Lorsque les dégoûtés s’en vont…

 Lorsque les dégoûtés s’en vont, il ne reste plus que les dégoûtants

L’assemblée va se mettre en « vacance » le temps des élections municipales. Ben oui, quoi ! Avec la réforme sur le cumul des mandats remise aux calendes grecques, on ne peut pas faire autrement tellement il reste de députés-maires. Un temps, nous avions pensé à Sémaphores que nous étions isolés à ne pas trouver cette situation normale. Pas du tout. Les jeunes élus sont de plus en plus nombreux à ne pas trouver normal que l’Assemblée se mette en veille. Mediapart a recueilli plusieurs de ces voix, ça aide à comprendre que la rupture n’est plus très loin.

Olivier Véran

« C’est un scandale. Pendant ce temps, les textes de loi s’accumulent, s’agace le député PS de l’Isère Olivier Véran, 33 ans, entré en politique il y a deux ans à peine. Je vais en profiter pour écrire, soutenir le candidat socialiste aux municipales à Grenoble. Mais franchement, je préférerais être ici, à l’Assemblée.» 

« Scandaleux », c’est aussi ce que pense Barbara Pompili, 37 ans, députée de la Somme et coprésidente du groupe écologiste.

Barbara Pompili

« On garde les vieilles habitudes, comme si nous n’avions pas voté la réforme du non-cumul. On crée une distorsion de concurrence en permettant à des parlementaires de faire campagne au frais du contribuable, tandis que leurs adversaires doivent poser des congés ou se mettre en disponibilité. Le pire, c’est qu’il n’y aura même pas de pause pour les européennes de mai : ça donne vraiment le signal qu’on se fout de ces élections. »

Pas de doute, ces nouveaux élus ont très vite compris qu’ils auraient à subir, comme leurs aînés, cette vieille tare du Parlement français : le déséquilibre des pouvoirs de la Cinquième République, outrageusement favorable à l’exécutif. C’est aussi ce que pense Laurent Baumel, 47 ans, fondateur de la Gauche populaire. « Si nous intériorisons que nous sommes des pions élus dans la foulée de François Hollande, qui votent les textes du gouvernement et mendient les amendements que le gouvernement veut bien nous donner, alors il vaut mieux plier les gaules. Dans une mairie au moins, on change très concrètement la vie des gens. »

Il y a déjà quelques mois, le député Jérôme Guedj lançait lors d’un colloque à l’Assemblée : « Les parlementaires impuissants sont condamnés au conflit majeur ou au baroud d’honneur ».

On peut donc légitimement se demander ce que tous ces gens font encore dans un gouvernement qui n’a pas l’intention du moindre changement constitutionnel. Si cette République est la cinquième du nom, c’est bien parce que quatre autres versions l’ont précédée. Alors pourquoi tergiverser et perdre davantage de temps : la VIeme République est inéluctable.

Mais si nous avions, comme le Canard, une noix d’honneur à décerner, elle serait pour François Rebsamen, président du groupe socialiste au Sénat, qui plaide pour que la modernisation de la démocratie, dont il reconnaît qu’elle a été le « rendez-vous manqué du début du quinquennat », figure en bonne place dans le programme du futur candidat pour 2017″.

Autrement dit, monsieur Rebsamen nous annonce que ce quinquennat est déjà terminé pour ce qui était des engagements. Le changement maintenant c’est pour 2017 ! Et c’est aussi ce que note de son côté Thomas Thévenoud, 39 ans, élu en Saône-et-Loire lorsqu’il dit : « Il ne faut pas s’étonner que ce pays ne se sente pas représenté. On réduit la réalité politique à un face-à-face François Hollande-Nicolas Sarkozy. Tout se met déjà en place, médias compris, pour le match retour en 2017 ».

Ciel, tant de pessimisme !