE DES CHEMINOTS

À part en Ile de France, la plupart des trains ont repris un fonctionnement normal, ce qui ne signifie pas que le conflit à la SNCF soit résolu. Mais il apparaît encore à ce jour que bon nombre de citoyens n’ont pas compris quel en est l’enjeu, fortement désinformés, il faut le dire, par le gouvernement et les médias aux ordres. C’est pourquoi nous revenons sur ce dossier avec des explications on ne peut plus claires. D’abord avec cette vidéo d’Arrêt sur Image avec un cheminot qui sait pourquoi il fait grève. Auteur d’un blog sur sa profession, Sylvain Bouard explique pourquoi il conteste la réforme du gouvernement. Ensuite avec les explications que Jean-Luc Mélenchon a déroulées sur son blog.


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UN COMBAT D’INTERET GENERAL

Les cheminots en grève depuis le 11 juin protestent contre le projet de réforme ferroviaire du gouvernement Hollande-Valls. Le gouvernement prétend que sa réforme va « réunifier la famille ferroviaire » aujourd’hui divisée en deux entreprises distinctes. En effet, en 1997, la SNCF a été coupée en deux. Depuis, la SNCF est chargé de « l’exploitation » du réseau, c’est-à-dire de faire circuler les trains. Et une autre entreprise, Réseau Ferré de France (RFF), assure l’entretien des voies ferrées et la construction de nouvelles lignes. Ce système est absurde. C’est d’abord une absurdité technique : séparer les rails et les quais des trains donne le spectacle lamentable des quais trop larges qui doivent être rabotés. C’est aussi une absurdité financière. Dans le ferroviaire, il faut des infrastructures très lourdes pour pouvoir faire circuler des trains. La logique de l’entreprise unifiée est de regrouper toutes les activités. Le système actuel sépare l’activité qui coûte le plus, à savoir entretenir et construire des voies ferrées, de l’activité qui rapporte, à savoir faire circuler des trains. Comble de l’aberration, lors de la création de RFF, c’est cette entreprise qui a hérité de toute la dette issue des investissements de la SNCF pour construire le réseau ferroviaire français. Bilan : RFF est asphyxié par cette dette et son remboursement. Et RFF est donc incapable de financer les investissements nécessaires à l’entretien et au développement du réseau. Pour compenser, RFF augmente les droits de péages que la SNCF doit lui payer pour pouvoir faire passer ses trains. Ce qui aboutit à augmenter les tarifs pour les usagers et à supprimer les trains les moins «rentables », donc a aggraver la désertification humaine et industrielle des zones concernées. Lire la suite

La douleur, qu’en faire ?

La douleur, qu’en faire ?

La chronique de Daniel Schneidermann ce 31 mai 2014

Aussitôt chassé des Unes par le « séisme » à l’UMP, le « séisme » du score FN aux Européennes subira sans doute le sort de ses devanciers : il sera oublié, jusqu’à la prochaine. Dans le flot des réactions, il en est une qui, pourtant, ne passe pas : la douleur de Mélenchon (séquence sur laquelle nous ouvrons l’émission de cette semaine). L’autre matin, j’assurais ne pas la partager. Il faut bien admettre, après quelques jours, que c’est plus compliqué.

Si je l’ai évacuée d’un revers de main, cette douleur, si je me suis empressé de parler d’autre chose, c’est, pour une part, parce que je m’en suis protégé. Oui, protégé. Parce que Mélenchon, dans cette douleur de voir la France lui échapper, exprimait trop bien une part de moi, et que je me sentais piteux d’être si bien démasqué en mes ultimes retranchements.

Non pas que je croie ce pays prêt à basculer dans le fascisme. Ce ne sont « que » les Européennes, et il ne faut pas oublier l’abstention, qui ramène le score FN à 10% du corps électoral. Il y a aujourd’hui un emballement europhobe, contrecoup brutal et inévitable de décennies d’eurolâtrie aveugle des élites. Mais enfin, on voit de moins en moins ce qui pourrait ramener les abstentionnistes au vote. Les quelques baisses d’impôts annoncées par Valls y suffiront peut-être, et peut-être pas. Pour l’avenir, rien n’est inéluctable, mais tout est possible.

On a toujours tort de se protéger contre des émotions parce qu’elles sont trop fortes, trop puissantes, parce qu’on ne sait pas où elles vont nous entrainer, parce qu’elles ne sont pas mobilisatrices, pas politiques, inutiles, parce que c’est de l’énergie perdue, camarade, que veux-tu qu’on en fasse, de ta douleur, ce n’est pas avec de la douleur qu’on va attirer l’électeur, ou l’abonné. La colère, oui. La colère qui fait les belles manifs, les beaux discours, les beaux éditos. Mais ta douleur, tu crois qu’elle va faire le buzz ? Tu penses qu’elle va cartonner sur Twitter ? Alors garde la pour toi, c’est privé, ça ne nous regarde pas (Mélenchon n’a d’ailleurs pas été le seul. Le Canard de cette semaine nous apprenait que chez EELV, Pascal Durand, en larmes après les résultats, n’a pas été en état de réagir devant les caméras).

Et pourtant, évanouis les cris, le foudroiement, l’accablement, les postures, les échanges d’injures entre résignés (le-peuple-a-parlé-c’est-sacré) et combattants (pas de pitié pour les fachos), les éternelles et toujours vaines recherches de stratégies de rebond, une fois épuisés les trésors de vocabulaire qui s’évertuent à nommer l’événement (séisme, coup de tonnerre, raz de marée, claque, branlée, etc) que reste-t-il d’autre, dans l’immédiat, que la douleur ? La douleur simple et nue, la douleur qui n’a pas de mot, rien d’autre que le sanglot étouffé.

« A droite des voyous, à gauche des médiocres », dit Régis Debray, Douleur de se sentir en accord avec cette phrase désespérée. Douleur de se sentir prêt à la qualifier de désespérée quand on l’aurait, hier, jugée ignoble. Douleur de sentir la brutalité du basculement du monde, de son propre regard. Douleur de sentir le mépris pour les voyous et les médiocres engloutir, si près de nous, les réflexes les plus élémentaires, nourrir toutes les résignations.

« Va la France. Va ma belle patrie. Allez les travailleurs, ressaisissez-vous… » : si elle est si poignante, cette apostrophe de Mélenchon, c’est de cette contradiction, de cette incohérence même, entre l’immense amertume et l’appel au ressaisissement. L’homme est foudroyé de voir sa « belle patrie » tant aimée larguer ses amarres, partir pour les mers lointaines. Il voudrait la retenir, mais ceux qui partent, ce sont les jeunes, les ouvriers, tous ceux qu’il croyait siens, qu’il a cherché en vain à retenir. Ses bras, son corps, ses mots, ses larmes lui échappent.

La douleur ne peut pas être la fin de l’histoire. Elle ne peut être qu’un tremplin vers d’autres histoires. En attendant, il a le mérite de nommer l’innommable.