Bienvenue dans le Disneyland post-apocalyptique

C’est officiel : le premier parc d’attractions de Banksy vient d’ouvrir ses portes.

Depuis le mercredi 19 août se trame un drame au Royaume-Uni, dans un parc d’attractions pas comme les autres. On croise une sirène au physique trouble baignant dans un plan d’eau au moins aussi propre que la Seine, un château décrépit, un mannequin se faisant agresser par des oiseaux façon Hitchcock, un manège dont l’aspect sinistre est appuyé par un homme grimé en scientifique-boucher ou encore un orque sortant d’un chiotte. Le tout, sous un ciel gris et pesant.

disma-9-810x1040Vous l’aurez compris : il s’agit du Disneyland post-apocalyptique de Banksy, aka Dismaland. Le street-artist britannique a installé un parc dystopique à Weston-super-Mare, une petite ville située à une demi-heure de Bristol. particularité est de rassembler les œuvres de 50 artistes venant du monde entier

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À noter que le parc sera ouvert du 22 août au 27 septembre. Et surprise, ce sera l’occasion de voir une bonne flopée de groupes et artistes dont Massive Attack, Run The Jewels, Savages et les Pussy Riot. Les spectateurs pourront aussi écouter DJ Yoda, Peanut Butter Wolf and Breakbeat Lou, Sleaford Mods et Kate Tempest.

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Le chaton de Banksy à Gaza

mise à jour le 3 mars 2015

Banksy a exécuté récemment trois dessins dans les ruines de Gaza pour rappeler la situation misérable dans laquelle se trouve l’enclave depuis l’opération israélienne “Bordure protectrice” à l’été 2014, qui a fait plus de 2000 victimes palestiniennes et détruit 18.000 maisons.

à lire l’excellent billet de blog d’André Gunther : Habermas et le chaton, de l’usage ponctué d’internet :

http://blogs.mediapart.fr/blog/andre-gunthert/020315/habermas-et-le-chaton-de-lusage-ponctue-dinternet

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Daniel Schneidermann a également signalé l’événement

  Pourquoi Gaza, plutôt que New York ou Londres, ses terrains habituels, tout de même plus accessibles ? Pour nous mettre un grand coup de griffe, de ses mignonnes petites griffes, sur nos faces de voyeurs velléitaires et volatils. Ce qu’il nous miaule, le chaton, très gentiment, c’est que nous sommes, peuple internaute, trop indifférents pour nous intéresser à Gaza si on ne nous en parle pas avec un lolcat. Ce qu’il nous dit, c’est qu’il nous connait par cœur, dans notre inertie crasse, et qu’il va nous parler le seul langage qu’on soit capables de comprendre.

Et il a raison, comme le reconnait Pierre Haski sur Rue89, qui a repéré le lolcat. Il nous connait bien. Haski, et moi-même, aurions-nous parlé de Gaza, sans le chaton de Banksy ? Bien sûr que non. La concurrence des sujets est rude. Que Gaza se reconstruise, et on en reparlera à la prochaine quand les Israéliens rebombarderont. Justement. Au rythme actuel, il faudra 100 ans pour reconstruire Gaza, selon Oxfam, citée par Haski. Pourquoi ce rythme est-il si lent ? Parce que les Israéliens ne laissent passer les camions de matériaux de reconstruction qu’au compte-gouttes. Sans doute fouillent-ils les sacs de plâtre un par un, ce qui n’aide pas à accélérer le processus. 100 ans, c’est un joli chiffre tout rond, médiatiquement bankable. Mais tout de même pas autant qu’un joli chaton. Bien joué Banksy.

et il y a eu Charlie

Le street artiste Combo agressé à Paris

« Au début, je croyais que j’étais français, j’ai vite compris que j’étais arabe, puis beur… Maintenant, on me dit que je suis musulman »

Cela ne leur a pas plu, ce grand gars à la voix douce et à la barbe fournie d’un imam, qui collait sur le mur une affiche en pied de lui-même photographié en djellabah avec, à côté, le mot « coexist » – Un croissant musulman pour le C, une étoile de David pour le X, et une croix chrétienne pour le T. Samedi 30 janvier, porte Dorée à Paris, les quatre jeunes lui ont demandé d’effacer l’inscription. L’homme a refusé, alors ils l’ont roué de coups. Épaule démise, des bleus douloureux et huit jours d’incapacité totale de travail (ITT), mais « rien de cassé » : « Mon petit frère, qui fait de la boxe, m’a appris : j’ai eu les bons gestes quand j’étais à terre. »

« Savez-vous que les musulmans finissent leurs prières par amen, comme les juifs et les chrétiens ? » « Tu peux écrire ça, lui disent les jeunes qui s’agglutinent, mais tu n’écris pas “Je suis Charlie”. »

Combo a 28 ans. Il n’est pas religieux. Il est « street artiste ». C’est-à-dire qu’il a fait de la rue son moyen d’expression. « Publicitaire repenti – pour Peugeot, MacDo ou Canal+ », il a décidé un jour qu’il devait faire œuvre. Depuis, il parcourt le monde avec ses rouleaux de papiers imprimés et ses bombes de peinture. A Tchernobyl, il colle une propagande incongrue pour le nucléaire. A Los Angeles, il organise un collage collectif Everybody Smokes. A Hongkong, il affiche des pages Google censurées par le Parti communiste chinois… « Mes œuvres fonctionnent de manière disruptive. Elles surprennent. Elles sont là où elles ne devraient pas être. » Mais, depuis, il y a eu cette résidence d’artiste à Beyrouth, et il y a eu Charlie.

En savoir plus sur Le Monde : http://www.lemonde.fr/arts/article/2015/02/04/le-street-artiste-combo-agresse-a-paris_4569284_1655012.html#eRsOwXp5RqPjhA8W.99

L’occasion pour les nuls en street-art (mais c’est valable pour les amoureux aussi) de revisiter quelques pages sémaphoriennes sur le monde du street-art :

Les batailles du street-art http://semaphores.info/2014/08/les-batailles-du-street-art/

L’expo de Ouf http://semaphores.info/2014/09/lexpo-de-ouf/

Ballons rouges http://semaphores.info/2014/10/ballons-rouges/

Banksy and Co http://semaphores.info/2013/10/banksy-and-co/

 

Ballons rouges

Inspiré par Alain Korkos (Arrêt sur Image), inépuisable traqueur d’images devant l’éternel, ce sera donc le double, voire triple coup de cœur audio-visuel sémaphorien de la semaine. À travers ces ballons rouges, c’est l’occasion d’un détour par le street-art via Banksy qu’on ne présente plus dans ces pages, d’une virée par la Syrie pour ne pas oublier la politique, puis de finir au cinéma pour ne pas oublier la poésie.

L’un des pochoirs les plus connus de Banksy est « la petite fille au ballon rouge », un dessin qui a fait le tour du monde.

En mars 2014, Banksy autorisa la reprise de sa petite fille au ballon rouge pour un clip en faveur du peuple syrien. L’opération fut intitulée #WithSyria, les internautes étaient invités à poster sur les réseaux sociaux des photos d’eux-mêmes tenant des ballons rouges avec la mention #WithSyria.


Banksy #WithSyria (Low)

Notre ballon rouge suivant est plus éloigné de la guerre mais pas tant que ça. La petite fille de Banksy y était un petit garçon des années 50, la guerre était finie mais, comme toujours, pas tant que ça.

Le Ballon rouge est un court métrage de 34 minutes tourné dans le quartier de Ménilmontant en 1956 par Albert Lamorisse. Une de ces perles rares du cinéma. Il gagna de nombreux prix y compris à l’étranger, dont un Oscar pour le scenario le plus original 1956 ainsi que la Palme d’Or du court métrage au festival de Cannes, et plein d’autres prix prestigieux qu’on vous laisse découvrir dans le générique. À regarder posément dès que vous prendrez 30 minutes pour vous reposer, à consommer sans modération, y compris et surtout avec les enfants.

 

Les batailles du street art

Un lecteur américain de Sémaphores nous ayant signalé un lien défectueux dans notre dernier billet sur le street art consacré à l’artiste Banksy (à retrouver ici), c’est l’occasion d’une mise à jour et de signaler à nos lecteurs amateurs d’art de rue qu’ils peuvent désormais se rendre sur le site Artsy.net où ils trouveront bien des œuvres de Banksy, y compris des repros à la vente (se rendre ici : https://artsy.net/artist/banksy). Il ne s’agit pas d’un site consacré mais on est loin de perdre au change puisque Artsy référence plus de 25 000 artistes, un travail colossal de regroupement que nous saluons.

En attendant, Alain Korkos (Arrêt sur Image) n’a pas manqué l’annonce par le journal Le Guardian qui nous apprenait que le graffiteur anglais King Robbo, ennemi juré de Banksy, vient de décéder après trois ans de coma.
« Robbo, qui tout comme Banksy a toujours gardé son identité secrète, était dans les années 80 à l’avant-garde du mouvement graffitiste ; il se fit connaître en recouvrant les wagons de lettrages d’inspiration américaine », rappelle le quotidien londonien. On découvrit Robbo dans une rue de Londres en avril 2011, avec des blessures à la tête peut-être dues à une chute dans un escalier. Il est décédé ce 31 juillet, après trois ans de coma ininterrompu.

On ne sait pas toujours combien les graffiteurs de renommée internationale se livrent bataille pour la conserver, et c’est l’un de ces affrontements entre King Robbo et Banksy que l’ami Korkos a reconstitué pour nous en images.

Voici un graffiti original de King Robbo, daté de 1985 :

Le même tel qu’il apparaissait en 2006, usé par le temps.

Le graffiti de King Robbo partiellement recouvert par Banksy en 2009. C’est là que la baston commence.

La réponse immédiate de King Robbo.

La répartie insultante de Banksy, toujours en 2009.

Puis le mur est peint en noir par on ne sait qui.

Robbo y peint en juillet 2010 la mort de la carrière de Banksy.

Le mur est de nouveau peint en noir, complètement cette fois.

Banksy y dessine en janvier 2011 un salon bourgeois avec poissons rouges.

En avril, King Robbo tombe dans le coma. En novembre de la même année, Banksy (à moins qu’il ne s’agisse de quelqu’un d’autre) reproduit la signature de King Robbo en y ajoutant une couronne et une bombe de peinture transformée en bougie. Hommage au graffiteur hospitalisé, sans doute.

 King Robbo est mort il y a quelques jours, donc. Le mur du canal de Camden s’ornera-t-il d’un ultime hommage ? Wait and see

L’annonce du décès : http://www.theguardian.com/artanddesign/2014/aug/01/banksy-graffiti-rival-king-robbo-dies

 

Banksy and Co

Bel univers, n’est-ce pas ?

 

On le doit à Banksy, qu’on ne présente plus à quiconque s’intéresse un peu au street-art. Connu pour ses tags, il est également peintre, réalisateur, et véritable légende du milieu urbain. Car Banksy est bien évidemment un pseudonyme, même sa fiche Wikipédia décline au conditionnel ce qui serait sa véritable identité. Il est vrai qu’un pseudo est préférable lorsque, par exemple en 2004, il fait imprimer des faux billets de 10 livres sur lesquels il remplace l’effigie de la reine d’Angleterre par celle de Lady Diana, et transforme le « Bank of England » par « Banksy of England ». Mais derrière l’irrévérence ou la provoc, c’est très souvent l’humour qui l’emporte, la tendresse souvent, et bien sûr une maîtrise graphique dont on regrette qu’elle n’embellisse pas plus de murs tristes de nos tristes cités.

 

Sans peut-être connaître le nom de Banksy, vous avez sans doute déjà vu au hasard d’une revue ou d’un reportage quelques une de ses œuvres, par exemple :

 

 

Ou encore :

 

 

 Et encore quelques unes :

 

 

Au fait, si vous n’êtes pas tombé sur le bel univers qui ouvre cet article, c’est sans doute parce que les portes du fourgon était fermées (ou que vous n’habitez pas Londres…), car voici une autre facette de l’artiste.

 

Mais c’est un autre camion que nous voulions vous présenter aujourd’hui, une des dernières trouvailles militantes de Banksy. Ça fait pleurer des enfants (on les comprend), mais ça nous a aussi beaucoup fait rire.

Une dernière vidéo pour la route


Un site où découvrir Banksy et une multitude d’autres artistes : https://artsy.net/artist/banksy

Et pour rester dans les tags et les graffitis, voici une superbe promenade intitulée « Tour Paris 13 », un projet de la « galerie itinerrance », la plus grande exposition collective de Street Art jamais réalisée avec plus de 4 500 m2 de surface au sol et autant de pans de murs et plafonds. 9 étages investis, 36 appartements allant de 4 à 5 pièces, parfois encore meublés, devenus le support d’artistes urbains de 16 nationalités différentes. Un projet manifeste du Street Art, hors normes, cosmopolite, ouvert un mois durant au grand public, du 1er au 31 octobre 2013.

Le site Rue 89 a consacré un article et un superbe diaporama à voir ici : http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/09/25/street-art-centaine-dartistes-tour-paris-voila-travail-246001 .

Les parisiens peuvent se rendre sur place, pour les autres un site a été mis en place, sur lequel on peut tout visiter et bien plus, comme partir à la rencontre des artistes. C’est à http://www.tourparis13.fr