Le « Je ne suis pas Charlie » de Shlomo Sand

Précision pour les charlistes, non-charlistes, anti-charlistes, réductionnistes, simplificatistes et tutti-quantistes, publier un texte n’a jamais signifié un accord total avec ce texte.

mardi 13 janvier 2015 par Shlomo Sand

Rien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid. Ce qui s’est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n’a rien d’original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l’une des premières questions qui m’est venue à l’esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s’identifier avec l’action des victimes ? Dois-je être Charlie parce que les victimes étaient l’incarnation suprême de la liberté d’expression, comme l’a déclaré le Président de la République ? Suis-je Charlie, non seulement parce que je suis un laïc athée, mais aussi du fait de mon antipathie fondamentale envers les bases oppressives des trois grandes religions monothéistes occidentales ?

Certaines caricatures publiées dans Charlie Hebdo, que j’avais vues bien antérieurement, m’étaient apparues de mauvais goût ; seule une minorité d’entre elles me faisaient rire. Mais, là n’est pas le problème ! Dans la majorité des caricatures sur l’islam publiées par l’hebdomadaire, au cours de la dernière décennie, j’ai relevé une haine manipulatrice destinée à séduire davantage de lecteurs, évidemment non-musulmans. La reproduction par Charlie des caricatures publiées dans le journal danois m’a semblé abominable. Déjà, en 2006, j’avais perçu comme une pure provocation, le dessin de Mahomet coiffé d’un turban flanqué d’une grenade. Ce n’était pas tant une caricature contre les islamistes qu’une assimilation stupide de l’islam à la terreur ; c’est comme si l’on identifiait le judaïsme avec l’argent !

On fait valoir que Charlie s’en prend, indistinctement, à toutes les religions, mais c’est un mensonge. Certes, il s’est moqué des chrétiens, et, parfois, des juifs ; toutefois, ni le journal danois, ni Charlie ne se seraient permis, et c’est heureux, de publier une caricature présentant le prophète Moïse, avec une kippa et des franges rituelles, sous la forme d’un usurier à l’air roublard, installé au coin d’une rue. Il est bon, en effet, que dans la civilisation appelée, de nos jours, « judéo-chrétienne », il ne soit plus possible de diffuser publiquement la haine antijuive, comme ce fut le cas dans un passé pas très éloigné. Je suis pour la liberté d’expression, tout en étant opposé à l’incitation raciste. Je reconnais m’accommoder, bien volontiers, de l’interdiction faite à Dieudonné d’exprimer trop publiquement, sa « critique » et ses « plaisanteries » à l’encontre des juifs. Je suis, en revanche, formellement opposé à ce qu’il lui soit physiquement porté atteinte, et si, d’aventure, je ne sais quel idiot l’agressait, j’en serais très choqué… mais je n’irais pas jusqu’à brandir une pancarte avec l’inscription : « je suis Dieudonné ». Lire la suite

«Ich bin nicht Pegida»

12 janvier 2015 |  Par Kai Littmann

Illumination de l’Ambassade de France à Berlin

Lundi soir, les Allemands, dans leur grande majorité, ont apporté la preuve qu’ils ont compris ce qui s’est passé à Paris. Les sifflets doivent encore retentir aux oreilles des «Pegida».

(KL) – «Ich bin Charlie – ich bin nicht Pegida», pouvait-on lire lundi soir sur les pancartes que brandissaient de dizaines de milliers de contre-manifestants «anti-Pegida» dans plusieurs villes allemandes. D’accord, à Dresde, fief des xénophobes de la «Pegida», il y avait environ le même nombre de manifestants que les semaines précédentes, mais lundi soir, on n’entendait que les sifflements des contre-manifestants. Les Allemands, aujourd’hui, sont vraiment «Charlie» et prennent leurs distances par rapport au mouvement islamophobe. Ce qui était particulièrement mal vécu par les antifascistes allemands, c’était le culot des «Pegida» dont certains avaient arboré un crêpe de deuil et portaient des petites pancartes disant «Je suis Charlie».

Lundi soir, ils étaient 30 000 à Leipzig, 20 000 à Munich, plusieurs milliers à Berlin et même à Dresde (où samedi, plus de 35 000 personnes avaient déjà manifesté contre «Pegida») – pendant que «Pegida» semble avoir atteint le maximum de son potentiel de mobilisation, le contre-mouvement commence à prendre de l’ampleur. Les Allemands ont compris ce que 4 millions de Français avaient exprimé dimanche dernier – il ne faut plus laisser nos pays entre les mains de ceux qui prêchent la haine et l’exclusion. Comme en France, les Allemands ont compris que l’heure est venue pour prendre position, pour descendre dans la rue, pour manifester et pour montrer une véritable solidarité avec ceux que les «Pegida», le FN et d’autres voudraient exclure de nos sociétés.

Il ne s’agit pas de minimiser le nombre de manifestants de la «Pegida» – ils étaient plus de 10 000 lundi soir à Dresde et sur Facebook, ils sont plus de 130 000 à avoir cliqué «Like» sur les pages de la «Pegida». Mais pour une population de 80 millions, les 130 000 supporteurs de la «Pegida» ne constituent pas plus qu’un poil à gratter – les Allemands sont déterminés de ne plus laisser ternir l’image du pays par ce mélange de néonazis, xénophobes et islamophobes.

Le contre-mouvement antifasciste devient de plus en plus fort – sur la toile, deux pétitions «anti-Pegida» ont recueilli en l’espace de quelques jours, plus de 600 000 signatures – une pétition parallèle «pro-Pegida», stagne actuellement à 1400 signatures. Ce qui démontre l’importance des «Pegida» – ils sombreront rapidement dans l’insignifiance la plus absolue.

Les attentats de Paris, mais aussi la réaction républicaine et extrêmement digne des Français depuis, ont envoyé une onde de choc à travers l’Europe. Les Allemands se sentent directement concernés par ce qui s’est passé à Paris et connaissant l’histoire de leur pays, ils refusent de vivre un «remake» des années 30 du siècle dernier.

En vue de la réaction déterminée face aux «Pegida», l’Allemagne peut s’exclamer aujourd’hui : «Ich bin Charlie !» Le début est fait. Si la société allemand pouvait réussir à maintenir cet élan antifasciste, la poussée vers la droite aura été stoppée avant de pouvoir prendre de l’ampleur. Charlie doit avoir un petit sourire dans le coin de la bouche, là où il nous regarde ce soir…

Crédit photo : Hubertl / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0

Le billet de blog precedent de Kai Littmann, L’Allemagne dit non aux néonazis, se trouve après la balise Lire la suite

Au fil de Charlie_n°1

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Mise à jour jeudi 15 janvier


Mediaporte : « Tous des charlots ! » par Mediapart

mise à jour mercredi 14 janvier

Sémaphores espérait bien afficher la Une du jour de Charlie mais un sombre individu du nom de Nicolas Sarkozy s’introduit partout et pourrit même nos pages. Nous espérons que vous ne nous en tiendrez pas rigueur, le temps de régler le problème.

D’autres sites subissent les mêmes infiltrations, le Sarkofou frappe partout, suivez le lien pour vous faire une idée : http://www.bfmtv.com/diaporama/jesuisnico-les-internautes-collent-nicolas-sarkozy-partout-1778/sur-la-chapelle-sixtine-20/

Pour ceux qui veulent en voir beaucoup plus c’est ici : http://je-suis-nico.tumblr.com/

Et pour ceux qui ont raté le début de la sarkoinfiltration c’est là :

http://blogs.mediapart.fr/blog/avp/130115/un-detour-propos-de-la-liberte-de-la-presse-et-une-video-positive-franco-allemande

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Parce qu’on entend répéter à l’envi sur les ondes qu’il y aura eu un avant et un après Charlie, comme il y avait eu un avant et un après 11 septembre 2011, Sémaphores ouvre ce fil intitulé « Au fil de Charlie », alimenté de nos glanes et ceux signalés par nos lecteurs-trices habituels. Car l’après attentat est forcément commencé. Le sursaut républicain dont le peuple français a témoigné à la face du monde entier ne signifierait plus grand chose si chacun rentrait maintenant chez soi pour reprendre sa petite routine, ses petites habitudes, son petit entre-soi. La question est :

On fait quoi, maintenant ?

Et si on commençait par ces petits détails qui nous empoisonnent la vie ? Le droit au blasphème, par exemple. Pourquoi ne tiendrait-on pas compte que les athées et les agnostiques représentent plus que les bigots de tous poils. Cela éviterait peut-être que certaines bouches empuanties rabâchent à longueur de micros de prétendues « racines chrétiennes de la France ». Oui, la France est multiconfessionnelle. Et c’est bien l’une de ses multiples richesses. Mais la foi est un outil personnel dont chacun peut user pour sa propre édification. La religion est tout autre chose et nous n’en connaissons aucune qui se serait fait sa place au soleil sans passer par les armes ou devoir les subir. Sur ce sujet, l’Histoire est une corne d’abondance et les exemples sont légions.

C’est pourquoi, si nous voulons avancer, un premier pas consiste peut-être à nous saisir de cette question du blasphème qui entrave la liberté d’expression. Ce droit doit s’inscrire dans la Constitution, rejoindre une fois pour toutes les valeurs de la République et la déclaration universelle des droits de l’homme de 1789. Dans l’immédiat, chapeau à Sophia Aram pour sa chronique du 12 janvier :

 Le blasphème c’est sacré


Le Billet de Sophia Aram : Le blasphème c’est… par franceinter

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Une photo qualifiée d’historique, mais qui doit nous faire réfléchir.

D’un côté les chefs barricadés, de l’autre le peuple républicain sans peur. Les uns sont le problème, les autres la solution.

Dans l’esprit de Charlie…

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L’après Charlie, c’est aussi dans les élections à venir qu’il va falloir le mesurer, les charlots !

Vous toutes et tous qui avez osé vous dresser avec votre ridicule slogan « Je suis Charlie », sachez que vous n’êtes que des « charlots ». Ce n’est bien sur pas Sémaphores qui vous le dit, mais le FN par la voix de son créateur et président d’honneur (?), et nous espérons que les millions de charlots qui n’étaient pas à Beaucaire le 11 janvier sauront s’en souvenir le moment venu.

Pour ceux qui auraient manqué cette étape :

Le président d’honneur du FN a qualifié dimanche de « charlots » les soutiens de « Charlie Hebdo« . Après avoir dit « Je ne suis pas Charlie ». Après avoir appelé à voter pour sa fille pendant les prises d’otages.

Mais où va-t-il s’arrêter ? Après avoir appelé à voter pour sa fille en pleine prises d’otages vendredi. Après avoir avoir lancé fièrement « Je ne suis pas Charlie » samedi. Le président d’honneur du FN Jean-Marie Le Pen a de nouveau créé la polémique dimanche 11 janvier en annonçant, sans vergogne, sa candidature aux élections régionales en Paca en pleine journée d’hommage aux victimes des attentats qui ont frappé la France cette semaine.

Non content de rompre l’unité nationale autour de cet hommage, il a qualifié de « charlots » les personnes qui manifestaient ce dimanche et en particulier les responsables politiques français.

Tous ces gens marchent avec la pancarte ‘Je suis Charlie’ alors qu’en fait ce sont des ‘charlots’ qui sont responsables de la décadence de la France », a-t-il lâché lors d’une conférence de presse à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône.

« Depuis longtemps, non seulement l’assimilation et même l’intégration ont été abandonnées par différents gouvernements qui se sont succédé », a par ailleurs lancé l’ancien président du FN.

« Je suis… candidat »

Un peu plus tôt, il avait annoncé à Tarascon qu’il conduirait la liste du Front national aux élections régionales en Paca en décembre, en ce jour d’hommage national.

« J’ai pour ma part accepté selon le voeu unanime de nos élus d’être candidat en tête de liste et d’accepter de prendre cette responsabilité » pour le scrutin prévu fin 2015, a assuré Jean-Marie Le Pen.

Nous sommes ici dans une des régions que les sondages accordent du bout des lèvres au FN avec celles du Nord-Pas- de-Calais et Picardie. »

Évoquant le Nord-Pas-de-Calais et la (…) Lire la suite sur Le Nouvel Observateur

à suivre

 

Le bal des affreux

Hollande se fait maître de cérémonie d’un bal des affreux

11 janvier 2015 |  Par Thomas Cantaloube et Mathilde Mathieu

François Hollande a choisi de défiler dimanche au côté d’Ali Bongo, de Viktor Orban, du Premier ministre turc, des ministres russes, algériens, égyptiens ou encore des Émirats arabes unis. Une galerie d’affreux en tous genres, ennemis de la liberté de la presse.

Gouverner, c’est choisir. En acceptant la participation à la manifestation en mémoire des victimes des attentats de Paris d’une joyeuse galerie d’affreux en tous genres, ennemis de la liberté de la presse, dictateurs et embastilleurs d’opposants issus des quatre coins de la planète, le gouvernement Hollande-Valls a une fois de plus fait la démonstration de sa lâcheté.


La marche des chefs d’Etat contre la terreur par BFMTV

Viktor Orban, Ali Bongo, le premier ministre turc, des ministres russes, algériens, égyptiens ou des Émirats arabes unis… Cette liste ressemble à la dernière page d’un Charlie Hebdo : les satrapes auxquels vous avez échappé. Sauf qu’ils étaient bel et bien présents dimanche 11 janvier, qui plus est dans le « carré VIP », pour défiler aux côtés du chef d’État français et de ses homologues.

Quant à certaines autres personnalités étrangères un peu plus fréquentables, tels Netanyahu, Junker ou le roi de Jordanie, leur présence sous la bannière « Je suis Charlie » aurait, en temps normal, légitimement conduit les dessinateurs et rédacteurs de Charlie à vomir illico

Un ministre du gouvernement Valls a déclaré en off  à Mediapart : « On ne pouvait pas prendre le risque de déclencher, en une journée, des incidents diplomatiques en série. » Piètre excuse. Un refus poli aurait suffi. Ou quelque chose de très diplomatique du genre : « Vous savez, cela va être compliqué d’organiser votre sécurité, et puis il n’est pas sûr que vous soyez bien accueillis par les manifestants. Mais passez nous voir dans quelques jours… »

Mais non, Hollande et Valls, qui sont devenus les organisateurs de facto de cette journée, ont préféré tirer la couverture à eux. Ils ont préféré jouer les grands leaders internationaux capables de mobiliser l’attention de leurs collègues et de la planète entière pendant quelques heures. L’organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) a eu mille fois raison de s’indigner de cette « récupération indigne ».

L’exécutif français a tout fait pour brouiller le message d’une émotion nationale et internationale sincère et digne.

Au nom de quelles valeurs communes ont défilé dimanche Luz et Viktor Orban ? Que pouvaient se trouver en commun des défenseurs de la liberté d’expression et le membre d’un gouvernement (égyptien, pas exemple) qui jette en prison des militants de tous bords parce qu’ils ouvrent leur bouche ? Qu’est-ce qui peut rassembler des gens qui disent non à la violence et des dirigeants qui en ont fait l’arme de préservation de leur pouvoir ?

Le tweet de Garry Gasparov, opposant de Poutine, après la manifestation dimanche

C’est une évidence d’écrire que les morts de Charlie Hebdo doivent se retourner dans leur tombe, eux qui ont toujours assumé l’affrontement politique et qui haïssaient l’unanimisme bêlant. Si l’on voulait nier la spécificité et la violence de ce qui s’est déroulé cette semaine en France en le transformant en vaste « Kumbaya » sans contenu politique, on ne s’y serait pas pris autrement.

En recevant sur le même plan et avec autant d’égards les victimes d’un incendie, les pompiers et les pyromanes, Hollande montre qu’il n’a, une fois de plus, aucun cap politique, aucun sens de ce qui est juste dans un tel moment national.

Ou plutôt si, tel l’éternel secrétaire national du parti socialiste, il joue la seule carte qu’il sait jouer : celle de sa préservation politique. À la question de la présence à Paris dimanche d’autant d’ennemis des libertés fondamentales, voici ce qu’a répondu l’Élysée : « Compte tenu du mal mondial que représente le terrorisme, tout le monde est bienvenu, tous ceux qui sont prêts à nous aider à combattre ce fléau. Ces terroristes ont une démarche totale. Ils se sont attaqués à la liberté de la presse à des policiers et ont commis des crimes antisémites. Nous ne pouvons pas nous permettre des distinctions entre les pays et des stigmatisations. »

En lisant cette déclaration, on comprend : la lutte contre le terrorisme est devenue l’alpha et l’oméga de la réponse gouvernementale. Comme si le terrorisme n’avait pas des racines et des causes, des financiers et des facilitateurs, dans les politiques et les alliances de la galerie d’affreux qui sont venus manifester à Paris. « Tous ceux qui sont avec nous sont les bienvenus, les autres sont contre nous », pourrait-on paraphraser. Ça ne vous rappelle rien ? À nous, si…

Bongo & Co : quelques acteurs de ce ballet tragique

Place de la République, une poignée de manifestants ont brandi les noms de journalistes gabonais visés par des arrestations arbitraires dans leur pays. Lors d’une manifestation organisée par l’opposition en décembre, interdite par le pouvoir, un étudiant a été tué et une vingtaine de personnes interpellées, dont des journalistes. Quelques jours plus tôt, un « observateur » de France 24 avait été arrêté. En septembre, deux hebdomadaires avaient aussi annoncé l’arrêt temporaire de leur publication à cause d’un piratage qu’ils attribuaient au gouvernement (illico démenti par le pouvoir).

Ces jours-ci, Ali Bongo use d’une main de fer pour répondre au regain de contestation provoqué par le livre de Pierre Péan (Nouvelles Affaires africaines), dont s’est emparé l’opposition, et qui l’accuse d’avoir falsifié ses diplômes et son acte de naissance.

Dans un entretien diffusé ce dimanche par RFI, le fils Bongo (déjà cinq ans de règne, 42 ans pour son père) justifie ainsi l’interdiction des rassemblements d’opposants dans son pays : « Comment voulez-vous laisser manifester des gens qui ne veulent pas reconnaître les institutions et la loi ? » Et il lâche cette phrase qui fait froid dans le dos : « Je n’ai pas envie de me débarrasser de tout le monde. » De quelques-uns seulement.

  • Ahmet Davutoglu, premier ministre de Turquie (154e au classement) :

Le président Erdogan le crie sur tous les toits : « Nulle part ailleurs dans le monde, la presse n’est plus libre qu’en Turquie. Je suis absolument certain de ce que j’avance. » Il n’allait donc pas laisser filer l’opportunité d’apporter son soutien à Charlie. Son premier ministre a pris part au défilé alors même qu’une trentaine de journalistes viennent d’être arrêtés en Turquie, dont quatre écroués, sous prétexte qu’ils formaient « un gang pour attenter à la souveraineté de l’État ». Parmi eux : le rédacteur en chef de l’un des principaux quotidiens du pays, Zaman, réputé proche du mouvement islamiste Güllen, principal rival du président Erdogan. Suspectés de soi-disant visées terroristes, ces journalistes risquent la perpétuité.

À Istanbul, même un tweet peut coûter cher. Il y a quelques jours, une présentatrice de télé, Sedef Kabas, a été placée en garde à vue à cause d’un message qui critiquait le magistrat ayant enterré le scandale de corruption qui a fait vaciller le pouvoir islamo-conservateur d’Erdogan à l’hiver dernier. D’après son juge, elle aurait « présenté comme des cibles les personnes chargées de lutter contre le terrorisme »… Son appartement a été perquisitionné, son ordinateur placé sous scellés. Voici le dessin (représentant Erdogan) qu’elle a posté samedi sur Twitter :

Dans un entretien à Paris Match dimanche, l’écrivain Nedim Gürsel rappelle cette évidence : « Monsieur Erdogan n’aime pas les caricaturistes. À chaque occasion, il porte plainte pour qu’ils soient poursuivis en justice. » Lui-même jugé pour avoir exercé sa liberté d’expression (puis acquitté), l’auteur rappelle cet épisode symptomatique : « Erdogan a reconnu qu’il avait (un jour) décroché le téléphone pour demander au patron d’une chaîne de suspendre une émission en direct qui ne lui convenait pas. Et il continue de le faire. »

  • Viktor Orban, premier ministre de Hongrie (64e au classement RSF) :

Plébiscité aux législatives d’avril dernier, Viktor Orban affirme aujourd’hui sans complexe sa préférence pour la démocratie « non libérale », comme en témoigne cette citation alambiquée mais glaçante : « Le thème à succès aujourd’hui dans la réflexion politique est de comprendre les systèmes qui ne sont pas occidentaux, pas libéraux, pas des démocraties libérales, peut-être même pas des démocraties, et qui apportent quand même le succès à leurs nations (…) : Singapour, la Chine, l’Inde, la Russie, la Turquie. » En Hongrie, il a enchaîné les réformes préjudiciables aux libertés de la presse.

Sa loi de 2011 sur l’information, qui a placé les médias sous tutelle d’un conseil proche du pouvoir, lui a valu un long bras de fer avec Bruxelles – l’obligeant à quelques concessions. Des amendes menacent désormais les médias qui ne produisent pas une « information équilibrée »… Il aura également fallu la pression de l’UE pour congeler un projet de taxe internet liberticide, qui devait voir le jour cet automne.

La liberté d’expression n’est vraiment pas le fort du premier ministre. La Hongrie vient ainsi d’être condamnée par la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme) pour avoir violé celle des parlementaires. Sept élus d’opposition avaient écopé d’amendes après avoir brandi des pancartes accusant le parti au pouvoir de « voler, tricher et mentir », ou après avoir vidé une brouette de terre sous le nez de Viktor Orban.

  • Le cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane, ministre des affaires étrangères des Émirats arabes unis (118e au classement RSF) :

Le cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane © Reuters

Dans un contexte de chasse aux Frères musulmans et à leurs partisans, accusés de vouloir renverser le régime, les autorités des Émirats ne rechignent pas devant les détentions arbitraires de journalistes. L’Égyptien Anas Fouda, responsable éditorial du groupe MBC, a ainsi été retenu plus d’un mois sans qu’aucune charge n’ait été officiellement formulée contre lui. Pas d’avocat, pas de parloir avec sa famille. À sa libération en août 2013, il a été expulsé vers l’Égypte le soir même.

Lors d’un énorme procès à Abu Dhabi le même été (68 condamnés jusqu’à quinze ans de prison pour des liens supposés avec les Frères musulmans), Reporters sans frontières avait dénoncé le black-out total. Aucun média étranger, aucune organisation des droits de l’homme n’avait pu y mettre un pied.

  • Abdallah II et Rania, couple royal de Jordanie (141e au classement RSF) :

Après les « printemps arabes », les autorités jordaniennes ont renforcé leur contrôle sur les médias et Internet. En juin 2013, quelque 300 sites d’information ont été bloqués d’un coup, puis neuf autres un mois plus tard. Des dispositions liberticides sur la presse avaient été adoptées par décret royal en septembre 2012.

La Jordanie aide même les autres pays à museler leurs journalistes : en juin dernier, une chaîne irakienne basée à Amman, critique du premier ministre, a été fermée après un raid déclenché par une plainte du gouvernement irakien, et qui s’est soldé par l’arrestation de toute l’équipe (soit 14 journalistes syriens, irakiens et jordaniens, d’après RSF).

 

Qu’ont-ils fait pour éradiquer la Bête ?

8 janvier 2015

Charlie Hebdo. Je ne veux pas partager mon deuil et ma douleur avec eux (Suivi de : Dimanche : la manifestation « historique », « consensuelle » et les tireurs de ficelle)

par Jean ORTIZ

> Les monstres qui ont commis ce crime inqualifiable au siège de Charlie Hebdo, l’hebdo insoumis, provocateur, antiraciste, humaniste (mais qui fut injuste envers ce site où j’écris), sont des hommes formatés par des courants religieux fascisants, par des Etats théocratiques « fondamentalistes », « amis de la France », pour faire taire l’esprit critique, l’humour, l’anticonformisme, la pensée libre, la laïcité, la création sans rivages… Ils n’ont aucune excuse.

> J’ai du mal à concevoir que des hommes aient pu à ce point s’aliéner, s’avilir, se fanatiser, se laisser manipuler, s’animaliser, pour produire une telle barbarie.

> Je suis en deuil. Le crime de ces assassins vise notre République, celle des Lumières, du contrat social, des droits de l’homme, de l’égalité entre eux, de la liberté pleine et entière… Cette « gueuse » que sociaux et néolibéraux n’ont de cesse, depuis plus de trente ans, de dépecer, de démonter, d’affaiblir par l’explosion des inégalités, le communautarisme, l’instrumentalisation du racisme, la concurrence à tout crin, par le rabougrissement de l’État, la multiplication des brisures sociales, la ruée contre les services publics et les biens communs, la casse de l’ascenseur social scolaire, jadis intégrateur, la pratique de l’amalgame délétère « Islam = terrorisme » , le « no future » pour des millions de jeunes Français, quelle que soit leur origine.

> Et on voudrait aujourd’hui que je défende, au nom de la douleur, ma République sociale et démocratique bras-dessus bras-dessous avec ses fossoyeurs, avec ceux qui, à force de déifier le marché, de le débrider toujours plus, de tout marchandiser, de dépolitiser, ont laissé le champ libre aux intégrismes de toutes sortes ?

> Oui, je crois à la nécessaire, à l’urgente unité populaire et républicaine, mais avec tous les Républicains sincères, tous ceux qui partagent ces valeur de base, la tolérance, l’ouverture à l’autre, la justice sociale, le débat sans corsets, la liberté sans demi-mesure, et notamment celle des médias ; oui, je crois à l’unité avec tous ceux qui défendent le pluralisme de l’information… pas avec les hypocrites qui pleurent aujourd’hui sur la République menacée et qui n’ont cessé d’attiser les haines raciales, les vieilles peurs, de stigmatiser l’autre, de détruire toute espérance progressiste…

> Qu’ont-ils fait pour éradiquer la Bête ?

> Que viennent-ils pleurnicher aujourd’hui sur la liberté de la presse alors que Charlie Hebdo était sur le point de déposer le bilan, que le pouvoir rend chaque jour la vie plus difficile, par des dispositions mortifères à « l’Humanité », au « Monde Diplomatique » ? De quelle liberté d’information parle-t-on ? De celle sous la coupe des marchands d’armes, des bétonneurs, des chiens de garde de l’oligarchie, du latifundium médiatique désinformateur, de la pensée unique et cynique. Lire la suite

Les politiques ont confisqué la marche

Les politiques ont confisqué la marche, les associations s’indignent

09 janvier 2015 |  Par Ellen Salvi (Mediapart)

Ce devait être une grande marche pour défendre les « valeurs républicaines ». C’est devenu une triste polémique politicienne. Nombre d’associations, de syndicats et de représentants des forces de gauche regrettent la façon dont le PS et le gouvernement se sont emparés de l’organisation de la manifestation de dimanche.

« Que François Hollande vienne à la marche de dimanche s’il le souhaite, mais il ne sera pas président de la République. Il sera Charlie. » Le président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), Alain Jakubowicz, ne cache pas sa colère. « Ce qui se passe est indigne de notre personnel politique, dit-il. C’est honteux pour la mémoire de Charlie. » Avec trois autres associations antiracistes (la Ligue des droits de l’homme (LDH), le MRAP et Touche pas à mon pote), la Licra a cosigné, ce vendredi 9 septembre, un communiqué de presse destiné à mettre fin à la tournure politique que la manifestation de dimanche a prise en l’espace de vingt-quatre heures.

« S’il est bien que les partis politiques, acteurs essentiels de la vie démocratique, s’emparent de ce débat, c’est d’abord au citoyen de le mener, écrivent les associations. Avant même de rassembler les institutions et les organisations, c’est d’abord les hommes et les femmes de ce pays qu’il faut rassembler autour non d’une incantation, mais d’une République effective pour tous. » Pourquoi un tel rappel des faits ? Parce que les choses ne semblent visiblement pas assez claires pour tout le monde, à commencer par le Front national et sa présidente, Marine Le Pen, qui s’estime « exclue » et ce, malgré sa rencontre avec François Hollande à l’Élysée, vendredi matin.

François Hollande et Marine Le Pen à l’Élysée, le 9 janvier. © Twitter/@Elysee

« Si on ne m’invite pas, je ne vais pas m’imposer », a fait mine de bouder la présidente du FN, qui continue de dénoncer une « manœuvre politicienne minable » et de réfuter toute forme de récupération personnelle de l’attentat de Charlie Hebdo. Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du parti dirigé par sa fille, ne se donne même pas la peine d’une telle rhétorique, lui qui a posté sur Twitter le message suivant : « Keep calm and vote Le Pen. » Lire la suite

Appel à la marche républicaine

mise à jour samedi 10 janvier à 9h50

Ce message pour vous informer d’une marche citoyenne à l’échelle de notre canton en hommage aux victimes des attaques terroristes ce dimanche 11 janvier à 11h à Aigues Mortes en présence des maires des trois communes.

Rendez-vous parking de la salle Camargue, Bd Diderot à Aigues Mortes.

Les organisations gardoises suivantes se sont réunies jeudi 8 janvier: LDH,LICRA, OIP, ACAT, Cimade, UD CFDT, UD CGT, ATTAC, PCF, PG, ENSEMBLE, EELV, PS
Elles ont décidé de reprendre l’appel national ci dessous et d’organiser une
marche républicaine le Dimanche 11 janvier à 15 H à Nimes
Place des Martyres de la Résistance, avenue Jean Jaurès, rue de la République et parvis des arènes 
Elles appellent toutes les associations, organisations syndicales, partis politiques gardois signataires de cet appel à se joindre à cette marche 

« Nous sommes Charlie : Défendons les valeurs de la République ! »

L’attentat terroriste, qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo et coûté la vie à des fonctionnaires de police est un crime inqualifiable qui porte atteinte aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Nous – associations, organisations syndicales, partis politiques -appelons tous les citoyens à une marche républicaine silencieuse le dimanche 11 janvier à 15 heures, de la Place de la République à la Nation.

Face à la barbarie, défendons les valeurs de la République !

Samedi 10 janvier à Vauvert à 10h30 : rassemblement place de la mairie

Samedi 10 janvier à Beaucaire à 11 heures : Rassemblement républicain devant la mairie.

Dimanche 11 janvier à 15 heures à Bagnols sur Cèze  Place Mallet

Dimanche 11 janvier à Nîmes- à 15 heures Place des Martyres de la résistance vers le lycée Hémingway, (parcours : Avenue Jean Jaurès/Rue de la république/ et parvis des arènes).

Dimanche 11 janvier à 15 heures à Alès parvis du Cratère (Marche républicaine silencieuse)

 Dimanche 11 janvier à Uzès place aux herbes 15 h

 

Charlie

Horreur, amitié, détermination

07 janvier 2015

Ce texte est publié en commun par Actu Environnement, Arrêt sur images, Basta Mag, Global Magazine, Huffington Post, Libéweb, Mediapart, Politis, Reporterre, Rue 89, Terra Eco, We Demain.

 

C’est l’horreur qui nous a saisis, ce matin, quand l’incroyable nouvelle est survenue : un attentat sanglant contre Charlie Hebdo, des hommes armés, douze morts, près de vingt blessés. L’horreur, qui nous abasourdit. Et nous laisse sans mots.

L’amitié, ensuite, pour ceux et celles que nous connaissons et que nous aimons, et pour ceux et celles que nous ne connaissons pas. La douleur pour les morts, la désolation pour les blessés, l’amitié et le désir de réconfort pour leurs proches, leurs amis, leurs enfants. Comment vous dire qu’on est avec vous, avec notre tendresse et notre impuissance ? Mais nous sommes avec vous, de tout notre cœur.

Et puis la détermination. Ce sont des journalistes qu’on a voulu tuer, c’est la presse qu’on a voulu abattre, c’est la liberté qu’on a voulu détruire. Eh bien, nous le disons : nous ne céderons pas. Dans les temps difficiles d’aujourd’hui, et les jours sombres qui se profilent, il est vital que la liberté continue, s’exprime, s’affirme. Nous continuerons notre travail d’information et de témoignage, avec encore plus de détermination et d’énergie que jamais.

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  • Parti pris

Un attentat à nos libertés

07 janvier 2015 |  Par François Bonnet

Douze morts, onze blessés. Une rédaction froidement massacrée, deux policiers tués. L’attentat commis par un commando de trois hommes contre Charlie Hebdo est bien « le jour le plus noir de la presse française », comme le dit Reporters sans frontières. C’est un acte sans précédent, un acte jamais survenu en France ni dans le reste du monde. C’est un acte de terreur – le plus meurtrier depuis cinquante ans – dont les premières victimes sont les membres de l’équipe de Charlie Hebdo. À travers eux, c’est un journal qui est mis à terre et un journal qui, depuis sa création en 1969, a été l’un des emblèmes de nos libertés.

Il s’agit bien sûr de liberté de la presse. Mais plus encore, de l’ensemble de nos libertés individuelles et collectives. À sa manière, Charlie Hebdo – et peu importe nos accords ou désaccords du moment – n’a cessé de revendiquer une liberté toujours plus grande. Il a chaque fois voulu repousser toutes les barrières érigées par les censeurs du moment, par les conventions vieilles et nouvelles, par les intérêts petits et grands, par les bien-pensants comme par les fanatiques. C’est dans cette radicalité, dans cette provocation permanente à la pensée et au débat, que ce journal dit satirique a élargi les espaces du débat public. Lire la suite