Opération Correa : les ânes ont soif

Informer, disaient-ils

Lorsque, en juillet 2013, l’avion du président bolivien Evo Morales fut séquestré par les autorités européennes au prétexte de s’assurer qu’il n’emportait pas Edward Snowden comme passager clandestin, cette transgression des règles diplomatiques les plus élémentaires scandalisa les peuples d’Amérique latine. Ils y virent une marque de mépris et d’arrogance néocoloniale. En France, on évoqua à peine cette affaire. A quelques exceptions près (lire « “Moi, président de la Bolivie, séquestré en Europe” »).

Quatre mois plus tard, en novembre 2013, un autre président latino américain de gauche, Rafael Correa, se rendit en visite officielle à Paris. Cette fois-ci, il ne subit aucune avanie. Il prononça même une conférence à la Sorbonne. Il y expliqua comment son pays avait allégé le poids de sa dette extérieure, ignoré les recommandations du Fonds monétaire international et tourné le dos aux politiques d’austérité qui, au moment précis où il s’exprimait, précipitaient l’Europe dans le marasme économique. On aurait pu, là encore, imaginer que l’événement bénéficierait d’un accompagnement médiatique important, d’autant que le président équatorien, économiste de formation, parle parfaitement français. Mais les invitations à s’exprimer dans les médias furent rares, et le silence de la presse quasiment assourdissant. A quelques exceptions près (lire « “L’Europe endettée reproduit nos erreurs” »).

Source : Le Monde Diplomatique octobre _(14 octobre 2014)

Un film de Pierre Carles avec la collaboration de Nina Faure et Aurore Van Opstal est en cours de réalisation. Parce que l’Équateur dirigé depuis 2007 par le président de gauche Rafael Correa propose des solutions originales à la crise économique, sociale et environnementale, Pierre Carles et son équipe s’apprêtent à prendre leur poncho et leur sac à dos pour aller voir à quoi ressemble le « miracle équatorien » boudé et ignoré par la presse française.

La 1° partie de ce feuilleton documentaire est d’ores et déjà proposée en accès libre sur internet. Objectif : inciter les internautes à financer la suite de l’enquête outre-Atlantique, la faire circuler en 2015 et ainsi de suite… Trois ou quatre épisodes devraient voir le jour d’ici l’élection présidentielle française de 2017.

1re partie : Les ânes ont soif

Si la vidéo ne fonctionnait pas dans nos pages essayez le lien suivant : http://www.cp-productions.fr/spip.php?article161

Affaire Snowden et déclaration de Cochabamba

Une info annoncée certes par tous les médias mais rapidement passée sous silence, comme si un très grave incident diplomatique n’avait aucune importance selon qui est le pays humilié. Nous avons pourtant été nombreux, par delà ce scandale politique, à verser des larmes tant notre honte était grande d’être Français dans un moment pareil.

Dans la nuit du 2 au 3 juillet, quatre pays européens, la France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal interdirent leur espace aérien à l’avion présidentiel du président légitimement élu de la Bolivie, Évo Morales. Mais une fois à l’aéroport de Vienne, l’ambassadeur d’Espagne en Autriche est intervenu pour demander, à l’encontre du droit international et contre la volonté du Président, une fouille complète de l’avion. Ce dernier sera retenu plus de 13 heures à cet aéroport comme le serait un délinquant de droit commun.

Il faut imaginer un seul instant un scénario semblable impliquant cette fois l’avion présidentiel du président des États-Unis à qui serait interdit l’espace aérien de la Bolivie, du Venezuela, de l’Équateur, de l’Argentine et du Brésil pour faire le plein de carburant. Déjà là ce serait une mobilisation de tous les médias et institutions internationales pour dénoncer et justifier des interventions militaires musclées dans ces pays.

Cette honte, que nous supportons encore tant le silence des médias de révérence a occulté la suite de l’événement, n’est pas prêt de s’éteindre pour ceux d’entre nous qui auraient à voyager prochainement dans les pays d’Amérique Latine. Quelques preuves en images.

Le 4 juillet, les pays membres d’UNASUR se sont réunis d’urgence à Cochabamba, en Bolivie, pour exprimer leur solidarité au président Evo Morales, mais aussi pour condamner de la manière la plus forte ces quatre pays européens ainsi que ceux qui en tirent les ficelles.

déclaration de Cochabamba

« Nous dénonçons la flagrante violation des Traités internationaux qui régissent la vie pacifique, la solidarité et la coopération entre nos États, qui constitue un acte insolite, inamical et hostile, constituant un fait illicite qui affecte la liberté de déplacement d’un Chef d’État et de sa délégation officielle.

Nous appuyons la Dénonciation présentée par l’État plurinational de Bolivie devant le Haut commissariat des Nations Unies pour le non-respect des Droits Humains et pour avoir mis en danger la vie du président Évo Morales. De la même manière, nous appuyons toutes les actions jugées nécessaires devant les Tribunaux et instances compétentes. »

  • Le gouvernement du Chili a lancé un appel à éclaircir ce qui s’est passé. Le gouvernement chilien a demandé en outre que les normes du droit international soient respectées, ainsi que le traitement dû à l’avion d’un chef d’État.
  • À Buenos Aires, la présidente argentine Cristina Kirchner a estimé qu’ « un avion disposant d’une immunité absolue a été illégalement détenu dans la vieille Europe, ce qui constitue un vestige du colonialisme que nous pensions totalement dépassé. Ça n’a pas été seulement une humiliation pour la Bolivie, mais pour toute l’Amérique du Sud », a-t-elle déclaré lors d’une cérémonie officielle.
  • Au Brésil, la présidente Dilma Rousseff a signalé dans un communiqué l’indignation de son gouvernement. Réclamant des excuses des pays concernés, dont la France, elle a estimé que cet incident compromettait le dialogue entre les deux continents et les possibles négociations entre eux.
  • L’Union des nations sud-américaines (Unasur, qui regroupe 12 pays), a fait part de « sa solidarité et de son indignation face à des actes qui ont mis en danger la sécurité de M. Morales et de son entourage », indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères du Pérou, qui exerce la présidence tournante de l’organisation.
  • Depuis Caracas, l’Alba (Alliance bolivarienne pour les peuples, qui compte huit membres autour du Venezuela) a critiqué « une situation grave due à l’impérialisme nord-américain et ses alliés européens. »
  • Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Elias Jaua a dénoncé « un attentat contre la vie du président Morales et son homologue équatorien Ricardo Patiño, une terrible offense ».
  • Le vice-président bolivien Alvaro Garcia a annoncé lors d’une conférence de presse que plusieurs présidents latino-américains se réuniraient jeudi sur ce sujet à Cochabamba (centre).

Source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/evo-morales-prive-de-son-immunite-138293

Sur le même site d’Agoravox, et toujours relativement à l’affaire Snowden, vous pouvez trouver un appel à tous les magistrats, par lequel il apparait que sur le plan purement légal (Code Pénal et Code de la Défense), le président Hollande et le ministre de l’Intérieur violent ou laissent violer un grand nombre de lois frôlant la haute trahison.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/appel-a-tous-les-magistrats-le-138322