Sivens et les pro-barrage_ le suivi

Le maire de Saint-Amancet voulait se rendre sur le site de Sivens. Impossible : des pro-barrage bloquent la route, l’insultent et le menacent. Nouvelle altercation un peu plus tard. Cette fois, ils sont armés de barres de fer.

Dimanche 1er février au matin, j’étais sur la route en direction de la forêt de Sivens, pour assister aux animations prévues dans le cadre de la Journée mondiale des Zones Humides. En arrivant sur le lieu-dit de Barat, aux alentours de 10h15, j’ai découvert que la route était bloquée par une trentaine d’individus. Ils se sont présentés comme des agriculteurs et chasseurs pro-barrage, originaires de la région.

Je suis agriculteur et maire de la petite commune de Saint-Amancet. Je n’étais a priori pas opposé au barrage, mais j’ai été choqué par la mise en place de la violence qui a conduit à la mort de Rémi Fraisse. Ceci m’a poussé à explorer le sujet plus en détails. C’est là que j’ai réalisé le manque de sérieux du projet et depuis, je continue à suivre la question de près.

INSULTES ET MENACES

J’ai entamé la conversation avec certains d’entre eux, mais la discussion a vite tourné court car d’autres ont commencé à m’insulter à coups de « Dégage de là ! » et autres phrases du genre :

« Vous êtes un élu ? J’espère que vos électeurs vont vous cracher à la gueule ! »                  Ils ont ensuite menacé de me « foutre dans le ruisseau » et de « retourner [mon] véhicule » à l’aide de leurs tracteurs. Vers 11h30, nous avons décidé, avec d’autres conducteurs bloqués, de faire demi-tour. Au moment de partir, j’ai surpris quelques-uns des « pro-barrage » en train de prendre des photos de ma voiture. Lire la suite

Barrage de Sivens_le suivi

« La réalisation du projet initial » de barrage à Sivens, dans le Tarn, n’est « plus d’actualité », a annoncé vendredi 16 janvier Ségolène Royal après la remise d’un rapport concluant que celui-ci « n’apparaît pas comme la solution la plus adaptée ».

Dans leur rapport (voir ci-dessous), les deux experts Nicolas Forray et Pierre-Alain Roche estiment, notamment, que le projet controversé est « d’un volume presque deux fois supérieur à cet objectif ». De plus, « son remplissage est problématique à l’échelle du petit bassin versant contrôlé ». Ils proposent, explique le ministère de l’écologie, de remplacer le projet initial par deux solutions :

 « – un réservoir dans l’emprise initiale, plus modeste, 300 m à l’amont, avec un bras de contournement permettant d’assurer la continuité du cours d’eau,
– une alternative comprenant un ensemble de trois retenues latérales ou collinaires, une à Sivens, une sur le ruisseau de Bayssière et une dans la vallée, sur des sites identifiés entre Salvagnac et Beauvais/Tescou. »

Ségolène Royal affirme, dans son communiqué, avoir « examiné ces propositions avec le président du Conseil général du Tarn, Thierry Carcenac » et les avoir « validées ».

– Le rapport intégral peut être consulté à partir du lien suivant :

https://www.scribd.com/doc/252826567/Rapport-Sivens

 

Barrage de Sivens_le suivi

Barrage de Sivens : la concertation est dans l’impasse

La concertation sur le projet de barrage de Sivens (Tarn) lancée par Ségolène Royal le 4 novembre, quelques jours après la mort de Rémi Fraisse, ne débouche toujours pas sur un compromis. Les experts nommés par le ministère de l’écologie pour faciliter la discussion entre monde agricole et associations de défense de l’environnement devaient restituer jeudi 18 décembre une synthèse des débats menés depuis un mois et demi, en vue d’un texte d’accord vendredi. Mais les différends restent trop substantiels pour que ce calendrier d’apaisement se déroule comme prévu. Le ministère de l’écologie a annulé la réunion de restitution, et convoqué séparément professions agricoles et écologistes à une rencontre avec Ségolène Royal vendredi 19 décembre au ministère.

Lors de la dernière réunion, le 5 décembre, la création d’une réserve latérale sur la rivière Tescou, afin de compléter les volumes d’eau utilisés pour les cultures, a été proposée, en sus d’un meilleur usage des réserves existantes. Les opposants au barrage de Sivens y semblaient favorables, tandis que les représentants des agriculteurs ne paraissaient pas s’y opposer. Mais depuis, la FNSEA a appelé à manifester vendredi en défense du barrage de Sivens. Et la tension a continué de monter dans le contexte de la campagne pour les élections départementales. La maison de Ben Lefetey, porte-parole du collectif pour la défense de la zone humide du Testet, a été taguée. Dans ses conditions, difficile de trouver un consensus. D’où la nouvelle intervention de Ségolène Royal. Aucune décision ne devrait être annoncée vendredi 20 décembre. La concertation devrait se prolonger en janvier. Alors que l’Union européenne a ouvert une procédure d’infraction contre la France pour violation présumée de la directive sur l’eau, la crise de Sivens reste sans solution à ce stade.

Veni, Vidi, Vichy

 « Quand un gouvernement viole les droit du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque partie du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

(Article 35 de la Constitution universelle des droits de l’homme et du citoyen. 1793)

Pendant que la presse fait ses choux gras autour d’un dîner de cons devenu l’ « affaire Jouyet/Fillon », la lumière se fait sur le décès de Rémi Fraisse. Mais une lumière que certains aimeraient bien mettre sous le boisseau, tant elle dénonce et engage la responsabilité de l’État et son ignoble silence. Nul doute que le récit de ce dîner de cons ait pour seule raison d’être que de masquer le degré zéro de la politique menée par le gouvernement. Sur le sujet du dîner nous renvoyons à l’excellente analyse qu’en fait Hubert Huertas (c’est ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/hubert-huertas/131114/ce-que-revele-laffaire-jouyet-fillon#comment-5568019).

Sémaphores préfère revenir, ou plutôt ne pas lâcher le combat autour duquel la mort de Rémi Fraisse doit nous faire réfléchir. Car il ne suffit pas d’avoir scandé « Plus jamais ça ! » en 1977 à propos de la mort de Vital Michalon (ce jeune professeur de physique de 31 ans avait déjà été tué par une grenade offensive), car il ne suffit pas de l’avoir crié encore lors de la mort de Malik Oussékine, tabassé par les voltigeurs de Pasqua, mais constater que la réponse des forces de l’ordre aux diverses manifestations va crescendo et que cette disproportion n’est plus admissible. Pas plus que ne l’est le silence qui tente de la couvrir.

Ainsi il fallait être abonné au Monde ou à Mediapart pour être informé de l’avancement de l’enquête, savoir ce qui s’est passé exactement la nuit où un jeune manifestant s’est retrouvé avec un morceau de colonne vertébrale en moins, arraché par l’explosion d’une grenade offensive du type de celles en vigueur depuis cette guerre de 14-18 qu’on commémore, triste coïncidence, au même moment.

« Il est décédé, le mec… Là, c’est grave… », tel est le titre choisi par le journal Le Monde. Cette phrase a été prononcée la nuit où Rémi est tombé, à 02 h 03 précises : « Il est décédé le mec. Là c’est vachement grave. Faut pas qu’ils le sachent. »

Selon les informations du Monde, les gendarmes ont tout de suite eu conscience de la gravité de la situation dans laquelle ils se trouvaient. C’est ce que révèle un procès-verbal daté du 29 octobre ; deux militaires de la section de recherches (SR) de Toulouse y ont retranscrit les propos entendus sur les films réalisés par les gendarmes mobiles. Chaque escadron est en effet doté d’une « cellule image ordre public » (CIOP). Durant une opération de maintien de l’ordre, un gendarme est chargé de filmer à l’aide d’une caméra tandis qu’un second, muni d’un bouclier, assure la protection du cadreur.

Article intégral payant ici (Le Monde) : http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/12/il-est-decede-le-mec-la-c-est-grave_4522249_3224.html

De son côté, Mediapart soulignait plutôt dans son titre « L’Intérieur dos au mur »

« Le lieutenant-colonel qui commandait le dispositif ce soir-là, entendu comme témoin, déclare par ailleurs ceci : « Je tiens à préciser que le préfet du Tarn, par l’intermédiaire du commandant de groupement, nous avait demandé de faire preuve d’une extrême fermeté vis-à-vis des opposants par rapport à toutes formes de violences envers les forces de l’ordre. »

« Selon le décompte officiel, le nombre d’engins tirés par les militaires, cette nuit-là, est impressionnant : plus de 700 grenades en tout genre. À savoir 312 grenades lacrymogènes MP7, 261 grenades lacrymogènes CM6, 78 grenades explosives assourdissantes F4, 10 grenades lacrymogènes instantanées GLI, 42 grenades offensives OF, ainsi que 74 balles en caoutchouc LBD 40 mm. Les grenades offensives OF, les plus dangereuses, sont lancées à la main, à 10 ou 15 mètres maximum. »

Et l’on voudrait que ça ne ressemble pas à une guerre ? Et l’on devrait se contenter du renvoi de la « faute » sur les forces de l’ordre par la ministre de l’Intérieur ?

Lire après la balise les dépositions des différents gradés. Lire la suite

Mort pour du maïs

mise à jour du 31 octobre

Info Testet_Novissen. Suivre les bons articles, les dates et lieux de rassemblements…:

http://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/

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Rémi Fraisse, 21 ans, est tué dans des affrontements avec la police. Pendant plus de deux jours, le pouvoir n’a rien à dire. Et quand il parle enfin, c’est par la voix de Manuel Valls pour soutenir des forces de l’ordre pourtant mises en cause.

Un crime du pouvoir socialiste

L’édito de Hervé Kempf (Reporterre)_lundi 27 octobre 2014

Le décès de Rémi Fraisse au Testet est le résultat d’un crime : celui des responsables socialistes qui ont piétiné la loi et la démocratie pour ne laisser d’autre issue que la violence.


Le drame qui s’est déroulé près d’une rivière où, voici quelques semaines, s’épanouissait une forêt vivante, n’est pas un accident. C’est un crime.

Nous ne pouvons assurer définitivement ici qu’une grenade ou un autre projectile lancé par les forces de « l’ordre » a touché mortellement le jeune Rémi Fraisse. Les témoignages que nous publions incitent à le penser, mais nous attendons le résultat de l’autopsie et d’autres témoignages indiscutables pour déterminer notre conviction.

Mais nous affirmons que la mort de ce jeune homme résulte de l’obstination criminelle de hauts responsables qui ont, contre l’évidence et en piétinant l’esprit de la loi, conduit à une situation où la seule issue était la violence, une violence savamment entretenue par une police à qui l’on a lâché la bride.

Rappelons divers faits, amplement documentés par Reporterre et par les collectifs de sauvegarde de la zone humide du Testet :

 l’enquête publique avait conclu à un avis favorable, SOUS RESERVE d’un avis positif du Conseil National de Protection de la Nature. Or, celui-ci a rendu un avis nettement défavorable ;
les travaux de défrichement se sont déroulés sans autorisation préalable de défrichement ;
les opérations obligatoires de diagnostic archéologique préalable ont été oubliées ;
le conflit d’intérêt est manifeste, puisque la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne a établi l’étude concluant à la nécessité des travaux, alors que c’est elle qui doit les réaliser.

Suite de l’article sur Reporterre : http://www.reporterre.net/spip.php?article6499

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 Rémi Fraisse, 20 ans, mort pour le maïs

expression citoyenne, par Victorayoli

Il serait mort « d’une bombe ». Dans le Tarn. De nuit. Au cours d’une manif durement réprimée par les « forces de l’ordre » contre la construction du barrage sur le Tescou, plus connu sous le vocable de « barrage de Sivens ».

On bombarde dans le Tarn maintenant ? Comme en Syrie ? Comme en Irak ? Pas tout à fait tout de même mais un jeune homme de 20 ans, étudiant réfléchi, conscient de ses devoirs de défense de son univers de vie, est mort. Et pas de peur… Lire la suite

Maïs, armée et globalisation

Maïs, armée et globalisation: c’est le barrage du Testet, dans le Tarn

09 septembre 2014 |  Par Genevieve Azam

L’agriculture industrielle – ici à Sivens, dans le Tarn, celle du maïs – ne nécessite plus seulement de l’eau, des tracteurs, des engrais et pesticides. Elle doit éradiquer d’autres « nuisibles », des citoyens engagés, des « zadistes », des grévistes de la faim, certains enterrés, qui résistent face à une armada de machines guerrières hallucinantes, broyeuses géantes et bulldozers, encadrés de garnisons de gardes mobiles.

Gazez ! Voilà ce qui résonne des ordres de la police, à intervalles réguliers, pour supprimer les nuisibles et assurer la marche en avant des monstres lancés sur la forêt et ses occupants. Ici au Testet, il suffit de se poster tout près des garnisons en action pour voir défiler en condensé les promesses de l’agriculture productiviste.

Je voudrais revenir sur les bûcherons employés pour ouvrir le chemin des machines. Car oui, il n’y a pas seulement du gaz et des machines, il y a aussi des humains engagés dans cette guerre. Ce sont tous des ouvriers immigrés qui pénètrent la tête basse dans des véhicules immatriculés en Espagne, encadrés par la police et les gardes mobiles. On apprend sur le site que les congés maladie sont arrivés en nombre, vite remplacés par de la main d’œuvre en quasi-esclavage. Miracle de la globalisation et des sous-traitances, qui permettent à l’entreprise Sepso, certifiée développement durable, d’œuvrer en toute impunité. On peut d’ailleurs lire sur son site sa description du travail des bûcherons, un travail quasiment bucolique ! Ils devraient rajouter les risques du métier : dans la forêt du Testet, les bûcherons sont eux-mêmes sacrifiés et régulièrement gazés pour permettre la marche du progrès.

Le barrage de Sivens est le premier de la liste. Il est entièrement dédié à la culture du maïs dans une région, au sud de la France, où l’eau doit être gérée avec la plus grande sagesse, intelligence et ingéniosité, et ceci d’autant plus avec le changement climatique, comme l’indique le volume 4 du rapport récemment remis à la ministre de l’écologie, « Le climat de la France au 21è siècle, scénarios régionalisés », dirigé par Jean Jouzel.   Voir plus récemment l’article de Matthieu Schmitz : https://www.fournisseur-energie.com/actualites/changements-climatiques-enjeux/

Intérêts, opportunisme politique et bêtise se conjuguent dans un scénario insoutenable. Le barrage du Testet n’est pas seulement une cause locale, elle est une cause nationale et globale, à laquelle nous devons, partout où nous sommes et en mobilisant notre ingéniosité, opposer une résistance sans faille.

Geneviève Azam, porte-parole d’Attac-France

Sites à consulter : http://www.collectif-testet.org/ ; http://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/