No TAV

Ndlr : Aux dernières nouvelles, le procès de Erri de Luca serait reporté au 16 mars 2015, ce qui ne change rien aux deux articles suivants.

Erri De Luca, romancier, poète italien sera jugé mercredi 28 janvier en Italie suite à la plainte déposée par la société française Lyon-Turin Ferroviaire située à Chambéry. Il a SEULEMENT parlé, écrit contre un projet pharaonique suspecté (depuis de nombreuses années par de plus en plus de citoyens français et italiens) d’être inutile, polluant : la liaison Lyon-Turin, « TAV ». Et même s’il se trompait… Comment UNE ENTREPRISE PRIVÉE peut elle DICTER AUX AUTEURS CE QU’ILS PEUVENT ÉCRIRE OU NON ? Ce PROCÈS est une dérive de nos démocraties et nous concerne tous

 

Lu dans Bastamag

Jugé pour avoir prononcé une phrase de trop. L’écrivain italien Erri De Luca comparait ce mercredi 28 janvier au tribunal de Turin pour « incitation au sabotage » du projet de construction de ligne à grande vitesse entre Lyon-Turin (nos précédents articles). Cette action en justice est intentée par la société franco-italienne Lyon Turin Ferroviaire qui lui reproche ses propos accordés au site Huffington Post, le 1er septembre [1]. A la question : « Donc sabotage et vandalisme sont licites ? », Erri de Lucca répond : « Ils sont nécessaires pour faire comprendre que la Tav [ligne à grande vitesse] est une œuvre nocive et inutile ». Quelques mots qui font aujourd’hui encourir à cet écrivain engagé jusqu’à cinq ans de prison.

Suite à cette plainte, Erri de Luca a publié un pamphlet intitulé La parole contraire [2]. « M’incriminer pour des mots que j’ai pu dire, c’est le « sabotage » même de mon droit constitutionnel à la liberté de parole », explique t-il dans un entretien accordé à Télérama. « Saboter, dans le sens de vouloir empêcher, entraver, ne se réduit pas au seul sens de dégradation matérielle ». S’il dit accepter volontiers une condamnation pénale, il refuse « une réduction de vocabulaire ».

Pour les eurodéputés écologistes Michèle Rivasi, Karima Delli et José Bové, « ce lanceur d’alerte est poursuivi pour délit d’opinion, pour museler sa liberté de s’indigner. Aujourd’hui, le condamner en justice reviendrait à saboter notre droit d’expression à toutes et à tous. Nous aussi, en tant que parlementaires européens, nous utilisons nos moyens, politiques, législatifs, pour « saboter » dans le cadre institutionnel, un projet qui va contre l’intérêt économique, social et environnemental des européens. » Le Parti de Gauche affiche également son soutien à l’écrivain en rappelant que « la liberté d’expression n’est pas à géométrie variable, qu’elle soit tissée de mots ou de banderoles ». En Italie, des groupes s’organisent pour faire des lectures publiques du livre La parole contraire. « C’est inouï et unique, observe Erri de Luca, car jamais on n’a vu un écrivain passant en justice, défendu directement par ses lecteurs. »

Une pétition de soutien est en ligne
Lire aussi sur Bastamag : En Italie, des opposants au Lyon-Turin deviennent l’ennemi public n°1

ouverture du procès de Erri de Luca

 

Autres infos au courrier

 pour aller plus loin dans la compréhension des forces en jeu:

. Par ailleurs, le site no-tav info communique le résultat du procès intenté à 53 no-Tav pour leur présence à des affrontements lors de l’évacuation de la libre république de la Maddalena le 27 juin 2011 et lors d’une manifestation en réaction le 3 juillet. Le bilan est lourd.  :

> La vengeance de l’État aux dépens du mouvement No-Tav s’est accomplie aujourd’hui dans la salle-bunker de la prison des Valette (à Turin, ndt).
> Le tribunal de Turin, par la voix du juge Bosio, a condamné 47 des 53 No-Tav à plus de 140 ans de prison, en tout, et à des dommages et intérêts qui dépassent la centaine de milliers d’euros, pour les événements des 27 juin et du 3 juillet 2011. En tout, six personnes ont été relaxées.
> Cette condamnation confirme pour beaucoup les peines demandées par l’accusation et pour certains va même au-delà
> Confirmées dont les accusations pour les délits de coups et blessures, destructions et violence avec menace contre des officiers publics et les circonstances aggravantes sont reconnues par l’utilisation d’armes, lancement de corps contondants, lancer de pierres, pétards et feux de signalisation. Les peines sont plus élevées pour les événements du 3 juillet que pour ceux du 27 juin.
> Lourdes condamnations qui confirment le théorème accusatoire d’un parquet qui a dicté les règles et les modes du procès au tribunal, lequel, absolument passif et asservi aux pouvoirs en jeu, a permis toute une série de pressions et d’intimidations aux dépens des témoins, sans battre un cil. Le juge Bosio avait envie de partir à la retraite et de conclure sa carrière en soutenant les personnages connus habituels (puissants amis des puissants et amis à lui) et c’est ce qu’il a fait.


> Un cadeau qui est clairement fait à Caselli, l’ex-procureur en chef de Turin désormais à la retraite, et idéologue de cette persécution contre le mouvement No-Tav. Toute sa cour, et celle qui lui sert depuis toujours, sera prête à dire qu’ils avaient raison et que justice a été faite (après toutes les baffes qu’ils ont pris cette année [– allusion au refus de l’inculpation pour terrorisme dans d’autres procès – ndt]). Ils voulaient une lourde condamnation pour pouvoir encore une fois brandir le fétiche de l’Ennemi Public No-Tav mais on le sait, la crédibilité aux yeux du plus grand nombre, ils l’ont perdue depuis longtemps et nous n’avons jamais cessé de suivre notre route, en démontrant que nous avions des raisons à revendre et eux tout à fait tort.
> (…) 
> Cette condamnation aujourd’hui est donné à tout le mouvement No-Tav, parce que après des décennies, nous ne baissons toujours pas la tête et continuons à lutter, forts de la raison et de la volonté (jamais négociable) de défendre nos terres et nos vies.
> C’est la vengeance de l’État contre notre résistance et l’entêtement que nous continuons à montrer, en remettant en question un système injuste et corrompu.
> Nous repartons de là, sans aucun remord !
> Solidarité à tous les condamnés !
> (traduit par mes soins, SQ)
> Signalons que celui qui a remplacé le lamentable Caselli à la tête du parquet de Turin, c’est l’immonde Spataro, le principal procureur acharné contre Cesare Battisti, toujours prêt à vendre la vérité officielle sur les « années de plomb » à ces ignorants de Français. Dans le Nouvel Observateur, il repart à l’attaque contre Erri. Son texte vaut d’être lu pour ce tour de force : à peu près un mensonge par phrase.
> Il faut dire que, faire dire aux mots ce que les puissants veulent qu’ils disent, les juges italiens connaissent :
> « Les procureurs exigent que le verbe « saboter » ait un seul sens. Au nom de la langue italienne et de la raison, je refuse la limitation du sens »
> Erri de Luca, La parole contraire, Gallimard

 

L’apôtre qui fait peur

Une enquête du 27/01/2015 par Robin Andraca (Arrêt sur Image) sur un film que vous ne verrez peut-être pas

Après Charlie, « L’apôtre » fait peur à la police

Crainte de réactions musulmanes : deux projections annulées

C’est l’histoire d’un film, sorti en salles en octobre, dans lequel un musulman se convertit au catholicisme. Après une sortie en France dans une certaine indifférence en octobre 2014, deux cinémas, à Neuilly puis à Nantes, l’ont déprogrammé en janvier, sur recommandation de la police. Comme si après Charlie, tous les films n’étaient plus visibles de la même manière.

Et en janvier, deux projections furent annulées. Le 9 janvier, Cheyenne Carron, réalisatrice du film « L’Apôtre » reçoit un premier mail, signé par l’association « Bible à Neuilly », qui organisait la séance ciné-débat du 12 janvier : « Chers amis. Vu les circonstances actuelles, le commissariat de Police de Neuilly nous a demandé de reporter la séance du ciné-débat organisée lundi prochain« . Le 15 janvier, second mail, signé cette fois par la Fédération des Associations Familiales Catholiques de Loire-Atlantique : « Bonsoir madame. La DGSI nous a vivement conseillé d’annuler notre soirée débat du 23/01 autour de la projection du film L’Apôtre devant les risques d’attentats, cette projection pouvant être perçue comme une provocation par la communauté musulmane. Devant ce cas de force majeure, nous sommes contraints d’annuler cette soirée. Nous ne savons pas pour l’instant à quelle date il nous sera possible de reprogrammer cette soirée« .


LApotre par asi

Jusque là, pourtant, tout allait pourtant bien pour « L’Apôtre. Aussi bien que possible. Ayant essuyé des refus des filières traditionnelles de financement et de distribution du cinéma, la réalisatrice avait trouvé un mode de financement original, comme elle le raconte au site Boulevard Voltaire (créé par Robert Ménard) : « Après cinq longs métrages, le CNC refuse toujours de m’aider. Mais, ce film, je voulais absolument le faire. Alors un jour, voyant le magazine Challenges qui recensait les 100 plus grandes fortunes de France, j’ai pris les 10 premiers de la liste, je leur ai adressé une courte lettre, ainsi que le DVD de mon précédent film. Je leur ai expliqué que je cherchais un petit budget pour faire un film important. Trois mois plus tard, l’un d’eux m’a envoyé cet argent, et j’ai fait mon film« .

Le film ? L’histoire d’un jeune musulman d’aujourd’hui qui, touché par la grâce, décide de se convertir au catholicisme. Lire la suite

Choix, Chouard, déchoir…

Ndlr : Sémaphores avait récemment répercuté les explications d’Étienne Chouard concernant la polémique au sujet de ses « relations » avec Alain Soral et autres identitaires. Que nos lecteurs ne s’étonnent pas de ne plus retrouver l’article dans nos pages, nous l’avons tout bonnement supprimé. Certes, cela peut s’apparenter à de la censure et rien ne peut nous réjouir d’y avoir recours. Mais puisque Étienne Chouard, qui avait dans un premier temps supprimé de son site le lien menant vers celui d’Égalité et Réconciliation, a cru bon de le remettre en ligne, nous ne pouvons plus le suivre sur ce chemin qui consiste à donner de la visibilité à des paroles que nous combattons par ailleurs. Pour autant que nous partageons l’idée que des questions relatives à une nouvelle Constituante, voire une proportion de tirage au sort, doivent faire partie du débat en vue d’une Sixième République, nous ne pouvons accepter qu’en envoyant nos lecteurs sur le site de Chouard cela les fasse atterrir sur celui d’un Soral qui s’affiche clairement comme « national-socialiste ». Cela dit nous souhaitons à Etienne Chouard de bonnes vacances, l’occasion de prendre le recul nécessaire qui lui permettrait de ne pas se tromper de combat.

 

Il n’y a pas de journalistes à Mediapart

Alors que son congrès se tiendra à Lyon les 29 et 30 novembre, le Front national a refusé lundi d’accréditer Mediapart et « le Petit Journal » de Canal Plus. Les raisons ?

Une source au FN a confirmé à l’AFP que Mediapart n’était pas accrédité, en justifiant : « Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde. »

« Le vice-président du FN, Florian Philippot, a donné une tout autre explication de ce refus d’accréditer les deux médias, lundi soir, sur i-Télé : « Ce n’est pas nouveau… On accepte au congrès du Front national les militants du Front national et les médias, on n’accepte pas les militants des autres partis. Ce sont des militants, il faut l’assumer. En tout cas, ce sont des militants anti-Front national (… ) Ce ne sont pas des médias, ce ne sont pas des journalistes. »

Ben dis-donc, s’il n’y a pas de journalistes à Mediapart, cher Florian, faudra nous dire où. Chez Minute, peut-être ?

Marine, elle, livre encore une autre explication : sur Twitter, lundi soir, elle se défend de vouloir écarter certains médias, tout en évoquant des « médias hostiles », parmi lesquels elle place l’Agence France-Presse (AFP) : « Nous ne refusons pas l’accès du #CongrèsFN aux médias hostiles : la preuve M. Daudin de l’AFP, entre autres, est accrédité. MLP »

Outre Canal Plus et Mediapart, le Front national refuse aussi ponctuellement l’accès à ses événements à d’autres journalistes, notamment dans ses villes : exemples avec France Info et L’Express à Fréjus ; Le Ravi au Pontet, ou encore un photographe de l’AFP, qui n’avait pas reçu l’aval de la direction du FN pour assister à une conférence de presse, en décembre 2012.

Re-ben-dis-donc, qu’est-ce que ça donnerait comme presse libre si le F-Haine accédait au pouvoir !

Au fait, chère Marine, ton ami Franz Shonhuber, il est accrédité ?

Bonus pour les amis Lyonnais (et ceux qui voudront s’y joindre :

Ah, ces gars de la Marine !

Tiens, une nouvelle que les médias nationaux ne vous ont pas donnée : Florian Philippot, vice-président du Front National, vient de démissionner de son siège au comité d’agglomération de Forbach, et il a raté les deux derniers conseils municipaux. C’est France Bleu qui nous l’apprend, mais les JT nationaux ne le diront pas, tout occupés qu’ils sont à célébrer l’élection des deux nouveaux sénateurs FN, et à rechercher dans les campagnes varoises les « grands électeurs » de droite, qui ont voté FN aux sénatoriales.

France 3, dans un documentaire de Frédéric Biamonti, Ravis par Marine, révélait ce que fut vraiment la campagne de Philippot à Forbach : une galère de tous les instants. Les trottoirs de Forbach, ce n’est pas le plateau de BFM. Pas un pas en ville, sans que le médiatique dirigeant soit poursuivi, par des militants antiracistes, des militants de la CGT en gilet rouge et avec sifflets, ou se heurte à un « représentant de la communauté tzigane » qui refuse de lui serrer la main devant un bureau de vote (il s’agissait de Renardo Laurier, secrétaire général de l’office national des affaires tziganes). On se frottait les yeux, devant la résurrection de ces espèces menacées, que l’on croyait éteintes : des militants CGT, capables de venir affronter le FN dans la rue, et de forcer Marine Le Pen à fuir en catimini. Reste une question : pourquoi a-t-il fallu attendre six mois, pour que l’on nous montre cette autre face de la réalité ? (Daniel Schneidermann)


RavisLePen915 par asi

Pour les ravis de la Marine, allons faire un petit tour des mairies FN…

En découvrir encore plus et en détail ? C’est par ici :

http://rue89.nouvelobs.com/2014/09/30/appli-six-mois-mairies-fn-a-ete-fait-defait-255162

 

Mediapart et le FN

Mediapart et le FN : merci aux confrères solidaires

Un communiqué de La SDJ De Mediapart

La Société des Journalistes de Mediapart remercie vivement les confrères de la presse écrite, du web et de certaines radios qui ont boycotté, samedi 6 septembre, l’Université du FNJ, le mouvement jeune du FN, pour protester contre l’expulsion de notre journaliste Marine Turchi, consécutive à la publication de plusieurs enquêtes de notre rédaction sur les finances du Front National et sur les gestions des municipalités FN.

La SDJ rappelle le droit des journalistes d’assister aux conférences et réunions publiques des partis politiques et s’inquiète des entraves régulières aux procédures démocratiques mises en place par le Front National, ce week-end à l’encontre de Mediapart, hier à l’encontre d’autres médias, demain à l’encontre d’on ne sait qui. Le pluralisme de la presse est un principe constitutionnel qu’un parti politique ne peut pas bafouer sauf à s’exclure du jeu républicain.

« Il n’appartient pas au FN, ni au FNJ, de décider quels journalistes peuvent et quels journalistes ne peuvent pas couvrir les évènements qu’ils organisent », comme l’a réaffirmé Reporters sans frontières samedi dans un communiqué.

Le foot, les colombes et le silence

Les footeux qui ont vu la cérémonie d’ouverture de la coupe du monde ont pu voir l’image suivante, retransmise en direct sur toute la planète…

Puis la scène où l’on voit ces trois enfants de 13 ans, un Blanc, un Noir, un Indien, qui lâchent chacun une colombe…

Mais qui a vu que lorsqu’ils quittent le terrain, l’Indien brandit une banderole rouge sortie de sa poche avec le mot « demarcaçao » (démarcation) : allusion à la lutte des tribus indiennes pour obtenir du gouvernement brésilien qu’il délimite clairement les limites des terres indiennes qui subissent aux quatre coins du pays la pression des spéculateurs, au mépris de leurs droits. La télévision brésilienne n’a pas inclus cette image dans sa diffusion en direct. Tant pis pour les censeurs, l’image ne cartonne pas moins sur les réseaux sociaux et nous espérons aussi que vous la ferez circuler.

On peut aussi savoir que cette manifestation avait été préparée par la Comissão Guarani Yvyrupa:

« les habitants du village de Krukutu, dans la région de Parelheiros, situé au sud de Sao Paulo, s’étaient réunis au centre culturel de Kruturu, espérant que le geste de Werá Jeguaka Mirim, venu de ce village, serait retransmis dans le monde entier. « Nous avions placé tous nos espoirs dans ce garçon. Il a réussi à faire ce que nous attendions, mais personne n’a vu l’image ni au Brésil, ni dans le reste du monde, nous sommes frustrés » souligne Maros Tupa, le coordinateur du mouvement.

En parallèle, on peut aussi savoir que pendant que l’on fête la coupe et qu’on lâche trois colombes, la police réprime brutalement des manifestants qui protestent contre la vie chère, l’insuffisance et le prix des transports, et le manque de logements.

Un journaliste ajoute que pendant qu’il est au stade, 50 de ses amis ont été blessés par la police, au milieu des gaz lacrymogènes. Il rappelle aussi qu’il y a 7 ans, le gouvernement avait promis que le budget de la coupe ne comprendrait pas un centime d’argent public.En fait, l’État fédéral a finalement payé 85% des dépenses liées à la coupe, tandis que le gouvernement a accordé une exonération fiscale totale à la FIFA.

Censure à Libé

On était plutôt du genre à applaudir quand Libé a sorti la Une ci-contre. Quelque chose allait changer, pouvait-on solidairement penser. Mais la crise hélas persiste dans ses plus mauvais travers, dont le pire pour un canard, celui de la censure. C’est qu’on ne critique pas impunément des confrères tels que Duhamel ou Guetta, pensez donc, encore moins pour signaler leur avachissement dogmatique sur les sujets du référendum européen et des élections en approche, de l’Ukraine ou du Rwanda. C’est ainsi que la direction de Libération a interdit (ça fait trois fois en un mois) la publication de la chronique hebdomadaire de Pierre Marcelle, «No Smoking».

Heureusement Bakchich veille encore, ce qui nous a permis de récupérer quand même les propos du chroniqueur. Non mais !

 

Europe : on n’est pas là pour se faire engueuler

Dans un mois, jour pour jour, donc, les élections européennes, et, faute de mieux en matière d’argumentaire, chez les maîtres-penseurs, c’est reparti comme en 2005 : à boulets roses et au canon de marine, le retour des «ouiistes» d’alors, les mêmes exactement, sans vergogne et assez impavides pour n’avoir jamais seulement envisagé de changer un tout petit peu d’avis, ne serait-ce que dans l’expression de leurs certitudes… Lire la suite

Sale temps pour les lanceurs d’alerte

Bradley Manning

La justice militaire américaine a reconnu le soldat Manning coupable d’espionnage mais l’a acquitté de la charge de collusion avec l’ennemi. Ce verdict, même s’il exonère le jeune soldat Manning de la peine de mort ou d’un emprisonnement de plusieurs centaines d’années ( !), ne doit pas nous masquer le signal qui est ainsi envoyé aux lanceurs d’alerte. Plus que jamais il doit relancer le débat sur le droit à l’information contre les secrets d’État.

Pour rappel, ce soldat de 25 ans est accusé d’être la source d’une fuite gigantesque, la plus grande de l’histoire de l’armée américaine, avec 700.000 documents militaires et câbles diplomatiques transmis à l’organisation WikiLeaks. Parmi ces documents : la vidéo « Colateral Murder » tournée par la caméra interne d’un hélicoptère US Apache en mission à Bagdad en 2007 et faisant un carton sur des civils, dont enfants et journalistes. (la vidéo est toujours visible ici : http://www.youtube.com/watch?v=5rXPrfnU3G0 )

Écœuré, Bradley Manning décida de rendre public ces documents de façon à dénoncer des crimes de guerre. Lors de son procès, il a notamment déclaré que le public américain devait connaître le véritable coût de la guerre.

Manning a été arrêté en Irak en mai 2010 et emprisonné sur une base militaire de Quantico, en Virginie, réduit à l’isolement maximum pendant onze mois. Ses conditions de détention ont été décrites comme inhumaines par Amnesty International et ont suscité l’inquiétude du rapporteur de l’ONU sur la torture.

Reporters sans frontières n’hésite pas à déclarer que « le verdict sert d’avertissement à tous les lanceurs d’alerte, contre lesquels l’administration Obama est en train de mener une offensive sans précédent, en ignorant l’intérêt public de leurs révélations ».

D’où il est légitime de se demander quel va être le sort réservé à Julien Assange, dirigeant de WikiLeaks, toujours réfugié dans l’ambassade d’Équateur à Londres, et celui qui attend Edward Snowden, toujours bloqué dans la zone de transit de l’aéroport Cheremetievo à Moscou.

Par ailleurs, bien que ne relevant pas du secret militaire mais du domaine fiscal, peut-on accepter que le repenti Pierre Condamin-Gerbier soit emprisonné en Suisse pour ses révélations sur les malversations des banques Reyl ou UBS, pendant que le sieur Cahuzac fanfaronne librement de micro en micro ?

Autres petits rappels en vrac :

**Mediapart est partenaire de WikiLeaks, à la suite du partenariat signé le 31 janvier 2011 en Grande-Bretagne par Julian Assange pour WikiLeaks et Edwy Plenel pour Mediapart.

**L’affaire du licenciement de Michèle Viot, responsable du laboratoire hospitalier à Nice, qui dénonce une contamination bactérienne dans le circuit d’eau de l’Institut universitaire de la Face et du Cou (affaire détaillée par Mediapart) me semble significative.

**Samuel Claude, le dentiste qui a dénoncé le risque de contamination par des aérosols. Il a dû s’exiler au Québec tant il était persécuté en France et son épouse en est décédée.

**Jean-Jacques Melet, médecin mort en 2005 par suicide. Il avait dénoncé les amalgames dentaires au mercure. Il a été pourchassé par l’ordre des médecins, victime d’un acharnement administratif et juridique qui l’a fait s’achever lui-même dans la misère.

**Que dire du sort de François Dufour, qui casque pour les faucheurs d’OGM après la victoire de Monsanto ?

Il semblerait que Mediapart prépare un dossier spécial sur tous ces lanceurs d’alerte et d’autres sur lesquels la presse passe un peu trop rapidement, comme en une rubrique de simples chiens écrasés, comme si ce qui était en jeu et en danger n’était pas précisément ce droit de savoir de tout citoyen et celui de la liberté de la presse, protection des sources incluse.

Pendant ce temps, de l’autre côté du Rhin, l’affaire Prism/Snowden ne cesse depuis sept semaines de tourmenter la vie politique. Que les États-Unis espionnent les citoyens à la barbe des services allemands et du gouvernement a provoqué un scandale.

Non seulement le pays aurait été une des principales cibles du programme d’espionnage de son pourtant proche allié américain mais, d’après le Bild Zeitung, l’armée aurait pris connaissance de l’existence de PRISM il y a deux ans à l’occasion d’opérations conjointes en Afghanistan. Mieux, le service de renseignement extérieur (Bundesnachrichtendienst, BND) collaborait étroitement avec la NSA. À tel point que l’agence américaine a mis à disposition du service de renseignement intérieur allemand un logiciel de surveillance, XKeyscore, qui permet de collecter les recherches effectuées par un internaute ciblé et d’enregistrer une partie de ses communications. Il s’agit d’un des principaux outils permettant à la NSA d’intercepter quelque 500 millions de communications en Allemagne.

Les intellectuels se sont emparés du sujet. Une soixantaine d’écrivains allemands ont publié le 25 juillet une lettre ouverte à Angela Merkel intitulée « L’Allemagne est un État policier », dans laquelle il est demandé des comptes à la chancelière : « Pendant que notre vie privée est rendue transparente, les services secrets prétendent à un droit à l’opacité sur leurs méthodes. En d’autres termes : nous vivons une attaque historique sur notre État de droit démocratique, en l’occurrence le retournement du principe de présomption d’innocence en un soupçon généralisé. (…) C’est pourquoi nous vous demandons : la surveillance des citoyens allemands par la NSA, qui est interdite par la loi fondamentale et la Cour constitutionnelle aux autorités allemandes, répond-elle à une volonté politique ? »

En France, il existe une loi, toute récente, qui protège les lanceurs d’alerte en matière de santé et d’environnement. En revanche rien qui protège les lanceurs d’alerte au sein des entreprises. Un amendement pour corriger cela a été voté à l’Assemblée lors de l’examen du projet de loi sur la lutte contre la fraude fiscale. Mais pour le moment, il n’a pas été adopté au Sénat. Un amendement (source Le Figaro) a aussi été adopté dans le cadre de l’examen à l’Assemblée de la loi sur la transparence de la vie publique.

Jusqu’où irons-nous dans l’application réelle de la faible loi existante, saurons-nous la renforcer au-delà d’un simple amendement ? Suite au prochain épisode.

L’affaire Bettencourt/Mediapart

Jusqu’au 20 juillet en cours, telle page de Mediapart pouvait ressembler à ça :

Depuis aujourd’hui, voici ce qu’il en est :

En une semaine, les signataires de l’appel « Nous avons le droit de savoir » lancé par Mediapart sont passés de 18 000 à plus de 43 000 personnes. Bon signe, certes, au vu de la qualité et de la diversité des signataires, mais ce ne peut être une raison de s’en contenter. L’affaire Mediapart/Bettencourt est beaucoup plus grave que ce qu’ont l’air d’en penser les non signataires . L’insidieuse et odieuse censure qui est en train de revenir par le biais d’une certaine justice sous un gouvernement dit « de gauche » est proprement inacceptable.

Parmi les 43 000 premiers signataires, on peut ne pas s’étonner de l’absence des noms de ceux qui assument leur ancrage à droite ou à la ligne extrême Bleu Marine. À vrai dire, il serait plutôt stupide de vouloir les y trouver. La liberté de la presse n’a jamais été leur tasse de thé, les preuves abondent depuis que la presse existe. Aussi, si l’on ne peut que se réjouir des signatures de la plupart des dirigeants d’EELV, du Front de Gauche, d’Attac, du Collectif Roosevelt (pardon de ne pas les citer tous mais vous pouvez consulter la liste complète et signer ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/la-redaction-de-mediapart/110713/plus-de-43000-personnes-ont-signe-lappel-nous-avons-le-droit-de-savoir ), il y a lieu de s’inquiéter de la faible (c’est un euphémisme) représentation du PS. Une quinzaine d’élus alors que leur parti détient tous les pouvoirs ? Sauf l’honneur de celles et ceux-là qui ont eu le courage de signer, c’est presque tout dire !  C’est en tout cas suffisant pour témoigner d’à quel point la défense du droit de savoir des citoyens et de la démocratie qui en découle n’est pas un objectif clairement défendu par ceux qui prétendaient pourtant le faire lorsqu’il s’agissait de s’attirer des bulletins dans les urnes.

Sémaphores rappelle qu’il n’est nul besoin d’être lecteur de Mediapart pour s’opposer à la censure. Et s’il faut le dire en d’autres langues, voici deux liens :

‘We have the right to know’ – join the Appeal

Firma el manifiesto «Tenemos derecho a saber»

Merci de faire circuler le lien de ces billets de blog (évidemment en accès libre) auprès de vos contacts.

Pour résumer, à partir de lundi 22 juillet 2003, Mediapart (et le journal Le Point) sont tenus de supprimer de leurs pages la totalité des articles parus depuis plusieurs années concernant l’affaire Bettencourt. On pourrait déjà noter l’ineptie de cette décision de justice qui n’étend pas son verdict à l’ensemble de la presse qui n’a parlé de cette affaire que sur les éléments révélés par Mediapart. Il est d’autant plus clair que c’est ce journal qui est particulièrement visé, qu’il est impossible, à l’ère Internet, de faire disparaître quelque texte que ce soit de l’ensemble du Web. Preuve s’il le fallait, de l’inadaptation à notre époque de cette justice versaillaise dont la présidente de Chambre à la Cour d’Appel, à savoir Mme Marie-Gabrielle Magueur, épouse Riquin (car il y en a marre de ne pas citer les noms de responsables qui n’auraient pas de visage…), vit dans son monde (elle en a le droit) au point de ne pas avoir d’ordinateur, ni peut-être même savoir comment ça fonctionne.

C’est pourquoi, dans un élan de solidarité, Sémaphores rappelle à cette dame que si jamais elle a besoin d’éléments manquant à son enquête, elle pourra toujours les trouver sur des centaines, voire des milliers de sites. Par exemple en téléchargeant « Mediapart – Dossier Bettencourt » sur The Pirate Bay où elle trouvera 95 articles au format HTML, 82 sons au format mp3, 79 images et 14 pages aux formats PDF et JPG. Ou, encore plus simple, un seul clic sur http://cubox.me/mediapart/

L’occasion de rappeler qu’en guise de soutien, Arrêt sur Image met en ligne tous les articles supprimés de Mediapart. « Ils sont téléchargeables ici. Par ailleurs, nous mettons notre émission Bettencourt en accès libre. Vous pourrez notamment écouter deux extraits des enregistrements sonores dans lesquels on entend notamment Patrice de Maistre, à l’époque gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, expliquer à la milliardaire qu’il a embauché la femme d’Éric Woerth à sa demande. »

Pour les non abonnés qui n’ont pu suivre l’affaire en temps réel, nous reproduisons en fin de page le dernier article de Michel Deléan, qui établit un premier bilan de ce que l’affaire Bettencourt a permis de réaliser. Nous y laissons les liens d’origine, sans savoir s’ils fonctionneront encore à l’heure où vous lirez ces lignes. Mais juste une petite info avant cela, manière de témoigner que Mediapart ne gêne pas que la justice versaillaise…

Le Front national, tente d’empêcher Mediapart d’exercer son droit d’informer ses lecteurs, en attaquant le journal en diffamation. 

 Jeudi 18 juillet Mediapart publiait un article intitulé : « Marine Le Pen en plein conflit d’intérêts au Parlement européen » 

Ceux qui ne pourraient accéder à ce lien peuvent quand même savoir que, dans cet article, le journal en ligne explique, contrat de travail à l’appui, que Louis Alliot, le compagnon de Marine Le Pen, est embauché pour 5 006,95 euros brut. Une somme particulièrement généreuse pour un temps partiel de 17,5 heures par semaine.

Dans un courrier daté du 25 juillet 2012, les services financiers de l’hémicycle avaient demandé des explications sur le contrat à la présidente du FN, en s’appuyant sur l’article 43 d’un règlement du Parlement européen entré en vigueur en juillet 2009. Celui-ci stipule que l’enveloppe mise à disposition par le parlement, pour chaque eurodéputé, ne peut pas « financer les contrats permettant l’emploi ou l’utilisation des services des conjoints des députés ou de leurs partenaires stables non matrimoniaux ».

Louis ALLIOT a décidé de porter plainte pour diffamation, Marine Le Pen a aussi l’intention de porter plainte, jugeant les « accusations calomnieuses ».

Signons cet appel et diffusons-le pour soutenir Mediapart contre le Front National.

http://soutenonsmediapartcontrelefrontnational.wesign.it/fr

 

 

Le bilan considérable de l’affaire Bettencourt

21 juillet 2013 |  Par Michel Deléan

Les tentatives d’étouffer l’affaire, menées de concert par l’Élysée de Sarkozy, les conseillers de la milliardaire et l’ancien procureur de Nanterre, ont échoué. Aujourd’hui, les prédateurs et autres courtisans qui profitaient de la générosité et de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt ont été écartés un à un. L’île d’Arros, que ses conseillers faisaient louer à l’octogénaire alors qu’elle en était propriétaire, a été réintégrée à son patrimoine, enfin déclarée au fisc, puis vendue. Une bonne partie des biens du photographe François-Marie Banier a été saisie à titre conservatoire par la justice.

Sur le plan du respect de la morale publique et du bon fonctionnement des institutions, le bilan est peut-être plus impressionnant encore. Un ancien président de la République est aujourd’hui mis en examen pour « abus de faiblesse » sur la femme la plus riche de France. Son ancien trésorier et ministre du budget est renvoyé en correctionnelle pour « trafic d’influence », dans une affaire de Légion d’honneur remise dans des conditions plus que troubles. Un redressement fiscal record, de plusieurs dizaines de millions d’euros pour l’héritière de L’Oréal, est allé dans les caisses de l’État. Un procureur de la République a été désavoué publiquement, et finalement muté avec l’accord du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Surtout, l’affaire Bettencourt a permis de découvrir une série d’anomalies et de turpitudes politiques soigneusement cachées jusque là. Les effets concrets, pour les riches, du bouclier fiscal mis en place par Sarkozy. Les renvois d’ascenseur au sein du Premier cercle de l’UMP. Le financement public des « partis de poche ». L’instrumentalisation de la justice par l’Élysée. Tout cela a été exposé en plein jour grâce à l‘affaire Bettencourt. Sans oublier la mise en place de la « Commission de réflexion pour la prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique ».

Sur le plan judiciaire, pas moins de six procédures sont en cours. Dans le volet principal de l’affaire, celui qui concerne les abus de faiblesse, les malversations et les financements politiques, quelque douze personnes sont mises en examen pour différent délits : Nicolas Sarkozy, Éric Woerth, l’ex-gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, le photographe François-Marie Banier, son compagnon Martin d’Orgeval, les notaires Jean-Michel Normand et Patrice Bonduelle, du gestionnaire de l’île d’Arros Carlos Vejarano, les avocats fiscalistes Pascal Wilhelm et Fabrice Goguel, l’homme d’affaires Stéphane Courbit, et l’infirmier Alain Thurin.

D’une prudence extrême dans cette affaire, le parquet de Bordeaux a, le 28 juin, requis un non-lieu en faveur de Nicolas Sarkozy, Éric Woerth, Stéphane Courbit,  Patrice Bonduelle, Pascal Wilhelm et Alain Thurin (lire notre article ici). Les juges d’instruction (Valérie Noël, Cécile Ramonatxo et Jean-Michel Gentil) sont libres de suivre ou non ces réquisitions. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux doit encore se prononcer le 24 septembre sur la validité de ces mises en examen (lire notre article ici).

Dans une procédure connexe, Éric Woerth et Patrice de Maistre viennent, le 4 juillet, d’être renvoyés devant le tribunal correctionnel pour « trafic d’influence » par les trois juges d’instruction bordelais dans l’affaire de la légion d’honneur, cela contre l’avis du parquet (lire notre article ici). Patrice de Maistre avait reçu sa médaille des mains d’Éric Woerth en personne au mois de janvier 2008, soit deux mois après avoir embauché son épouse, Florence Woerth, au service de l’héritière de l’empire L’Oréal.

Malgré les dénégations des uns et des autres, un courrier d’Éric Woerth à Nicolas Sarkozy de mars 2007, pendant la campagne présidentielle, atteste que Patrice de Maistre, généreux donateur et membre du Premier cercle de l’UMP, avait réclamé sa décoration à son ami Woerth. C’est également à cette époque que le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt est fortement soupçonné d’avoir fait rapatrier des fonds depuis la Suisse pour les remettre à Éric Woerth, afin de financer la campagne de Nicolas Sarkozy. Les magistrats instructeurs estiment que l’octroi de cette décoration à Patrice de Maistre était bien lié à l’embauche par celui-ci de Florence Woerth, l’épouse du ministre du budget, au sein de la société Clymène qui gère les investissements de Liliane Bettencourt.

Une troisième procédure judiciaire pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » suit son cours parallèle. L’ex-majordome de Liliane Bettencourt, Pascal Bonnefoy et cinq journalistes ont été mis en examen en mars et avril 2012 dans ce volet de l’affaire, après la publication, en juin 2010, dans Le Point et sur Mediapart, d’extraits de conversations enregistrées clandestinement par Pascal Bonnefoy, entre mi-2009 et mi-2010, au domicile de l’héritière de L’Oréal.

Les journalistes concernés sont Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, Hervé Gattegno, alors rédacteur-en-chef à l’hebdomadaire, Edwy Plenel et Fabrice Arfi, respectivement président et journaliste à Mediapart, ainsi que Fabrice Lhomme, à l’époque journaliste à Mediapart et désormais au Monde. Le parquet de Bordeaux a, le 9 juillet, requis le renvoi en correctionnelle du majordome et des cinq journalistes.

Dans un quatrième volet, annexe à l’affaire elle-même, la magistrate Isabelle Prévost-Desprez est mise en examen depuis juillet 2012 pour « violation du secret professionnel ». Le juge d’instruction bordelais Philippe Darphin soupçonne la présidente de la XVe chambre correctionnelle de Nanterre d’avoir divulgué des informations sur le dossier Bettencourt à deux journalistes du Monde. Le parquet de Bordeaux a, fin juin, requis le renvoi en correctionnelle d’Isabelle Prévost-Desprez.

Une cinquième affaire a été lancée par Le Monde, qui a porté plainte après l’espionnage de ses journalistes travaillant sur l’affaire Bettencourt par l’examen de leurs “fadettes” téléphoniques. L’ancien procureur de Nanterre Philippe Courroye et son adjointe, Marie-Christine Daubigney, ont d’abord été mis en examen par une juge d’instruction de Paris, avant que la cour d’appel annule ces poursuites pour des motifs de procédure en mars dernier, une décison confirmée par la Cour de cassation le 25 juin. L’affaire n’est cependant pas encore close et peut éventuellement donner lieu à de nouvelles mises en examen.

Enfin, l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire et modérée) a porté plainte le 9 avril dernier contre le député UMP Henri Guaino, après ses sorties virulentes contre les juges d’instruction de Bordeaux ayant osé mettre Sarkozy en examen. Deux infractions sont visées par le syndicat : « l’outrage à magistrat » (passible d’un an de prison et 15 000 euros d’amende), et le « discrédit sur un acte ou une décision juridictionnelle » (passible de six mois de prison et 7 500 euros d’amende). Cette affaire-là suit, elle aussi, son cours, dans le cadre d’une enquête préliminaire dirigée par le parquet de Paris (lire notre article ici).

Libertés: l’esprit de clôture et le monde

11 juillet 2013 |  Par gilles sainati

C’est dans l’esprit du texte éponyme de Walter Benjamin, « Avertissement d’incendie », écrit peu avant son suicide en 1940 alors qu’il était « minuit dans le siècle » que nous voulons consacrer cette édition à un ensemble d’informations  de réflexions et de débats prenant acte d’une situation qui nous paraît dramatique pour les libertés en France et dans le monde en 2013.
Nous pensons que les libertés individuelles et collectives sont depuis le début du siècle de plus en plus violemment attaquées de toutes parts et se réduisent en peau de chagrin.  Elles sont plus que jamais en péril face à l’évolution de moyens technologiques toujours plus efficaces, actifs et  omniprésents aux mains des pouvoirs de toutes natures, de tous ordres et de toutes obédiences politiques religieuses et corporatistes.

Souriez, vous êtes filmés

L’actualité a parfois des accélérations qui sont autant de révélateurs de l’état d’une opinion ou plutôt d’un état d’esprit.

Depuis le 11 septembre 2001, les professionnels de la guerre froide se sont recyclés dans la guerre au terrorisme et «l’on sait bien» que tout être humain est un potentiellement un dangereux terroriste. Les braves gens, eux, ne se plaignent pas de cette surveillance généralisée car « ils n’ont rien à se reprocher». Mais alors évidemment quand l’empire surveille ses alliés ça fait mauvais genre… Mais tout le monde le savait déjà.

Cette méthode de surveillance globale est de toute évidence un mode d’expression d’un pouvoir qui n’accepte aucun aléa y compris dans des négociations internationales.

C’est aussi une méthode frauduleuse, anticiper sur les positions de son interlocuteur en connaissant ses faiblesses mais surtout ses délibérations internes…

Bien sûr il s’agit de l’affaire Prism. Mais ce qui est le plus surprenant (pas vraiment diront certains) c’est le refus catégorique de la France d’accorder l’asile politique à Edward SNOWDEN, la raison selon Manuel VALLS se sont «les liens forts de la France avec les États-Unis.». Autant dire en l’espèce les liens forts entre le bourreau et victime et aveu que dans le concert international des nations, il n’y a plus de débat initié par la France quand les intérêts des USA lui causent tort….

Plus de contre pouvoir au niveau international, et plus de mansuétude pour les intrépides qui voudraient braver cet ordre établi.

Cette inclinaison que l’on nommera l’esprit de clôture des libertés s’attaque principalement à l’existence de contre pouvoirs qu’ils soient individuels avec Snowden mais aussi publics soit la liberté de la presse quand elle dérange, ou bien on le verra à l’encontre du contre pouvoir judiciaire.

Dans l’actualité récente, c’est bien entendu l’arrêt de la Cour d’Appel de Versailles du 4 juillet 2013 qui doit retenir notre attention puisqu’il aboutit à censurer un travail d’investigation de journalistes dans un dossier qui est une affaire d’État.

(…)Le constat immédiat est que la justice civile est donc définitivement dépassée à l’heure de l’internet mondial, mais peut clôturer une liberté sur un plan national. 

Mais par un feedback redoutable, c’est le contre pouvoir de la justice qui est aussi clôturé par l’action des parlementaires. Le 4 juillet 2013, le gouvernement annonçait qu’il suspendait la réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature devant l’impossibilité d’avoir une majorité des 2/3 du congrès. Si la Ministre de la justice indiquait que la réforme sera réengagée « dans le processus parlementaire dès la rentrée », réforme qui allait aboutir a donner un statut protecteur de nomination aux Procureurs de la République risque de ne jamais voir le jour. Mais là, une autre décision de justice supranationale émanant de la Cour Européenne des Droits de l’Homme du 27 juin 2013 (http://www.huyette.net/article-la-cedh-confirme-son-point-de-vue-sur-le-statut-du-ministere-public-fran-ais-118940174.html) confirmait que : « le ministère public,( en France)  ne remplissait pas, au regard de l’article 5 § 3 de la Convention, les garanties d’indépendance exigées par la jurisprudence pour être qualifié, au sens de cette disposition, de « juge ou (…) autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires».

Notre équilibre des pouvoirs est mauvais, c’est constaté de multiples fois par une cour supra nationale, mais les parlementaires (de droit, du centre) s’en satisfont. Là c’est une volonté représentative nationale qui bride l’état de droit.

Fermer le ban : En France l’esprit de clôture a frappé trois fois ces derniers temps : contre les libertés des citoyens dans leur conversation privées au bénéfice des USA, contre la presse d’investigation, contre le pouvoir judiciaire…

Reste une seule question anecdotique, mais pas si éloignée du sujet : le programme PRISM a dû permettre aux autorités américaines de détenir les propos enregistrés par le majordome de la milliardaire. A quand une procédure contre l’oncle Sam pour violation de la vie privée ?

ajout  Sémaphores_13 juillet

Un éditorial du New York Times apportait récemment un soutien inattendu à Snowden en estimant qu’il avait agi au nom de « la désobéissance civile » : « Quels que soient ses délits – et il en a clairement commis plusieurs – Mr Snowden n’est pas coupable de trahison, même si ceux qui ont longuement gardé le secret sur ce qu’il vient de révéler explosent de rage. »

Snowden a dévoilé des documents top secret qui montrent que la NSA, avec le FBI, a utilisé depuis 2007 un programme appelé Prism pour collecter massivement des données sur les serveurs des grandes compagnies du web dont Google, Facebook, Microsoft, et six autres.

L’agence a récolté 97 milliards d’éléments d’information sur les réseaux informatiques mondiaux. En clair, les services de renseignement des États-Unis ont aujourd’hui les moyens de surveiller une part significative du trafic Internet mondial.

Autrement dit, on n’est plus dans la théorie du complot, mais on se trouve face à une redoutable collusion entre les agences d’État et des sociétés privées, dans un mélange de genres nuisible à la démocratie.

Pour gérer cette masse vertigineuse d’informations secrètes, les agences publiques sont obligées de faire appel à une nuée d’organismes privés et de consultants extérieurs. Aujourd’hui, plus d’un million de personnes ont accès à des informations relevant de la sécurité nationale. Cela pose de graves questions de transparence et de responsabilité, et c’est potentiellement une source de fuites.

Une étude américaine a montré qu’un jeune sur dix s’était vu refuser un emploi à cause de son profil sur un réseau social (photo compromettante, mauvaise blague, etc.).

Mais de ce côté-ci de l’Atlantique, on peut développer une autre politique industrielle, qui épouse des principes de conception respectueux des données. L’idée est de mettre en œuvre des principes architecturaux qui prémunissent contre la concentration excessive des pouvoirs, ce qui implique une prise de conscience et une reprise en main de la technologie par les citoyens.

bonus : Extrait du film Will Hunting_de Gus Van Sant_1997

Un appel contre la censure

ajout samedi 13

Communiqué de presse du Syndicat de la Magistrature du 5 juillet 2013

Liberté de la presse

Le Syndicat de la magistrature a pris connaissance de la décision de la cour d’appel de Versailles et de l’obligation faite à Mediapart de retirer de son site « toute publication de tout ou partie de la retranscription des enregistrements illicites réalisés au domicile de Liliane Bettencourt ».

Il tient à rappeler que la liberté de la presse est une garantie fondamentale dans une société démocratique, et que cette liberté est essentielle pour que la presse puisse jouer son rôle de « lanceur d’alerte ».

Si un équilibre doit être trouvé entre cette liberté et la protection d’autres intérêts comme le respect de la vie privée, il ne doit pas conduire à porter une atteinte démesurée à un média qui a fait preuve depuis sa création de sérieux et d’indépendance.

A l’heure où les dérives de certains États conduisent à une mise sous écoute généralisée et où les scandales politico financiers se multiplient, le Syndicat de la magistrature rappelle qu’il est indispensable de protéger ceux qui prennent le risque de nous alerter.

Ci-dessous la conférence de presse du lancement de l’appel

Appel « Nous avons le droit de savoir » par Mediapart

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ajout jeudi 11 juillet_12h30

La liberté de l’information n’est pas un privilège des journalistes mais un droit des citoyens.

Signez l’appel «Nous avons le droit de savoir»

Signez ici l’appel lancé avec Mediapart par plus de quarante titres de presse, associations de défense des libertés et syndicats, et dizaines de personnalités politiques et de la société civile, en faveur de la liberté de l’information.

http://blogs.mediapart.fr/blog/la-redaction-de-mediapart/110713/signez-lappel-nous-avons-le-droit-de-savoir

Premiers signataires

Hebdomadaires. Charlie HebdoL’ExpressLes InrockuptiblesMarianneLe Nouvel ObservateurPolitis.

Quotidiens. Le Courrier (Suisse), L’HumanitéLibérationLe Soir (Belgique).

Sites d’information. Aqui! Presse, Aqui.fr, Arrêt sur images, ArteRadio, Basta !, Le Courrier des Balkans, Edito+Klartext (Suisse), Electron Libre, Factuel.info, Infolibre (Espagne), lexpress.fr, Marsactu, Mediapart, Reflets, Rue89, Le Télescope d’Amiens.

Radio. Radio Nova.

Mensuels et trimestriels. CausetteLyon CapitaleMensuel Le Ravi, Polka Magazine, RegardsTerra Eco.

Associations et syndicats. Association Anticor, Association de la presse judiciaire, Attac, Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (Cadac), Déclaration de Berne (association pour un développement solidaire, Lausanne, Suisse), Ligue des droits de l’Homme, The National Union of Journalists (branche française), La Quadrature du Net, Syndicat de la magistrature, Syndicat national des journalistes (SNJ), Syndicat national des journalistes SNJ CGT, SNESUP-FSU Alsace, Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil), Reporters sans frontières.

Responsables politiques.  

Paul Alliès, universitaire, secrétaire national du PS
Pouria Amirshahi, député PS des Français de l’étranger
Kalliopi Ango Ela, sénatrice EELV
Clémentine Autain, Front de gauche
Guillaume Balas, président du groupe PS de la région Ile-de-France
Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée nationale, député EELV de Paris
Sandrine Bélier, eurodéputée EELV
Esther Benbassa, sénatrice EELV
Marie-Christine Blandin, sénatrice EELV
Corinne Bouchoux, sénatrice EELV
José Bové, député européen EELV
Marie-George Buffet, députée PCF de Seine-Saint-Denis
Nathalie Chabanne, députée PS des Pyrénées-Atlantiques
André Chassaigne, président du groupe Front de gauche à l’Assemblée nationale
Sergio Coronado, député EELV des Français de l’étranger
Jean Desessard, sénateur EELV
André Gattolin, sénateur EELV
Sylvie Guillaume, eurodéputée PS
Razzy Hammadi, député PS de Seine-Saint-Denis
Mathieu Hanotin, député PS de Seine-Saint-Denis
Liêm Hoang-Ngoc, eurodéputé PS
Yannick Jadot, député européen EELV
Eva Joly, députée européenne Europe Écologie-Les Verts
Régis Juanico, député PS de la Loire
Chaynesse Khirouni, députée PS de Meurthe-et-Moselle
Joël Labbé, sénateur EELV
Pierre Laurent, secrétaire national du PCF
Patrick Le Hyaric, député européen PCF
Arnaud Leroy, député PS des Français de l’étranger
Hélène Lipietz, sénatrice EELV
Sandrine Mazetier, députée PS de Paris, vice-présidente de l’Assemblée nationale
Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV au Sénat
Barbara Pompili, coprésidente du groupe EELV à l’Assemblée nationale
François Rebsamen, sénateur maire de Dijon, président du groupe socialiste du Sénat
Barbara Romagnan, députée PS du Doubs
François de Rugy, coprésident du groupe EELV à l’Assemblée nationale
Catherine Trautmann, eurodéputée PS
Marie-Christine Vergiat, eurodéputée Front de gauche
Michel Vergnier, député PS de la Creuse
Yann Werhling, Modem

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Cachez ces preuves que la « justice » ne saurait voir !

Nous voulons témoigner de notre incompréhension et de notre indignation à l’égard de la décision de la cour d’appel de Versailles du 4 juillet 2013 : Mediapart est censuré pour avoir publié les enregistrements d’intérêt public effectués au domicile de Madame Bettencourt, documents qui, depuis lors, ont été utilisés par la justice comme éléments de preuve dans diverses procédures.

En 2010, cette diffusion avait été autorisée par le tribunal de grande instance de Paris, puis par la cour d’appel : quelle est donc cette institution garante des libertés fondamentales qui dit oui un jour, puis non le lendemain ?

Une « justice » qui s’efforce de faire taire un organe de presse indépendant en lui imposant des astreintes financières considérables et d’extravagants dommages et intérêts à verser à …une milliardaire ? Une « justice » qui muselle Mediapart en lui interdisant à l’avenir de mentionner des pièces à conviction qui continuent par ailleurs à être utilisées par les tribunaux ? Une justice qui interdit désormais à Mediapart de rendre compte des procès en cours de l’affaire dite « Bettencourt » ? Une justice qui ne protège pas la liberté d’informer et qui n’a de considération ni pour l’intérêt général ni pour le débat démocratique ?

Nous, collectif d’abonnés de Médiapart, radicalement attachés à la liberté de la presse, affirmons notre entière solidarité avec la rédaction du journal dans cette affaire.

CAMédia

 

Bettencourt-Mediapart: un appel contre la censure

Quarante titres de presse, associations de défense des libertés et syndicats doivent lancer jeudi  11 Juillet un appel « Nous avons le droit de savoir ». Ils protestent ainsi contre l’arrêt de la cour d’appel de Versailles ordonnant à Mediapart et au Point de supprimer toute citation des enregistrements Bettencourt.

Il n’est pas question d’accepter l’arrêt de la cour d’appel de Versailles, rendu le 4 juillet et ordonnant à deux titres de presse, Mediapart et Le Point, de supprimer toute citation des fameux « enregistrements Bettencourt ». Vous êtes très nombreux, depuis maintenant une semaine, à nous faire connaître votre solidarité, à nous proposer d’héberger sons et articles relatifs à l’affaire Bettencourt. Et nous vous en remercions vivement.

Au-delà de nos lecteurs et abonnés, une large partie de la profession, des associations de défense des libertés, des syndicats professionnels s’inquiètent des lourdes conséquences de cette décision versaillaise sur la liberté d’informer. Ils s’inquiètent tout autant du flou des « considérants » – des explications – des magistrats de la cour d’appel, qui semblent tout ignorer des dynamiques propres à Internet, de la dimension participative de notre site, des enjeux de la révolution numérique.

Quarante titres de presse, associations et syndicats, ont ainsi décidé de lancer un appel intitulé « Nous avons le droit de savoir ». Cet appel sera rendu public jeudi 11 juillet, lors d’une conférence de presse qui se tiendra au siège de l’association Reporters sans frontières, à Paris. Seront également rendus publiques à cette occasion la liste complète des médias signataires (ils sont déjà 28 ce mercredi à 16 heures) et celle des associations ou syndicats (une douzaine à cette heure). Contacté par nos soins, Le Point, qui s’était gardé de réagir à cet arrêt, nous a précisé qu’il ne souhaitait pas s’associer à cette démarche, ce que nous regrettons.

Cette mobilisation exceptionnelle de la communauté journalistique est également accompagnée d’un soutien de nombreux responsables politiques et de personnalités, chercheurs, artistes, intellectuels. Une première liste de ces soutiens et signataires de notre appel sera également rendue publique jeudi à 11 h 30. Mediapart, comme d’autres titres, proposera cet appel à une grande campagne citoyenne de signatures. L’objectif est de clairement signifier, par notre nombre, que la ligne jaune a été franchie en matière de droit à l’information, un droit fondamental de tout citoyen. (…)

Pour rappel, cette décision nous ordonne, dans un délai de huit jours après que l’arrêt nous a été signifié, de supprimer toute citation, tout extrait des enregistrements clandestins réalisés par le majordome des Bettencourt, Pascal Bonnefoy. L’amende sera ensuite de 10 000 euros par infraction constatée. Par ailleurs, Mediapart est condamné à verser 20 000 euros de dommages et intérêts à Liliane Bettencourt et 1 000 à son ancien gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre.

Patrice de Maistre_photo Reuters

De Maistre a choisi d’enclencher le processus

(…) À ce jour, Patrice de Maistre a effectivement décidé – à l’inverse de la famille Bettencourt – d’engager ce processus en procédant à la première étape : une « signification à avocat », c’est-à-dire que l’arrêt a été transmis à l’avocat de Versailles, correspondant des conseils de Mediapart. Mais cette décision ne nous a pas encore été signifiée, ce qui veut dire que le « compte à rebours » n’a pas encore débuté mais que ce peut être le cas à tout moment. (…)

L’exécution de ce jugement se heurte à de multiples autres difficultés. Concerne-t-elle tout ou partie des 800 articles de Mediapart faisant mention de ces enregistrements ? S’agit-il de supprimer également les près de 2 000 billets de blogs écrits par nos abonnés ? S’agit-il de supprimer les dizaines de milliers de commentaires ? À ce stade, l’arrêt de la cour d’appel ne le dit pas et un épais brouillard accompagne ces questions. « La généralité de l’obligation faite à Mediapart pose quantité de questions juridiques que nous entendons soumettre aux juges », précise Emmanuel Tordjman.

Ce n’est pas la seule absurdité de cette décision de Versailles qui nous ordonne, ainsi qu’au Point, de supprimer ces citations d’enregistrements quand tous les autres titres de presse, blogs, sites, etc., pourront continuer librement à les exploiter… Car comme l’a expliqué notre collègue Jérôme Hourdeaux (son article «Effet Streisand et Datalove» est à lire ici), le Web s’est d’ores et déjà emparé de la totalité du « dossier Bettencourt », désormais accessible sur de multiples sites de partage.

La présidente de la cour d’appel de Versailles, Marie-Gabrielle Magueur, a-t-elle pris la mesure des multiples disproportions, et incohérences, de cet arrêt qui fait régresser nos libertés ? C’est aussi ce que veulent souligner fortement les signataires de l’Appel « Nous avons le droit de savoir ». Et c’est pour toutes ces raisons que nous vous encourageons à le signer dès ce jeudi à partir de 11 h 30.

Mediapart censuré par la justice Versaillaise !

Dans un arrêt rendu jeudi 04 juillet, la 1re chambre civile de la cour d’appel de Versailles a condamné Mediapart pour atteinte à l’intimité de la vie privée.

Cet arrêt ordonne en premier lieu que : dans les huit jours suivant la notification officielle du jugement, « le retrait du site, sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard et par infraction constatée, de toute publication de tout ou partie de la retranscription des enregistrements illicites réalisés au domicile de Liliane Bettencourt ».

Étrange paradoxe, ce même 04 juillet dans une autre cour, les juges de Bordeaux prennent la décision de renvoyer devant le tribunal correctionnel Éric Woerth et Patrice de Maistre pour trafic d’influence, un jugement qu’ils ne peuvent prendre en conscience QUE parce que les fameux enregistrements illicites ont été portés à leur connaissance.

Qu’est-ce qui déconne donc dans la justice Versaillaise ? Et qu’est-ce qui se profile derrière son verdict qui ordonne de retirer « tout ou partie de la retranscription des enregistrements », sinon une censure inique et hors d’âge, une tentative de discréditer Mediapart, voire de couler le journal qui dérange.

Car dans le langage de la justice, ce tout ou partie n’engage pas seulement le journal à retirer ses articles concernant l’affaire Bettencourt mais tout ce qui a pu y être relié à travers les commentaires ou les blogs. L’équipe de Mediapart a calculé que : « Une simple requête « affaire Bettencourt » dans notre moteur de recherche signale 894 articles et 1 615 billets de blogs. Petit calcul : 894+1 615 × 10 000 euros d’amende = 25 090 000 euros par jour. 752 millions d’euros par mois ! Marie-Hélène Smiejan, directrice générale de Mediapart, nous l’a confirmé : « Nous ne les avons pas ! »

« Autre recherche, cette fois par Google avec la requête « site mediapart.fr bettencourt+enregistrement ». 2 490 résultats, indique Google. 2 490 × 10 000 euros d’amende = 24 900 000 euros par jour. 747 millions d’euros par mois !

Une somme qui pourrait donc atteindre au bas mot plus d’un milliard et demi d’euros par mois !

Certes, Mediapart va se pourvoir en cassation mais comme ce pourvoi n’est pas suspensif, la loi veut que le journal ne dispose que de huit jours pour se mettre en conformité avec l’inique jugement. Mais que cette justice n’imagine pas qu’aucune résistance ne viendra en soutien d’un des derniers grands journaux indépendants français. Hier déjà le site Arrêt sur Image se disait « prêt à héberger (en accès libre) les documents Bettencourt de Mediapart. » Le journal en ligne Rue 89 proposerait la même chose.

Un appel sera probablement lancé par Mediapart aujourd’hui ou dans les jours à venir mais en attendant et à son modeste niveau, Sémaphores.info republie des fragments mis à jour par les enregistrements incriminés car nous ne pensons pas, contrairement à une certaine justice, que la notion d’atteinte à la vie privée puisse prévaloir sur une information par ailleurs déjà reconnue par une autre cour de justice « d’intérêt public ». Il s’agit tout de même d’un abus de faiblesse sur une dame âgée par une bande d’aigrefins dont certains au service de l’État, de dysfonctionnement de services fiscaux, d’évasion fiscale… Non, messieurs les Versaillais, ça ne passera pas comme ça !

Au demeurant, les notes que nous reproduisons ci-après ne proviennent pas de Mediapart mais d’un article du journal Le Point.fr publié le 16/06/2010 à 11h 38 _Modifié à 17h 34. Cette partie relatait essentiellement la partie « Banier ».

 

Puzzle

Au fil des dialogues, de fait, les révélations s’accumulent. La plupart des rendez-vous ont lieu avant le déjeuner. Le plus souvent, ils réunissent l’héritière de L’Oréal et son homme de confiance, Patrice de Maistre, expert-comptable promu directeur général de son holding, Tethys, et de la fondation qu’elle a créée. De suggestions insistantes en sollicitations personnelles, celui-ci reconstitue sans le savoir le puzzle d’une fortune à moitié cachée – et partiellement dilapidée.

On découvre ainsi que l’île d’Arros, aux Seychelles, sur laquelle Liliane Bettencourt séjourne plusieurs fois par an avec sa suite – officiellement en location -, lui a appartenu grâce à un montage financier, invisible, au Liechtenstein. Achetée en 1999 à la famille du chah d’Iran, elle serait devenue la propriété de François-Marie Banier à la faveur d’un tour de passe-passe juridique dont tout indique que Mme Bettencourt fut tenue à l’écart. Le 11 mai 2010, la vieille dame semble découvrir avec étonnement (lire les extraits) que son île n’est plus qu’un paradis perdu – mais pas pour tout le monde…

 » Vous lui avez donné assez d’argent comme ça « 

Le 12 mars précédent, un entretien avec son notaire, Jean-Michel Normand, lui enseigne qu’un testament signé par elle en 2007 a fait du photographe son  » légataire universel « . Or les poursuites engagées contre le photographe font craindre à l’entourage la découverte de ce fait stupéfiant. Les enregistrements attestent que Banier lui-même réclame que son nom soit retiré :  » Il ne veut plus apparaître « , souffle le notaire.  » Vous lui avez donné assez d’argent comme ça « , répètent à l’unisson conseillers et avocats – même s’ils proclament l’inverse devant les tribunaux…

Par instants, Liliane Bettencourt semble mesurer ce qu’elle fait – ou ce qu’on lui fait faire. Il lui arrive même de temporiser.  » C’est très agréable d’avoir de l’argent, dit-elle enjouée à l’un de ses visiteurs ; mais il ne faut pas se laisser trop faire, sinon on devient maboule.  » Elle connaît les excès de Banier :  » Il va venir me demander quelque chose « , prévient-elle.  » Pas encore de l’argent ! » répond de Maistre. Mais la lucidité de la vieille dame est à éclipses – or ce point est au cœur de l’enquête sur les dons consentis à Banier. Autrement dit : elle finit toujours par céder à ses solliciteurs.

« Si on ramène cet argent en France, ça va être compliqué… »

Cernée. Aussi apparaît-elle cernée par les profiteurs. Un chauffeur s’est vu offrir un appartement, un garde du corps est couché sur son testament, un médecin qui l’a accompagnée en vacances reçoit 55 000 euros en espèces – tous ont témoigné pour Banier dans l’enquête qui le vise. Le gérant de l’île d’Arros, informé de détails compromettants, a obtenu 2 millions d’euros.

À écouter ces dialogues, la préoccupation de Patrice de Maistre semble être la maîtrise du secret. Au fil des mois, il informe Liliane Bettencourt du transfert de ses comptes suisses vers Singapour –  » C’est plus fermé « , explique-t-il. Alors qu’une loi récente incite à déclarer les avoirs cachés à l’étranger (contre un impôt forfaitaire), lui préconise l’inverse :  » Si on ramène cet argent en France, ça va être compliqué […] J’ai aussi regardé pour que vous déclariez votre île, mais je pense que c’est trop compliqué et j’ai peur que le fisc tire un fil… «  Comment l’aurait-elle déclarée si elle n’en est plus propriétaire ?

Autre découverte : alors que tous affirment la solidité de sa santé, les proches de l’octogénaire lui ont fait signer un  » mandat de protection future  » qui désigne de Maistre pour administrer ses biens et un professeur de médecine ami de Banier pour veiller à ses intérêts  » personnels « . De sorte qu’une mise sous tutelle de Mme Bettencourt aboutirait à leur donner les pleins pouvoirs…  » Je fais ça par affection pour vous, lui dit son principal conseiller ; je n’ai pas envie que vous tombiez dans les pattes de votre fille… « 

La préparation du procès de Banier, fixé au début de juillet, les mobilise également. Au cours d’une réunion, l’intéressé s’enquiert de ce qu’il pourrait dire à la justice – et au Point – pour éluder certaines questions gênantes.  » Il faudrait que vous me trouviez quelque chose à dire « , demande-t-il à de Maistre, en quête d’une  » solution d’homme d’affaires « . Tous deux avancent ensuite à voix haute plusieurs hypothèses.

 » Ce procès, on va le gagner ? » interroge la milliardaire – preuve qu’elle se situe encore au côté du photographe contre sa propre fille. Son entourage lui répond avec optimisme :  » En première instance, on ne peut rien faire de plus, mais en cour d’appel, si vous perdez, on connaît très bien le procureur. L’Élysée suit cette affaire de très près… «  Après la révélation de ces enregistrements, cela suffira-t-il encore ?

Sur l’écran noir de la Grèce

Extrait d’un des derniers billets d’humeur de Daniel Schneidermann

Un gouvernement européen, sous pression de la Troïka, envoie sa police fermer les émetteurs de la télé publique. Et que dit, que fait l’Europe ? Elle prend acte. Elle détourne les yeux. Elle regarde ailleurs. Elle prend bien soin de préciser qu’elle n’y est pour rien, strictement pour rien.

En France, on n’en est pas à cette monstrueuse indifférence. On s’attriste. On déplore. Les petits cœurs saignent. Pour Aurélie Filippetti, cette fermeture est « un symbole tragique », voire « une tragédie ». Pour Najat Vallaud Belkacem, « une décision triste, évidemment ». Pas un mot de Ayrault, pas un mot de Hollande, pour rappeler que l’on ne ferme pas une station de télévision, et pour sommer la Troïka de sommer le gouvernement grec de déchirer son décret.

Jean Quatremer, correspondant à vie de Libération à Bruxelles, cite le quotidien Kathimerini : «Le premier ministre a lancé un message fort à l’intérieur et à l’extérieur du pays, montrant sa détermination à promouvoir les réformes indépendamment des réactions de l’opposition et quel qu’en soit le coût politique». A qui appartient le journal Kathimerini ? A l’armateur Alafouzos, qui possède également la chaîne privée Skai, laquelle chaîne n’aura sans doute pas à se plaindre de la disparition de la télé publique.

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Tache d’huile en Italie : le journal Libero suggère de vendre la RAI

« Un exemple grec à suivre, vendons la RAI » titre Libero qui souligne que la télévision publique italienne a terminé l’année 2012 avec un déficit de 224 millions d’euros. Et l’augmentation de la redevance n’a pas suffit à combler les pertes.

En page 3, un autre article revient sur la privatisation réussie de TF1 avec une photo de Jacques Chirac, qui a décidé cette opération en 1987, alors qu’il était Premier ministre.

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Autre suivi sous la plume d’Anne-Sophie Jacques (Arrêt sur Image) : Les émetteurs n’émettent plus depuis lundi 23 heures, mais les journalistes n’ont cessé de couvrir l’information avec les moyens du bord. On peut suivre la rédaction sur différents canaux et notamment sur Internet.

« Les programmes sont toujours envoyés dans les tuyaux » me dit Valia Kaimaki, journaliste radio à l’ERT. « On continue d’informer ! » En effet, les journalistes sont toujours présents dans les locaux, les studios chauffent, les caméras tournent. Seuls les émetteurs ont été neutralisés, coupant au passage huit autres chaînes dont BBC World, Deutsche Welle et TV5 comme le raconte ce site belge.

La résistance s’organise

Côté émetteur enfin, une antenne pirate aurait été bricolée dans le nord d’Athènes pour arroser les récepteurs du coin. Mais impossible de confirmer cette information. Cela dit, la télé et la radio ont su trouver d’autres refuges.

Premier refuge : le canal local 902 qui appartient au Parti communiste (KKE). Dès l’annonce de l’arrêt de la transmission d’ERT, ce canal a pris le relais. (…) Un canal disponible à tous ceux qui ont la télévision numérique, soit une grande majorité de Grecs.

Deuxième refuge : le site pirate. Je n’en retrouve pas la trace mais il est évoqué par Maria Malagardis, journaliste de Libération, qui évoque « l’ironie du destin : hier soir, pour s’adresser aux citoyens grecs et justifier sa décision brutale d’interrompre en quelques heures et pour toujours les programmes de la télévision publique grecque, le Premier ministre, Antonis Samaras, n’a eu d’autre solution que de passer par… le site «pirate» de ERT, l’entreprise qu’il venait de décapiter. Car, en solidarité avec les employés des chaînes défuntes du public, ceux des télés privées faisaient hier la grève de l’info. C’est donc affublé, à droite de l’écran, d’un petit sigle «ert.gr» qu’Antonis Samaras a expliqué tout le mal qu’il pensait de la désormais «ex»-télévision grecque« . Hier encore, on pouvait suivre ERT sur le site zougl@.

Troisième refuge : le site d’EBU (European Broadcasting Union). Sur la page de cette association de radiodiffuseurs européens, on peut regarder en direct les journalistes qui continuent de couvrir l’information, à commencer par la manifestation rassemblée devant les locaux de la télévision.

Pour Christophe Deloire, patron de Reporters sans frontières (RSF) : « La Grèce est passée en peu de temps de la 35e à la 84e place sur 179 pays. Question liberté de la presse, le pays est en gros au niveau de la Bulgarie »

Article intégral et suivi : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5913

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Mediapart organise, mardi 18 juin à 20 heures, à Paris, une grande réunion publique de soutien aux citoyens grecs, après la fermeture brutale de leurs télés et radios publiques.

A cette occasion, Edwy Plenel, pour Mediapart, lancera un Appel citoyen pour l’Europe de la culture et de la liberté d’information.

Le programme complet et détaillé vous sera communiqué avant lundi 17 juin. L’entrée est gratuite. Venez nombreux !

RSVP : invitations@mediapart.fr

Théâtre du Châtelet
1, place du Châtelet
75001 Paris

Télé-manip, censure et… résistances

La censure, « cette chienne au front bas qui suit tous les pouvoirs » selon Hugo, n’en finit pas de sévir ces derniers temps, et génère une presse de plus en plus délirante.  Dans notre fil d’actu du 27 mai au 03 juin, nous avions signalé que la chaîne D8 avait censuré dans son replay l’intervention  d’une intermittente sur le plateau de l’émission d’abrutissement « Touche pas à mon poste ». La chaîne n’avait pas apprécié l’intervention de la jeune femme, dont on apprend qu’elle a voulu profiter de la présence de Mélenchon sur le plateau pour prendre son courage à deux mains. (dixit elle-même)

Ceux qui n’avaient pas suivi l’émission et pensaient la découvrir en replay, ne peuvent donc pas se rendre compte qu’en fait ce sont deux séquences qui ont été supprimées. La première est celle de l’intermittente, et la seconde la réponse de JL Mélenchon à qui les animateurs demandaient de commenter ce que signifiait pour lui cette intervention. Mais vu que la séquence a été supprimée, ça permet à des journalistes comme Bruno-Roger Petit, chroniqueur (groupe Nouvel Obs), de reprocher à Mélenchon son silence :  « Le politique, dit-il, confrontée à un drame social et humain, en direct, sur un plateau de télévision, ne peut rien contre la télévision de l’émotion et du divertissement, qu’il en subit les us et coutumes, règles et lois, fût-il Jean-Luc Mélenchon, dénonciateur des travers du système dont il est pour un soir l’acteur objectivement complice. »

L’article inutile de B-R Petit est ici : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/879528-une-intermittente-interrompt-hanouna-sur-d8-pourquoi-melenchon-reste-t-il-silencieux.html

sinon voici de quoi était fait le prétendu silence de Méluche.

melenchon_TPMP par asi

Pour info, l’intermittente (qui se nomme Tissier) a aussi déclaré qu’elle avait appris mi-avril qu’elle ne toucherait plus la même somme qu’auparavant. La faute à un changement de convention collective. « J’ai subi une baisse de salaire à partir de mai de 22 %. Je l’ai appris seulement quinze jours avant de façon informelle. Quand j’ai demandé à mon directeur technique de pouvoir négocier avec la DRH, il m’a ri au nez et m’a dit : “ici on ne négocie pas. C’est à prendre ou à laisser« .

Et dire qu’on croit toujours que la dictature ne s’exerce que chez les autres… En Chine, par exemple. Ce qui n’est pas toujours faux. Nous avons tous en tête l’image de cet homme arrêtant seul une colonne de chars lors de la répression à Tiananmen le 4 juin 1989.

Pour le 24ème anniversaire de cette répression que les chinois ne sont pas près d’oublier, les autorités ont rigoureusement interdit de republier cette image quel qu’en soit le support, donc Internet compris. Il leur reste à comprendre qu’il n’est pas si facile de contrôler les internautes, à preuve le contournement de cette censure si l’on en juge le fleurissement d’idées des citoyens qui se défendent. Photo interdite ? Ok ! Mais c’est plus délicat d’interdire les dessins animés, les Légo et les canards de baignoire…

 

Qui a peur du grand méchanlon ?

Crédits photos : couverture du magazine du Monde daté du 4 mai 2013.

MÉCHANT / coup de gueule / rage politique / attaques virulentes / radicalise / rebelle colérique / Mélenchon est tétanisé / mal à l’aise / grande gueule / orateur virulent qui défouraille à tout-va / ne fait pas le malin lorsqu’il croise plus énervé que lui /  bravache / tribun provocateur flirtant avec le populisme / homme en colère / rien ne semble l’avoir apaisé / quelqu’un qui est en colère / verve tonitruante / mauvais caractère / rage qu’il laisse déborder / hargne / il fustige / hargne / hargne / asséné / détestation ancrée de longue date / ce qui ne l’empêche pas de se plaindre / attaque régulièrement / il s’attaque / il peut refuser d’adresser la parole / il houspille sans ménagement / rien ne semble lui convenir / ses colères sont de plus en plus fréquentes / il s’en prend à / cinglant / l’insulte / la diffamation / il s’en prend à / injures / intimidations / dérives fascisantes dont il est lui-même devenu coutumier / colères / soupe au lait / pousser des gueulantes est dans sa nature / montées de colère / violence / il gueule un bon coup / susceptible / il supporte peu la critique / en rage / sa détestation / éructer / bouderies / radicalisation / en colère / trop sectaire / colère qu’il ne cesse de déverser / excès paranoïaque / crie sur tous les toits.

Si vous avez lu tous ces mots, dans cet ordre, et sur un article de trois pages seulement, c’est que vous étiez sur celui de Raphaëlle Besse Dessmoulière et Vanessa Schneider et que vous lisez le magazine Le Monde. Ce repérage lexical anti-Méluche a été pointé par Antoine Léaument sur son blog. Sémaphores vous invite à lire un extrait en fin de cet article, et davantage sur son blog, sur le nombrilisme journalistique et les errements du magazine du Monde.

Ainsi va donc Le Monde. Mais comme il est loin d’être le seul journal à vouloir à tout prix et à tout bout de champ casser du Mélenchon, on se demande ce qui fait si peur dans le bonhomme pour terroriser à ce point la presque totalité de la presse aux ordres. À moins qu’il ne s’agisse que de cacher la flagrante malhonnêteté des journaleux qui consiste à ne jamais poser les bonnes questions, à savoir celles du fond plutôt que celle de la forme. Mais c’est sans doute trop demander à ceux qui se plaignent, après, d’être traités de petites cervelles.

Le fond, c’est simple, il n’en est jamais question. Tandis que la forme… voici une petite compil de presse et d’images pour se faire une idée, en commençant par un exemple parmi tant d’autres, ici en l’occurrence BFM TV

Le 29 avril, BFM TV a diffusé un reportage de la journaliste Pauline de Saint-Remy : « L’impopularité de Hollande engendre la montée des extrêmes ». Ce reportage met sur le même plan l’extrême droite raciste, nationaliste, antisémite, anti-arabes, anti-homosexuels, et la gauche antiraciste, universaliste, républicaine. A priori, il s’agit d’un banal reportage « anti-extrêmes », renvoyant, sans parti pris, « les extrêmes » dos à dos. Or, Pauline de Saint-Remy a choisi de conclure son reportage en donnant le dernier mot à Le Pen. D’abord, Pauline de Saint-Remy rappelle que, entre Mélenchon et Le Pen, « c’est la présidente du Front national qui engrange le plus de points, et elle croit bien savoir pourquoi ». Puis elle choisit de laisser conclure Le Pen, qui répond :

« Mais parce que Mélenchon n’a aucune solution. C’est un agité, mais ce n’est pas un efficace. »

 

De Hitler à Mélenchon. Petite généalogie de la diabolisation visuelle

Ici une analyse iconographique d’André Gunthert, historien, enseignant-chercheur en culture visuelle et maître de conférences à l’EHESS : http://culturevisuelle.org/icones/2734

Ici un foisonnement d’images sur le forum du site Sans Entraves. (note : vous allez sans doute arriver en haut de la page de commentaires, faites défiler jusqu’aux premières images et puis à votre guise…) : http://sansentraves.heberg-forum.net/ftopic2429-0-asc-2680.html

Par ailleurs, peut-être ne le savez-vous pas, il existe un Observatoire de la propagande et des inepties anti-Mélenchon … et aussi de l’inculture, de la bassesse et de la paresse intellectuelle dans le journalisme et dans la gauche. Tout un programme !

http://opiam2012.wordpress.com/2013/05/12/diabolisation-visuelle-de-melenchon-dans-les-medias/

 

 « Il est grand temps que les journalistes comprennent qu’ils ont un rôle puissant dans la construction du réel et que, comme les analystes financiers, ils donnent parfois largement dans la prophétie auto-réalisatrice. S’ils souhaitent réellement que Jean-Luc Mélenchon arrête de les « houspiller », qu’ils cessent de lui demander s’il ne regrette pas ses propos et si, quand même, il n’est pas un peu populiste sur les bords ; qu’ils prennent exemple sur le format proposé par le « Médiapart live » où de nombreuses propositions de fond ont pu être abordées. De même, s’ils souhaitent que le coprésident du Parti de Gauche arrête de se mettre « en rage » lorsqu’il est « comparé à Marine Le Pen », qu’ils arrêtent ces comparaisons absurdes qui relèvent d’un fantasme journalistique et qu’ils mettent en évidence les différences profondes qui existent entre le programme du Front de Gauche et celui du Front national. Enfin, plutôt que de relayer les critiques des solfériniens qui nous jugent responsables de la montée du FN parce que nous diviserions la gauche (ce qui est absurde : personne n’a jamais pensé que la guéguerre Copé-Fillon, qui a divisé la droite, allait faire monter le Front de Gauche), qu’ils cessent de brasser du vent sur la « dédiabolisation » du Front national supposément opérée par Marine Le Pen et qu’ils s’attaquent aux détails du programme de cette dernière qui prône par exemple la fin du droit du sol et la suppression, dans le droit français, de la possibilité de régulariser des clandestins. 

En somme, plutôt que de déplorer la montée du Front national, il est temps que les journalistes prennent conscience de leur part de responsabilité dans l’accentuation de ce mouvement résistible et qu’ils fassent enfin leur travail : informer et instruire. »

Lire l’article entier : http://antoineleaument.fr/diabolisation-de-melenchon-et-nombrilisme-journalistique-les-errements-du-magazine-du-monde/

 

Vous êtes viré(e) !

Méthode peu orthodoxe du Midi Libre ou manip de la mairie de Saint Laurent d’Aigouze ?

Le Collectif Saint Laurentais d’Information (CSLI) a attiré notre attention sur le récent changement de correspondant Midi Libre pour la commune de Saint Laurent. Ce sont, certes, des choses qui arrivent, mais ce serait mieux si les correspondants en place n’apprenaient pas au bistrot leur remplacement avec 15 jours de retard, et mieux également si Midi Libre profitait de ses propres pages pour passer un communiqué d’offre lorsqu’il est en panne de contributeurs. Mais en l’occurrence était-il vraiment en panne de correspondant(e) ?

Ce n’est pas l’avis de celle dont le dernier article paru aura été « Les Écuries de Muria » (édition du 03 juillet 2012), sans que soit précisé qu’elle ne faisait plus partie de l’écurie Midi Libre.

Extrait des explications :

« Je tenais à préciser que je n’avais jamais donné ma démission de mon poste de correspondante, bien au contraire.

Au mois de juin, dans la soirée, je reçois un appel téléphonique de Monsieur M m’avisant qu’il avait l’intention de se passer de mes services : en effet, je ne correspondais plus à ce qu’il attendait d’un représentant de la commune pour assurer les évènements du village. Il voulait que St Laurent avec ses 3 000 habitants ait la même chronique qu’Aigues-Mortes ou le Grau du Roi, qui eux n’ont pas le même nombre de population, d’où peut-être des articles moins nombreux et moins intéressants. Il m’a dit à ce moment-là qu’il allait passer un article dans le journal pour rechercher une personne qui me remplacerait.

Avez-vous lu un tel communiqué ? Moi pas et pourtant une personne a bien été nommée à ma place et ce depuis 15 jours sans que j’en sois avertie. Je ne l’ai su que mardi dernier au détour d’une conversation alors que la nouvelle se disait sur les terrasses des cafés depuis le vendredi d’avant. Le nom de cette personne n’est toujours pas connu de la population à part les initiés de cette promotion nominale.

Malheureusement, moi je sais qui est cette personne et je vous le donne en mille : une personne qui a été nominativement sur la liste de soutien de la mandature actuelle. »

Lire en intégralité : http://collectifstlaurentais.eklablog.com/l-explication-a47192889

Ces maires qui censurent_2

Commençons par noter un léger progrès concernant le culte de la personnalité autour notre cher député-maire Étienne Mourrut. Dans le dernier bulletin municipal (n° 144_ mai/juin 2012_28 pages) nous n’avons pu dénombrer que 17 photographies de l’élu !

 

 

Certes, actualité oblige, il fallait bien six photos aux seuls côtés de Xavier Bertrand lors de l’inauguration du nouvel hôpital. On ne reçoit pas tous les jours un ministre, pas plus qu’on n’inaugure un hôpital ou une mairie avec vue sur l’horizon marin. Mais réjouissons-nous à cette occasion que soient développés des services de rééducation, de réadaptation et d’addictologie, espérant que les addictions au pouvoir pourront y être soignées, les patients ne devraient pas manquer. Le service de réadaptation sera sans doute très utile après les législatives et devrait connaître un véritable essor après les municipales. Cependant nous sommes plus réservés en ce qui concerne la rééducation, sachant par expérience combien certains cas sont désespérés et toutes tentatives vaines.

Mais bref et revenons plus sérieusement à notre propos, à savoir celui de la page 25 du même bulletin municipal, celle toujours prétendument nommée « Expression libre ».

Nous avions déjà soulevé dans un article précédent combien le procédé de la majorité en place est un modèle d’irrespect envers les partis d’opposition, et donc un déni de démocratie. Cette fois les choses sont plus claires, du moins à lire le bandeau en tête de page : « L’expression Libre est une tribune réservée à l’expression des groupes politiques. Chaque groupe disposera désormais d’un espace proportionnel au nombre de sièges qu’il détient, dispositif identique à celui pratiqué dans d’autres collectivités, comme le Conseil Régional du Languedoc-Roussillon. »

Face à ce choix de guéguerre politique et d’argument de cour de récré (c’est lui qu’a commencé, M’sieur !), nous pourrions citer maintes communes où l’espace rédactionnel est partagé à égalité entre toutes les tendances politiques sans exception, quitte à ce que plusieurs pages soient nécessaires à cet effet.

Toutefois, même s’il a fallu attendre 30 ans pour cette explication à l’espace restreint accordé à l’opposition, nous devrions nous réjouir que monsieur le maire accorde enfin quelque faveur à un système proportionnel. Mais pourquoi dans ce cas le restreint-il aussitôt au nombre de sièges plutôt qu’à la réalité électorale de la ville ? L’opposition ayant réuni 42% des suffrages, il serait de bon ton qu’elle disposât d’au moins 42% d’espace de la page « Expression Libre », voire davantage et nous allons voir pourquoi.

Que dit la loi ?

Si l’on s’en réfère au plus proche Tribunal administratif de Nîmes (ce que nous avons fait), on peut déjà apprendre que diverses jurisprudences ont cru bon de limiter cet espace dû à l’opposition à un nombre de caractères d’imprimerie, par exemple entre 440 et 1500 signes selon qu’il s’agirait d’un élu seul ou d’un « groupe d’élus ». Le même tribunal attire l’attention sur la possibilité du juge de pouvoir sanctionner une « erreur manifeste d’appréciation » ou « un espace abusivement restreint », estimant par ailleurs qu’une page entière pour l’ensemble de l’opposition dans un bulletin de 28 pages ne devrait pas poser problème.

Le problème, si problème il y a, vient du côté bancal de la loi qui précise les conditions d’application de l’article du CGCT (Code Général des Collectivités Territoriales) qui stipule pourtant bien qu’un espace doit être réservé à l’expression des « groupes d’élus ». Juridiquement parlant, l’expression des « groupes d’élus » est reconnue pour les bulletins diffusés par le département et la région (et les villes de plus de 100 000 habitants), mais le législateur ne l’a pas retenue pour les bulletins municipaux. En revanche, l’article L. 2121-27-1 du CGCT stipule que le règlement intérieur du conseil municipal doit définir l’espace d’expression consacré aux seuls élus minoritaires au sein du conseil.

On lira dans le JO Sénat du 02/12/2010 (page 3165) que « pour éviter les contentieux, le directeur de publication doit donc veiller à ce que la tribune politique dont les conseillers municipaux minoritaires doivent disposer apparaisse comme telle ». Autrement dit, non seulement un espace doit être réservé à l’opposition mais il doit l’être pour les seuls élus minoritaires et clairement distinct du reste de la publication, en fonction des modalités prévues par le règlement intérieur. Ce n’est pas au maire de décider d’un espace d’expression accordé au gré de son humeur.

Pour vérification : http://www.senat.fr/questions/base/2009/qSEQ090709519.html

Par ailleurs, si l’on en juge d’après le bulletin municipal du Grau du Roi, bon nombre d’articles ne sont que des réponses aux tracts ou aux journaux de l’opposition. La différence, mais elle est majeure, est que le bulletin municipal est payé avec l’argent du contribuable, donc celui de tous les graulens, y compris les 42% qui n’ont pas envie que leur parole soit prise en otage, y compris les citoyens d’autres bords politiques voire apolitiques qui entendent faire respecter le contrat républicain. Le président de la République l’est pour tous les Français, le maire, à plus forte raison s’il est aussi député, doit l’être pour tous ses concitoyens.

Par delà, notre idée est que le bulletin municipal doit être un journal d’information (il pourrait être bien plus que cela s’il ne consacrait pas 70% de ses pages à l’autosatisfaction), mais qu’il ne saurait être le champ d’un combat politique. Si M. Mourrut et son équipe tiennent à faire valoir leurs idées, qu’ils mettent la main à leur poche et ressuscitent, par exemple, un journal qu’ils baptiseraient Lou Fanal (nous avons bien un Sémaphore…). Là serait mieux à sa place cet article par lequel ils envahissent d’une manière odieuse la page « Expression libre » du dernier bulletin. Outre d’y prendre aussi en otage Albert Camus pour le déployer en anaphore (François Hollande déteindrait-il déjà ?), le lecteur constatera que le texte signé « groupe majoritaire » n’est qu’une réaction à celui proposé par le groupe d’opposition. En clair cela signifie que n’ayant rien à dire qui lui soit propre (ou qu’ils n’aient déjà développé dans les pages précédentes) l’équipe Mourrut attend que lui soit remis le texte de l’opposition pour le critiquer sans même lui accorder le droit légal de réponse, sauf à attendre deux mois et le prochain bulletin municipal. Le procédé, outre d’être hors la loi s’il n’est pas clairement défini par le règlement intérieur, dénote une faute morale inadmissible en terme de démocratie, bien proche de l’ignominie, en tout cas fort déloyale.

Le bulletin municipal peut être consulté ou téléchargé sur le site officiel de la ville : http://www.ville-legrauduroi.fr/

Par ailleurs :

Il est à noter qu’à côté de ceux qui censurent ou sont censurés, il en est d’autres qui n’ont pas à partager ce souci puisqu’ils ont suffisamment d’argent pour s’offrir de pleines pages dans les grands quotidiens (par exemple Midi Libre). Le problème se pose lorsque l’argent et également celui du contribuable (par exemple via le Conseil Général du Gard), et utilisé à des fins partisanes, qui plus est en période électorale. Lire l’article sur : http://camargue.europe-ecologie.net/2012/05/06/publicite-politique-dans-midi-libre/

 

Menteurs, tricheurs et agresseurs

Journaliste à Mediapart, Marine Turchi couvrait le meeting de Nicolas Sarkozy à Paris, place du Trocadéro, le 1er mai. Du moins a-t-elle tenté de faire son métier jusqu’à ce que, repérée à cause de son badge professionnel, elle soit agressée physiquement par des militants. Voilà à quoi en sont réduits ceux qui soutiennent le chef de clan mafieux encore pour quelques jours à la tête de la République française.

Il est évident que les nombreuses révélations sur les affaires scandaleuses mises à jour par les journalistes de Mediapart, mais aussi par le Canard Enchaîné et quelques rares médias, ne sauraient plaire à ceux qu’elles mettent sous les projecteurs.

Aussi est-il de bon ton de rappeler aux militants agresseurs aussi bien qu’à ces messieurs encore président de la République ou ministres que la liberté d’expression et le droit à l’information sont des principes à valeur constitutionnelle.

Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne du 7 décembre 2000 : « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières. La liberté des médias et leur pluralisme sont respectés. »

Et comme on apprend que Nicolas Sarkozy tient à déposer une plainte contre Mediapart (à propos du financement de sa campagne de 2007 par Kadhafi) pour « faux et usage de faux », « recel de ces délits » et « publication de fausses nouvelles », il est temps de lui demander où sont passés les deux acteurs sur lesquels il s’appuie pour étayer sa plainte.

Le premier d’entre eux, Bachir Saleh (voir article précédent), a probablement pris la fuite ces jours-ci malgré la protection de Claude Guéant. Ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, l’homme est activement recherché par Interpol, même si François Fillon a menti, lundi dernier, en essayant de faire croire aux Français qu’il n’y avait « aucune trace d’un mandat international » visant le protégé de la République.

photo_Reuters

Quant au second, Moussa Koussa, visé par des accusations de tortures, il aurait fait l’objet au Qatar d’un chantage à l’expulsion vers la Libye s’il ne démentait pas immédiatement les informations de Mediapart. Pour rappel, c’est lui qui a signé la fameuse lettre écrite en arabe (actuellement entre les mains de la Justice) qui confirme le déblocage de 50 millions d’euros en provenance du gouvernement Lybien.

Si le barbouze en chef de l’Élysée souhaite apporter des éclaircissements aux journalistes au lieu de les laisser agresser par ses suppôts, qu’il commence plutôt par répondre aux dix questions restées en suspend (article ici pour les non abonnés de Mediapart). Après, et seulement après, on pourra juger de la légitimité de sa re-candidature à la présidence ou à quelque mandat que ce soit.

DERNIÈRE MINUTE

Baghdadi_photo Reuters

« Je confirme qu’il existe bien un document signé par Moussa Koussa et qu’un financement a bien été reçu par M. Sarkozy. »
L’homme qui parle est Baghdadi Ali al-Mahmoudi. Il était le secrétaire général du Comité
populaire général, soit le chef du gouvernement libyen.
Aujourd’hui détenu en Tunisie, M. Baghdadi a confirmé, mercredi 2 mai au soir, par
l’intermédiaire de l’un de ses avocats :
1)__l’existence de la note signée par Moussa Koussa
2)__le montant de 50 millions d’euros débloqués en 2007 par le régime Kadhafi pour l’actuel chef de l’État français.

Chiens de garde jusqu’au bout

Par Mario

Jusqu’au bout les chiens de garde auront triché. L’équité entre les candidats à l’élection présidentielle n’aura guère concerné que leur temps de parole, certes pas leur visibilité ou leur publicité par les médias.

Aux infos du matin (France Inter, au hasard) les blablas condescendants sur les derniers meetings de Bayrou et d’Hollande. Puis, vers 9 heures, revue des derniers sondages : les mêmes, plus Sarkozy, et Marine, et Poutou… tous sauf Mélenchon. Normal, en ces derniers jours de Sainte Pétoche.

Et ils ont raison d’avoir peur. Mais s’ils croient pouvoir occulter plus longtemps ce qui se passe autour de Mélenchon et du Front de Gauche c’est qu’ils n’ont pas bien saisi (ou ne veulent pas entendre) ce qui est en mouvement dans une grande partie du peuple, et pas seulement en France. C’est comme un iceberg qui se détache de la banquise Austérité. S’il est un Titanic de la finance qui veut réécrire l’histoire… qu’il s’y essaie. Ou que d’autres affrètent leurs pédalos.

En attendant, ils étaient 60 000 au meeting de fin de campagne du Front de gauche à Porte de Versailles.  22 000 internautes étaient en ligne  » en live », et deux heures plus tard près de 160 000 personnes avaient déjà visionné sur dailymotion la vidéo du meeting.

Alors, comme il n’a été retransmis sur aucune chaîne de télé (BFM a retransmis à la même heure un ancien meeting de Bayrou et LCP un vieux meeting de Hollande) et vu que les journaux télé ont tout passé sous silence, il m’a paru d’intérêt public de le proposer sur ces pages, ne serait-ce qu’au titre du combat contre la censure, « cette chienne au front bas qui suit tous les pouvoirs » disait Hugo.


Jean-Luc Mélenchon – Discours de Paris Porte de… par lepartidegauche